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Dorothée : La tranquillité des parents

Jours de France – Octobre 1983

PARENTS, plus de soucis à vous faire pour les mercredis Dorothée est de retour sur Antenne 2. Soyez tranquilles, vos chers petits ne s'ennuieront plus à la maison, leur vedette préférée est là depuis le 14 septembre, fidèle à son petit écran. D'ailleurs, son emploi du temps est si chargé qu'elle n'a pas eu une minute pour défaire ses valises, car tout cet été, elle n'a cessé de parcourir le Midi de la France avec Carlos et le podium de Radio Monte-Carlo.
Au total, quarante-sept galas qui lui ont permis de montrer «Pour faire une chanson », son nouveau spectacle musical, à des centaines de milliers d'enfants en vacances. Parfois, ils étaient jusqu'à 60 000 chaque soir, venus pour l'applaudir, comme à Argelès. Je suis pleine d'admiration pour tous ces parents qui sont restés plus d'une heure debout avec leurs enfants assis sur leurs épaules. Je les trouve héroïques.
Cette comédie musicale a d'ailleurs eu tellement de succès qu'elle sera montée à Paris durant les prochaines vacances scolaires de Noël, du 21 décembre au 4 janvier. Voilà encore une sortie assurée pour les enfants qui ne voudront certainement pas manquer d'aller admirer leur idole.
En quelques années, Dorothée est, en effet, devenue la star des petits, une manière de pied de nez à l'adresse de ce haut responsable de TF1 qui la « remercia», en 1975, en arguant qu'elle n'était pas faite pour animer les émissions pour enfants.
Dorothée eut bien raison de ne pas le croire. A son palmarès, depuis 1978, outre le succès sans précédent des «Récré A2» du mercredi, on peut ajouter deux films remarquables «L'amour en fuite », de François Truffaut, et « Pile ou face », de Robert Enrico.
Au cinéma, je le sais, j'ai, comme on dit, « mangé mon pain blanc en premier ». Tourner avec deux cinéastes de cette qualité, lorsqu'on est débutante, c'est une chance inouïe que je ne veux absolument pas gaspiller. Je préfère attendre plutôt que d'accepter n'importe quel scénario de gens qui ne songent qu'à utiliser mon nom et l'impact que j'ai sur les enfants.
Et Dorothée peut se le permettre. Entre-temps, elle est devenue millionnaire du disque avec «Rox et Rouky » et  « Hou! la menteuse ». Et pour Noël, A2 fera de nouveau appel à elle - l'année passée, elle avait présenté « Dorothée au royaume de Diguedondaine » - pour composer un show en forme de conte musical qui rassemblera tous ceux qu'elle aime autour de Carlos qui était avec elle cet été en tournée et qui a partagé toutes ses angoisses, mais aussi ses grandes joies.


Christine Gauthey


Dorothée : « Croyez vous que j’aie le temps de faire des enfants ? »

France-Soir – 4 octobre 1983

AUTOUR de son lit, il n'y a pas une foule de Schtroumpfs, Rox et Rouky, Nounours et autres. Si à trente ans ses rêves sont encore ceux d'une jeune fille, Dorothée n'est pas une femme-enfant irresponsable. Il est 7 h 30. La nuit a été mouvementée parce que Dorothée avait peur de ne pas se réveiller pour attaquer la journée la plus chargée de la semaine, le mercredi, jour des enfants et de Récré A2. Elle a pu compter toutes les heures sur son radio-réveil comme une débutante qui va se présenter à sa première audition. Comme si son subconscient avait oublié que, depuis plus de six ans, Dorothée anime, Dorothée fait rire, Dorothée console, Dorothée entraîne, Dorothée organise, Dorothée chante, Dorothée ne craque jamais.
7 h 30. Bonjour, voilà les nouvelles. Dorothée s'étire. Un thé vite avalé. La douche essentielle. Elle jette dans son sac l'ensemble du couturier japonais qu'elle s'est offert la veille dans les Halles. Sweat-shirt à samouraï sur fond noir et mini-jupe droite avec élastique sur les côtés.


« C'est pratique, je peux m'asseoir. »
Une deuxième paire de bottes. Checking général d'un coup d'œil rapide sur le contenu de ses trois sacs. Elle claque la porte de son septième ciel de la porte Maillot et fonce au bistrot. Là, d'habitude, Jacky partage avec elle la tartine beurrée du petit matin. Mais aujourd'hui il enregistre une série de Platine 45 et il ne pourra la rejoindre que sur le plateau de télévision. Son ami et producteur Jean-Luc Azoulay est auprès d'elle, sans perdre une minute de vue sa montre. « Do, il faut y aller. Il est neuf heures ». Comme une star, elle se fait conduire dans une belle américaine.


Deux heures de maquillage
9 h 30. Rue Cognacq-Jay. Dorothée a toujours un petit mot gentil pour le gardien. Pas de gymnastique pour suivre les couloirs qui mènent sur les lieux du crime. : le plateau de Récré A2. Un petit bar, une petite scène, une petite boîte à sel. Et dire qu'avec ce décor de misère, il va falloir occuper l'après-midi des enfants. L'importance de son rôle, les statistiques qui prouvent que chaque mercredi et chaque jour des millions de jeunes regards sont braqués sur elle, Dorothée préfère ignorer.
« Quand je regarde la caméra, je m'efforce de m'adresser à un enfant avec sa grand-mère, par exemple. A une petite fille avec sa sœur. A chaque fois je change. C'est ma force. » Le plateau n'est pas prêt, on va au maquillage. La séance dure près de deux heures. La loge est le rendez-vous de toute l'équipe. Willy, François, Alain, Ariane et Jacky se marchent sur les pieds. Avec l'aide de l'habilleuse, on découvre, on invente son costume. Alain pour le Tour du monde en 80 jours porte des Knickers. Obligé. « La casquette te rend moins bête que le chapeau », commente Dorothée. Ariane a juste eu le temps de dormir quatre heures après avoir fêté une générale de sa pièce (Dieu me savonne) au café-théâtre qui marche super bien ». Elle a la voix cassée.
«En direct sur le plateau, elle revient », dit-elle pour rassurer tout le monde. Elle vient d'enfiler sa robe de serveuse tablier blanc. « Tu es la Pauline Carton des années 80 », dit Alain. Eclats de rire. « Mais où est Jacky ? L'heure tourne, il est en retard », se lamente François, l'auteur des textes. L'équipe se réunit dans le couloir pour la répétition générale. Jacky arrive essoufflé. Le temps d'attraper la script, il donne la réplique.


