Articles - 1988 - Page 9
- Dorothée au Zénith : le ressort Azoulay
- Chère, très chère Dodo...
- Dorothée au Zénith
- La saga des mangas
- Dorothée : « Avec les enfants, je joue la carte de la sincérité »
- La machine Dorothée
- L’usine Dorothée tourne à plein rendement
- Dodo-rothée
- Dorothée à Mulhouse
- Dorothée : une vraie partie de cash-cash
Dorothée au Zénith : le ressort Azoulay

Le quotidien de Paris – 26 novembre 1988
Jean-Luc Azoulay et Dorothée se sont rencontrés en 1979 à l'occasion d'une hépatite virale. C'est alors que « cloué au lit et contraint de regarder la télé douze heures par jour » que le producteur de disques d'AB (A pour Azoulay et B pour son associé Claude Berda) a découvert la nouvelle idole des enfants. Encore affaibli l'hépatique eut l'idée de proposer à l'animatrice de l'émission intitulée à l'époque « Dorothée et ses amis » d'enregistrer son premier disque. Ce qu'elle fit, non sans réticence, persuadée de « ne pas savoir chanter », se souvient Jean-Luc Azoulay. Depuis, Dorothée a pris des cours de chant et vendu 12 millions de disques, 30% des recettes d'AB.
Lorsqu'elle entrera sur scène ce soir, pour la première représentation de son spectacle au Zénith, son nouvel album, tout jaune (clin d'œil à l’hépatite ?) aura envahi tous les rayons des disquaires, du plus petit à l'hypermarché. Jean-Luc Azoulay veut tout ignorer de cette opération commerciale admirablement orchestrée. Les chiffres et l'argent, il les laisse à Claude Berda. Son travail, à lui, consiste dans la création artistique d'un spectacle dont le producteur n'est autre que Camus-Coullier, grand ordonnateur des shows Hallyday. Jackson et autres Madonna.
« Le spectacle s'adresse avant tout à la famille. Les parents doivent s'amuser autant que les enfants avec Dorothée », explique Jean-Luc Azoulay, justifiant ainsi la programmation de « soirées » à 20 h 30, innovation sur le premier Zénith de 1986, où la chanteuse s'était produite exclusivement en matinée.
Des gags, des « ambiances » collant avec les textes des nouvelles chansons, telle l'évocation des années trente pour « Détective privé », le dernier succès chéri des enfants, un espace de science-fiction pour un autre, ou encore un décor africain, tous les artifices scéniques seront déployés pour rompre la monotonie d'un one-man show, genre aujourd'hui dépassé.
Tant Camus-Coullier, le producteur, que AB le metteur en scène (Azoulay s'est associé pour l'occasion à Chris Georgladis) que les « parrains », TF1 et Europe 1, n'ont certes pas lésiné sur les moyens accordés à ce grand spectacle « familial », qui va mobiliser près de 6 millions de francs.
Dix musiciens (une section cuivre s'est ajoutée à l'ensemble rock de Gérard Salesses), deux choristes. 8 danseurs, pas moins, vont faire vibrer les 150 000 spectateurs attendus au Zénith dans un univers sonore réglé par José Tudela. Malgré ses 800 heures de programme à TF1 (facturées 125 000 F chacune), ses enregistrements multiples, ses projets de production de dessins animés « à la française », la préparation de sa nouvelle émission avec Disney, et l'installation dans les locaux flambant neuf que Bouygues achève actuellement de construire à la Plaine-Saint-Denis, l'étonnante petite chanteuse au nez-pointu-queue-de-cheval va encore prouver qu'elle a de l'énergie à revendre. Jean-Luc Azoulay n'est pas étonné « le mot travail ne veut rien dire pour nous, c'est notre vie, un amusement continu. » Heureux enfants.
Philippe DUTERTRI
Chère, très chère Dodo...

L’express – 2 décembre 1988
La reine des bambins est tout, sauf une enfant.
Chère Dodo, tu devrais te reposer. Moi et mes copains, on ne loupe jamais ton « Club Dorothée », sur TF1. Avant d'aller au collège, on te regarde. Quand on rentre d'école, t'es toujours dans le poste. Ma maman, elle dit que tu t'arrêtes de causer dans la journée, mais moi, ça m'étonnerait. Parce que le mercredi t'es là tout le temps -si, si, pendant plus de six heures, j'ai chronométré. Ton émission, elle est vachement mieux que les questions à l'Assemblée nationale, sur FR 3. Mais tu as l'air crevée. Il faut que tu te reposes, parce que tu chantes au Zénith. Et jusqu'au 16 décembre. Je le sais because j'ai vu la pub dans ton émission.
C'est chouette, le « Club Dorothée ». L'autre jour, à la récré, y a un grand qu'a dit que c'était pour les filles. Il est bête. Je parie qu’il n’a même pas vu « Jaspion » - tu sais, la série que t'es allée acheter au Japon parce que ça coûtait moins cher qu'en France. Moi, j'ai regardé l'épisode dans le camp d'esclaves où les gens sont fouettés tout le temps, c'était géant. « Ken le survivant », ça m'éclate encore plus. J'ai un copain, il a vu une scène géniale. Un méchant enfonçait ses doigts dans l'abdomen d'un gentil qui hurlait de douleur, et le sang giclait, et l'autre continuait, et tout et tout... Les filles, elles n'ont qu'à regarder « Scoubidou », sur l'autre chaîne. Moi, je reste avec toi. Au « Club Dorothée », tu souris drôlement, et puis tu chantes les chansons de tes disques. Il paraît que tu en as vendu 11 millions. T'es une vraie pro. D'ailleurs, tu ne risques pas d'être virée de la télé, puisque t'es la chef de l'Unité des programmes pour la jeunesse. Comment tu fais, quand tu négocies les contrats avec toi-même ? Ça doit être marrant : « Bon, Dorothée, je suis chef à TF1 et je vous engage comme animatrice à mouflets. Vous vous occuperez de 900 heures d'émissions par an. » Je parie que tu changes de chaise pour te répondre : « Merci, Dorothée ! » Hi hi hi... Tu joues à la marchande. TF1-Dorothée coproduit les spectacles de Dorothée-TF1, et toi, tu vends tes 33-tours.
