Articles - 1980 - Page 1
- Dorothée Bis
- Dorothée au pays de la télé
- Dorothée Vidéophile
- Entre deux écrans
- L'idole des enfants rêve de devenir une star
- Si l’on chantait avec Dorothée
- Et elle chante maintenant!
- Dorothée : et maintenant elle chante !
- Un deuxième film pour Dorothée, la petite speakerine
- Dorothée : « Ma vie privée va très bien merci ! »
Dorothée Bis
Première n°41 – 1980
Il y a deux ans, François Truffaut lui avait donné son premier rôle au cinéma dans « L'amour en fuite », aujourd'hui, Dorothée, la présentatrice d'Antenne 2, tourne son second film, « Pile ou face », sous la direction de Robert Enrico.
Loin des pudeurs obligatoires des Catherine Langeais ou Jacqueline Huet d'antan, les speakerines d'aujourd'hui s'enhardissent, s'encanaillent et n'hésitent plus à se défroquer le temps d'un congé sans solde pour visiter les arcanes du Septième Art.
C'est le cas de Dorothée, la présentatrice de charme des programmes « pour la jeunesse » d'Antenne 2. A 25 ans, la voilà déjà avec deux films à son palmarès : « L'amour en fuite » de François Truffaut et le tout nouveau « Pile ou face » de Robert Enrico.
Dorothée est une speakerine de choc. Pas une trace de lymphatisme chez cette battante blonde et menue au visage aigu de petite souris des idées en vrac, de l'espièglerie à revendre, de l'énergie à démoraliser un bataillon de fourmis et de la chance, beaucoup de chance. A dix-neuf ans, elle est remarquée par Jacqueline Baudrier à l'occasion d'un concours de théâtre amateur inter-lycées. On l'invite à se présenter à un concours de présentatrices à la télévision. Dorothée remporte l'épreuve haut la main et se voit confier l'animation des « mercredis de la jeunesse », quatre heures de direct, une véritable gageure pour une novice.
Une fonceuse, Dorothée. Quand François Truffaut lui téléphone pour lui proposer un rôle dans « L'amour en fuite », elle se lance : « Le cinéma me tentait, dit-elle, c'était comme un rêve... Quand Truffaut m'a contactée, je n'osais pas dire oui... Il m'a un peu forcé la main, mais je n'ai pas eu à m'en plaindre c'était bien. Avec lui, on a l'impression de tout faire parfaitement, sans effort. » Dorothée se sent-elle comédienne pour autant?
« Pas du tout ! C'était un jeu, un plaisir que je me faisais ! Après « L'amour en fuite », j'ai oublié le cinéma. Je n'ai rien fait, en tout cas, pour tourner autre chose j'étais repartie dans mes émissions enfantines. »
Et « Pile ou face »? La chance encore une fois... « C'est Robert Enrico qui est venu me chercher : je ne pouvais pas dire non, Serrault et Noiret étaient de la distribution. j'aimais beaucoup Robert Enrico que je connaissais par ailleurs et le sujet était un policier : une aubaine ! » L'œil brille, le sourire s'élargit.
« Dans le film, j'incarne une jeune célibataire témoin d'un crime qui s'est produit en face de chez moi. Aux yeux de la police (Philippe Noiret), je suis la complice du meurtrier (Michel Serrault); une jeune femme décidée qu'on suppose capable de pousser homme déjà âgé à tuer sa femme pour pouvoir s'approprier son nom et son argent... J'ai mis beaucoup de cœur dans ce tournage, probablement parce que j'étais davantage consciente de ce que je faisais, plus active aussi...
Dans « L'amour en fuite », je n'avais pas eu l'occasion de connaître la vie de tournage : toutes mes scènes se passaient avec Jean-Pierre Léaud, seule à seul. Dans « Pile ou face », nous avons tourné pendant plus d'un mois à Bordeaux avec l'équipe au complet... Philippe Noiret et Michel Serrault ont été d'une gentillesse extraordinaire avec moi. J'avais le trac mais, en même temps, grâce à eux, je me sentais merveilleusement naturelle. C'est à peine si j'avais la sensation de jouer dans un film... »
Dorothée au pays de la télé
Le magnétoscope – Avril 1980
Dorothée, le nom d'une petite fille qui aurait pu oublier de grandir. Elle est pourtant arrivée à avoir 27 ans et à se retrouver à la fois speakerine et animatrice-vedette de la principale émission pour les enfants sur A2: « Récré A2 ».