Break à 13 h 30
Break pour le déjeuner. Il est 13 h 30. Juste une heure dans un petit restaurant du quartier. Ils sortent tous en costumes. Mais ici, les gens sont habitués aux excentricités des artistes de la télé. Personne ne les regarde. On parle de tout, de rien, de n'importe quoi. Dorothée ne pense pas à ce qu'elle dit. Elle n'a qu'une envie, son hors-d'œuvre et grillade avalés : foncer sur le plateau. Pour voir si tout fonctionne bien.
14 h 30. Elle est dans le décor. C'est là qu'elle se sent chez elle. Elle se met dans un coin, articule, agite ses mains. Autour d'elle, caméras, échelles, câbles virevoltent. « Silence, hurle Don Kent, le réalisateur. Sinon, on n'y arrivera jamais ». Une dame de service tricote dans un coin sur son siège pliant. Imperturbable.
15 heures. La lumière rouge s'allume. On est en direct.


Bonjour, nous sommes contents de vous retrouver...
« J'apprends mes textes au dernier moment. Et puis je brode, je fais ce que veux », confie Dorothée.
Depuis l'année de son bac (1970) où Jacqueline Joubert la remarque lors d'un concours de théâtre inter-lycées, sa vie a bien changé.
« A l'époque, je ne savais pas ce que je voulais faire. » La télé, un hasard, une main tendue par Jacqueline Joubert. En 1973, elle anime grâce à sa bonne fée « Les mercredis de la jeunesse ». En 1974-1975, c'est l'éclatement de la télé. Après une année d'animation des visiteurs du mercredi, on la remercie : «  Vous n'êtes pas faite pour des émissions pour les enfants ». « Alors là, raconte-t-elle, j'ai connu le trou noir. J'ai été secrétaire. Mais j'avais un sens du rangement un peu trop personnel. »


« J'en ai marre »
Le passage à vide ne dure pas longtemps. Jacqueline Joubert n'a pas oublié la frêle créature et son incroyable énergie. Dorothée, sollicitée par Jacqueline Joubert, gagne un concours de speakerine Puis c'est le départ de Récré A2, ce sacerdoce qu'il lui arrive de haïr le temps d'un mirage.
Jacky a trébuché, un plateau avec deux verres de lait à la main. Le liquide s'est lamentablement répandu sur l'ensemble tout neuf de Dorothée, « Continuez sans moi, dit-elle, j'en ai marre. » Quelques secondes, ses partenaires sont stupéfaits. Willy rattrape le blanc, on passe un dessin animé et l'équipe court à la recherche de Dorothée, qui revient souriante, sans réticence. De l'autre côté de l'écran, on n'y a vu que du feu, y compris Jacqueline Joubert, responsable des émissions pour la jeunesse que l'on retrouve après chaque épreuve dans son bureau. Il est 17 h 30. « C'est très bien, mes enfants », dit la pétroleuse des speakerines. Ouf !


la fin de la journée approche.

Mais non. Azoulay est encore là. Il faut partir en studio répéter un titre du prochain album.

19 h 30. Elle pose son sac sur le palier, sonne. Son petit ami ouvre la porte. Il est photographe et il la dévore de son beau regard bleu. « Ce soir, on va à l'inauguration du « Garage ». Tu t'en souviens ? »
« Ah oui, c'est vrai, j'ai promis », dit Dorothée. Elle saute dans sa douche, enfile un chemisier propre, souligne d'un trait de crayon ses deux prunelles brunes. Sans sourciller, elle s'apprête à franchir la dernière étape du parcours.
21 heures. Entrée au « Garage ». Flashes des photographes. Le Tout-Paris » la regarde et Dorothée sourit toujours. Elle aura encore' l'énergie de danser un tour de piste. A 2 h 30, dodo. Et si on lui demande si elle n'a pas envie d'avoir des enfants, elle répond : « Comment croyez-vous que j'aie le temps d'en faire ? ».
Ça vous étonne ?


Catherine DELMAS
Reportage photos de Lucien JACQUINOT


Dorothée : « Je reste une petite fille »

Le Parisien – 12 octobre 1983

Sympa, pétillante, drôle, à la ville comme à l'écran, ainsi se présente Dorothée, l'animatrice de « Récré A2 », tête d'affiche du box-office du disque et de la popularité auprès du jeune public de deux à quatre-vingt-deux ans. Deux disques de platine, un album du même métal, un disque d'or en Belgique pour celle dont les disquaires ne voulaient pas.

- « Encore une speakerine qui chante » disaient-ils et que les hit-parades boudaient. Une jolie réussite que Dorothée doit à son public et uniquement à lui. Ce sont les bambins en culotte courte qui ont imposé leur choix au monde du show biz bousculant prévisions et diagnostics, en plébiscitant sans retenue leur copine.


Découverte en 1973 – dix ans déjà - par Jacqueline Joubert, Dorothée s'appelait alors Frédérique. Cherchant un prénom pour remplacer le sien, elle trouva Dorothée par hasard : « Cela fit tilt », dit-elle. Et Dorothée lui est restée.
« C'est grâce à Jacqueline Joubert, que je mène la carrière que j'ai aujourd'hui. Elle m'a toujours encouragée, poussée. Jacqueline est ma deuxième mère, d'ailleurs maman est d'accord », ajoute-t-elle en éclatant de rire.
En dix ans, Dorothée a appris à boucher les trous à l'antenne et à ne plus bafouiller. Pour le reste elle n'a pas changé : « Si je devais ne plus être sincère, dit-elle, je ne ferais plus ce métier. Les enfants sentent bien si on est vrai ou pas. Deux heures de direct ne pardonnent pas. « Récré A2 » me permet de rester gosse, de m'amuser. Je suis spontanée de nature. Je le suis de la même façon à l'antenne. Je me laisse totalement prendre par l'ambiance, ainsi ce n'est jamais deux fois la même émission. Je ne me suis jamais ennuyée un seul mercredi, et tant que je m'amuserai, je continuerai. »
Comme Dorothée s'amuse... elle continue. Un nouveau 33 tours sortira mi-octobre. Pour les fêtes de Noël, elle présentera un show à 20 h 30 avec comme invités, Michel Drucker, Philippe Bouvard, Bernard Pivot... Elle souhaite pouvoir continuer à donner des spectacles gratuits.
« Ce que je préfère », dit-elle, comme ceux organisés par A2 et la Mairie de Paris au moment de Noël. Le programme est chargé, mais Dorothée si frêle en apparence a les épaules larges. « Après mes deux premières expériences cinématographiques, j'attends toujours des rôles qui me plaisent. Les scénaristes veulent toujours me cantonner dans des emplois de speakerine. Alors avec mon équipe nous allons écrire un scénario et réaliser un film qui sera tout à la fois Disney, Mary Poppins et le Magicien d'Oz. Je ne sais pas quand nous le ferons, mais c'est un projet que je caresse depuis très longtemps. Je suis folle de comédie musicale. Mon rêve, imposer en France la comédie musicale pour tous. »
Rançon de la célébrité, Dorothée croule sous le courrier. « Les petits font écrire par leur maman, les personnes âgées veulent m'avoir comme petite fille. »