En plus, j'ai visité les studios de téloche que M. Bouygues a construits pour ton producteur, à Saint-Denis. C'est super moderne. Il est gentil, M. Bouygues. J'ai rencontré tes amis, là-bas. Tu sais, Claude Berda et Jean-Luc Azoulay, les patrons d'AB Productions. Au niveau calcul mental, ils assurent. Ils tiennent le tiroir-caisse, ou quoi ? Je croyais que c'était toi. Il paraît que, depuis 1984, leur chiffre d'affaires double tous les ans. C'est des bêtes, ces types-là. Ils comprennent les jeunes. Jacqueline Joubert (ta copine d'Antenne 2, celle que t'appelais ta « seconde maman » et que t'as laissé tomber quand M. Bouygues a acheté TF1), elle dit que c'est des gangsters, ces gens-là. Si tu les aimes bien, ils doivent être corrects, hein ? Tu vois, Dodo, ceux qui disent que t'es comme Chantal Goya, je les écoute pas. Moi, je dis que t'es la meilleure. T'es ma copine. Bon, je t'écrivais parce que ça va bientôt être mon anniversaire et que j'aimerais bien participer à un goûter de Papy Brossard, dans ton émission. Ou jouer au Défi Auchan, avec toi. J'aimerais aussi une photo dédicacée. Allez, salut. Et repose-toi bien. Tu en fais trop, là.
Marc Epstein
Dorothée au Zénith

Jours de France - 3 décembre 1988
Le secret du succès de Dorothée : « Pour les enfants, nous existons vraiment. Nous ne sommes pas des dessins animés».
La reine des enfants, déjà au sommet de l'audience télévisée, atteint le « Zénith » pour un spectacle destiné à son public, la jeunesse. Comme si ses vingt-deux heures de présence sur l'antenne de TF1 ne suffisaient pas à cette travailleuse de force!
« Dans notre équipe, il y a une règle d'or: être sincère, croire à ce que l'on fait, être vrai tout le temps. » Personne ne le nie: Dorothée aime son métier et adore les enfants. On pourra peut-être difficilement le croire, mais cette petite femme à l'œil vif qui se reconnaît comme «flemmarde» considère que ses vingt-deux heures de présence sur l'antenne de TF1 n'ont rien à voir avec le travail. « C'est un plaisir », affirme-t-elle. Debout à 5 heures du matin, Dorothée éteint la télé restée allumée toute la nuit – elle raffole des séries de... La 5 – puis fonce à la Plaine-Saint-Denis où sont installés des studios spécialement équipés pour elle. Il est 7h40 lorsqu'elle commence son incroyable marathon: des émissions quotidiennes, encore une le samedi et le dimanche matin; et surtout, un mercredi qui est tout sauf une journée de repos. Elle assume au total sept heures de direct dont quatre face à un public déchaîné! « C'est passionnant, nous nous amusons comme des fous. Il faut sans arrêt courir, mais la joie des enfants est notre récompense », assure Do c'est ainsi qu'on la surnomme.
Comme si tout cela ne lui suffisait pas, elle se donne en spectacle depuis le 27 novembre au Zénith à Paris. D'une durée de deux heures, le show est, annonce-t-elle, «yéyé, twist et rock'n'roll ». Dix musiciens - Les Musclés -, huit danseurs et des cascadeurs partagent l'affiche de cette revue qui partira en tournée en 1989. De plus, des duplex sont effectués en direct au cours de l'émission du mercredi. Ses comparses assurent la permanence: il y a Corbier le « poète », Jacky le « râleur », Ariane la «dynamique », Patrick Simpson-Jones le « sportif » et Madame Soleil qui vient livrer ses conseils astrologiques. Dorothée se réserve le titre Miss Chronomètre. «On raconte tout ce qui se passe à nos copains les téléspectateurs. Nous les avons ainsi tenus au courant de la crise d'appendicite d'Ariane qui téléphonait de son lit d'hôpital. Quand nous sommes de mauvaise humeur nous le disons. » Ce contact est le secret de Dorothée: « Pour les enfants, nous existons vraiment. Nous ne sommes pas des dessins animés, je tiens à cette présence. »
Quand il reste quelques heures de libre à cette travailleuse de force, elle les consacre à sa mère, son frère et ses chiens, et adore visionner les dessins animés. Ses préférés: Juliette, je t'aime qui la fait pleurer et Dragon Bull qui la fait rire. A ce propos, la CNCL s'est inquiétée de la diffusion de ces séries à 90% étrangères. Elle s'enflamme «Cela fait effectivement beaucoup, mais trouvez-moi des dessins animés français et je les diffuse tout de suite!» Elle est responsable des programmes jeunesse sur TF1; à ce titre, elle a un contrat de production quasi exclusif avec AB (qui est aussi sa maison de disques), qui fournit la majorité des programmes à ses émissions. Si on l'accuse de monopoliser l'antenne, Do répond « Avis aux amateurs, nous sommes ouverts aux propositions de nouvelles émissions.»
Autre récrimination: la violence de ces dessins animés. Dorothée bondit: « Il ne faut pas prendre les enfants pour des imbéciles! Nous avons récemment décidé d'annuler la diffusion de Ken, que nous trouvions trop dur. Deux jours après, des centaines de lettres sont arrivés pour nous demander de le reprendre la semaine suivante. Nous avons fait un mini référendum: 97% des "votes" étaient pour la reprise!» Pour Dorothée, la cause est entendue, les images de catastrophe et de mort du journal télévisé sont plus inquiétantes. «Les enfants ont changé », estime Dorothée qui pense qu'aujourd'hui « Bonne nuit, les petits » ne marcherait plus. «A l'époque, cela m'ennuyait!» Ce qui la passionnait, c'était l'égyptologie: «Quand j'ai vu les études qu'il fallait faire... Oh là là!» Tout a commencé lors d'un concours de théâtre amateur auquel elle participait dans la troupe de son collège. Dans le jury: Jacqueline Joubert. L'ancienne speakerine est à l'époque chargée de créer le service jeunesse de l'ORTF. En 1973, elle propose à la jeune fille d'animer sa nouvelle émission: « C'est un coup de chance, ce qui n'est plus possible maintenant », explique Dorothée.