Tous les 15 jours, son équipe se réunit et choisit le thème de l'émission. Avec Cabu et William Lemergy, Dorothée consacre la semaine à préparer son émission (2 heures de direct).
LES ENFANTS ME DEMANDENT DE METTRE UNE ROBE ROUGE POUR ETRE PLUS JOLIE.
Pascal Chenaille : "Nous savons que depuis un an il n'y a plus d'enfants sur le plateau de Récré A2, pour une question de budget. Comment pouvez-vous alors connaître et ressentir votre jeune public ?"
Dorothée : "J'ai deux moyens pour çà ; d'abord les sondages, il y en a deux par an, et surtout le courrier. Je reçois un bon cageot chaque semaine. Et là, j'apprends tout ce qui n'est pas écrit dans les sondages."
PC : "C'est-à-dire ?"
D : "Par exemple, on me demande d'être plus méchante avec Cabu quand il m'a fait une blague (pourtant Cabu a un succès fou auprès des enfants), ou bien on me demande de repasser tel ou tel dessin animé, ou bien encore de mettre une robe rouge la prochaine fois, pour être plus jolie".
LE JOURNAL TELEVISE EN TETE DES EMISSIONS PREFEREES.
PC : "Quelle est l'émission la plus sollicitée par les enfants ?"
D : "Albator, qui remplace un peu Goldorak, mais, en plus, c'est un extra-terrestre". Puis elle marque un temps d'arrêt avant de me dire : "Il faut tout de même savoir qu'il ressort de tous les sondages une nette préférence de la part des enfants pour la publicité et si vous ne le saviez pas, je vous l'apprends, pour le journal télévisé".
DES JAPONAIS TROP VIOLENTS.
PC : "Avez-vous des exemples de dessins animés ou de jeux que les enfants ou les parents ont demandé de supprimer ?"
D : "Oui, récemment, nous avons dû supprimer la série japonaise "San ku kaï. Il s'agissait de feuilletons assez violents. De nombreux parents nous ont écrit pour nous dire que leurs enfants, juste après la diffusion, avaient une trop grande charge de violence et de tension à libérer. Nous avons dû stopper toute la série".
PC : "Votre émission a-t-elle pour but d'instruire ou de faire rire ?"
D: "Les deux! Je suis persuadé qu'on ne peut instruire efficacement les enfants qu'en les amusant en même temps. Cela dit, nous avons une rubrique particulièrement instructive mais très accessible. Il s'agit de "3, 2, 1 Contact", tous les mardis, qui stimule la curiosité des enfants pour les sciences et les technologies nouvelles".
A LA TELEVISION JE M'AMUSE AUTANT QUE LES ENFANTS.
PC : "Vous êtes aussi speakerine, alors avez-vous encore du temps pour faire autre chose."
D : "Il me reste peu de temps, c'est vrai, mais je me suis lancée un peu dans le cinéma. C'est autre chose. C'est beaucoup plus sérieux que récré A2. A la télévision, je m'amuse et je prends des initiatives ; dans un film, on me dit de jouer tel personnage et je le fais, aussi, à mes moments perdus, j'ai composé une comédie musicale "Dorothée au pays des chansons", dans laquelle je chante. C'est encore le personnage de Dorothée et encore pour les enfants, mais les acteurs ne sont que des chansons. C'est comme une espèce de Récré A2 géant et chanté. Elle devrait être bientôt diffusée, peut- être pour les vacances de Pâques".
PC : "Vous arrive-t-il de prendre des vacances ?"
D : "Mes vacances, je les prends au même moment que les enfants, car Récré A2 est interrompue en période de vacances scolaires. Mais il m'est très difficile de tomber malade. Je ne m'en sens pas le droit. Pour le premier mercredi de l'année, j'avais 40° de fièvre. J'ai quand même fait l'émission en direct : j'avais rendez-vous avec les enfants".