Un public merveilleux
Son public, elle l'aime, surtout les petits qui l'interpellent dans la rue et viennent la toucher au restaurant. Cela lui vaut quelques remarques savoureuses de ses admirateurs en herbe : « Mais tu es sortie de la boîte », affirme celui-ci, très surpris ; « Je ne veux pas que tu manges », grogne cet autre ; « Tu es à la télé, tu ne peux pas manger. »
Que voulez-vous, à quatre ans on est déçu de constater que son idole n'est qu'une simple mortelle.
« C'est un public merveilleux - dit Dorothée – les gamins donnent leur opinion et n'hésitent pas à protester s'ils n'aiment pas tel ou tel dessin animé. Nous tenons compte de leur avis. »
La tête pleine de projets, Dorothée continue son petit bonhomme de chemin, en restant jeune au côté des enfants. Pourtant, François Truffaut le lui a dit : « Vous faites le métier le plus dur qui soit, celui de speakerine. »
Seule concession au monde des grands, Dorothée est superstitieuse. « A 150 %, dit-elle, jamais je n'écrirai avec une encre verte. » D'ici à ce que les petits l'imitent...

Annie FERRER


Dorothée accueille l’un des inventeurs de « Blanche-Neige »

France-Soir – 17 novembre 1983

S'Il avait fallu donner une existence humaine à Donald, c'est Wolfgang Reitherman, le maître d'œuvre des dessins animés des studios Walt Disney, qui aurait été l'interprète idéal. Surnommé par ses amis « Woolie », il en a la voix et le physique. Mais Wolfgang Reitherman préfère depuis quarante-neuf ans le métier d'animateur à celui d'acteur. Il a été de toutes les aventures menées par Walt Disney et son équipe : de la plus belle, peut-être, celle de « Blanche-Neige » de retour sur les écrans le 30 novembre, à la dernière, « Le Noël de Mickey » qui est mis à l'affiche en même temps que « Blanche-Neige et les sept nains ».
Engagé en 1933 par Walt Disney. Wolfgang Reitherman se souvient du formidable enthousiasme de son patron ; « Il aimait les paris un peu fous et dès qu'il se consacrait à son travail, il n'y avait pas la moindre perte de temps, dit Woolie. Pour « Blanche-Neige et les sept nains », dont j'ai réalisé les séquences du miroir magique, Walt Disney avait recruté trente-deux animateurs, cent deux assistants, cent sept intervallistes qui conçoivent les dessins intermédiaires nécessaires à la fluidité des mouvements vingt maquettistes, vingt-cinq décorateurs et plus d'une centaine de traceurs et de gouacheurs pour reporter les dessins sur celluloid et les colorier. »


Quatre ans de tournage
« Woolie » Reitherman a commencé à animer. Blanche-Neige et les sept nains en 1934.
« Le tournage a duré quatre ans, rappelle-t-il. Walt Disney a investi près de deux millions de dollars de l'époque, ce qui avait provoqué l'hostilité générale des milieux d'Hollywood et de la finance. Au début, les banquiers refusaient même de lui prêter un dollar. Mais quand Walt Disney leur a montré les premières scènes du film, ils ont été tellement séduits que l'argent n'a plus manqué. »
En 1937, Hollywood vivait à l'époque des stars. Le dessin animé, le plus souvent en court métrage, servait d'entrée en matière. Avec « Blanche-Neige et les sept nains », Walt Disney a été le premier à faire un long film de dessins animés qui s'appuie sur un scénario solide et dont le style soit « adulte ».
« L'utilisation de la caméra multiplans nous a permis de créer des perspectives et des profondeurs de champ dans les décors, qui étaient inconnues jusqu'alors, souligne Wolfgang Reitherman. Cette caméra, capable d'apporter ainsi un grand réalisme, a été inventée par l'un de nos collaborateurs : Bill Garity. »
La fierté se lit dans le regard de « Woolie », dont la seule infidélité à Walt Disney a consisté à piloter des avions de chasse durant la Deuxième Guerre mondiale. Une fierté qui se joint à l'émotion lorsqu'il évoque la première de « Blanche-Neige », au Carthay Circle de Los Angeles.
« Ce soir-là, nous avons conquis tout Hollywood. Dans la salle avaient pris place Charles Chaplin, Greta Garbo, Marlène Dietrich et Judy Garland. Eh bien ! ils ont tous réagi avec une âme d'enfant. »


Dans toute sa splendeur
Quarante-six ans après, « Blanche-Neige et les sept nains » a gardé toute sa splendeur : « Walt Disney considérait ce dessin animé comme sa plus éclatante réussite, avec « Cendrillon », estime « Woolie », avant de recueillir l'avis d'une fervente admiratrice : Dorothée. Le 20 novembre, au cours de l'émission Disney Dimanche », elle présentera en exclusivité quelques extraits de la nouvelle histoire de Mickey : Le Noël de Mickey ..


