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Dorothée : "En France, le succès est mal vu!"

Ciné Télé Revue - 15 septembre 1988

Voici un peu plus de dix ans, elle débutait à peine dans le métier de speakerine. Aujourd'hui, elle est l'animatrice préférée des enfants. Une fée dont la baguette magique apporte les meilleurs dessins animés et les plus sages divertissements. Sa réussite est exceptionnelle sur TF1, ses émissions quotidiennes battent tous les records, elle vend plus d'un million de disques par an, ses comédies musicales sont réclamées dans le monde entier (elle montera sur la scène du Zénith à partir du 26 novembre et sera à Bruxelles au début janvier), sans parler des livres qui portent son effigie et que l'on s'arrache. Mieux qu'un succès, un plébiscite! Pourtant, Dorothée est le point de mire de nombreuses critiques qui dénoncent son succès. Comme si elle le volait à quelqu'un! On lui construit actuellement un studio géant et certains voient dans cette réussite un danger supplémentaire, comme si elle dictait ses lois dans le domaine des émissions enfantines. Qui veut brûler Dorothée? Cheville ouvrière d'une entreprise de trois cents personnes, dont le chiffre d'affaires dépasse les 250 millions de francs (nouveaux) par an, l'animatrice n'apporte pas seulement du bonheur aux enfants. Elle fait également travailler et tourner l'industrie. Tout en refusant d'être une star. Il ne suffit pas de le dire: discrète, adorable, toujours disponible, Dorothée le montre. Dans sa vie de femme avant tout.


Dorothée revient du Japon où elle a tourné en guest-star» (la vedette invitée d'une série) plusieurs productions locales destinées aux jeunes. Une nouvelle expérience très enrichissante pour elle qui a toujours soif d'apprendre : « Leur méthode de travail est assez rigoureuse », dit-elle. « Quand ils disent : « Prêt à tourner à une heure », ce n'est pas une heure moins une ou une heure deux. Tout est réglé, très rapide, très professionnel, mais l'ambiance est absolument extraordinaire. J'aime beaucoup ce mélange de tradition et de vie moderne qui existe chez eux. C'est un monde tout à fait à part. C'est drôle, je pensais que les Japonais étaient des gens tout à fait différents de nous. En fait, nous sommes très proches! »
La « fée des enfants »> n'a plus qu'une envie : retourner au Japon. Pour visiter cette fois... Mais, en attendant, c'est en France qu'elle va devoir travailler.. Et dur on lui construit actuellement, à son usage exclusif, un nouveau studio, porte de la Chapelle à Paris. Six mille mètres carrés dotés de l'équipement le plus perfectionné! « Ce sera superbe », s'exclame-t-elle. « On va disposer de la dernière technologie. Mais on ne va pas travailler plus pour autant. Je ne pense pas qu'on puisse travailler plus! »


Les quatre vérités
Elle ne se prend vraiment pas au sérieux. Pourtant, dans la vie, de Dorothée, tout le monde n'est pas beau, tout le monde n'est pas gentil. En Amérique, le privilège de se voir construire des studios n'appartient qu'aux grands, comme l'animateur Johnny Carson par exemple. On le vénère comme un Dieu, parce que son triomphe n'a pas d'égal. Il « fait » de l'argent comme on dit. Le succès de Dorothée, en France, est aussi puissant dans son genre. Toutes les émissions qu'on a mises en face d'elle, dans l'espoir de venir troubler sa supériorité, n'ont pu tenir la distance. Idem pour les vedettes qu'on essaie de lui opposer. Chantal Goya est l'une des dernières à s'être cassé les dents sur sa suprématie. Et pourtant, Dorothée n'échappe pas aux critiques: on lui reproche de monopoliser le créneau réservé aux enfants à la télévision, et la C.N.C.L. (la Commission Nationale de la Communication et des Libertés) s'émeut qu'on lui construise ce grand plateau de télévision... C'est oublier un peu vite le plaisir qu'elle apporte aux enfants! Alors, pourquoi tout ça?
« En France, le succès est très mal reçu », explique Dorothée. « Partout dans le monde, quand vous avez une émission ou un film qui marche, quand vous avez un certain succès, les gens vous respectent. En France, on fait systématiquement le contraire! Ce n'est pas grave. L'important, c'est que le public soit heureux. C'est tout de même à lui qu'on s'adresse. Si les enfants en ont assez et trouvent que c'est trop, ils nous le diront certainement. Si nous construisons un studio plus grand et plus moderne, c'est évidemment pour faire du meilleur travail. Le public ne s'en plaint pas. D'autre part, il n'y a pas de monopole du tout. Je suis TF1. Je commande des émissions à la société AB Production à laquelle j'appartiens et cette société les fabrique. Tout ce qui est artistique, tout ce qui concerne le choix des dessins animés et autres, c'est nous. AB Production s'occupe des locaux et de la technique. »


Un enfant à elle
La fée se double d'une femme d'affaires avisée, qui ne laisse rien au hasard pour le bonheur de son public. Mais Dorothée, la femme, qui est-elle ? En dehors de son travail, peu de gens la connaissent et on ne la voit quasi jamais au bras d'un chevalier servant. « Je suis la plus paresseuse des paresseuses », avoue-t-elle. « Je déteste travailler. Je ne suis pas du tout maso! On s'amuse, on fait des gags, on aime ce qu'on fait. Il n’y a que le matin où le réveil est un peu difficile. Cet emploi du temps surchargé ne me laisse pas le temps d'avoir une vie privée mais cela, on le verra plus tard. J'ai la meilleure part des choses j'ai les enfants pour rigoler. Bien sûr qu'avoir un enfant à moi me tente, mais j'ai encore le temps. »
La télévision est tout son univers. Quand elle rentre chez elle, tard le soir, Dorothée la regarde encore. Elle, quand elle se lève, elle est déjà devant son petit écran. C'est une dévoreuse, une incroyable « boulimique » de télé ! Elle regarde tout à l'exception des émissions politiques, tout simplement parce que ça l'ennuie mortellement. Elle ne les supporte pas... En dehors de cela, elle aime la lecture; la bande dessinée bien sûr! Son succès ne lui monte pas à la tête.
« C'est vrai que je gagne de l'argent », dit-elle, « mais je vis tranquillement. J'ai une toute petite voiture, c'est tout ce que j'ai à moi d'ailleurs! J'achète des vêtements idiots, des bijoux simples mais drôles. Je n'aime pas vraiment le luxe. On va souvent au restaurant, on fait la fête en famille. Je vis dans un tout petit appartement de deux pièces. Je ne possède rien du tout de somptueux, cela ne m'amuserait pas. »


