Articles - 1988 - Page 6
Dorothée à la conquête du Japon
France Soir – Mercredi 10 août 1988
Après son voyage au Japon Dorothée n'a plus peur de rien.
Elle s'est mise au ninja avec les spécialistes nippons pour les besoins de « Giraya » l'un des feuilletons que la Toei est en train de tourner à Tokyo. Juste retour des choses la fana de Goldorak et de Bioman, Dorothée, qui se retrouve en tenue de samouraï, sabre à la main, va à son tour conquérir l'empire du Soleil Levant dans quatre rôles différents où elle gardera ses origines bien françaises: elle est tour à tour professeur de cuisine, puis combattante, et elle défendra à chaque fois les couleurs et l'honneur nationaux.
« C'est amusant de tourner au Japon, dit Dorothée. Ils sont efficaces, rapides, extraordinaires. Les Japonais sont très respectueux du travail. Ils m'ont appris un peu de leur langue et quelques-uns des gestes du ninja. »
L'infatigable Dorothée tourne... aussi autour de la terre. Après le Japon elle est allée à Los Angeles récolter des images pour son Dorothée Vacances.
Puis elle enchaînera à Paris avec la préparation du Zénith et de son disque.
Dur, dur de remplir les matinées et les mercredis après-midi de TF1.
Dorothée au soleil levant
Télé Star - 13 août 1988
Son escapade dans l'empire du Soleil Levant lui a permis de découvrir les spécialités locales, de s'habiller en geisha et de faire connaissance avec les enfants du pays du mikado. Dorothée en a profité pour tourner des feuilletons et quelques séquences du « Club Dorothée Vacances » résolument marqués au coin de l'exotisme.Dorothée à Tokyo, c'est l'animatrice la plus gentiment « secouée » au pays des tremblements de terre. Invitée par la société qui produit des dessins animés comme « Goldorak » et « Candy », Dorothée a passé quinze jours à courir. Elle a joué en « guest star », mais pas encore en geisha, dans trois feuilletons : « Gyraia », « Liveman », et « Mask Rider Black ». Elle a aussi tourné des séquences de « Dorothée Vacances ». Levée à six heures du matin, maquillage, taxi pour rejoindre les plateaux. La course dure en gros deux heures à cause des « embouteillages à ne pas mettre un Japonais dehors. » Elle s'est risquée sous-terre pour avancer plus vite. Dorothée, dans le métro, s'est perdue. Et pour demander son chemin, ce n'est pas facile. Rassurez-vous, chers enfants, nous l'avons retrouvée.Dans un restaurant, elle s'est essayée à la cuisine locale, aux spécialités de poissons crus, le « sashimi » et le « sushi ». Elle a même goûté le « kobe beef », du bœuf nourri à la bière. Ses rares moments libres, Dorothée les a passés à faire du shopping. Elle a acheté des vêtements que l'on peut aussi bien trouver à Paris, « mais, dit-elle, je dispose d'encore moins de temps à Paris ! »
Le lifting de Dorothée

Le nouvel observateur – 19 août 1988
La scène se déroule quelque part en Plaine Saint-Denis, loin du monde déchaîné des télés. Speedy Dorothée s'est déguisée en conductrice des travaux, un casque jaune sur la tête. Sommes-nous en train d'assister au tournage d'un épisode de la fameuse série « Pas de pitié pour les croissants » ? Eh bien, non ! C'est une visite guidée des nouveaux studios du Club Dorothée. Une usine à rêves que les télé-mômes vont découvrir à la rentrée. La société AB- qui a produit les dix millions de disques de la petite fiancée des kids et vend ses vingt-deux heures d'émission clef en main à Bouygues (tarif : 120 000 francs les soixante minutes) - a mis le paquet. Surface du Club : 6 000 mètres carrés. Deux plateaux, un atelier de décors, une cantine, des loges, des bureaux. En prime, un stock d'ordinateurs à la disposition des quatre-vingt-dix salariés de la fabrique à images. Nunuche, Dorothée ? C'est vrai, elle en a tout l'air. Mais elle a pourtant une carrure de pro. Debout à l'aube, couchée à minuit, elle se défonce. Elle n'aime que Dorothée, les gosses et Dorothée. Son truc ? Chercher des idées, toujours des idées. Cet été, elle a écumé les studios de Hollywood et ceux de la TOEI à Tokyo. Elle y a négocié des coproductions, acheté de nouvelles séries, commandé des dessins animés inédits. La sorcière bien-aimée de la France tartine et chocolat a la tête sur les épaules : ses yeux de velours ne quittent pas la ligne sombre de l'Audimat. Les gamins sont impitoyables. Pour eux, il faut que ça bouge. Pas culturel, le matraquage Dorothée ? « Entre l'équation éducation-destruction de la télévision enfantine aux USA et les disniaiseries de nos concurrents, nous choisissons la distraction », répond l'un de ses proches. Des jeux et du cirque. Nos mioches vivent vraiment une époque formidable !