« Blanche-Neige et les sept nains, j'irai le revoir avec des copines et des copains. C'est le plus beau film au monde », affirme la petite fée de la télévision, avant de souhaiter connaître la prochaine production des studios Walt Disney.
« Nous préparons pour novembre 1985, la sortie de « The Black Cauldron », annonce « Woolie » Reitherman. Il s'agit d'une épopée magique inspirée des chroniques de Prydayne, des contes irlandais datant du Moyen-Age. Le jeune héros en sera Taran, un gardien de cochons qui décide de combattre un roi maléfique pour l'empêcher de s'approprier un chaudron noir, arme de mort et de destruction. Le tournage vient de débuter et « The Black Cauldron » coûtera une fortune colossale : 20 millions de dollars (160 millions de francs). »


François PRASTEAU


Le dîner des stars chez Lapérousse

Le Parisien – 7 décembre 1983

Alphonse Boudard, André Gaillard, Mr Bicheron, Evelyne Pagès, Teddy Vrignault, Laurence Jyl, la lectrice Catherine André, Jacques Pessis, le lecteur Bernard Moucel, Jean-Luc Azoulay, Jean Sablon et Dorothée.

Comme dans la plus pure tradition des salons des siècles passés, toutes les formes d'art se sont retrouvées représentées et évoquées lundi soir chez Lapérouse 51, quai des Grands-Augustins (Paris) - à l'occasion de notre désormais traditionnel Dîner des stars.
Entre la terrine de Saint-Jacques, la tourte de volaille et l'énoncé de quelques recettes par Jean Sablon, cuisinier modèle, nos convives ont placé à leur menu le cinéma, la géographie, la peinture, la chanson et la littérature. Des paroles bues entre deux bouchées par nos lecteurs lauréats : Bernard Moncel (26 ans), opérateur de petites annonces dans une agence de publicité, et Catherine André, sa fiancée, employée de banque Alphonse Boudard. André Gaillard et Teddy Vrignault (les Frères Ennemis), véritable trio infernal, ont rivalisé en matière de culture cinématographique sous l'arbitrage de Jean Sablon, plus jeune que jamais.
Sans bouger de leur place et sans avoir besoin du moindre carnet de change, l'interprète de Vous qui passez sans me voir (appelé un jour Samovar lors d'une séance de dédicace par une New-Yorkaise articulant le français avec difficulté) a évoqué le Brésil, cher à André Gaillard puisque sa femme en est originaire, puis le Japon cher à Lucien Bicheron, le maître des lieux, puisqu'une partie de la brigade des cuisines de Lapérouse en est originaire.
Je vous précise que Sablon arborait pour la première fois la rosette symbolisant la médaille de vermeil de la Ville de Paris qui lui a été décernée l'an dernier. Et cela grâce à Evelyne Pagès qui, l'après-midi même, lui avait acheté de quoi garnir sa boutonnière. Boudard en revanche prépare déjà un nouveau roman et m'a affirmé que sa pièce les Sales Gosses ne connaissant qu'un succès d'estime (dernières représentations à la fin de l'année), il ne compte pas récidiver de sitôt au théâtre. Laurence Jyl, elle, entre l'écriture de deux livres et de trois épisodes de Châteauvallon, le Dallas à la française, achève le manuscrit de sa première comédie que va créer Pierre Doris en septembre prochain. La palette s'est trouvée complétée par Dorothée que Boudard a physiquement comparée à une toile de Modigliani. Au grand étonnement de la délicieuse interprète de « Pour faire une chanson » (dont Monet est un lointain aïeul) et de Jean-Luc Azoulay, le producteur et auteur de ses disques qui n'avait sans doute pas encore imaginé l'étendue des talents de son artiste.
« Un jour, à la télévision, a précisé Boudard, j'avais comparé Serge Lama à Napoléon. Il débutait. Je ne le connaissais pas et, je l'avoue aujourd'hui, j'ai lancé la première réflexion qui m'est passée par la tête. »


Chantal Goya et Dorothée : les deux copines préférées des enfants

Le lot républicain – 10 décembre 1983

Leurs mimiques de grandes sœurs, leurs battements de main faussement improvisés, leur répertoire gentillet, leur valent des montagnes de railleries, de jalousie, d'ironie. La Vosgienne, Chantal Goya et l'ex-présentatrice du petit écran, Dorothée, n'en demeurent pas moins les copines préférées des enfants.

Devenir star du disque pour enfants. Statue, statut peu glorieux au demeurant pour des débutants de la scène. Bâtir des chansons qui endorment les chérubins, travailler à des couplets provoquant automatiquement les risettes, guère compatible, il est vrai, avec des rêves de nouveau Brel ou de fils spirituel de Ferré.
Pourtant, pas question de faire avaler n'importe quoi à la clientèle enfantine. Un vague conte à la sauce berceuse ne suffit plus aujourd'hui ; pas davantage qu'une aventure mal ficelée sur fond sonore de comptine. D'abord, parce qu'au même titre que le mot, la note appartient désormais à l'univers familier des plus petits, qui préfèrent jouer avec un mange-disques qu'avec une pile de cubes, qui constituent les premières cibles d'une avalanche audiovisuelle, qui adorent, encore et toujours, les jolies histoires et les personnages enchanteurs. Ensuite parce que ce marché disco- graphique bien particulier, a pu éviter la marginalisation. Et a su, au contraire, jouer à fond les atouts de la qualité.


Héros du petit écran
Ce terme de qualité passera évidemment pour un affront, ou un reflet criard de nullité crasseuse, aux yeux, aux oreilles en la circonstance, de ceux qui ne peuvent supporter plus de trois minutes les gamineries de grande sœur Chantal » ou les sourires de « cousine Dorothée ». Oubliant par là-même qu'ils ne leur sont pas destinés...
Reste qu'il suffit de comparer les disques proposés aux gamins de 1982 aux enregistrements du début des années soixante-dix pour constater, impartialement, une évolution considérable de ce marché.
Consolation pour les héraults de l'écrit, la mode actuelle se veut, nettement, au livre-disque. Des textes attractifs, savamment imagés, parfois complétés de jeux (charades, coloriages, rébus et découpages) permettent aux bambins d'apprendre tout en s'amusant. Le rôle didactique du microsillon, les parents ou éducateurs - principalement en maternelle – ne songent plus à le nier. Certains déplorent, en revanche, la part trop belle faite aux héros du petit écran. Mais si Maya l'abeille, Goldorak, Nono, Ulysse 31, Capitaine Flam, Casimir, Boubi le petit ourson, Heidi, Candy... ont la part belle, à qui la faute ?
Les adultes-acheteurs ont tout de même l'embarras du choix face au rayon de disques enfantins. Et si, jugé par certains sociologues trop moralisateurs, voire manichéens, le monde de Walt Disney les irrite, si les personnages de Mary Poppins, Pinocchio, Blanche-Neige, Aladin, Peter Pan, Cendrillon, Bambi, Rox et Rouky, Bernard et Bianca... leur paraissent trop fades ou manipulateurs » (!) pour de petites oreilles, demeurent à la devanture une foule de contes (le plus souvent servis par le talent des comédiens renommés, de Fernandel à Jean-Claude Brialy, en passant par Marie-Christine Barrault ou... la princesse Grace de Monaco) et une série d'enregistrements purement, volontairement didactiques : initiation à la musique, approche de la vie et des oeuvres des grands compositeurs Prokofiev et son « Pierre et le Loup » bénéficiant en la circonstance d'un maximum de faveurs.