Les petits ont confiance
Dans deux mois, Dorothée franchira une nouvelle étape dans sa carrière: elle se produira en rockeuse au Zénith. Un spectacle pour enfants, mais ceux-ci auront le droit d'emmener leurs parents. Il y aura du rock, des chansons drôles, des ballets, un orchestre. « Hyper fatigant mais génial », dit-elle. « Rien que d'y penser, j'en ai déjà la chair de poule! »
Dorothée réagit toujours de la même façon à son succès grandissant avec simplicité. Et en sachant ce qu'elle fait. On aura beau l'attaquer, personne ne la touchera parce qu'elle a ce détachement indispensable vis-à-vis du métier. Voilà son secret. « Je sais très bien que tout peut tomber du jour au lendemain », explique-t-elle. « Je vis au jour le jour. Il faut bien se dire que ce métier, c'est du vent! On n'a rien de très sérieux ni de très solide. D'accord, le temps d'une chanson, d'une émission ou d'un spectacle, on aide les gens à passer un bon moment. Et c'est important. Mais ce n'est pas comme un médecin qui soigne et sauve la vie des gens. Il ne faut pas se prendre la tête en se disant : « Ça y est, je suis arrivée au zénith! » (C’est le cas de le dire!). Nous sommes des êtres humains comme tout le monde. Je suis contente que ça marche, c'est évident. C'est notre récompense. Je suis très consciente du fait que les enfants ont confiance en nous. Il ne faut donc pas les décevoir. A mes yeux, c'est là le plus important : sincérité et respect du public, quel qu'il soit, enfants, parents, grands-parents, adolescents. C'est notre ligne de conduite. »


Mieux élevés que les adultes
Sa réussite, Dorothée la dédie aux enfants. Ce sont eux qui ont fait ce qu'elle est devenue, qui ont transformé la timide Frédérique Hoschedé (son vrai nom) en une fée magique. Elle ne les a jamais trahis. Et ce n'est pas demain que cela va changer: les enfants, c'est son baromètre de bonne humeur...
« J'écoute attentivement l'avis de ceux qui sont déjà en âge de s'expliquer », dit-elle. « Toutes les émissions sont faites en fonction de leurs goûts. Quand une série ou un dessin animé ne leur plaît pas, ils le disent par le Minitel, ils l'écrivent, et aussitôt on change. On joue beaucoup avec leurs idées. C'est normal puisque nous avons la chance d'avoir une communication avec le public. Les enfants sont d'ailleurs souvent mieux élevés que les plus grands. Ils sont très gentils. Si je suis à table au restaurant avec mes parents ou des amis, ils viennent, on discute et si le plat arrive, je leur dis : « Excusez-moi, mais le plat est là. On se revoit tout à l'heure. » Ils m'écoutent. Les adultes, non. Ils restent. Ils s'incrustent et mon plat est froid... (rires) »

Bernard ALES


Dorothée, la fée du (soleil) levant

Télé Moustique – 16 septembre 1988

SI on lui souhaite d'avoir tiré un agrément quelconque de son séjour au pays du soleil levant. Dorothée y a avant tout discuté business : 3 feuilletons y ont été tournés par la Toei Company (une manière de remercier celle qui fut la première à diffuser « Goldorak » et « Candy » en France) qui la mettent en vedette. Dans « Mask Rider Black » elle est professeur de cuisine française ; dans « Gyriaia », une détective jouant les touristes égarées, et elle plongera aux côtés de attention, je ne le répéterai pas - Ryosuke Sakamato dans une rivière au cours d'un épisode de « Liveman ». Outre ces diverses apparitions devant la caméra, elle n'a pas mal joué du stylo, non seulement en distribuant des autographes, mais aussi en signant maints contrats de coproduction.


Retour en France
Les activités de Dorothée en sont à monopoliser tant de temps et d'énergies que tonton Bouygues (patron de TF 1) a offert à sa Dodo un studio géant de six mille mètres carrés rien que pour elle, ce qui représente à peu près 90 millions de nos francs. Même Bubbles, le chimpanzé chéri de Michael Jackson, n'a pas eu droit à tant d'égards. (E.M.)


LA reine du TV-sitting, celle qui ne lésine devant aucune goldorakerie pour engluer des enfants qui auraient préféré déjeuner, parier ou jouer avec des parents plus inspirés et moins occupés, celle qui, face à l'impérialisme animalier de Chantal Goya (Mickey, Riri, Fifi, Loulou), nous oppose le bellicisme des Poneys, Transformers et autres Maskeries du même genre. Tata Dodo (personne n'avait encore pensé l'appeler ainsi, c'est fait) revient en (menue) forme du Japon, bourrée de projets, d'idées nouvelles, d'émissions différentes et de private jokes (allusions qu'on se fait entre soi à propos d'histoires que les autres ne connaissent pas) qu'elle ne se privera pas de débiter à ses compagnons de plateau au détriment bien sûr des petits téléspectateurs qui, vulnérables et de bonne foi, rigoleront sans savoir pourquoi. Cela dit, gangrener l'entente et l'éducation familiales, c'est une chose, et travailler en est une autre. Et Dorothée X (elle n’a jamais voulu dire à qui elle était mariée) est une travailleuse. Indépendamment de la qualité du travail abattu, il y a la quantité. Qu'est-ce qui pousse un petit bout de femme pareille à des travaux qui mettraient à genoux n'importe qui d'autre (même Musclor) ? Avec ses 22 heures de programmes hebdomadaires, elle est à la tête d'un véritable empire économique (garantissant l'emploi et les revenus de ceux qui, de près ou de loin, touchent à ses émissions).