Sylvie Véran
Dorothée, une fée en béton

Le soir illustrée – 20 août 1988
Un véritable typhon ! Comment qualifier autrement celle qui est devenue la super grande copine de tous les enfants, loin devant ses concurrentes qui savent pourtant, elles aussi, comment mettre les mioches dans leur poche ? Un typhon qui monte très tôt sur le pont. Chaque jour, sur le coup de 7 h 30, la fée vitamine ouvre son club. Pas de vacances pour Dorothée. Du boulot, rien que du boulot, encore du boulot. Et un voyage au Japon en prime, le temps de se glisser dans l'un ou l'autre épisode de « Bioman ».
En dix bonnes années. Dorothée a fait sa place au petit écran. Elle est devenue incontournable, comme on dit aujourd'hui. A T.F.1, où elle est revenue en juin 1987 après avoir été fidèle très longtemps à Antenne 2, elle pèse de plus en plus lourd. Et elle prend de plus en plus de place : après le mercredi après-midi et le dimanche matin, elle a annexé la semaine, partant du principe que l'avenir appartient à ceux qui animent tôt.
Lancée par Jacqueline Joubert recrutée comme speakerine à Antenne 2 en 1977, elle entre à « Récré A. 2 » l'année suivante. Deux films vont la signaler à l'attention... des parents : elle jouera successivement dans « L'Amour en fuite », de François Truffaut, puis dans « Pile ou face » de Robert Enrico. Ensuite, c'est l'engrenage. De plus en plus populaire, ce poids plume de la télé (46 kilos, 1.60 mètre), véritable pile électrique, bûcheuse hors normes, enchaîne succès sur succès. Très vite, elle rentabilise son contact de rêve avec les enfants : 10 millions de disques vendus, des comédies musicales en série. 750 heures de programme en 1988. Avec son air de fillette sa vague ressemblance avec Annie Cordy, sa bonne humeur très pro, elle se forge une position en béton. Car Frédérique Hoschédé (son vrai nom) sait gérer ses qualités. Tout lui réussit, elle gagne de l'or en barre, est infatigable, et provoque bien sûr des tas de jalousies. Petite souris mais femme d'affaires, pétillante et réaliste, remplissant largement son contrat au sein d'une chaine où le manque de peps à l'Audimat débouche souvent sur la porte. Dorothée fait partie de cette race à qui l'on donne une main et qui vous prend tout le bras...
Bioman au secours de Dorothée
Femme Actuelle - 29 août 1988
Dorothée sauvée par « Bioman » des griffes des méchants... Il fallait bien s'attendre à cette rencontre entre les deux stars pour enfants de T.F.1. Mademoiselle la responsable de l'Unité Jeunesse a été invitée par le héros de la série-vedette pour tourner, au mois de juillet, un épisode au Japon. Dorothée, ravie, est ensuite rentrée dare dare à Paris, concocter ses futures vingt-deux heures hebdomadaires de programme. Elle va pouvoir ainsi mettre sur pied son nouveau spectacle de Noël au Zenith, titre-choc à l'appui : Attention danger.