Tout n'a pas été toujours rose pour la reine des enfants. Ainsi, sa première expérience à la télé connut un arrêt aussi brutal que décevant en 1975. Elle releva le défi: « Je suis allée voir les gens qui m'avaient promis de m'aider quand j'avais du succès. Résultat: néant. » Aussi est-elle devenue tour à tour animatrice de supermarché, secrétaire, distributrice de prospectus et enfin, après deux années d'expériences diverses, speakerine à Antenne 2. « Je considère ma vie comme un escalier, explique-t-elle. Je fais en sorte que chaque marche me fasse monter plus haut. J'essaie de ne jamais redescendre. J'ai beaucoup appris...» Mais depuis son départ d'A2, voici un an, Do a comme une blessure: « J'ai laissé Jacqueline Joubert fâchée. J'espère que ça passera. »
Toutes ses mésaventures sont à présent oubliées. Surtout lorsque les producteurs de la Toei, l'une des sociétés de production les plus performantes du Japon, l'ont fait venir à Tokyo pour qu'elle joue dans trois de leurs nouvelles séries. Les petits Français verront leur princesse au printemps prochain dans Gyriaia - en détective -, Liveman – en savant et Mask Rider Black en professeur de cuisine! Heureuse en son royaume, Dorothée ne veut pas penser à l'avenir. Un enfant? «Pas le temps!» répond-elle, tout en reconnaissant que c'est son plus cher désir. «Quelquefois, les gosses me demandent si j'ai un petit ami. Je réponds: "Chut, secret! J'le dirai pas." Ils adorent ça!» Pas de lassitude pour cette grande professionnelle éprise de son public: «Tant que je m'amuserai et que les enfants seront contents de me voir, je continuerai. Je leur fais confiance pour me dire que je les ennuie. Le jour où je me dirai: "Zut! il faut y aller", j'arrête tout de suite. »
M. D.
La saga des mangas

Télérama – 7 décembre 1988
Qu'y a-t-il de commun entre Goldorak et Candy ? Le robot colossal et la petite blonde ? Fabriqués à la chaîne dans les studios Toei, les toons nippons envahissent les écrans de télé du monde entier.
Lui, c'est Goldorak, un robot venu de l'espace dont le dur métier est de sauver la terre. Elle, c'est Candy, une petite orpheline qui pleure de vraies larmes et montre beaucoup de courage dans l'adversité. Elle est aussi fragile et douce qu'il est fort et puissant et leur rencontre aurait pu faire un malheur. Pourtant, c'est séparément que nos deux héros ont réalisé la plus belle carrière dont puisse rêver un personnage de BD : faire le tour du monde des télévisions en rapportant à leur pays d'origine, le Japon, des millions de « bandes dessinées » plus connues, celles-là, sous le nom de dollars.
Comment sont nées ces créatures ? D'où viennent-elles ? Comment ont-elles pu, en quelques années, supplanter les indétrônables héros de Walt Disney ? Un début de réponse se trouve aux studios de la compagnie Toei, à Tokyo, devenue depuis quelques années le premier producteur mondial de dessins animés. C'est ici, en effet, que sont produits à la chaîne, depuis vingt-cinq ans, la plupart des Dragon Ball, Candy, Goldorak et autre Ken le survivant, dont le Japon inonde en ce moment les télévisions du monde entier.
Quelques bâtiments style HLM : voilà les bureaux de la compagnie. Murs pisseux, vieux cartons empilés dans tous les coins. Le moins qu'on puisse dire est que la Toei= ne soigne pas vraiment son image de marque... Seules les affiches, souvent passablement jaunies, des plus grands succès de la compagnie rappellent au visiteur qu'il n'est pas égaré dans les couloirs d'une quelconque administration.
Salle des personnages, salle des « fonds », salle des couleurs... A chaque étage correspond une étape de la fabrication. En tout, près de 2 000 personnes grattent des fonds, rectifient des nez, corrigent des perspectives à un rythme proprement effarant. Bien entendu, la plupart des employés sont des femmes qui ont dépassé la quarantaine (c'est, au Japon, celles qu'on paie le moins) et qui, pour l'équivalent du SMIC, s'usent les yeux sur de minuscules hiéroglyphes. En bout de piste, un photograveur cliche tout ce travail sur d'impressionnantes machines datant des années 50 et expédie le tout en Corée, en Malaisie ou aux Philippines où l'on sous-traite ce qui coûte vraiment trop cher : le coloriage final, image par image. Sachant que chaque épisode de trente 8 minutes, nécessite 4 000 à 5 000 dessins et 250 amère-plans, il faut compter environ quatre mois pour le réaliser. Aussi, afin de réduire les coûts au maximum, on ne change le dessin qu'une à deux fois par seconde ce qui donne cet aspect étrangement figé aux cartoons nippons.
Créé au début des années 60, le département animation de la Toei a commencé par adapter à l'écran les mangas (bandes dessinées) qui avaient le plus de succès. Il faut dire qu'au Japon, la bande dessinée est une véritable industrie qui représente 25% de l'édition : rien que pour 1987, 1,68 milliards d'albums et revues de BD ont rapporté quelque 15 milliards de francs ! Tirées sur mauvais papier, éditées en livres épais comme des annuaires, les mangas abordent absolument tous les sujets érotisme, karaté, base-bail, guerre, robots, écologie... Il y en a pour tous les goûts et pour tous les âges. Leur succès est tel qu'elles sont à présent utilisées dans un but pédagogique. On les appelle les mangas & how to (comment faire ?) car grâce à elles les lecteurs peuvent apprendre le droit, la gestion ou l'histoire de l'économie japonaise (1)
Mais le premier héros BD véritablement japonais est un petit garçon/robot nommé Tetsuwan Atomu dessiné en 1963 par le célèbre Osamu Tezuka. Tirées à des millions d'exemplaires, les aventures de ce Mickey post-atomique ont imprimé un style à toute une génération de dessinateurs.
Toujours coiffé d'un béret français (au Japon, béret = artiste) Osamu Tezuka est le Hergé de la BD nippone. A soixante-trois ans, il a dessiné près de 150 000 000 pages et vendu, ces trente-cinq dernières années plus de 100 millions d'albums. Enfant de la guerre, il fait partie de cette génération de Japonais pacifistes, fascinée par l'idéologie et le mode de vie des Américains. Cette fascination se retrouve dans ses personnages qui, théoriquement japonais, n'en ont pas moins des yeux démesurément grands et ronds et des cheveux blonds... Ainsi, grâce à la BD, les Japonais pouvaient, à cette époque sombre de leur histoire, s'identifier aux vainqueurs, se rêver en peuple puissant et heureux.
Notons ici que le mot manga, traduit en français par bande dessinée, signifie en réalité « images involontaires, sans retenue », ce qui rend bien compte de leur fonction quasi-psychanalytique.