Dorothée : « J'aime Super-Jaimie »

France-Soir – 20 septembre 1988

FIDÈLE à son personnage, Dorothée, la star des enfants, aimerait être Super-Jaimie, personnage de fiction américaine, « J'aurais souhaité être bionique, avoir des capacités physiques hors du commun pour voler au secours des autres ». L'aspect humain de l'héroïne l'a séduite tout particulièrement, même si celle-ci est essentiellement constituée de ... fils électriques.


Dorothée rockeuse vit entre cuir et peluche

Télé Poche - 26 septembre 1988

C'est la grande soeur préférée des enfants. A partir du 26 novembre elle sera sur la scène du Zénith. Nouveau spectacle et une promesse : les p'tits loups, ça va faire mal ce soir

Dorothée aime le rock et les bijoux en toc; son boulot et les cadeaux; les déguisements et, par dessus tout, les enfants. Pour la rentrée, elle leur offre un spectacle remuant, ambiance rockabilly garantie. Pendant deux heures, la Dorothée-chanteuse jonglera entre musiciens, danseurs et acrobates. Toute de cuir vêtue? "A certains moments seulement. Il en faut pour tous les goûts et pour tous les âges. Je pense aux plus petits sans pour autant mettre rn scène le lapin rose qui court après la grenouille bleue. Je veux que les enfants puissent emmener leurs grands frères et leurs parents avec eux!"

Dorothée a les dents longues mais les moyens de satisfaire son appétit  kilos et une carrure de "pro" Ce petit bout de femme d'un mètre soixante deux est devenue la patronne des émissions jeunesse de TF1. A ce titre, elle coiffe une équipe de 140 personnes et possède sa propre maison de production. La voilà même aux commandes d'une véritable usine à rêves : un gigantesque studio (dont 700 mètres carrés de plateau) qui vient d'être spécialement construit pour elle dans la banlieue parisienne. Elle y enregistre déjà l'album qui suivra son Zénith. Car, après la scène parisienne, "Speedy Dorothée" prendra la route de la province.

Pas de récré pour Dorothée. "Et pourtant, je suis terriblement flemmarde!" A vous donner des complexes. Cet été, en plus de ses 22 heures de présence à l'antenne chaque semaine, elle a trouvé le moyen d'aller tourner dans trois séries télévisées au Japon. En guest-star mais pas pour jouer les geishas. Elle a épaté les japonais en maniant le sabre et la bâton pour les besoins d'un scénario inspiré de "Bioman". Et fait beaucoup de shopping, son péché mignon. Dorothée est plutôt du genre cigale et avoue un faible pour les vêtements et les gadgets. Le seul luxe de cette anti-star. "J'entasse chez moi toutes sortes de peluches, d'objets hétéroclites. Cela donne un décor un peu bizarre!" Et pour se relaxer, Dorothée... regarde la télé!

Sophie BERTHIER


8-14 ans : l’esprit critique se développe

France-Soir – 3 octobre 1988

QUI n'a pas son téléviseur (couleur) et un petit deuxième (50% des familles) cédé aux enfants (dans 22% des cas)?
« Si les jeunes sont toujours aussi voraces, explique Joël Le Vigot, président de l'Institut de l'enfant, les 8-14 ans sont des consommateurs exigeants et critiques ».
En 1986, ils passaient 26 heures par semaine devant le petit écran. En 1987, la moyenne dégringolait à 21 heures et 45 minutes. Et en 1986, la baisse se poursuit avec 21 heures et 40 minutes. Aujourd'hui, on choisit son programme. Et grâce au magnétoscope, 22 % de veinards s'offrent une super-sélection.


Rêver tranquille
Souvent interdits de télé à l'heure des corn-flakes et après 20 heures en semaine, ils se rattrapent après l'école, les mercredis et les week-ends. Les 10-15 ans préfèrent se planter seuls devant le poste (dans 40 % des cas) plutôt qu'en famille (37 %) ou entre copains (21 %): pour choisir son feuilleton et rêver tranquille.
Magazine TV en main (pour 66% d'entre eux), on sélectionne ferme. « Même si, pour les plus petits, raconte Joël Le Bigot, ce n'est qu'un prétexte pour bavarder avec les parents. » Et on zappe beaucoup moins que papa-maman, quitte à laisser la TV en veilleuse (dans 70 % des cas) en attendant les chasses-poursuites de Tom et Jerry sur « Ça cartoon ».
Leur télé à eux. Ils aiment (75%). Et sans complexe. Et les premiers de la classe comme les cancres engloutissent les mêmes menus. Mais ras-le-bol des séries de science-fiction à haute dose.
« Les enfants en ont marre d'être pris pour des robots, s'exclame Joël Le Bigot. Il leur faut des programmes variés, pour toutes les humeurs et pour tous les goûts. Beaucoup plus éclectiques qu'on ne le pense ».
Pas étonnant alors qu'ils bâillent devant San-Ku-Kaï, soupirent avec Eden et Cruz dans Santa Barbara (« le Sissi de Dallas », dixit le président de l'Institut de l'enfant) et préfèrent traquer le voyou avec Starsky et Hutch. Quant aux héros de chair et d'os (les Martin, Dorothée et autres Collaro), ils sont en perte de vitesse. Place à Mickey, Tintin, Zorro (mis au rancard cette rentrée) et Lucky Luke : eux s'usent moins vite.