Groucho et Chico attaquent Dorothée

Le Hérisson – 30 août 1988
LA semaine prochaine, grande première sur Antenne 2 : Christophe Izard, qui a pris la direction des émissions pour la jeunesse, lance son offensive contre sa concurrente de T.F.1, Dorothée. Ses atouts ? Deux garçons, que l'on a déjà vus en diverses occasions à la télé, et qui se font ironiquement appeler Groucho et Chico. C'est ce couple de rigolos qui animera la plupart des émissions pour enfants, notamment le samedi avec « Louf », le mercredi avec « Bonjour les baskets » et chaque jour « Graffiti 5-15 ». Leur recette : la bonne humeur. Pour intéresser les enfants, il ne suffit plus de leur raconter des histoires. Il faut savoir les faire rire aussi. C'est le travail de Groucho et Chico : à eux de se déchaîner. Mais dans les nouveaux programmes jeunesse, il y aura aussi le visage souriant de Douchka, des jeux comme « Chauds les glaçons » et naturellement des dessins animés. Mais, prévient Izard, pas n'importe lesquels. On en a assez des Goldorak et compagnie et des histoires japonaises bêtifiantes. Bravo pour ces bonnes paroles, mais les trouvera-t-on, ces dessins animés intelligents ?
Une rentrée chez Dorothée

7 septembre 1988
Cédric, un petit écolier de Colomiers est l'invité aujourd'hui du Club Dorothée.
Cédric Morais, 8 ans, n'ira pas à l'école Jules-Ferry à Colomiers (31), où il est entré au C.E. 2. hier. Cet après-midi, il passe a la télévision, en direct, avec Dorothée ! Hier, il a raconté ça à ses copains de classe mais ils l'ont à peine cru. Qu'ils se mettent devant leur poste cet après-midi et ils verront, ce qu'ils verront.
Un Cédric, leur Cédric, à côté de Dorothée dont ils sont tous amoureux, mais en secret. Ils verront un Cédric très souriant, décontracté, adorable, qui racontera à Dorothée comment il s'est retrouvé ce matin dans l'avion et sur le même plateau qu'elle, et qu'elle est la chérie de son frère Guillaume, 5 ans. Sébastien, lui n'a que 19 mois et préfère pour l'instant les biscuits Brossard, grâce auxquels. Cédric a été invite par Dorothée.
Maman a envoyé une carte postale ainsi que le bulletin-réponse au concours Les Goûters papie Brossard ». Il y avait aussi la date de mon anniversaire, le 22 août, et l'autre jour, le facteur m'a apporté plein de gâteaux et une invitation pour l'émission de Dorothée le 7 septembre.
A la maison, à Colomiers, où vont rester Guillaume et Sébastien, on va enregistrer la chérie de Guillaume et le frère chéri, le héros du jour avec le magnétoscope que Marie-Claire, la maman des trois petits garçons a gagné récemment à un concours organisé par T.1.1.
C'est promis, les prochains concours qui lui tomberont sous les yeux comporteront les prénoms et les dates de naissances de Guillaume et Sébastien. Le hasard fait tellement bien les choses !
M. C.
Le syndrome Dorothée

Télé Pro Suisse – 8 septembre 1988
En cette fin de vacances, je me suis presque forcé à regarder « Oh ! Coco l'été chaud » de l'ineffable Collaro. Mon Dieu ! Que ça vole bas ! Si ça vole...
Pour déguster un bon mot ou savourer un bon gag, il faut se farcir une heure de mauvais humour de collégien.
Comme c'est l'été chaud, une partie des séquences se déroule au bord de la grande Bleue, dans un camping. C'est le motif pour faire défiler et se tortiller à l'écran des filles seins nus. Quoi de plus normal, direz-vous, on ne voit que ça Coco quand c'est l’été chaud sur les plages de France et de Navarre. Mais voilà c'est sur les plages, pas dans la rue, ni dans mon salon.