10 millions d'unités
Et puis, il faut compter également avec des chansons faites sur mesure pour les gosses. Celles de Jean-Jacques Debout, destinées à sa femme Chantal Goya, celles de Dorothée qui marche pratiquement sur ses plates-bandes, celles d'Evelyne Leclerq qui doit se dire qu'après tout, il y a place au hit-parade de l'enfance pour deux ex-présentatrices du petit écran.

Mais aussi, moins typiquement enfantines, pas nécessairement reliées à des produits de consommation intensive (héros de dessin animé principalement), en un mot moins « commerciales », les œuvres intéressantes d'Anne Sylvestre ou Henri Dès. Sans parler d'Imbert et Moreau qui entonnent, un tantinet opportunistes, « Super, les nouveaux parents ».
Evidemment, le matraquage publicitaire et les moyens colossaux des héritiers de Disney ont tendance à donner une idée fausse de ce marché particulier, mais non à part. Aux consommateurs d'apprendre à fouiller dans les bacs des disquaires. A s'interroger sur la pérennité des héros de la plus belle tradition (Zorro, David Crocket) face au déluge télévisuel, sur la valeur comparée du Petit Prince ou de Maya !
Les industriels du disque, eux garderont de toute façon le sourire. Bon an, mal an, la vente du microsillon enfantin dépasse la bagatelle des dix millions d'unités. A peine la moitié du marché classique, quasiment autant que la musique dite d'ambiance, davantage que le jazz...
Et Noel 82 ne renversera pas la vapeur. Nous tenons les paris.


Pascal CHIPOT


Le rêve de Dorothée : avoir des jumeaux

13 décembre 1983

Blonde, 1,58 m, 40 kg, 29 ans, minois de grande gamine, sourire malicieux, cheveux en baguettes : en l'espace de quelques années, Frédérique Hoschedé, alias Dorothée est devenue la madone des maternelles, ex-æquo avec Chantal Goya. Son terrain d'action préféré : la télévision. Un très bon indice d'écoute et côté chiffres un carton (4 millions de disques vendus !).


Normal alors qu'Antenne 2 lui ait demandé d'animer le super- show de la nuit de Noël, mis en scène par Robert Rea. Normal encore qu'elle y soit entourée du nec plus ultra-TV : Philippe Bouvard, Michel Drucker, Bernard Pivot, Patrick Simpson-Jones et... côté show-biz : Jane Birkin, Karen Cheryl, Carlos. Ne serait-ce que cela ? Non ! A partir de mercredi, Dorothée, égérie des moins de 10 ans, présente une comédie musicale sous un chapiteau de 3.000 places au Champ de Mars. Un spectacle patronné par Europe 1 et qui porte le nom d'un de ses tubes « Pour faire une chanson ». De quoi assurer son image de marque et arrondir son compte en banque.
« Heureuse ! s'exclame-t-elle en riant. Si je devais uniquement me contenter de ce que m'offre Antenne 2... : 2.000 F par émission ! » Et d'ajouter taquine : « De toute façon, mon argent, je n'ai pas le temps de le dépenser, il passe essentiellement dans les voyages et les sacs à mains. J'en possède une centaine, une folie, n'est-ce pas ? »


Dix kilos de plus
Dorothée, enfant gâtée ? Pas du tout. Pas son genre et puis quand on s'est battue pendant des années pour arriver, on a bien le droit de s'offrir quelques folies. Pour l'anonyme Frédérique Hoschedé, tout a commencé sur les bancs du lycée, où en classe de terminale, elle participe « pour du beurre » dit-elle, aux représentations théâtrales de fin d'année. Le temps passe. Frédérique prépare une licence d'anglais à l'université de Censier. Un matin de 1979 le téléphone sonne. Au bout du fil, Jacqueline Joubert lui propose d'animer les premiers « mercredis de la Jeunesse » sur TF 1: quatre heures d'émission hebdomadaires au cours desquelles elle a pour partenaire une marionnette. « J'avais un trac fou, avoue-t-elle, dix ans de moins, dix kilos en plus. Mon premier contact avec les enfants. Entre eux et moi, ça a tout de suite marché. Je crois qu'ils ont senti que j'étais sincère avec eux. »
A peine les jeunes téléspectateurs commencent-ils à se familiariser avec Dorothée que pour elle l'horizon s'obscurcit. En 1974, c'est l'éclatement de l'O:R.T.F. L'émission prend fin. « Vous n'êtes pas faite pour ce métier lui dit-on ». Pas rancunière, elle déclare aujourd'hui avec un brin d'ironie « tout le monde peut se tromper » : N'empêche. Dorothée connaît alors une période de vaches maigres : huit mois de chômage pendant lesquels elle court les petits cachets et fait tous les métiers.
Heureusement, un concours de speakerine à Antenne 2 la sort de cette mauvaise passe. Une fois encore, c'est Jacqueline Joubert, « ma deuxième maman dit Dorothée » qui l'avertit. Admise, Dorothée retrouve du même coup ses petits compagnons, grâce à « Disney Dimanche » et « Récré A2 ». Un bonheur n'arrivant jamais seul ! François Truffaut lui propose alors un rôle dans « l'Amour en fuite ». « D'abord j'ai cru à une mauvaise blague, dit-elle. Quand j'ai compris que c'était bien lui, j'ai piqué un de ces fards ! »
Deux ans plus tard, Dorothée tourne « Pile ou face » de Robert Enrico, avec Philippe Noiret et Michel Serrault. Depuis, côté cinéma plus rien. Pourtant ce ne sont pas les suggestions qui manquent, « mais on me propose toujours des rôles d'institutrice ou de speakerine gnangnan, proteste-t-elle. Que les enfants me prennent pour leur grande sœur d'accord. Mais les adultes ! De surcroît des professionnels. Ils m'imaginent toujours en jupe plissée et en socquettes blanches. Je suis capable d'exprimer des sentiments. Alors tant pis pour le cinéma. J'attends... »
Ce qui n'empêche pas Dorothée de poursuivre son petit bonhomme de chemin. Après avoir enregistré son premier disque « Dorothée au pays des chansons », les succès se suivent : « Rox et Rouky » se vend à plus d'un million d'exemplaires. Pareil pour « Hou la menteuse » et c'est déjà bien parti pour les deux nouveaux albums qu'elle vient de sortir pour Noël. Dorothée, vedette. Comme dans les contes on pourrait dire « elle fut heureuse et eut beaucoup d'enfants ». Mon rêve, dit-elle, serait d'avoir des jumeaux ! »