CHRISTOPHE IZARD, nouveau directeur des programmes jeunesse d'A2, a lancé sa campagne de rentrée : diversification et qualité, avec tendance au « soft » (doux) pour se recentrer sur le public filles, et répartition des horaires par tranches d'âge. Il fait une meilleure place aux coproductions françaises (un tiers) et européenne (la moitié de la totalité des productions) au détriment des sciences-fictions japonaises et américaines. Izard abandonne les achats en vrac pour effectuer un choix, produit par produit. Enfin, il a axé ses nouvelles émissions sur le burlesque et des rubriques « infos » (livres, centres de loisirs, sciences, jeux Olympiques...) glissées malicieusement entre dessins animés et feuilletons.


Deux heures de télé par jour
- Les heures de pointe : de 18 heures à 20 heures et les mercredis et week ends (jusqu'à 4 heures par jour).
- Un enfant sur cinq se branche dès le matin, deux ou trois fois par semaine (un sur trois chez les 7/8 ans, un sur dix chez les 11/14 ans).
- Un sur deux des 12/14 ans regarde le film du soir.
- En moyenne, deux heures de télé par jour.


Les records d'écoute par âges.
- Le matin : les petits
- le mercredi : les 8/10 ans
- le soir : les 11/14 ans.


Qui aime quoi ?
- Les 4-6 ans : les dessins animés.
- Les 78 ans : du varié et du « soft » Les Schtroumpfs. Disney Channel. Inspecteur Gadget...
- Les 9-10 ans : irruption d'émissions tous publics (Starsky et Hutch. Top 50. L'homme qui tombe à pic. Mini-journal, films et séries à 20 h 30). Emissions enfants (Disney Channel, Lucky Luke, documentaires animaliers et nature).
- Les 12/13 ans : rock, suspense et sport (clips, séries fantastiques. films d'aventures et humour, émissions sport-auto. Infos et Canal J sur le réseau câblé).


*Sources: Institut de l'Enfant.


Berda et Azoulay investissent 100 millions de francs dans leurs studios

La lettre de l’audiovisuel n°979 – 17 octobre 1988

Quand Jean-Luc Azoulay et Claude Berda ont annoncé, en juillet, la construction de leurs propres studios, au 144 avenue du Président Wilson, à la Plaine Saint-Denis, à quelques dizaines de mètres des Studios de France où ils enregistraient précédement leurs émissions, on ne prévoyait pas (et peut être même eux non plus) l'ampleur qu'allait prendre cette opération.
Or, au stade où celle-ci est engagée, il se trouve qu'AB Productions va disposer du plus important complexe de studios intégrés de la capitale (hormis l'ensemble SFP) où les deux associés investissent une somme pour l'instant de 60 millions de F. mais qui s'élèvera à près de 100 millions pour la réalisation de l'ensemble du programme, dont l'achèvement est prévu pour courant 1989.
AB dispose à la Plaine de 8.000 m² au sol (12 000 m² développés). Ce site est aujourd'hui par moitié aménagé et en état de fonctionner : les émissions jeunesse de TF1 y sont enregistrées ou retransmises en direct depuis déjà un mois. Est opérationnel un plateau de 1.000 m², occupé à temps complet par les émissions de Dorothée. En construction: quatre autres plateaux : 1200 m², 600 m², 2 x 300 m².
Les régies sont installées et fonctionnent. On construit les salles de montage, les ateliers de fabrication des décors et tout l'équipement pour disposer d'un complexe totalement intégré. Y compris un restaurant, la surface de bureaux, les parkings, et les obligatoires loges, magasins de stockage, pièces de rangement et de conservation des bandes.
Azoulay et Berda prennent évidemment un pari d'une grande ambition. Leur détermination est née du constat de la difficulté de confectionner les 600 heures de production (exécutive, précisent-ils) dont leur passe commande l'unité jeunesse de TF1... Pour assurer la bonne fin d'un tel volume (dont une grande partie de direct), il faut un équipement à la fois complet, souple, adapté au type de produit dont ils ont la charge. D'où la décision de se construire un outil à la mesure de leurs besoins. Si le projet a ensuite grossi, c'est à la fois affaire de circonstances, de foi dans l'expansion du marché, et aussi pour faire face à la nécessité pour AB Productions, d'entamer sa diversification.
Le contrat avec TF1 est, selon Azoulay et Berda, la base permettant d'évoluer vers une production plus large, à commencer par celle de séries. Les premières réalisations en ce domaine sont 40 x 26' à partir des classiques de la littérature enfantine (notamment la Comtesse de Ségur) et un 52 x 26' sur l'Histoire des Sciences, traitée sous forme de fictions.
Par ailleurs, les Studios AB pourront également être loués par les chaînes, producteurs extérieurs, partenaires de co-productions. Un dernier détail, mais on l'aurait deviné : c'est l'Entreprise Bouygues qui a la maîtrise d'œuvre de ce chantier.