PASCAL CHENAILLE
Dorothée Vidéophile
Vidéo 7 - 1980
Speakerine de charme, elle fait chanter les enfants et fantasmer leurs papas. Sa vraie passion : la vidéo. Et la drogue qu’elle utilise le plus souvent : le magnétoscope…
Lorsqu’à minuit, Dorothée quitte le minuscule studio TV de la rue Cognacq-Jay, comme Cendrillon après le bal, elle n’a pas sommeil. Elle a passé six heures d’affilée dans son fauteuil de présentatrice, avec juste, entre deux annonces, une échappée-détente dans la loge voisine, l’œil rivé sur le récepteur de contrôle, au cas où un incident nécessiterait une phrase d’excuse. A peine rentrée dans son petit appartement, qu’elle défend farouchement contre les importuns, Dorothée déclenche son magnétoscope et s’octroie une ration supplémentaire d’images avant de se coucher. Peu mondaine –on la voit rarement aux premières ou dans les cocktails bien parisiens- Dorothée préfère les plaisirs du cinéma à domicile. Grâce à la télévision, qui diffuse périodiquement les cycles des grands cinéastes et des grands interprètes, elle a déjà engrangé sur cassettes un nombre respectable de films d’Hitchcock (elle adore se faire peur !), de comédies musicales comme « Chantons sous la pluie » et d’œuvres d’Elia Kazan et de Luis Bunuel.
A côté de cette grosse artillerie de cinémathèque, figurent en bonne place les Tex Avery, Laurel et Hardy, et plein de dessins animés de Walt Disney, qu’elle déguste le dimanche matin, en même temps que les croissants chauds au petit déjeuner. Dorothée est une boulimique de l’image. Mais, déjà, un problème de stockage se pose : le placard aux cassettes déborde. Qu’à cela ne tienne : elle va consacrer une pièce entière de son appartement au matériel audiovisuel, TV, hifi, vidéo, dont elle s’équipe progressivement, en vraie professionnelle. « On n’a pas fini de découvrir les énormes possibilités de la vidéo. Elles augmentent de jour en jour, affirme-t-elle. La cassette tient à la fois du livre et du film. Elle permet de capter la vie sur le vif, de relire les meilleurs moments, elle se prête docilement aux trucages les plus étonnants. Et quelle facilité d’emploi ! On voit le résultat des prises de vue tout de suite, on peut effacer, recommencer, conserver l’image à volonté ». Dans le fin visage aux traits aigus, les yeux noisette se plissent à demi : Dorothée, comédienne-née souligne ses phrases par des mimiques expressives.
En jeans-cigarette et T. shirt marrant, sans chichis ni falbalas, on la sent disponible avec lucidité pour toutes les chances qui passeront à sa portée. Elle qui doit tout à la télévision, et qui le reconnaît de bonne grâce, s’est évadée par deux fois déjà des servitudes du petit écran. Il y a trois ans, François Truffaut, l’a engagée dans son film « L’amour en fuite », et Robert Enrico lui a offert une seconde chance dans « Pile ou face », où elle interprétait… une speakerine de télévision. Truffaut et Enrico : c’est ce qui s’appelle débuter au cinéma sous d’excellents auspices. Dorothée a conservé de cette double expérience un souvenir ébloui. « Le cinéma, c’est un peu les vacances, dit-elle. C’est aussi un autre milieu, une autre façon de travailler, plus fragmentée, une ambiance et des rapports humains complètement différents. Dans une émission de télévision, c’est le travail d’équipe qui prime. Au cinéma, il faut plonger, à froid, et c’est chacun pour soi ». Après ces débuts prometteurs, Dorothée attend, sans impatience excessive, un rôle qui la sorte d’elle-même, sans vraiment bouleverser sa personnalité : « j’aimerais jouer les filles modernes dans une comédie musicale ou un film de science-fiction ».