JEAN-PIERRE LACOMME


Dorothée et les Charlots se sont souhaités un joyeux Noël

France-Soir – 23 décembre 1983

LA Seine les sépare et ils ne parviendront pas leur grand regret - à aller s'applaudir mutuellement. C'est que Dorothée et sa bande de « Récré A 2 » est au Champ-de-Mars sous chapiteau jusqu'au 4 janvier (deux matinées tous les jours) tandis que les Charlots ont choisi la rive droite et l'Olympia, pour divertir le même jeune public jusqu'au 1er janvier inclus à 15 h30.
N'empêche que les Charlots sont allés dire bonne chance à Dorothée, qui ne leur en a pas souhaité moins. Pour Dorothée, Jacky et les autres, « Pour faire une chanson », dans un décor de forêt enchantée, c'est en fait la reprise du spectacle qu'ils ont présenté tout l'été sur le podium de RMC. Cinq comédiens, onze musiciens et quatre danseurs entourent la seule présentatrice de télévision qui n’ait jamais réussi à faire autre chose que jouer la femme-tronc.
« En fait, je n'ai présenté les programmes que pendant un an. Grâce à Jacqueline Joubert qui a toujours été ma bonne fée, je n'ai pas eu le temps de m'endormir dans ma routine. J'ai tout de suite plongé dans « Récré A 2 ». II n'y a pas d'école pour apprendre la télévision, mais il y a une chose sans laquelle rien n'est possible : la santé. Le direct en exige une formidable ! Et puis, il faut de la volonté. Dans mon cas, on dit « mauvais caractère ». Quelle importance si cela fait avancer ! »


Retour à la scène
Du côté des Charlots, on a gommé - pour les enfants la partie un peu osée de leur récital traditionnel. C'est que ces trois jeunes gens revenus il y a un peu plus d'un an à la chanson, après des détours réussis par le cinéma et le théâtre (ils ont joué. La cuisine des anges dans le monde entier), ont décidé de fêter leur quasi-majorité (dix-huit ans de vie commune en 1984) avec le jeune public que leurs chansons « L'apérobic » ou « Yodo-loi leur ont attiré.
Ils retrouvent pour l'occasion l'Olympia de leurs débuts – ils furent les musiciens d'Antoine mêlant chansons, sketches, extraits de leurs films et cadeaux puisqu'ils se proposent de faire participer la salle en jouant à l'école des fans.

Michèle DOKAN

Dorothée, chapiteau du Champ- de-Mars, jusqu'au 4 janvier.
Les Charlots, Olympia, jusqu'au 1er janvier.


William Leymergie, l’équipier de Dorothée : « Les enfants me rassurent »

France-Soir – 27 décembre 1983

WILLIAM LEYMERGIE aime tellement son métier que, le soir, rentré à la maison, il continue à travailler. Toutes ses heures de loisir y passent. Elementaire, quand on prépare et anime une émission pour les enfants (Récré A2, avec Dorothée, les mercredis après-midi sur A2, et, en ce moment, tous les jours) et qu'on est père de Sacha (quinze mois) et de Jerry (quatre ans).
Pour nombre de gens « sérieux », d'adultes responsables ce grand jeune homme de trente-six ans est retombé en enfance, ou n'en est jamais sorti.
« Je suis plus à l'aise dans le monde des enfants. Ils me rassurent. Ils n'ont aucune arrière-pensée, que des sentiments bruts. Ils vous aiment ou vous détestent. »
Son petit garçon blond, Sacha, ponctue cette déclaration d'amour en lui sautant dans les bras. Peut-être William garde-t-il aussi la nostalgie d'une enfance merveilleuse en Afrique Noire et en Algérie. Qui n'a rêvé de faire la course aux phacochères au lieu de jouer dans le square du quartier ?
Engagée par Jacqueline Joubert sur TF1, il en devient rapidement l'un des plus jeunes producteurs, avec une émission qui ravit déjà les maternelles. Il s'agit de « Un métier et un père : dialogue d'un père avec son enfant qui ne comprend pas toujours exactement quelle est la profession de papa. Il entre peu après à Radio France en tant que journaliste d'information. Il y est encore puisqu'il anime chaque matin sur France Inter « La clé sous le paillasson », un jeu où l'on gagne, chose curieuse, non pas des sous mais des kilomètres train. En attendant, vous avez vu William, dimanche (A2, 17 h 05) présenter « SVP Disney » de Noël : avec Dorothée, sa complice « récréationnaire ». William Leymergie, toujours plein d'énergie, a une foule de projets qui touchent naturellement à son domaine préféré : les petits. Ecrire un livre pour les enfants, qu'illustrera sa femme dessinatrice et un manuel d'éducation. William a trois principes : « Aimer, éduquer, apprendre » !


Florence TREDEZ
William et Sacha Leymergie: la vie comme sur des roulettes...
Photo FRANCE-SOIR
(Lucien Jacquinot)


Dorothée et les enfants : "Je rêve d'en avoir un à moi"

Le soir Illustré - 29 Décembre 1983

A la scène comme au petit écran, l’ex-speakerine d’Antenne 2 est devenue l’idole des gosses. Mais amuser les enfants des autres ne suffit plus à Dorothée, qui rêve de se marier et de fonder sa propre famille… lorsque sa carrière lui en laissera le temps !