A partir du début des années 70, des dizaines d'artistes s'engouffrent à leur tour dans la brèche BD. Tous se réclament du « Dieu » Tezuka.
Deux d'entre eux ont connu un succès sans précédent, non seulement au Japon mais dans la plupart des pays du monde. Il s'agit de Go Nagai, père de Goldorak et de Yumiko Igarashi, « maman » de Candy.
Né en 1945, un mois jour pour jour après la bombe d'Hiroshima, Go Nagai est, à quarante-trois ans, le maître absolu du genre « giant robot » ou, comme on dit aux Etats-Unis, « Shogun warriors » (guerriers shogun). Après des débuts comme dessinateur comique, Nagai a l'idée, en 1972, de proposer à la Toei l'histoire d'un robot géant nommé Mazinger Z. Succès énorme dès les premiers épisodes diffusés à la TV et, pour la première fois dans l'histoire du dessin animé nippon, vente aux Etats-Unis de toute la série ! Très vite, les marchands de jouets comprennent le succès qu'ils peuvent tirer de Mazinger Z et fabriquent en masse des petits robots à l'effigie de héros de Nagai. Ça marche si bien que la société Bandai (premier fabricant de jouets au Japon) commande au dessinateur un autre robot répondant mieux aux impératifs de fabrication. Les jambes, en particulier, devront être assez épaisses pour que le jouet puisse marcher. Quelques jours plus tard, Nagaï présente GrenDizer le robot venu de l'espace qui, en France, deviendra Goldorak.
« Pour la tête, explique Nagai, je me suis inspiré à la fois des chevaliers français du Moyen Age, les Templiers, avec leurs heaumes et leurs visières et des Vikings dont j'ai repris l'idée des cornes. Quant au corps, il a quelque chose du samouraï... »
Qu'importe si l'histoire, elle, n'est qu'une énième variante de Superman. Un méchant diable (Vega) veut détruire la terre. Il a déjà anéanti la planète Freid mais n'a pu tuer son « Duc » qui s'est réfugié sur terre à bord de son robot géant, le puissant Goldorak. C'est là qu'ils combattront le terrible démon...
Entre 1974 et 1977, Goldorak est diffusé par la télé japonaise en soixante-quatorze épisodes de trente minutes atteignant une audience moyenne de 21 % ! Dans le même temps, vingt maisons de jouets fabriquent plus de cent sortes de Goldorak qui rapporteront à eux seuls plus de 100 millions de francs.
Minuscule et grassouillet, le visage rond comme une bille, Go Nagai évoque, avec son éternel sourire, un petit Bouddha heureux. Bien sûr, il est ravi du succès de son Goldolaku » mais il aimerait qu'on le reconnaisse davantage comme un artiste, ainsi qu'il se désigne lui-même sur sa carte de visite. Il en a un peu assez de cette image d'auteur pour enfants qu'on lui colle systématiquement et préfère montrer ses dessins de diables où violence et érotisme se mêlent sans limites. Nagai n'a jamais lu ni Tintin ni Astérix mais connait par cœur tous les albums de Druillet à qui il voue une admiration sans bome. « L’idée de dessiner des robots m'est venue un jour où je n'arrivais pas à traverser la grande avenue à côté de chez moi, avoue Nagaï d'une voix de petit garçon. Je me suis senti si petit, si faible que j'ai eu envie de devenir d'un seul coup fort et puissant. Indestructible. J'ai d'abord pensé inventer un personnage à mi-chemin entre la voiture et l'homme et c'est pourquoi mon premier robot, Mazinger Z avait un petit volant derrière la tête. Quand on est petit, comme je le suis, c'est normal de rêver de quelque chose de grandiose »
Dans la réalité, Go Nagai est resté un enfant. Son appartement tokyoïte, situé en plein quartier des éditeurs de mangas, ressemble à une chambre d'adolescent attardé. Pistolets intersidéraux, masques, capsules spatiales et robots recouvrent la quasi-totalité de la surface habitable. Lorsqu'il ne dessine pas, Nagai s'abreuve de vidéo et de mangas. C'est sa femme, Sumiko, qui règle tous les problèmes matériels afin, dit-elle, que « Go puisse travailler tranquillement ».
Quand on lui demande s'il n'y va pas parfois un peu fort sur la violence, Nagai semble tomber des nues : Trop violentes, mes histoires ? Mais les rapports humains ne sont-ils pas basés sur la force ? Tôt ou tard, les enfants sont confrontés à la violence alors pourquoi leur cacher cette réalité ? »
Pour donner plus de poids à son raisonnement, Nagai prend l'exemple des Etats-Unis où les enfants sont abreuvés de Walt Disney à l'eau de rose : On trouve là-bas une délinquance bien plus importante qu'au Japon où les enfants peuvent voir, tout jeunes, des images dites violentes. En fait, les enfants japonais apprennent très tôt la différence entre le bien et le mal... »
A force de vivre au milieu de ses héros galactiques, Nagai a fini par y puiser la matière d'une véritable philosophie de la puissance qu'il souhaite transmettre à travers ses histoires : « Je voudrais que les enfants qui lisent et regardent Goldorak apprennent à maîtriser leur force intérieure, explique Nagaï le plus sérieusement du monde. Chacun peut réussir, il suffit de le vouloir. »
Changement de décor. La maison que Yumiko Igarashi a fait construire pour ses parents se dresse fièrement entre deux champs de pommes de terre, dans une ointaine banlieue de Tokyo. Après son divorce, il y a trois ans, Yumiko est revenue vivre ici avec ses deux enfants. C'est son père, ancien cheminot aujourd'hui en retraite, qui s'occupe d'eux pendant que Yumiko s'enferme au sous-sol, dans un véritable bunker à dessin. Petite, le visage fendu en permanence d'un large sourire, Yumiko est, à trente-huit ans, l'une des « comic artists » les plus célèbres du Japon. Son héroïne, Candy Candy (c'est son nom japonais) est une véritable idole nationale et c'est grâce à elle que Yumiko a reçu, en 1979, le Prix du ministère de la Culture. Le feuilleton télé a été diffusé pour la première fois en 1975, la même année que Goldorak.