Par ailleurs, la troupe de « Dorothée au pays des chansons » partira en tournée à travers la France, pendant le mois de juillet, histoire de ne pas perdre le contact avec les enfants. Dorothée par-ci, Dorothée par-là… Qui, à part elle se souvient de son vrai nom, Frédérique Hoschédé ? Ce pseudonyme, un tantinet précieux, elle le doit à Jacqueline Joubert, première en date d’une longue lignée de speakerines, et qui fut sa bonne fée, comme dans les contes. Qui distingua la fougueuse Frédérique sur les planches d’un théâtre interscolaire ? Jacqueline. Qui se jura de faire appel à elle pour ses futures émissions enfantines sur Antenne 2 ? Jacqueline, encore. C’était en 1973. « Dorothée » prenait son essor sur le petit écran. A la suite de l’éclatement de l’ORTF, elle devient présentatrice de Réponse à tout, sorte de Jeu des Incollables, quotidien. Mais Henri Kubnick, le producteur, réorganise complètement son jeu, sans Dorothée qui se retrouve sur le sable. Coup dur, et très mauvais souvenir : « J’ai fait une tentative de reconversion dans le secrétariat, et j’ai atterri dans une entreprise de plomberie. Les problèmes de robinets me rebutaient autant qu’à l’école, mais il fallait bien vivre ».
Heureusement, la fidèle amie Jacqueline Joubert veille. Elle avertit Dorothée qu’un concours de recrutement pour une speakerine se prépare sur Antenne 2. La jeune fille se présente, et, forte de son expérience passée, triomphe de ses nombreuses rivales. Productrice des émissions pour la jeunesse dans le nouveau contexte d’Antenne 2, Jacqueline Joubert lui confie l’animation des mercredis après-midi. Elle a vu juste : Dorothée a le don de se faire aimer des petits. D’instinct, le courant passe. Devenue Super-star des cours élémentaires, Dorothée s’est jurée de réhabiliter les vieilles comptines tombées en désuétude ; à la rentrée, elle reprendra pour Récré A2 « Alouette, gentille alouette », « A la claire fontaine », « Compère Guilleri », « Il pleut, bergère » séculaires que les jeunes mères de 1981 pourront réapprendre. Disques, comédie musicale, cinéma, on reconnaît le parcours classique de la réussite dans le show-biz.
Dorothée méditerait-elle quelque infidélité majeure à la télévision ? Elle s’en défend, avec une belle conviction. Pas question de tourner le dos au petit écran, à qui elle doit tout. Pas question de tour de chant seule, sur une scène, aussi prestigieuse fût elle. Elle ne se sent à l’aise qu’entourée d’une équipe, d’un ballet, d’une troupe. Pas question non plus de jouer une pièce de théâtre : « C’est trop accaparant, on ne peut plus penser à autre chose ; j’aurais peur de m’y plonger totalement, de m’y sentir enfermée », affirme-t-elle ! Sage comme une image d’Épinal, Dorothée offre un visage lisse à toute question touchant à sa vie privée : « Je n’ai pas le temps de penser à moi, et l’homme de ma vie ne me voit plus guère. Je suis tout le temps en train de courir. L’indispensable shopping se fait au coup par coup. J’entre dans la première boutique venue, et j’en ressors chargée d’une pile de jeans et de T-shirts. J’achète mes boucles d’oreilles par douzaines, mes bracelets (fantaisie) par poignées… Ma seule détente, au soir de journées surchargées, commence au moment où j’enclenche le magnétoscope ».
Lise GENET
Entre deux écrans
Télé 7 Jours - 1980
Elle a la hantise de la femme-tronc. Comme ses consœurs en télévision, la jeune Dorothée n'a de cesse, semble-t-il, d'échapper à son sort de présentatrice. Il semblerait qu'aux yeux de ces dames le « speakerinat » mène à tout, comme le journalisme, à condition d'en sortir. Dorothée a manifestement des fourmis dans les jambes. À coups de disques et de films, elle a bien l'intention de faire de son prénom un nom dans le monde du spectacle.