Notez que ces lolos à gogo n'ont pas empêché un sketch ringard où chaque personnage va soulever un bout de tente pour apercevoir devinez quoi deux infirmières poitrine a i air A des collégiens commettant ce genre de gamineries, on foutrait une paire de claques. Collaro et sa bande, Bouygues les paie.
Voici un gag génial qu'il faut noter, de crainte qu'il ne passe pas à la postérité. Une épidémie frappe les campeurs certains attrapent d'énormes taches rouges sur la figure. Plutôt que l'Institut Pasteur, c'est la Gendarmerie qui enquête. Et qui trouve ! Le tenancier du camp peint des taches de couleur sur les campeurs endormis. Ainsi, ils ne peuvent partir du camp et prolongent leur séjour. Si tu es gai, ris donc !
Les gendarmes sont deux. L'un imite très bien Louis de Funès. Mais c'est bafouer la mémoire du regretté comédien que de l'imiter dans des gags coquins. Si le gendarme de Funes se lança jadis à la poursuite des nudistes il le faisait décemment.
Et le rôle le plus subtil. Stephane Collaro se l'est réservé le rôle du Belge de service, un touriste bêta, roux et qui de surcroît raconte des blagues belges avec un accent garanti faux.
Moi. Tonton Mayonnaise. Alias Collaro, je l'aimais bien du temps de ses débuts au « Petit Rapporteur » avec Jacques Martin.
Depuis qu'il vole de ses propres ailes, il verse dans la parodie grossière, la gaudriole. En effet, Collaro est atteint de ce que j'appellerais le « syndrome Dorothée ». Comme la présentatrice des émissions enfantines, la ci-devant charmante Dorothée. Collaro est victime de la production en série. Dorothée devant assurer une émission chaque jour, la qualité baisse forcément. On fait bon marché des principes. Ainsi on achète des dessins animés sans trop se soucier de leur qualité éducative tout comme l'équipe Collaro imagine des sketches en se fichant du bon goût Sans souci de la qualité, le stakhanovisme produit vite, mais n'importe quoi. Peut-être les philosophes des mass-media n'ont-ils pas assez rappelé que les émissions comiques sont les plus difficiles à réaliser. On ne peut confier ce travail qu’à des gens sérieux.
LE MONOCLE
Dorothée en cassettes

La lettre de l’audiovisuel - 9 septembre 1988
Nicole Fribourg et Cinéma Vidéo Conseil ont signé avec AB Productions pour la commercialisation des vidéo cassettes des producteurs de Dorothée, et ce en grandes surfaces, dans les magasins de jouets, dans tous les vidéo clubs, dans les librairies.
La première vidéocassette commercialisée, à partir du 10 septembre 1988, sera « Dorothée au Zénith », (90 mn), dont le prix public est de 149 francs environ.
Goldorothée – Tout est affaires
Télérama – 14 septembre 1988
Cette année-là – 1976 – Jean-Luc Azoulay était jaune comme un citron. Hépatite virale, avait diagnostiqué le docteur, prescrivant du même coup deux mois de repos complet. Manager de Sylvie Vartan et, depuis peu, propriétaire d’une maison de disques (AB Productions), Azoulay est un garçon débordant d’idées et d’énergie. Pas vraiment le genre à rester cloué devant sa télé… Pourtant, cet alitement forcé, Jean-Luc Azoulay lui doit sa fortune. Elle se présente non pas sous la forme d’un crapaud, comme dans les contes de fées, mais sous celle, bien plus séduisante, d’une petite frimousse au nez pointu et au regard plissé – genre Ma sorcière bien aimée – qui anime une émission pour enfants sur la Deux.
Tout de suite, c’est le déclic : Jean-Luc « décide » que Dorothée, car c’est elle, doit absolument chanter des chansons pour les gosses. En tout cas, il va faire tout ce qu’il peut pour la convaincre. Après tout, se dit-il, la seule vraie vedette pour enfants, c’est Chantal Goya. Il y a largement de la place pour une deuxième… Or, pour l’instant, Dorothée n’est qu’une petite animatrice peu connue du grand public, qui doit faire ses preuves. Pour Azoulay, c’est tout simplement une star qui s’ignore.