Dorothée… il n’a pas fallu plus de cinq ans pour que ce petit bout de femme arrive à imposer son prénom tous azimuts. A la télévision, bien sûr, mais aussi et surtout à la scène et sur les pochettes de disques. Les gosses sont fous d’elle, apprennent ses chansons par cœur, font des pieds et des mains pour assister à ses spectacles. Dorothée superstar ? Presque ! En tout cas, son extraordinaire gentillesse et son air mutin un tantinet désinvolte ont déjà conquis des millions de petits cœurs.

Son dernier triomphe : le joli show de Noël d’Antenne 2 où, entourée de Michel Drucker, de Bernard Pivot et de Philippe Bouvard, elle a prouvé qu’on pouvait à la fois plaire aux enfants et séduire les parents… tout en se montrant irrespectueux de temps à autre. C’est qu’à force de travailler d’arrache-pied pour gommer progressivement les (petites) erreurs de ses débuts, Dorothée a fini par acquérir un extraordinaire sens du public. Nous nous en étions déjà aperçus lors de son passage à l’Olympia pour " Dorothée tambour battant ", nous en avons eu la confirmation en assistant, l’autre jour, à l’enregistrement d’une séquence de " L’académie des neuf ", au théâtre de l’Empire, pour A2 : les " moins dix " applaudissaient frénétiquement à chaque intervention de leur idole, ne se privant pas d’envahir le plateau pour réclamer une signature. Des réactions qui ne trompent pas… Cinq minutes plus tard, Dorothée, toute mignonne dans sa robe en angora rouge (" Mais elle me fait tousser ! ", avoue-t-elle avec un petit sourire), se relaxe dans sa loge, surveillée du coin de l’œil par Roxan, le minuscule Yorkshire qui l’accompagne partout.

- Si je me sens fatiguée ? Oui, un peu… Et l’après-midi ne fait que commencer : je dois encore régler un tas de problèmes dans le spectacle que je vis bientôt présenter au Champ-de-Mars, juste au pied de la Tour Eiffel. Un spectacle pour enfants, bien sûr, entièrement gratuit, offert par Antenne 2, Europe 1 et la mairie de paris, à l’occasion des fêtes. Voilà sans doute l’inconvénient majeur que rencontrent ceux qui chantent pour les gosses : nous sommes obligés de concentrer nos efforts sur les périodes de congés scolaires, de nous donner à fond pendant un laps de temps assez court…

Passionnée par les voyages

- Les enfants sont devenus votre public, votre passion… Mais comment avez-vous vécu votre propre enfance ?

- Je m’en souviens comme d’une période très heureuse de ma vie. Papa était ingénieur et mélomane ; maman, qui vit toujours, n’exerçait aucune profession mais s’est toujours préoccupée de donner la meilleure éducation possible à mon frère et à moi-même. Rien ne me destinait, a priori, à une carrière artistique La télévision ? Nous n’en avions même pas à la maison ! Par contre, j’adorais lire, surtout des romans et des récits d’aventures, comme " Les Carnets du capitaine Cook ". Voyager a toujours été l’un de mes rêves : toute petite, je ne parvenais pas à m’imaginer exerçant un métier sédentaire, statique. Il fallait bouger ! Plus tard, je me suis orientée vers l’obtention d’une licence d’anglais afin de trouver un job dans le tourisme…

Cette licence, la jeune fille ne l’obtiendra pas. En 1971 – elle a alors 18 ans – Dorothée monte un spectacle théâtral avec quelques copains du lycée. Un coup d’essai qui sera récompensé par le jury du " Concours inter-lycées " : Dorothée se voit décerner le prix spécial d’interprétation. C’est à cette occasion qu’elle se fait remarquer par Jacqueline Joubert, l’une des responsables de la télévision française. " N’hésitez pas à venir me voir un jour ou l’autre. Je sens que vous êtes faite pour la télévision ! " Un conseil que la future vedette suivra 3 ans plus tard, en se faisant engager pour animer les fameux " Mercredis de la jeunesse ". Adieu, licence d’anglais !

Dorothée est bien partie. Mais, après les " Mercredis ", elle va subir un échec avec l’émission " Réponse à tout ", qui ne correspond ni à ses goûts, ni à ses aptitudes. Un directeur peu clairvoyant lui lance un cinglant " Vous n’êtes pas télégénique "… Huit mois de chômage. Dorothée en profite pour suivre les cours de danse et de claquette. Le découragement, l’amertume, connaît pas ! Jacqueline Joubert la contacte à nouveau, lui demande de se présenter au concours des speakerines d’Antenne 2. La suite est connue, du moins dans ses grandes lignes…

J’ai d’abord présenté " Dorothée et ses amis ", puis, en 1978, " Récré A2 ". Puis, je me suis mise à enregistrer des disques pour les enfants, un public pour lequel je désirai travailler depuis mes débuts.

Animatrice, speakerine, comédienne… Notre interlocutrice ajoutera très vite une quatrième corde à son arc : comédienne. François Truffaut, frappé par sa présence au petit écran, fait appel à elle pour "L’amour en fuite ". Un an et demi plus tard, Robert Enrico l’inscrit au générique de " Pile ou face ", avec Noiret et Serrault. Les évènements se précipitent, s’entrecroisent.

" Dorothée au pays des chansons " et " Dorothée et ses amis chantent.. ", 2 albums pas comme les autres en ce sens qu’ils parlent aux enfants un langage à la fois fantaisiste et intelligent, vont se vendre comme des petits pains. En avril 1981, la jeune femme " fait " son premier Olympia, entourée d’une trentaine de musiciens et de chanteurs. C’est un tabac ! Chantal Goya sait qu’elle n’est plus seule en piste… Puis, ce sera le spectacle " Dorothée tambour battant ", et tout récemment " Schtroumpfs ", très réussi, lui aussi.

Nous évoquions Chantal Goya : Dorothée la considère-t-elle vraiment comme –le vilain mot ! – une concurrente ?

- Absolument pas ! Pour la bonne raison que nous ne nous adressons pas aux enfants de la même manière et que, de toute façon, nous ne sommes pas trop de deux pour amuser un public aussi vaste… Cela dit, il m’arrive d’assister aux shows de Chantal et je sais qu’elle regarde parfois les miens. Nous nous entendons parfaitement bien.