Frédérique Hoschedé, rebaptisée Dorothée par Jacqueline Joubert, montre une volonté farouche dans la conduite de sa carrière. Elle n'a pas végété longtemps dans le minuscule studio des présentatrices qu'elle fréquente depuis trois ans. Au Service de la jeunesse, on s'est souvenu de la mince et dynamique animatrice des « Mercredis de la jeunesse » sur TF1 et c'est tout naturellement qu'elle s'est retrouvée sur le plateau de « Récré A2 », chaque semaine, au milieu d'un public enfantin qu'elle adore, et qui lui rend son affection au centuple. À telle enseigne qu'elle est obligée de mettre des lunettes fumées lorsqu'elle sort de Cognacq-Jay : partout, dans la rue, au restaurant, les petits la reconnaissent et l'assaillent de demandes d'autographes. On se bouscule à ses émissions. « J'aimerais m'orienter toujours plus vers le spectacle pour enfants, dit-elle. C'est un domaine encore peu exploité. À part les marionnettes et le cirque, c'est le vide. Aussi, les petits passent-ils leurs mercredis le nez collé sur l'écran de télévision. »
Deux partenaires : Noiret et Serrault
Les adultes aussi, sans doute, puisque c'est en l'y voyant que le cinéaste François Truffaut a décidé de l'engager pour son film « L'Amour en fuite ». « Une expérience passionnante, dit-elle, et combien différente du direct de la télévision. Sur un plateau de cinéma, on se prépare et l'on attend patiemment son tour d'entrer dans l'action. Soudain, il faut plonger, et trouver d'emblée le ton juste. »
Il faut croire que Dorothée-sur-grand-écran s'est montrée convaincante, car la voici vedette du nouveau film de Robert Enrico, « Pile ou face », en compagnie de Noiret et Serrault. Le tournage ayant eu lieu à Bordeaux, Dorothée demanda un congé sans solde à Antenne 2. Mais, sachant ce qu'elle doit à la télévision, et n'ayant pas l'intention de l'abandonner, elle revenait chaque mercredi, entre deux avions, présenter ponctuellement « Récré A2 ». Son jeune public n'aurait pas admis une longue absence. « Les enfants sont étonnants, dit-elle. Je les traite en grandes personnes, et c'est ce qu'ils aiment. Pourquoi bêtifier ? »
Télévision, cinéma et, maintenant, un 33 tours. Grâce à une organisation minutée au rasoir, Dorothée, sans trahir trop de nervosité, a trouvé le moyen d'enregistrer une mini-comédie musicale enfantine, à base de tendresse, d'humour et de poésie : « Dorothée au pays des chansons ». Alors, verrons-nous un jour Dorothée-sur-scène ? Elle ne veut rien dire. Elle avoue simplement suivre assidûment des cours de danse. « C'est excellent, dit-elle, pour apprendre à bouger sur une scène. »
Lise GENET
L'idole des enfants rêve de devenir une star
Paris Match - 1980
Avec "Pile ou face", le nouveau film de Robert Enrico, Dorothée, la téléspeakerine des mercredis d'Antenne 2, joue également sa carrière cinématographique à pile ou face. François Truffaut avait fait de cette anti-pin up la vedette de "L'amour en fuite". Robert Enrico à son tour lui a donné le premier rôle féminin, celui d'une téléspeakerine aux côtés de Philippe Noiret et de Michel Serrault.
Les jeux sont faits : Dorothée attend le verdict du public. Elle n'est pas angoissée, elle a pris plus d'assurance : "J'ai beaucoup appris dans ce film. Nous avons tourné durant un mois à Bordeaux, où acteurs et techniciens ne se sont pas quittés. Nous vivions dans le même hôtel. On se retrouvait le soir. C'était la vraie vie de cinéma telle que je la souhaitais. Avec Truffaut, c'était différent, on tournait à Paris, et on rentrait chez soi le soir. Sur un plateau on noue des amitiés fabuleuses, mais hélas, au bout d'un mois, un jour tout se casse, tout disparaît. C'est triste. Par la suite on se croise dans un couloir, mais le charme est rompu. C'est le côté frustrant du cinéma."
Dorothée ne cache pas que grande fut son angoisse en face de Noiret et Serrault : "J'ai eu très peur au début, avant le mot "moteur". Déjà je tremblais devant Philippe Noiret qui est imposant par son physique et par ce qu'il représente. Je me suis sentie toute petite, et pas sûre de moi. Heureusement, ils m'ont aidée, et, je crois, adoptée."