1 200 heures de programme par an
Coups de fil, rencontres, palabres (« Mais je ne sais pas chanter » ; « Mais si, mais si… ») et, après trois ans de tergiversations, un premier disque : Rox et Rouky (tube-gling-gling) suivi d’un second, Hou, la menteuse ! (retube et regling-gling) et ainsi de suite jusqu’au dernier-né : Attention, danger. Entre les deux, onze millions de disques vendus, sans compter la collection des disco-puces, un répertoire de 250 vieilles chansons françaises enregistrées par cette nouvelle « amie des enfants » qui constituent un fond de catalogue inépuisable.
Dorothée, elle, ne se laisse pas griser par le succès. Ce n’est pas parce que ses disques marchent qu’elle va abandonner son émission sur A2. Elle a mangé assez de vache enragée (huit mois de chômage en 1976 après qu’on l’eut remerciée à la télé) pour savoir que rien n’est gagné d’avance. Et puis, comme elle l’avoue à plusieurs reprises dans les interviews, elle n’a rien ni personne d’autre dans la vie que le travail. Elle est débordée ? Tant mieux. Ça évite de s’angoisser et de se poser trop de problèmes… D’ailleurs, il n’est pas question, du moins pas encore, de laisser tomber « maman Joubert » à qui elle doit tout. C’est elle en effet qui l’a « découverte » dans un concours de théâtre interlycées en 1973 ! Durant près de dix ans, Frédérique Hoshédé (son vrai nom) poursuit sa double carrière de vedette / animatrice, s’entourant de toute une bande de « copains » tel l’affreux Jackie ou le dessinateur Cabu, qui rendra son nez presque aussi célèbre que celui de Cléopâtre. Les enfants adorent. Jacqueline Joubert jubile et la critique est unanime à saluer en Récré A2 une émission de qualité. Et puis c’est la privatisation de TF1 [en 1987, ndlr].
Tel Marlon Brando dans Le Parrain, Francis Bouygues fait à Dorothée « une proposition qu’elle ne peut pas refuser. » Pour commencer, il la nomme responsable des émissions jeunesse sur TF1 et lui confie le soin de remplir 1 200 heures de programme par an ! Elle veut travailler avec AB-Productions ? Qu’à cela ne tienne, Bouygues tient trop à elle pour lui refuser cette faveur. C’est entendu, Azoulay et Berda (A + B) livreront chaque année à la chaîne, et pendant trois ans, 1 200 heures clé en main pour 120 000 francs l’heure environ. Une véritable aubaine pour les Roux et Combaluzier du disque pour enfants : eux qui étaient jusqu’à présent complètement en dehors du circuit télé, les voilà propulsés d’un seul coup au rang des plus gros producteurs français avec vingt-deux heures de programmes par semaine. Manque d’expérience ? de matériel ? Qu’importe, grâce au savoir-faire de Dorothée et de ses petits copains d’Antenne 2 qui l’ont suivie sur la Une (« Ils ont failli me laisser sur la paille », se plaint Jacqueline Joubert, furieuse de cette trahison), l’équipe d’AB concocte, en moins de deux, un programme hebdomadaire taillé sur mesure pour leur patronne / copine.
Un vrai marathon
Ce sera, tous les matins à partir de 7h30, le Club Dorothée avec, essentiellement, des dessins animés dont Dorothée enregistre le générique en français. Pour le dimanche, l’équipe a mis au point une sorte de Collaro Show pour les petits, Pas de pitié pour les croissants, où officient, outre Dorothée elle-même, ses complices Ariane, Corbier, Jacky et Patrick Simpson Jones. De toute cette joyeuse bande, seul l’ancien présentateur d’Antenne 2 semble un peu gêné de se livrer à ces pitreries : « Si Télérama s’intéresse à nous, c’est mauvais signe, glisse-t-il à Jean-Luc Azoulay avant de supplier, mi-figue, mi-raisin : surtout, dites bien à vos lecteurs que je n’ai pas pu faire autrement… Inventez n’importe quoi pour me disculper ! » Il faut dire que le niveau de Pas de pitié… n’est pas toujours très élevé et que les gags sonnent parfois un peu faux. « Je n’arrive pas à trouver d’auteurs », se lamente Azoulay qui avoue être « obligé », en plus de tout son travail, de pondre chaque semaine les quarante pages de Pas de pitié pour les croissants.