A l'époque, se souvient Yumiko, les poupées qui se vendaient le mieux au Japon étaient les poupées Barbie : blondes, avec de grands yeux bleus. (Les poupées japonaises, trop fragiles, restent la plupart du temps sur l'étagère). Elles m'ont servi de modèle pour Candy Candy. Quant au nom, je l'ai choisi en hommage à Candice Bergen que je considère comme la plus belle actrice de tous les temps. » Là encore, l'histoire est simple et s'inspire à la fois de Cendrillon et d'un conte écossais (Holcot) que Yumiko avait lu, petite, dans la bibliothèque rose : Candy, qui a perdu ses parents dans un accident, est recueillie par la directrice d'un orphelinat. Elle y restera jusqu'à douze ans, jusqu'au jour où une famille décide de l'adopter.
Malheureusement, ses nouveaux parents ont déjà une fille qui, jalouse de Candy, ne cessera de la martyriser... Selon sa créatrice, Candy est, pour les petites filles, l'exact équivalent de Goldorak pour les garçons. « Toutes rêvent de lui ressembler, dit Yumiko avec conviction. Car Candy surmonte avec courage les épreuves difficiles qu'elle traverse. Elle s'en sort grâce à sa force de caractère. »
Et puis il y a les sentiments que Candy éprouve pour un beau jeune homme. Vous savez, l'histoire du Prince charmant, c'est universel... »
Quand on lui fait remarquer que tout cela dégouline un peu de bons sentiments, Yumiko a tendance à se fâcher tout rouge : « Je n'ai jamais dit que les enfants devaient lire Candy comme la Bible. C'est d'abord de la BD et le message doit être très simple. Je veux montrer à mes lectrices que même quand tout va mal, il arrive toujours un moment où la vie reprend le dessus... »
En disant cela, Yumiko pense surtout aux dizaines d'enfants qui, chaque année, se suicident au Japon parce qu'ils ont échoué à leur examen. Un véritable fléau national qui résulte du système de sélection le plus impitoyable du monde.
Pour l'heure, Yumiko Igarashi a abandonné son héroïne à seize ans, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, au moment où Candy décide de devenir infirmière. « J'imagine mal une Candy adulte, dit-elle. Il faudrait qu'elle vieillisse et les enfants n'aiment pas voir leurs héros prendre des rides... »
Et puis elle-même avoue être loin, à présent, des préoccupations d'une petite fille. Elle préfère dessiner des BD érotiques « soft » que s'arrachent les OL (Office Ladies) de tout le pays. Bonne mère, elle cache ses dessins en haut d'un placard pour que sa fille de douze ans ne puisse les voir. Seul regret de madame Candy : avoir trop tôt cédé ses droits à sa maison d'édition.
« Pensez, dit-elle, que les treize albums de Candy ont été vendus, chacun, à dix millions d'exemplaires (le prix moyen d'un manga est de 10 F). Tous ont été ensuite portés à l'écran et vendus dans le monde entier. »
Sans compter les quatre cents jouets inspirés de Candy qui ont rapporté près de quatre milliards de centimes...
Mais tout cela c'est déjà de la vieille histoire. Tandis qu'ils sont encore tout jeunes en France, Goldorak et Candy font déjà figure d'ancêtres au pays du Soleil-Levant. Leurs descendants s'appellent Dragon Ball, Saint-Seya, ou encore Devi Man, ils parlent le français couramment.
PATRICK DUVAL
(1) Albin Michel va éditer, courant 89, une Introduction à l'économie du Japon en BD dessinée par un maître du genre: Shotaro ishimori.
Dorothée : « Avec les enfants, je joue la carte de la sincérité »

Ouest France – 12 décembre 1988
Mais comment fait elle ? Elle produit et présente 22 heures de programmes télévises par semaine - et même un peu plus ces jours-ci avec (à partir du 26) son – Club Dorothée Noel - elle termine aujourd'hui trois semaines de spectacle au Zénith et elle achève aussi son nouveau 33 tours avec quatorze nouvelles chansons. Avant une tournée marathon de trois mois en province à partir de janvier. Dorothée a vraiment de l’énergie à revendre :
" Je suis du signe du Cancer et cela apporte parait-il une santé exceptionnelle. J'ai aussi la chance de pratiquer un métier ou je ne m'ennuie jamais - j'ai promis d'arrêter le jour où cela m'arriverait – et pour un public extraordinaire : les enfants. Ce sont eux qui me stimulent, me récompensent de tous les efforts en venant m'applaudir sur scène ou en appelant par le Minitel pour donner leur avis sur mes émissions. Avec eux, je joue la carte de la sincérité. Si je me trompe sur scène ou à la télévision, je le dis. Je ne triche jamais. "
C'est ce qui a fait sans doute, la popularité de Dorothée. Sa spontanéité, sa gaieté, plaisent non seulement aux enfants mais aussi aux parents qui assistent à ses spectacles et parait-il aux personnes du troisième âge. Dorothée fait l'unanimité. Mais n'a-t-elle pas envie parfois d'arrêter de travailler, de fonder une famille ?
- Je n'en ressens pas encore le besoin. En ce moment, je suis heureuse sur T.F. 1. En 15 ans de télévision, je n'ai jamais eu autant de moyens. Cette chaine a reconnu que les jeunes étaient un public à part entière, pas de bouche-trous. Je suis donc très motivée pour travailler avec en plus une équipe formidable.
- Mais cela ne vous laisse aucun répit. Peut-être les week-ends ?
- Non, les week-ends. J’enregistre les chansons de mon nouvel album (j'en sors un par an en moyenne) avec « Attention danger » notamment.
Cette année, Dorothée passera les fêtes de fin d'année très loin de France mais, là encore, pas pour se reposer :
- Le mercredi 28 décembre. De 7 h 30 à 19 h. nous diffuserons notre émission en direct et par satellite de l'ile de la Réunion. Au moment où il y aura peut-être de la neige en France, j'ai eu envie d'apporter un peu de soleil. Je ferai aussi quelques galas et rentrerai ensuite en France pour une grande tournée. C'est une de mes plus grandes joies. D'une ville à l'autre, les réactions sont différentes, jamais la routine que je déteste tant. Je ne peux me passer des tournées. Rien ne remplace le contact direct avec son public.
Une entreprise de 250 personnes
- Aimeriez-vous refaire du cinéma, après vos débuts remarques avec Truffaut (« L'amour en fuite ») et Robert Enrico (« Pile ou face ») ?