Pour l'instant, Dorothée n'a pas à choisir entre le cinéma et la télévision, elle accepte ce qui arrive. Elle a retrouvé le plateau de "Récré A2" et ses jeunes admirateurs. Elle prépare en secret son prochain cadeau de Noël pour les enfants : une comédie musicale à base de tendresse, de poésie et d'humour, tirée de son disque "Dorothée au pays des chansons".
Elle chantera et dansera, car, Dorothée qui est perfectionniste, travaille le chant et le rock d'exhibition. "Je ne veux pas décevoir les enfants, dit-elle, ils sont très exigeants et tiennent à leur univers. Je veux les étonner. Ils ont une certaine image de moi. Je pense qu'ils ne seront pas déçus."
Dorothée cache soigneusement sa vie privée : "oui, j'ai un homme dans ma vie. Oui, je l'aime ; ma vie privée est une oasis que je ne montre jamais ; si je la dévoilais, j'aurais l'impression que plus rien ne m'appartient. L'amour de deux êtres est quelque chose d'infiniment précieux, mais d'une extrême fragilité."
Jean-Claude ZANA
Si l’on chantait avec Dorothée
Chez nous Télé – 19 janvier 1980
79 fut son année. Gentiment et sûrement Dorothée-la-malicieuse suit son petit bonhomme de chemin. Sans rien brusquer et, même un peu étonnée de tout ce qui peut lui arriver, elle réussit pas mal du tout les mille choses qu'on ne manque pas de lui proposer. En début d'année un coup d'essai qui a épaté tout le monde au cinéma avec François Truffaut pour « L'amour en fuite » et un petit rôle dans le dernier film de Pierre Tchernia « La gueule de l'autre ».
Mais Dorothée n'avait nullement l'intention d'en rester là. Quand il s'agit de relever un défi, la tranquille Dorothée se transforme en une jeune personne audacieuse. « Vous aimeriez chanter ? » lui a-t-on un jour demandé. « Moi ? Je n'ai jamais essayé mais pourquoi pas ? ». Pourquoi pas en effet. On lui écrit des chansons, un rock, un reggae, un slow, une tarentelle, bref « Dorothée au pays des chansons ». Elle essaie et ça marche, un disque est né. « Le résultat personne ne le connaît, dit-elle mais en tout cas on s'est drôlement amusé. C'est sans prétention et le but c'est que ceux qui l'écoutent s'amusent aussi ». Les hit-parades pour Dorothée, un spectacle pour la télévision ou pour la scène, demain peut-être. En attendant elle lit les scénarios qu'on lui envoie, les projets se précisent mais superstition oblige, comme il ne s'agit que de projets elle touche du bois et n'en parle pas. Sa première passion reste quand même la télévision. Récré A2 avec pour cette année l'espoir de faire de nouvelles expériences avec ses jeunes amis, la présentation des programmes qui ira de plus en plus vers le journalisme avec des interviews et des reportages, ce qui la rend folle de joie. Un petit pincement au cœur cependant. Toutes ces activités l'ont empêché d'accepter la proposition de Jacques Weber qui dirige actuellement le « Théâtre du huitième à Lyon ». Elle aurait pu être Suzanne dans « Le mariage de Figaro ». « Dommage on ne peut pas tout faire, dit-elle résignée ». Tant mieux pour tous ceux qui l'aiment depuis trois ans. Et comme il est toujours temps pour souhaiter les meilleures choses du monde, Dorothée crie bien haut les vœux qu'elle formule pour tous. Une année comme elle aimerait la vivre, « remplie d'amour, de gaieté et de paix ! ».
E.D
Et elle chante maintenant!
Télé poche n°732 – 20 février 1980
Elle présente les programmes d'Antenne 2. Elle anime les émissions pour les jeunes : « Récré A2 », « Disney dimanche »... Elle joue aussi la comédie (« L'amour en fuite », son premier film sous la direction de François Truffaut). Si nous vous révélons qu'aujourd'hui elle chante, cela ne devrait pas vous étonner.