La journée du mercredi, bien qu’éprouvante, pose moins de problèmes de création : presque huit heures de direct – un vrai marathon pour Dorothée et son équipe – où sont proposés pêle-mêle des jeux, des séquences d’humour, des rubriques « culturelles », des chansons (essentiellement celles de Dorothée) et, bien entendu, les inévitables japoniaiseries sidérales ou… sidérantes de nunucherie larmoyante. Lorsqu’on lui en fait la remarque, Dorothée ouvre des yeux ronds comme Candy : « Ah bon ? Vous n’aimez pas ? Moi je trouve que ces dessins animés mettent en avant des sentiments très nobles comme l’amitié, l’honnêteté… des sentiments auxquels je crois moi-même énormément… »
Cela ne l’empêche pas, Dorothée, de rêver à des séries françaises. Mais, constate-t-elle avec tristesse, ça coûte très cher et, de plus, la France est très en retard techniquement. Et puis, mais cela Dorothée semble l’ignorer totalement, la France n’a pas toute l’infrastructure des fabricants de jouets japonais (en particulier le puissant Bandai) qui financent en grande partie les Goldorak et autres Bioman et ont tout intérêt à ce que ceux-ci soient exportés à bas prix. Les dessins animés ne sont, après tout, que de longs spots publicitaires qui incitent les enfants à acheter leurs héros en plastique. Mais puisque ces séries vantent l’honnêteté, l’amitié… Naïve ou bonne comédienne, Dorothée n’en est pas moins à la tête d’une industrie qui atteint les 250 millions de francs de chiffre d’affaires par an et emploie pas loin de cent personnes.
À ceux qui lui reprochent d’être à la fois juge et partie, l’ancienne speakerine d’Antenne 2 répond qu’après quinze ans de télévision sans gros moyens, elle avait besoin de passer la vitesse supérieure. « Je déteste qu’on me parle de « créneau » des enfants. C’est un mot affreux. Je fais ce métier parce que je l’aime et je ne me soucie absolument pas de rentabilité. Si j’ai choisi de travailler avec AB-Productions, c’est avant tout parce que ce sont des amis. J’ai toujours fonctionné comme ça. » Ce n’est pas l’avis de Jacqueline Joubert, son ancienne patronne d’Antenne 2, pour qui Dorothée a vendu son âme à des « gangsters… Elle se maquille de plus en plus, au point d’en devenir vulgaire, note avec amertume l’ex- « seconde maman ». La rupture est consommée et Dorothée en prend son parti : « Il faut bien quitter un jour sa famille ». Ce qu’elle n’aime pas, en revanche, c’est qu’on l’accuse, comme l’a fait la CNCL, de monopoliser le secteur des émissions pour la jeunesse.
« Contrairement aux adultes qui sont capables de rester poliment devant leur poste, même si ce qu’ils regardent les ennuie, les enfants, eux, ne se forcent jamais à regarder la télé. Quand ça ne leur plaît pas, ils zappent. » En attendant, pour faire face à la demande, Azoulay et Berda font construire un studio ultra-moderne de 6 000 mètres carrés (pour un coût de quatre milliards de centimes !) à côté de leur ancien bureau à la Plaine Saint-Denis. Bien entendu, un si gros chantier ne pouvait être entrepris que par un très petit nombre d’entreprises. Par bonheur, un certain Francis Bouygues, entrepreneur de travaux publics, leur a fait une « proposition qu’ils n’ont pas pu refuser… »