Dorothée, encore et encore

TV Couleur – 22 octobre 1988

Quand elle était petite Dorothée a du tomber dans une marmite de potion magique. Celle qui permet de ne jamais vieillir et de regarder le monde avec des yeux d'éternelle enfant sage Avec sa drôle de petite frimousse, sa queue de cheval et son poids plume (1m62 pour 44 kilos), la fée Dorothée agite depuis plus de dix ans son inusable baguette Do pour les intimes. Dorothée à dans son sac à malices ces dessins animés made in Japan ou les gentils gagnent et ou les méchants sont toujours punis. Ça plait aux enfants de 7 à 77 ans Et ils en redemandent comme en témoignent les 5000 lettres qu’elle reçoit quotidiennement Y répondre est un travail de titan qui mobilise quatre personnes Pour celle qui avoue que sa hantise est « de déplaire au public » ce courrier-là a autant d’importance sinon plus que le sacro-saint audimat Les émissions s’adaptent au goût du jour. Quand on voit qu’un dessin anime perd des points d’audience nous n’hésitons pas à le supprimer On demande aux enfants leur opinion et ils nous répondent par courrier ou par minitel »
Les enfants n’ont pas à avoir peur Des kilomètres de pellicule sont stockes pour leur plaisir. La pénurie n’est certainement pas pour demain mais l’indigestion peut-être 1200 heures d'émission par an Soit plus d’une vingtaine par semaine chaque heure étant facturée 120 000 francs à TF1 L'overdose ?  « Nous nous efforçons simplement de les divertir Ils sont suffisamment intelligents pour faire la différence entre la réalité et les dessins animés que nous leur proposons. Je crois sincèrement que ces dessins sont moins traumatisants que les images de guerre des journaux télévisés »
Pour fidéliser les rois du zapping, Dorothée est une championne qui s'éclate en travaillant « J'ai la même capacite d’imagination que les enfants. Je crois que c'est pour cela qu’on s’entend bien » Responsable de l’unité jeunesse sur TF1 avec un salaire mensuel de 40 00 francs, Dorothée a des raisons multiples de s’éclater. La chanteuse – animatrice - copine est aussi une femme d'affaires. La société AB s’occupe de produire. Le business Dorothée se porte bien. Mais les sourires de nos chères têtes blondes n en valent-ils pas la peine ?

Martine Carret

DOROTHEE VUE PAR…
Jacky : « C'est la sœur que je n'ai jamais eue ».
Ariane : « Elle est terriblement agréable à vivre sinon je ne resterais pas avec elle ! »
Corbier : « C'est la plus professionnelle de toute l’équipe. C'est d'ailleurs la personne la plus pro que j’ai rencontrée »


Enfants : oui, la télé est novice

Le Point – 24 octobre 1988

A 6 ans, un enfant ne fait pas toujours la différence entre lui et le héros d'un dessin animé. Alors, quel effet peuvent lui faire ces spectacles de sauvagerie, de batailles, de morts ? Devant leurs télés et jusque dans leurs rêves, nos enfants ont la peur pour compagne.