- J'aimerais mais les metteurs en scène ne pensent pas à moi. Je reste sans doute trop marquée par la télé mais je suis sûre qu'un jour, je jouerai les grands-mères. J'aurais surtout aimé retourner avec Truffaut qui souhaitait d'ailleurs me proposer un autre rôle.
Pour l'instant, Dorothée s'épanouit auprès des enfants. Elle leur consacre toute sa vie. Une véritable vocation ! Et cette sacrée bonne femme fait travailler pas moins de 250 personnes (entre AB Productions, sa maison de production, et le petit écran). Cette responsabilité la laisse pourtant sereine réussissant a préserver son âme d'artiste :
- La télé, le spectacle, c'est éphémère, du vent, je ne l'oublie pas et ne me prendrai jamais au sérieux.
Christine HIQUET
La machine Dorothée

Le Monde – 12 décembre 1988
Avec un public qui va des enfants de vingt mois aux grands-parents, Dorothée est le seul personnage du petit écran à remplir tous les soirs une salle de spectacle.
A la fin des années 70, une ancienne chanteuse yé-yé » (Chantal Goya) trouvait, grâce à une émission de télévision (Numéro un des Carpentier, en forme de conte de fées) un créneau à exploiter : la chanson pour enfants, et se constituait avec l'aide de son époux, Jean-Jacques Debout, un répertoire sans risque basé sur les mythes traditionnels de l'enfance (Guignol, Bécassine, Tintin, le Chat botté, Pierrot et Colombine). Curieux retour des choses : c'est une participation maladroite à une autre émission de télévision (« Le jeu de la vérité ») qui tua son crédit auprès des familles, il y a deux ans. Depuis, le créneau est occupé par Dorothée, qui ne craint pas a priori d'essuyer la même mésaventure que Chantal Goya puisque la chanteuse ici se double d'une animatrice de télévision.
Dorothée a fait ses débuts sur le petit écran en 1973, juste avant l'éclatement de l'ORTF. Elle avait alors un visage tout rond et continuait encore à tout hasard des études en vue d'obtenir une licence d'anglais. Dorothée a participé aux premiers après-midis de la jeunesse les mercredis, à un jeu d'Henri Kubnick (Réponse à tout) avant d'être speakerine pendant un an et d'animer Récré A2 à partir de 1978.
Chantal Goya, c'était la grande sœur, tout en sourires, qui évoluait dans un univers de carton-pâte. Toutes les trois minutes, le mot merveilleux était prononcé. Les chansons, mimées, étaient diffusées par une bande (musique et voix) en play-back. Dorothée n'est ni la grande sœur, ni la maman, ni la maîtresse d'école. Elle joue, dit-elle, « le rôle d'une amie, quelqu'un d'actuel qui a un foutu caractère et parle normalement aux enfants ».
Un climat de « boom » permanent
A la télévision, Dorothée présente chaque semaine vingt-deux heures de programmes répartis entre le matin et l'après-midi et où les sketches, les gags en forme de flashes se glissent entre les dessins animés, Tarzan et les séries japonaises. Sur scène, sans ses équipiers du petit écran, Dorothée se produit avec un orchestre de dix musiciens, deux choristes et huit danseurs. D'un côté, elle offre un climat de boom permanent, de l'autre un concert avec participation active du public. Entretenue par ses producteurs, Claude Berda et Jean-Luc Azoulay, la machine Dorothée tourne à plein régime. En temps ordinaire, les lundi, mardi et mercredi matin, la chanteuse enregistre les émissions ; le reste de la semaine, elle tourne dans les régions. Plus d'une dizaine de millions d'albums ont été vendus à ce jour. Cinq mille lettres adressées à l'animatrice arrivent chaque jour à Paris. « C'est dangereux de s'arrêter quand ça marche, dit simplement Dorothée, prête à occuper le créneau jusqu'à la fin des temps.
C. F.
L’usine Dorothée tourne à plein rendement
TV Magazine – 12 décembre 1988
La fusée Dorothée est mise sur orbite. Pour la fin de l’année, la chanteuse qui a conquis le coeur de milliers de petits Français sera au Zénith jusqu’au 18 décembre et elle assurera en même temps ses émissions habituelles sur TF1. Le secret de ce tour de ce force : un très grand professionnalisme, une discipline de fer et le secours d’une véritable entreprise de spectacles dont la vedette est le P.DG
Sa vie ressemble à une course-poursuite comme on en voit dans les dessins animés. Le genre « Titi et gros minet » ou « Tom et Jerry ». Avec son joli minois de petite souris, notre Dorothée passe sa vie à courir. Pas après les oiseaux ou les lapins, mais tout simplement après le temps. Même pendant son passage au Zénith, elle assure ses émissions télévisées habituelles : vingt-deux heures d’antenne par semaine. Un record !
Star d’une jeunesse « Golodrak-laser », « deuxième mère » de tous les enfants de France, Dorothée avoue modestement douze à quinze heures de travail par jour. « C’est très bien ainsi, commente-t-elle. Je ne suis pas une grande travailleuse, et sans toutes mes obligations quotidiennes, je ne ferais pas grand-chose et je resterais au lit comme une marmotte. »
On a tout de même du mal à croire que ce tout petit bout de femme (35 ans, 1, 58m, 46 kilos) n’aime pas le travail. Dorothée porte en effet plusieurs casquettes. Et fièrement ! D’abord celle de productrice et animatrice de ses émissions. Ensuite de directrice de l’unité jeunesse de TF1 (elle discute directement avec la direction, ce qui facilite bien des choses). Enfin, celle de chanteuse. Une carrière menée de main de maître, bâtie à grands coups de tubes.
UNE STRICTE DISCIPLINE DE VIE
La preuve est faite en tout cas que Dorothée le supporte très bien, ce sacré travail. « C’est vrai, mais il ne faut pas oublier que je ne suis pas toute seule dans cette entreprise, se défend-elle. Il y a derrière moi près d’une centaine de personnes qui me soutiennent en permanence. Dix auteurs se creusent la tête pour inventer de nouveaux sketches, quinze décorateurs, cinquante techniciens et presque autant d’administratifs pour dépouiller le courrier (7.000 à 8.000 lettres par jour) et assurer mes sacro-saintes relations publiques… »
Bref, une véritable petite usine qui tourne jour et nuit au service d’une femme et de millions de fans avides de nouveautés. « C’est vrai, en France, cela peut paraître démesuré. Mais de telles structures existent déjà dans les autres pays d’Europe. Quant aux États-Unis, n’en parlons pas… Nous avons près de vingt ans de retard sur les Américains, en création et en émissions. »
Pour combler ce grand vide, Dorothée met les bouchées doubles. « Travailler comme je le fais implique une discipline de vie très stricte. Le matin, je me lève entre cinq et six heures. » Sauf le week-end qu’elle passe dans la charmante demeure de sa mère à Bourg-la-Reine. Une tartine, un thé, et déjà Jean-Pierre, le chauffeur, avance la limousine. Une Cadillac Séville bleu nuit, du dernier chic (« Do » refuse de conduire dans la semaine. Le week-end, au calme, elle se sert de sa petite Santana rose bonbon.)