-Voyez-vous une différence entre la Dorothée de la scène, qui sourit aux enfants, et la Dorothée de tous les jours ?

- Franchement, non. Je ne joue pas Dorothée pour le public, je me montre moi-même, telle que je suis vraiment. Vous savez, les enfants comprennent très vite si vous êtes sincère ou si vous ne l’êtes pas… Si je me suis levée de mauvaise humeur, si je ne me sens pas tout à fait dans mon assiette, je n’essaie pas de trop frimer. D’ailleurs, les gosses se chargent de me faire la remarque : " Dis, t’es pas bien, aujourd’hui ! " Mais, d’une manière générale, je trouve que les enfants se montrent très tolérants, plus compréhensifs que le public adulte. Si une grande personne aborde une vedette en rue pour lui demander un autographe et qu’il essuie un refus, il va râler sans tenir compte du fait que le chanteur ou l’acteur en question est peut-être très pressé, qu’il a de bonnes raisons d’agir ainsi. Le gosse, c’est le contraire : il m’est déjà arrivé – c’est rare, mais tout de même…- de refuser une signature par manque de temps et d’entendre le petit dire : " Ce sera pour la prochaine fois ! "

Aimable, sympathique, Dorothée avoue cependant posséder en elle une certaine dose d’agressivité…

- Disons que je n’aime pas m’en prendre aux gens pour le seul plaisir de les ennuyer. Mais ceux qui m’agressent verbalement reçoivent en général la monnaie de leur pièce ! Pas question de me laisser faire ! Il m’arrive aussi de m’énerver pendant la répétition d’un spectacle, mais uniquement pour essayer de faire bouger les choses, certainement pas pour embarrasser l’un ou l’autre membre de l’équipe.

- Appréciez-vous la vie de famille ?

- Beaucoup. J’aimerais me marier et élever des enfants, mais ma carrière me mange encore beaucoup trop de temps et d’énergie pour que je puisse sérieusement y penser pour le moment… Mais je me sens très " famille ", oui : je vois très souvent ma mère – qui est d’ailleurs mon critique le plus sévère – et ma grand-mère. Il est bon de retrouver les siens, de parler avec eux. Je peux vous dire que mes parents m’ont toujours soutenue à fond, même lorsque j’ai abandonné mes études pour entrer à la télévision. Ce sont des choses qui ne s’oublient pas.

Pour l’instant, Dorothée ne signe ni la musique, ni le texte de ses chansons. Elle se contente en général de suggérer aux auteurs certains sujets et, comme elle dit, " mettre mon grain de sel lorsque tout est terminé "…

- … Mais il est évident que tous mes collaborateurs travaillent grosso modo dans une même ligne. Je me refuse absolument à adopter des textes du genre " le petit lapin bleu avec ses grandes oreilles roses la la la " ! Je ne vois vraiment pas pourquoi certains se croient obligés de parler aux gosses un langage de débile mental. L’enfant n’est pas idiot : il est parfaitement capable de comprendre des phrases intelligentes, pourvu qu’elles soient adaptées à son âge. Quant à écrire moi-même mes chansons, je n’ose pas y songer : je suis trop feignante !

- A-t-il été facile de décider Drucker, Pivot et Bouvard à se transformer en acteurs ?

- Aucun problème ! Tous ont été enchantés par cette idée… et pivot a enfin pu prouver qu’il avait une jolie voix ! A Antenne 2, tout le monde se serre les coudes. C’est vraiment la chaîne où les gens se sentent les plus solidaires les uns des autres.

Jusqu’à présent, la jeune vedette n’a pas encore trouvé l’occasion de présenter l’un de ses super-shows dans une salle belge : voici quelques mois, des difficultés de dernière minute l’ont empêchée de se produire à " Forest-National ". Mais ce n’est sans doute que partie remise…

- J’adore le public belge, que j’ai eu l’occasion de découvrir lors de passages à la RTBF, pour " Lollipop " notamment : je trouve les enfants plus spontanés chez vous qu’à Paris, par exemple.

Et puis, LA grande question : Dorothée est-il son véritable nom ? Jusqu’à présent, l’idole des enfants avaient soigneusement évité de répondre. Mais on ne peut rien cacher au " Soir illustré ".

- Bon… En réalité, je m’appelle Frédérique. Comme il s’agit, du moins euphoniquement, d’un prénom asexué, j’ai pensé qu’il valait mieux trouver quelque chose de plus typiquement féminin. Quelque chose comme Cunégonde ou Proserpine, vous voyez ? (Elle a un grand sourire.) Et puis, je me suis décidée pour Dorothée, que je trouvais vraiment mignon et que je considère aujourd’hui comme mon véritable prénom !
Ne le répétez pas à vos enfants…

Michel Marteau


Trois mille places pour Dorothée

Le Hérisson – 29 décembre 1983

DOROTHÉE s'est enfin lancée, toute seule, comme une grande. Sur le Champ de Mars, jusqu'à la première semaine de janvier, elle affronte, chaque jour, trois mille personnes, dans une salle démontable aménagée pour elle, sous l'égide de la Ville de Paris. C'est la consécration pour cette petite fille qui, en 1977, se présenta, toute timide, à un concours de speakerines, qui fut non seulement reçue, mais engagée par Jacqueline Joubert, qui dirigea les émissions pour la jeunesse d'Antenne 2, et devint vite la vedette de Récré A. 2.
Ce fut, ensuite, pendant ces six années, une trajectoire régulière : elle joua, au cinéma, avec François Truffaut (L'Amour en fuite), avec Robert Enrico (Pile ou face). Elle enregistra des disques, et, surtout, se lança sur scène. Ses premiers essais, à l'Olympia, en 1981, puis en 1982, furent concluants.
D'où le grand saut fait aujourd'hui avec une comédie musicale, « Pour faire une chanson », à l'ombre de la Tour Eiffel. La prochaine étape ? Le Palais des Congrès, bien sûr. Mais, là, ce ne seront plus trois mille, mais près de cinq mille places qu'il faudra remplir chaque soir.
Un challenge pas si impossible pour la petite Dorothée qui, outre son talent, a l'intelligence de ne pas brûler les étapes, et ne compte que des amis, lesquels ne rechignent pas à l'épauler. A preuve, samedi dernier, sur Antenne 2, dans son show de fin d'année, Carlos, Drucker, Bouvard, Pivot...