Seulement, Dorothée ne s'est pas contentée, comme tant d'autres, de graver sagement sa voix sur les sillons d'un 30 centimètres. Avant de tenter l'aventure de « Dorothée au pays des chansons » - c'est le litre de son disque - elle a pris toutes les garanties. C'est-à-dire qu'elle a participé avec la volonté qu'on lui connaît, à tous les stades de la création de cette histoire bâtie à ses mesures par Jacques Pessis, Michel Jourdan et Jean-Pierre Stora, et destinée, bien sûr, à ses jeunes amis.
C'est à partir du 20 mars que vous pourrez écouter Dorothée raconter et chanter sa bataille au pays des chansons contre les affreuses dissonances. En attendant de la voir, un jour, lutter sur vos écrans dans une comédie musicale tirée de son disque. C'est, du moins, son souhait.
Dorothée : et maintenant elle chante !
OK ! – 3 mars 1980
« C'est toujours un peu par hasard que j'entreprends les choses, nous a confié Dorothée, la ravissante speakerine d'Antenne 2. En effet, je suis toujours partante pour de nouvelles expériences et c'est ainsi que je suis passée du théâtre à la télévision, en faisant une petite escapade vers le cinéma dans le film de François Truffaut, « L’amour en fuite ». C'est donc sans aucune hésitation que j'ai accepté, il y a quelques mois, de me lancer dans la chanson. Ma passion, c'est la nouveauté ! J'avoue que je n'y avais jamais pensé sérieusement jusqu'à ce qu'un producteur me contacte. Ensemble, avec les auteurs, nous avons élaboré une histoire pour enfants. Cela se passe au pays des chansons, chacun des enfants se présente à moi et je lui réponds en chantant. J'ai été très impressionnée par ce moyen d'expression qui m'était encore inconnu et c'est donc très attentivement que j'ai suivi l'évolution de cet album du début jusqu'au mixage. Sa sortie est prévue vers le 15 mars. J'attends cet instant avec impatience ! Quelques jours avant, les téléspectateurs de Récré A2 pourront découvrir le nouveau générique de cette émission, que je chanterai également. Me voici donc, moi aussi, attirée par le monde de la chanson comme mon amie et collègue Evelyne Leclercq ! Mais n'allez pas croire que j'abandonne pour autant mes autres activités, au contraire ! (Il est vrai que Dorothée à un planning chargé et c'est en coup de de vent que nous l'avons rencontrée). Mon occupation principale reste la télévision ».
Pourtant, au mois de mars, elle délaissera quelque peu ses petits amis de Récré A2 afin de tourner dans le prochain film de Robert Enrico, avec Philippe. Noiret et Michel Serrault. Et son rôle sera celui d'une speakerine ! Un rôle vraiment sur mesure. Dorothée, un sacré bout de jeune femme ! Pareille aux grands professionnels américains, Dorothée a plus d'une corde à son arc. C'est dorénavant une artiste complète dont nous n'avons pas fini d'entendre parler.
Véronick Dokan
Un deuxième film pour Dorothée, la petite speakerine

France-Soir Télé – 11 mars 1980
DOROTHEE, la petite speakerine à fossettes et la vedette féminine de « Récré A2 », reçoit les bonnes nouvelles avec un parfait naturel. Actrice pour la deuxième fois, elle s'en déclare plus « touchée » que véritablement « étonnée ».
Après François Truffaut qui l'a fait jouer dans « L'Amour en fuite », Robert Enrico vient de l'engager pour tourner « Volte-face », un film policier d'atmosphère, qui réunit le couple vedette Noiret-Serrault. Son rôle : le sien. Celui d'une speakerine, mais de station régionale, qui se trouve placée, bien malgré elle, en position de témoin.
« Cette jeune femme, c'est un peu mol dans la mesure où elle est dynamique, moderne, active. Et si, comme moi, elle est speakerine, c'est par un pur hasard. »
Robert Enrico confirme que c'est une certaine allure « anti- pin-up » qui l'a convaincu chez son interprète. Avec ses yeux pétillants dans un petit visage malicieux, Dorothée a gardé un côté grande sœur qui séduit les jeunes téléspectateurs.