Goldorak poursuit Martin jusque dans son lit. Chez lui, le récepteur fonctionne quasiment en permanence. Certaines nuits, le robot envahit ses rêves. « Maman a toujours mal à la tête raconte cet élève d'une grande section de maternelle, parce que tous les jours elle regarde la télé ; ça se voit dans ses yeux Moi aussi, ça se voit dans mes yeux J'avais peur, je voyais Goldorak dans mes deux yeux quand je dormais alors j'ai appelé maman et papa, ils ont donné du médicament pour que fasse du bien dans les yeux. »
Que sait-on des cauchemars des jeunes téléspectateurs ? Directrice de recherche au CNRS, spécialiste en psychologie de l'enfant, Liliane Lurçat a remarqué qu'à la différence de Martin beaucoup préféraient ne pas inquiéter leurs parents. « Ils craignent, explique-t-elle, d'être privés de télé. »
Personne, ni un enfant ni un adulte, ne peut prétendre rester insensible au spectacle de la sauvagerie, de batailles de morts. Même à son insu, il se passe quelque chose. Mais quoi ? On a cru, d'abord, à la valeur salutaire du choc produit. Il permettait, pensait-on, la liquidation fictive des pulsions violentes. Cette théorie, dite « de la catharsis », du défoulement, a prévalu pendant une vingtaine d'années. Puis, une succession de travaux l'ont peu à peu vidée de sa substance, de sorte qu'aujourd'hui ses avocats se font rares. Tout montre, en effet, qu'une consommation excessive d'images brutales tend à augmenter l'agressivité au lieu de la diminuer.
La télévision est apparue sur le marché américain en 1950. Les premières études, menées non seulement aux Etats-Unis mais aussi au Canada et en Grande-Bretagne, se sont révélées contradictoires. Les Britanniques et les Canadiens, par exemple, aboutissaient à des conclusions opposées. Oui. La violence dans les programmes exerce une influence néfaste, affirmaient les uns, après avoir sondé une population de jeunes délinquants. Non, soutenaient les seconds, qui avaient comparé deux villes canadiennes, la première dépourvue de télévision, l'autre à taux élevé de fréquentation télévisuelle. Bref, jusque dans les années soixante-dix. Il était impossible d'y voir clair.
Cette incertitude favorisera le succès de la thèse de la catharsis. Mais, avec le temps. Voilà que la télévision se met à changer de registre. Familiale à ses débuts, elle n'hésite plus à étaler le sang. A partir de là, les enquêtes vont prendre une tournure moins hypothétique, plus catégorique, démolissant l'idée d'une violence télévisuelle thérapeutique à laquelle, en vérité, de nombreux scientifiques, mieux instruits, avaient cessé d'adhérer. Pierre Karli professeur de neurophysiologie à Strasbourg et auteur de « L'homme agressif » (Editions Odile Jacob), écrit, par exemple : « Cette catharsis a souvent pour effet de renforcer positivement les comportements agressifs, c'est à-dire d'augmenter la probabilité de leur mise en œuvre. Ce n'est donc certainement pas de ce côté-là qu'il faut chercher un remède. »
Les documents se multiplient. Un jour, c'est le psychiatre Thomas Radecki, président de la puissante Association américaine contre la violence à la télévision, qui brandit les avis désastreux de 750 recherches conduites dans 16 pays. « J'évalue, lance-t-il. De 25 à 50% la responsabilité des médias dans la violence de la vie quotidienne. » Le lendemain, ce sont les responsables de deux études épidémiologiques américaines qui lâchent « Les actualités télévisées et les feuilletons mettant en scène des histoires de suicide accroissent le taux de suicide chez les adolescents. Nous en avons les preuves. » Devant l'abondance accablante des pièces, la défense reculera.
A présent, le débat semble donc tranché. Grâce à un rapport publié en 1978 par le Columbia Broadcasting System, aux Etats-Unis, on connaît même la hiérarchie des thèmes nocifs. En tête, « la violence présentée dans le contexte d'étroites relations personnelles ». Puis la violence mise au service d'une bonne cause ». Ensuite, « la violence fictive dépeinte avec réalisme ». En quatrième position, avant les westerns, « la violence apparemment ajoutée par plaisir sans lien évident avec l'intrigue ».
Tout nouveau divertissement, a-t-on dit, inspire la méfiance et provoque la critique. C'est vrai. Il en est allé ainsi des cafés-concerts, de la radio et du Cinéma, accusés, tour à tour, de pervertir les esprits dans certains cas Mais, à cause de son pouvoir de fascination, la télévision n'est pas un organisateur ordinaire de spectacles. Elle immobilise, elle capte, elle hypnotise jusqu'aux animaux. « Je regarde la télé avec mon chien, raconte Sébastien, 5 ans. Mon chien, dès qu'il y a un film, il s'arrête de bouger. Quand le film est fini, il va autre part. Avec la lecture ou les sorties, adolescents et adultes disposent de divers stratagèmes pour se soustraire à ce mystérieux magnétisme. Pas les enfants de 2 à 6 ans, ceux dont s'occupe Liliane Lurçat et qui lui ont inspiré un livre en cours de rédaction, « Ils font ça pour faire peur à nous », son quatorzième ouvrage. « Les producteurs savent comment les empêcher de zapper. Souligne-t-elle. Il y a deux façons de les accrocher l'une, c'est la vitesse : l'autre, la violence. »
Devant leur poste, les enfants ont la peur pour compagne. Selon un sondage publié en 1984 par Télérama 8 jeunes sur 10 (âgés de 7 à 12 ans ont avoué trembler d'effroi. Ce qui les épouvante : les monstres (29.2 %), la mort (24,4 %), le sang (14.4 %). Mais la peur procure une volupté dangereuse à laquelle il est difficile d'échapper. Réflexion de Michaël. 5 ans et 1 mois, recueillie par Liliane Lurçat : « Je regarde tout ce qui ne me fait pas peur. Et tout ce qui me fait peur, je regarde quand même parce que je n’aime pas quand je ne regarde pas. »
Prisonnier de l'écran, le très jeune téléspectateur se trouve soumis, dit Liliane Lurçat, « à un apprentissage par imprégnation », le plus nuisible d'après elle : « Le sujet apprend, sans savoir qu’il n’apprend ni ce qu'il apprend » Cette imprégnation s'opère de différentes manières. Le neuropsychiatre Henri Wallon a décrit l'une d'elles, qui est d'ordre physique. « S'absorber dans la contemplation d'un spectacle, a-t-il expliqué, ce n'est pas demeurer passif. L'excitation agit sur la fonction tonique. Quand l'enfant est captivé, il est en état d'imprégnation perceptivo motrice. » A cette action sur l'attitude s'ajoute, selon Liliane Lurçat, « la contagion des émotions ».
Avant l'âge de 6 ans, la propagation est immédiate, tant l'enfant vit les émotions avec intensité. Il n'arrive même pas à faire la distinction entre lui et le héros du dessin animé. Ainsi, un soir, le capitaine Flam a surgi chez Jean-Michel : « J'ai monté dans sa planète. Je suis parti. J'ai regardé comment c'était dans le ciel. Liliane Lurçat lui a demandé comment le capitaine Flam était entré dans sa maison. Réponse : « Par la porte. Il a sonné et j'ai ouvert. » A cause de cette confusion, il en est qui ont sauté par la fenêtre pour imiter tel personnage volant. En raison du message véhiculé par la répétition de la brutalité, beaucoup commencent à considérer la violence comme une solution efficace des conflits. La démonstration en a été fournie par un chercheur américain, le professeur Ackin, qui a interrogé 400 écoliers de 9 à 12 ans. Une bagarre est-elle le meilleur moyen de régler les problèmes une fois pour toutes ? « Quelqu'un prend un objet qui vous appartient et le casse de façon délibérée. Que faites-vous ? » Telles étaient les questions posées. Résultats : une référence à la violence proportionnelle au nombre de scènes vues à la télévision.
Par chance, les enfants jouent. Les aventures qu'ils miment le lendemain dans les cours de récréation les libèrent de l'agressivité des émissions de la veille. Mais pas tous. Certains, murés, sont incapables de s'amuser. Ce sont les plus fragiles, des victimes potentielles de la course aux images fortes. Aussi, comme Françoise Dolto ou Bruno Bettelheim, Liliane Lurçat recommande-t-elle aux parents de parler avec les enfants, une fois le poste éteint. « La meilleure catharsis », disait Françoise Dolto. Une bonne méthode pour rétablir, sans casser les rêves, cette distance dont les conteurs de jadis avaient compris la nécessité. Leurs contes de fées débutaient toujours par un imparfait rassurant : ce « Il était une fois signifiait l'entrée dans un monde imaginaire. Il n'y avait rien à redouter.


CLAUDE BONJEAN

Dessins animés : le danger japonais


- Liliane Lurcat: Les dessins animés japonais me mettent vraiment en colère. Il y a d'abord une spécialisation selon le sexe : dans les produits genre « Goldorak » ou « Candy », le modèle du garçon est un modèle combattant – ce qui est dans la tradition japonaise, une culture fondée sur la guerre. Et la petite fille, c'est la soumission. En plus, il lui arrive toujours des choses épouvantables.
La violence est déjà dans ce type de produit. Mais elle apparaît aussi dans des séries destinées à valoriser le sport. Il ne s'agit pas de pousser les enfants à s'épanouir dans la pratique sportive, mais à gagner. Les scènes de jeu de volley sont longuement filmées avec des mimiques de souffrance, de violence, de fureur, des émotions absolument caricaturales, un déchaînement où l'humanité disparaît. Seule reste la brutalité.