Sept heures. Arrivée à TF1. Le travail commence. Maquillage, coiffure, déguisements, répétitions sur le plateau. Une mise en scène, une prise de vues. Les haut-parleurs de la régie crachottent. « C’est bon… On la garde… »
Onze heures. Retour aux sièges cuir de sa Cadillac. Pas de téléphone dans la belle américaine de Dorothée. « Dans les embouteilles, j’écoute la radio, je lis la presse. Je dois être au courant de ce qui se passe dans le monde, car certains de nos sketches sont directement inspirés de l’actualité. » Jean-Pierre gare la voiture devant les studios d’AB Production, à La Plaine-Saint-Denis. « C’est ma maison de disques. J’y répète toutes mes chansons et les chorégraphies de tout mon spectacle. » Enregistrements, play-back, mixages. Il est midi. Pause. Repas. Dorothée grignote un gâteau sec, boit une tasse de thé avec comme seul accompagnement une Benson and Hedges, bout doré.
Après-midi, retour à TF1. « Le jour le plus chargé est évidemment le mercredi. Nous tenons l’antenne tout l’après-midi pendant quatre heures en direct. »
Les séries succèdent aux dessins animés. Les sketches aux jeux. Dix-huit heures. On lève un peu le pied, pas longtemps. Il faut relancer la machine Dorothée pour préparer les émissions de samedi et celles du dimanche avec le célèbre « Pas de pitié pour les croissants. »
Enfin, la fin de la journée se profile au bout des studios. « Que je termine les séances de travail très tard ou un peu plus tôt, je suis coutumière du coucher à quatre heures du matin… » Pour aujourd’hui, c’est terminé. Il est tard. Dorothée n’arrive pas à dormir. « Dans ces cas-là, je lis ou je regarde la télévision, j’ai en général beaucoup de mal à trouver le sommeil… » Dans un appartement de la porte Maillot, la lumière vient de s’éteindre. Demain, le réveil de Dorothée va encore une fois inaugurer une nouvelle journée : dès huit heures, des millions d’enfants seront heureux.
François Tauriac
Vive la fête
Sur la scène du Zénith jusqu’au 18 décembre puis en tournée dans toute la France, Dorothée chante, danse et joue. Au programme de son tout nouveau spectacle, moins de sketches qu’il y a deux ans, mais plus de chansons (au total près de trente tirées de son nouvel album), plus de danse (elle est accompagnée de huit danseurs et deux choristes) et surtout beaucoup de magie grâce au talent des « Musclés », un orchestre qui décoiffe.
Encore une nouveauté, les horaires des spectacles : pas d’après-midi mais uniquement des soirées à 20h30. « Lorsque j’étais petite, j’adorais aller au cinéma. Lorsqu’on en sortait il faisait nuit. C’était une sorte de fête, faire comme les grands, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai choisi des horaires plus tardifs. Afin que mon spectacle soit une véritable fête pour toute la famille. »
Mickey, Pif et Jacky
Dorothée retrouve ses premières amours. Après avoir collaboré avec les productions Disney sur A2, « S.V.P. Disney », l’animatrice vedette de TF1 aura à partir de janvier la mission de faire entrer dans les foyers français Mickey, la souris la plus connue du monde. Trois jours par semaine, mercredi, samedi et dimanche matin, le Club Disney succédera donc au Club Dorothée.
Nouveauté également, à la rentrée, on pourra voir au cours de son émission un dessin animé, « Pif et Hercule », tiré de la célèbre bande dessinée. Côté animateurs, pas de changements. Que les fans de Jacky se rassurent ! Le compère n°1 de Dorothée sera toujours là, avec à ses côtés Patrick Simpson-Jones et toute l’équipe habituelle.
Légendes des photos :
1 - La course contre la montre de Dorothée commence en voiture. L’animatrice vedette de TF1 n’utilise que ce moyen de locomotion.
2 - Arrivée à TF1, Dorothée est prise en main par les maquilleuses, coiffeuses et habilleuses de l’émission
3 - On vérifie les caméras, les éclairages, les décors et le travail peut commencer.
4 – Répétition avec toute l’équipe de « Club Dorothée »
5 – Mise au point avec le réalisateur Patrick Leguen
6 – Photo de famille. L’équipe au grand complet
7 – Résultat : vingt-deux heures de bonne humeur que Dorothée va offrir aux enfants.
Dodo-rothée

La Charente libre – 22 décembre 1988
Tonton Michel m’a demandé de faire la chronique à sa place aujourd'hui parce que c'est une chronique sur Dorothée et que lui chaque fois qu'il la regarde à la télé, il dit des choses du genre : « Elle est à c.... cette minette ! », enfin, des trucs que je ne peux pas vous répéter.
Et puis Tonton Michel, il est trop vieux pour comprendre : Dorothée, c'est une vraie copine qui a joué les bonnes élèves quand elle était sur la deuxième chaîne, avec la méchante Jacqueline Joubert qui la battait tout le temps pour qu'elle apprenne son métier.
Maintenant, elle le connaît son métier, c'est pour ça qu'elle ne fait pas battre les autres (c'est pas une fille qui aime copier) mais qu'elle les fait arroser à grand coup de chasse d'eau, tous les après-midi.
C'est quand même bien plus marrant que « Nounours » ou « Thierry la Fronde », que Tonton Michel regardait quand il était jeune et que c’était encore en noir et blanc avec des « Interludes ».
Et puis, personne se rend compte du nombre d'heures ou ce qu'elle est là... Y en a qui disent que ça lui fait des 400 heures par an. Comme dit le cousin qui est à la CGT, c'est pas bien syndical !