« Ils me font leurs confidences, me demandent des renseignements, réclament telle ou telle modification de programme. Nous sommes plus que des amis, nous sommes des complices. Ce qui me frappe, c'est à quel point les très jeunes, ceux d'une dizaine d'années, se montrent déjà préoccupés par leur avenir. Ils m'écrivent des dizaines de lettres pour le dire. »
Une vraie vie
Dorothée, qui fut remarquée par Jacqueline Joubert dans un spectacle que donnaient, comme chaque fin d'année, les élèves de sa classe, n'a jamais eu, elle, à s'inquiéter véritablement de sa carrière. Elle a même abandonné une licence d'anglais pour se consacrer entièrement à la télévision.
« J'ai tourné le premier film comme un rêve. Cette fois, je vais vivre une vraie vie de tournage pendant dix jours, à Bordeaux. »
Dorothée, qui pour la circonstance a obtenu un congé d'un mois de la télévision, ne va pas pour autant abandonner ses amis de « Récré A2 ».
Elle vient d'enregistrer un disque intitulé « Dorothée au pays des chansons », qui mêle le rock, le reggae et la poésie. Pour l'occasion, Dorothée a appris à chanter. Elle s'est même intéressée à la technique de l'enregistrement.
« Au lycée déjà, quand on répétait nos pièces de fin d'année, je m'intéressais au décor, à la mise en scène, aux costumes. J'aime toujours bien savoir comment ça se passe. »
Dorothée : « Ma vie privée va très bien merci ! »

Paris Match – 13 mars 1980
Cette jolie fée souriante, entourée d'enfants ravis, est depuis sept ans l'idole des petits téléspectateurs. Dorothée vient d'ajouter une nouvelle facette à ses multiples talents : elle chante pour la première fois dans un conte musical dont elle est évidemment la star et qui s'intitule « Dorothée au pays des chansons ». Elle fait aussi du cinéma, avec le même enthousiasme. Après « L'amour en fuite » de Truffaut, dont elle avait été la révélation, l'animatrice des mercredis d'Antenne 2 aura attendu quatorze mois et Robert Enrico pour retrouver le grand écran : Enrico lui a donné le premier rôle féminin dans « Pile ou face » qu'elle vient de commencer à Bordeaux, avec Noiret et Serrault.
Elle a changé, la petite Frédérique Hoschédé, jeune étudiante que Jacqueline Joubert avait découverte, il y a sept ans, devenue depuis animatrice sous le nom de Dorothée. A dix-neuf ans, elle se destinait à une carrière touristique, en poursuivant une licence d'anglais à la Sorbonne. Par timidité, elle disait : « Je n'ai pas tellement d'ambition. »
Aujourd'hui, elle accepte ce qui lui arrive, en refusant de faire un choix définitif : « Je suis d'abord speakerine à la TV, le cinéma est un passe-temps. C'est une expérience, comme la chanson. On m'a proposé de chanter dans un conte musical pour enfants ; j'ai accepté, car le hasard me donne peut-être un nouvel espoir. » Dorothée déteste la photo. « Je ne me vois jamais sur le petit écran, dit-elle, car je fais du direct. Je n'aime pas ce qui est figé. »
Elle oppose un mutisme absolu dès qu'on évoque sa vie privée. A-t-elle un homme dans sa vie ? A ce mot, cette mini-tigresse de quarante-six kilos bondit en sortant ses griffes : « Ma vie privée va très bien, merci ! » On est rassuré !
Elle a au moins une qualité, la lucidité : « Je n'ai aucune sécurité dans mon métier. J'ai déjà connu dix-huit mois de chômage. Rien ne dit que mon contrat de speakerine sera reconduit l'an prochain. Il faut se dire tous les jours que la gloire s'acquiert à titre précaire et révocable et je ne suis pas différente des autres ».
JEAN-CLAUDE ZANA
PHOTO MICHEL LE TAC














