- Le Point : Mais les enfants aiment cela...
- Vous savez, on peut faire aimer n'importe quoi aux enfants. C'est la situation télévisuelle qui crée l'attachement. Il suffit que ce soit violent et que ça aille vite.


- Il existe tout de même des bons et des méchants.
- C'est vrai. Mais il y a actuellement une petite Suzy, toujours dans une série japonaise, qui dispose de pouvoirs magiques. Elle peut transformer les adultes, créer le double d'un adulte en lui donnant un comportement totalement différent de ce qu'il est réellement ; eh bien, c'est vraiment construit pour que l'enfant règle ses comptes. Pourquoi lui impose-t-on ces produits ? Parce qu'ils coûtent cinq à dix fois moins cher ? Il y a un modelage de la sensibilité chez ces enfants de 2 à 6 ans, un modelage des attitudes, un modelage de la personnalité. C'est un âge important dans la vie. Un âge où l'enfant vit essentiellement de ses émotions, de son affectivité. On a l'impression qu'on livre en pâture de jeunes enfants - qui, après tout ont confiance dans les adultes - à une civilisation très différente, très lointaine, très violente, très coercitive à sa façon. Vous changez de chaîne et c'est toujours le Japon.


Dorothée : « Je ne peux me passer des enfants »

France Soir - 27 octobre 1988

SON énergie tient du miracle. Elle picore comme un oiseau, dort quelques heures par nuit... et abat un travail de titan! Dorothée n'arrête pas une seconde. Les enfants ne s'en plaignent pas. Elle non plus ! Victoire ! Nous avons notre wonderwoman à nous, notre femme bionique, notre super-nana venue d'ailleurs... Jamais affamée, jamais fatiguée, on en vient à chercher où sont les piles!
Son nom de code? Do. Ça sonne comme une note de musique et c'est bien normal car la dame en question est chanteuse. Son quartier général vient de changer, mais c'était pour mieux s'étendre.
Ancien hangar à camion aux abords de Paris, il s'est transformé en une immense fourmilière où décors, loges de maquillage et plateaux de télé jouxtent une partie encore en chantier. Dans quelques semaines, l'impératrice sera dans ses meubles !

Car on peut bien comparer à un empire ces milliers de mètres carrés qui deviendront bientôt un des plus importants studios d'Europe, à l'infrastructure révolutionnaire. Il fallait bien ça pour l'équipe d'AB Productions, la société de Dorothée, qui ne compte pas moins, aujourd'hui, de deux cent cinquante personnes... et totalise quelque vingt-deux heures d'antenne hebdomadaires sur TF1! Dans un petit mois - à partir du 26 novembre et jusqu'au 18 décembre - Dorothée ira prendre une nouvelle fois l'air du Zénith, un rendez-vous vital qu'elle s'offre désormais chaque année avec son public.

« C'est un besoin. Je ne peux me passer des enfants… »
Tout va être maintenant question d'organisation, car elle va devoir jongler entre les enregistrements de ses émissions quotidiennes et répéter son spectacle, mais le labeur ne fait pas peur à Dorothée. Sept danseurs, des cascadeurs et dix musiciens l'accompagneront dans son tour de chant.

Danser, chanter, crier
« Cette année, pas de thème, pas d'histoire, mais une succession de chansons. Je n'aime pas faire tout le temps la même chose. Là, les enfants pourront danser, chanter, crier... comme pour Johnny! »
Ensuite, et sans pour autant délaisser la télévision, toute l'équipe partira pour trois mois de tournée à travers la France, en démarrant par l'île Maurice et la Réunion, où ils passeront les fêtes, avec un direct par satellite le 28 décembre.


Cocotiers
« Comme d'habitude, on ne verra rien du pays!», soupire Dorothée. Mais c'est ainsi : même les cocotiers ne détourneront pas son attention s'il s'agit du bonheur des enfants.
Mais pour l'heure, place aux caméras. Les gosses attendent, comme chaque mercredi, de pouvoir assister « en vrai » à l'émission:
« Ce sont eux qui la conçoivent. Ils m'écrivent, téléphonent, se servent du Minitel pour donner leur avis sur le menu du jour! Ce qui me
touche, c'est que de plus en plus de papas et de mamans regardent maintenant l'émission avec leurs enfants. Le but est atteint... la famille est réunie. »
Et, promis, Dorothée n'est pas lasse de compter ses heures pour que l'aventure continue...


Sylvie MAQUELLE


Dorothée : Une affaire qui marche

Télé Journal – 29 Octobre 1988

Dorothée, une fée dont la baguette magique apporte les meilleurs dessins animés et les plus sages divertissements. Sa réussite est exceptionnelle : sur TF1, ses émissions quotidiennes battent tous les records.

Avant-hier, le cinéma avec Truffaut. Hier, le prix de la meilleure émission enfantine. Aujourd'hui l'animatrice préférée des enfants. Une fée dont la baguette magique apporte les meilleurs dessins animés et les plus sages divertissements créés dans sa propre maison de production.
Sa réussite est exceptionnelle : ses émissions quotidiennes sur TF1, battent tous les records. A partir du 26 novembre, elle sera sur la scène du Zénith. Elle touche à tout. Et tout ce qu'elle touche devient or. Mais qui est donc Dorothée ?

Trente-quatre ans, Frédérique Hoschédé de son vrai nom. Elle n'a pas encore tout à fait dépouillé le visage de l'enfance. Elle plisse sans arrêt les yeux, masque sa timidité derrière quelques grimaces. Vous regarde de biais, comme si elle s'attendait à une réprimande. C'est Dorothée, celle que Jacqueline Joubert, d'un coup de baguette magique, a transformée en vedette de télévision en lui disant : « Tu t'appelleras Dorothée ».