Et puis, y a ses spectacles au Zénith (où elle a remplacé Chantal Goya, qui maintenant est, paraît-il trop vieille) et les feuilletons qu'elle va tourner à l'exprès pour nous au Japon (mon grand frère, qui a huit ans. dit que c'est pour les gniards et les filles !). Mais mon grand frère il est comme Tonton Michel : il y connaît rien à Dorothée. Il m'a dit aussi un truc que j'ai pas bien compris, que la fée Carabosse aussi elle a été jeune... Enfin des trucs de jaloux. En tout cas moi, quand je serai grand, je me marierai avec Dorothée... et qu'est-ce que j'aurai comme sous... encore bien plus qu'avec Christine Ockrent!
Par intérim, le neveu de Michel BELEZY
Dorothée à Mulhouse

Dernières nouvelles d’Alsace – 24 décembre 1988
Elle a fait sa rentrée au Zenith le mois dernier et repart sur les routes de France a la rencontre de son jeune public. Dorothée n’arrête pas. L’animatrice vedette de TF1, la préférée des petits (et parfois aussi des plus grands) enchaine les succès. Ses derniers titres vos enfants doivent certainement vous les fredonner à longueur de journée : c'est « Docteur » « Attention danger » qui viennent confirmer les super-ventes de « maman » ou « Allo Monsieur l'ordinateur »
Des fans, elle en a partout où elle passe. Elle sera de retour sur la scène mulhousienne avec Méga Music et « L'Alsace », le 19 janvier prochain à 20 h 30 au Palais des sports de Mulhouse.
Les locations sont ouvertes dès à présent, la bonne occasion de faire plaisir à vos enfants pour Noel, mais aussi le reflexe indispensable pour espérer avoir une place étant donné le succès des concerts de Dorothée, la star des enfants.
Locations à la Fnac et chez Nuggets à Mulhouse.
Méga Music et « L'Alsace » vous offrent la possibilité de gagner une place gratuite pour ce spectacle, Il suffit de renvoyer le talon ci-dessous à « L’Alsace-Promo » 25. av. Kennedy, 68053 Mulhouse Cedex, avant le 28 décembre a midi. La liste des gagnants paraitra dans notre édition du 29 décembre.
Dorothée : une vraie partie de cash-cash

Le canard enchaîné - 28 décembre 1988
Depuis qu'elle a dépassé sa vieille rivale Chantal Goya, la reine du créneau enfantin semble plus éprise de rentabilité que d'originalité dans ses émissions hebdomadaires... tirelire-lère.
DOROTHEE est une bonne copine. Elle a toujours son sourire, ses yeux malicieux et sa bonne humeur. Et quelle bonne travailleuse elle fait ! Télé, disques, concerts dans toute la France, elle n'arrête pas. Il faut dire qu'elle n'a que 35 ans. Mais comme elle dit elle-même. « Je n'ai rien d'autre que le spectacle dans ma vie, pas d'enfant, pas d'homme. »
Heureusement elle est aidée par deux Dons copains. Jean-Luc Azoulay et Claude Berda, qui ont fondé pour elle la société AB Productions. Des garçons très futés ! lis ont débuté dans le métier en éditant le disque des sermons de Jean- Paul II Un jour, ils ont vu Dorothée sur Antenne 2, à l'époque où elle travaillait avec Jacqueline Joubert et Cabu. Ils ont tout de suite compris qu’une battante bien dirigée, ça peut faire une bonne gagneuse. Fini de s'amuser, petite, au turbin !
Goya fait tapisserie
En 87. Bouygues rachète TF1 et agite les billets de banque en direction des stars du petit écran. On parie alors beaucoup des gros salaires qui font craquer Sabatier. Ockrent, Coliaro et quelques autres On parle moins de Dorothée. Pourtant, ce n’est pas elle qui fait la plus mauvaise affaire. Nommée directrice de I ‘unité jeunesse de TF1, elle peut jouer à la marchande en achetant à sa propre société les 1 200 heures de programmes dont cette unité a besoin A 120 000 F l'heure, ça fait un joli marché.
Laminée cette pauvre Chantal Goya, qui fut longtemps sa rivale dans le créneau « socquettes blanches et queue de cheval » ! Elie a négligé l'intendance. Pas Dorothée, qui, au moment de quitter Antenne 2 essaie de piquer à Jacqueline Joubert (« ma seconde maman ») l'équipe de « Récré A2 ». Pour se payer la tête de ses copines Charlotte et Marie, coupables d'être restées fidèles à Antenne 2, elle va jusqu'à créer sur TF1 les personnages de Marotte et Charlie. « La malice fait partie de notre métier ». dit-elle ingénument.
Nippone à tout faire
La voilà maintenant en situation de monopole sur TF1. Au trou, les autres émissions de jeunesse (« Croque-Vacances ». « Vitamine », « Salut les petits loups », « Zap zappeur » etc.) ! La machine tourne. Le label Dorothée devient le sésame qui permet de vendre en disques et en livres toutes les émissions achetées aux quatre coins du monde. Car Dorothée voyage= beaucoup. Elie a beau avoir « la pêche », elle ne peut à elle seule remplir ses 60 heures de programmes hebdomadaires (dont deux heures chaque matin de la semaine). C'est pourquoi régulièrement elle prend son Caddie et part faire ses emplettes. Au Japon surtout. Elle y fait le plein de dessins animés (« Bioman », « Goldorak »)
« C’est violent, mal dessiné » « C'est surtout moins cher, explique-t-elle Tant pis pour les dessinateurs et les producteurs français envers qui TF1 s’était engagée à commander 64 heures de créations par an.
L’essentiel c’est que Dorothée puisse continuer à se dévouer. « D'une certaine manière, en offrant du bonheur, j’apporte moi aussi du soulagement aux souffrances et aux solitudes », confie-t-elle. Afin de mieux poursuivre sa mission, elle vient d'inaugurer de grandioses studios à La Plaine Saint-Denis : Tout y est prévu : « J'y ai un appartement de deux pièces, une chambre et un salon pour y passer souvent la nuit » explique-t-elle. C'est dire si Azoulay et Berda pensent à tout pour le rendement. Mais tiendra-t-elle le coup quand l'Audimat, son seul vrai fiancé, donnera des signes de lassitude et que papa Bouygues l'enverra jouer ailleurs ? Chut... Pour instant derrière son personnage de fraicheur et de fantaisie, elle et ses deux compères ont réussi un travail magnifique : farcir les jeunes cervelles françaises des japoniaiseries les plus rentables.
Une sacrée copine !