« Je suis restée une enfant »

Je l'observe alors qu'elle évoque les souvenirs de son enfance: si elle a grandi, la petite Dorothée n'a pas vieilli. «Sans doute parce qu'au fond de moi-même, je suis restée une enfant. J'adore l'univers des enfants, leur innocence, leur naïveté et dans le même temps, leur spontanéité et leur sens de la critique. Vous savez, ils ne me laissent rien passer. Ils ont à mes yeux une immense qualité : ils possèdent ce que les adultes, dans leur grande majorité, ont perdu: une extraordinaire capacité d'émerveillement, une pureté, un désintéressement qui me bouleversent ». Son imprésario qui assiste de loin à notre entretien lui fait signe, déjà, de la main qu'il est bientôt l'heure de rejoindre le plateau. Dorothée acquiesce d'un grand sourire, mais ne se dépêche pas pour autant. Elle continue à se confier. Quoi qu'elle fasse, elle s'y consacre entièrement. Y compris les interviews. C'est d'ailleurs cet acharnement de mener= tout ce qu'elle entreprend à bien qui, aujourd'hui, a conduit Dorothée dans ce magnifique studio, porte de la Chapelle à Paris. Il a été construit spécialement pour elle. Six mille mètres carrés (dont 700 m² de plateau), dotés de l'équipement le plus perfectionné. « On dispose de la dernière technologie. Mais on ne va pas travailler plus pour autant. Je ne pense pas qu'on puisse travailler plus. » Il ne faut pas oublier, en effet, qu'avec ses 20 heures d'antenne par semaine la « fée des enfants » pulvérise ainsi le record de présence sur le petit écran. «Heureusement, j'ai autour de moi une équipe de gens sympas qui s'amusent aussi en faisant les émissions et ça se sent, on est tous solidaires, on fait tout ensemble, techniciens compris, et en plus on se marre bien ! »


Vingt heures d'antenne chaque semaine.

Bien qu'aujourd'hui elle ait été nommée directrice des programmes de la jeunesse par Francis Bouygues, une belle preuve de confiance de la part d'un patron, Dorothée ne se prend vraiment pas au sérieux. Assise en tailleur dans un fauteuil du salon de maquillage, elle cogite certaines idées de sketches, donne des directives à une collaboratrice qui vient de passer sa tête dans l'encadrement de la porte, bref, elle est sans cesse en ébullition, elle ne connaît pas de temps morts.
Cet été, en plus de ses 20 heures d'antenne, elle a trouvé le moyen d'aller tourner dans trois séries télévisées au Japon.
Elle a épaté les Japonais en maniant le sabre et le bâton pour les besoins d'un scénario inspiré de Bioman. « Leur méthode de travail est assez rigoureuse, dit-elle. Quand ils disent: « Prêt à tourner à une heure », ce n'est pas une heure moins une ou une heure deux. Tout est réglé, très rapide, très professionnel, mais l'ambiance est absolument extraordinaire. Cela a été pour moi une expérience intéressante! » Bottée en jeans, elle part rejoindre l'équipe sur le plateau, elle déjeunera plus tard, en quart d'heure dans le studio.


Une entreprise de cent quarante personnes

Qu'elle le veuille ou non, Dorothée est devenue une des stars de TF1, les sacs postaux emplis de courrier qui arrivent chaque jour sont là pour en témoigner. La star se double d'une femme d'affaires avisée qui ne laisse rien au hasard. Difficile de faire autrement quand on est à la tête d'une entreprise de cent quarante personnes, dont le chiffre d'affaires dépasse les deux cent cinquante millions de francs par an. « Pour moi, l'argent ne compte pas. L'important, c'est que le public soit heureux. Si nous avons investi dans un studio plus grand et plus moderne, c'est évidemment pour faire du meilleur travail, et non pas, comme certains le pensent, pour me réserver le monopole, précise-t-elle. Je commande des émissions à la Société AB Production à laquelle j'appartiens et cette société les fabrique. Tout ce qui est artistique, tout ce qui concerne le choix des dessins animés et autres, c'est nous. AB Production s'occupe des locaux et de la technique ». De ce métier, la petite Dorothée connaît tous les dangers. Elle sait que tout arrive très vite mais aussi que tout peut repartir encore plus vite. Si elle déborde d'activités, elle refuse de se laisser gagner par le vedettariat.
« C'est vrai que je gagne de l'argent, mais je vis tranquillement. J'ai une toute petite voiture, c'est tout ce que j'ai à moi d'ailleurs ! J'achète des vêtements idiots, des bijoux simples mais drôles. Je n'aime pas vraiment le luxe. On va souvent au restaurant, on fait la fête en famille. Je vis dans un tout petit deux-pièces. Je ne possède rien de somptueux, cela ne m'amuserait pas. »

Au Zénith, puis partout en France

Dans quelques jours, Dorothée se dirigera sur la scène du Zénith. Mais si pour elle, les plateaux de télévision n'ont plus de secret, elle avoue, en revanche, que la pensée de se retrouver sur l'une des plus grandes scènes parisiennes la fait frissonner de la tête aux pieds. Dorothée réagit toujours de la même façon à son succès : avec simplicité. Et en sachant ce qu'elle fait. Ce spectacle, elle le veut gai, remuant, à la limite d'un spectacle rock. « Un récital scénarisé, avec plein de nouvelles chansons », précise-t-elle en riant. Ses yeux malicieux pétillent en pensant à toutes les surprises qu'elle réserve à son public. Pendant deux heures, notre Dorothée- rockeuse jonglera entre musiciens, danseurs et acrobates.
« Il y en aura pour tous les goûts et pour tous les âges. Je veux que les enfants puissent emmener leurs grands frères et leurs parents avec eux !... Après la scène parisienne, pas question de récré pour Dorothée. Elle partira sur les routes de France présenter son spectacle. Et pour ne pas abandonner « ses » enfants, elle réalisera tous les mercredis, le club Dorothée en direct de la province.


Christiane Lassoued
Photos Louis Candela et Jacques Marthelot