Articles - 1989 - Page 1
- Dorothée : "Qui môme me suive!"
- Dorothée : "Ne confondons pas violence et action"
- Dorothée fait trembler Bercy
- Comme une tempête, un ouragan, la méga-fête des enfants
- "Mes rêves et mes regrets"
- Dorothée répond
- Pas de vacances pour Dorothée
- La grande prêtresse du petit monde
- Dorothée, l’idole des jeunes
- « Ma chère Dorothée… »
Dorothée : "Qui môme me suive!"
Le soir Illustré - 7 Janvier 1989
Dorothée superchouchoute, Dorothée la préférée des petits « z’amis », Dorothée la pétulante. Il n’y en a que pour elle ! Star incontestée des enfants, reinette d’un club très fréquenté sur TF1, l’animatrice de télé arrive bientôt à Bruxelles avec son tout nouveau tour de chant qui scintille comme des étrennes de rêve pour vos rejetons. Surboum à Forest National, les 14 et 15 janvier, où la ribambelle fête 1989 !
Les enfants ne vont plus au guignol, ils se rendent au spectacle. Ils s‘amènent en bande, avec, en tête, tous les refrains dernier cri. Pour l’instant, il s’agit d’ « Attention danger ! », le dernier 45-tours apprécié pour son clip très Pier Import qui a le don d’accrocher la génération du CDV, le compact-disc vidéo ! Dans la salle, ils sont des milliers. Age moyen : six-huit ans. Tous a-do-ra-bles (les parents ne paient rien pour attendre, encore que…). Car toute cette marmaille, lorsque l'on l’y invite, sait donner de la voix. Pour fustiger les Musclés, l’orchestre qui parfois renâcle. Ou pour reprendre en chœur « Maman », « Docteur » ou « Allô ? Allô ? Monsieur l’ordinateur ». Tous les galopins et toutes les « pitchounettes » martèlent les travées de leurs petits petons, et s’usent les mimines à applaudir. Ils hurlent d’amusement, laissent fondre leur petit cœur de beurre quand elle entonne « J’ai le blues de toi » , connaissent sur le bout des menottes les paroles de « Hou ! La menteuse ! » Et pépient de joie avec « Qu’il est bête ! ». Bref, ce sont des fans de Dorothée, leur grande copine, la star incontestée des hit-parades.
Celle-ci va bientôt régaler tous les Van der Schtroumpf de la capitale avec un nouveau tour de chant. Un an après les avoir ravis avec « La Fée Vitamine », elle tiendra la corde à Forest National le week-end des 14 et 15 janvier. Ambiance bon enfant garantie pour ce qui constitue un véritable récital avec choristes, danseurs, arrivée de la star en soucoupe volante (mais cet attirail ne fera pas partie de la tournée), combat à l’épée-laser fluo du plus bel effet où triomphe Bioman (le mec plus ultra aux yeux de vos enfants ; faut vous tenir au courant, les parents !), on a mis les bouchées doubles. Il ne manque les briquets (à leur âge, c’est plus prudent) parmi un public gentiment allumé. D’ailleurs, le spectacle est autant dans la salle que sur scène. Bref, Dorothée mène la danse, change de costume en un tournemain (ce qui épate les mômes), appelle ses inconditionnels à la rescousse lorsque son groupe lui fait des misères, pousse la chansonnette et fait de doux câlins dans un spectacle réglé comme du papier à musique.
Quel succès, mes enfants ! Depuis qu’elle a plié bagage pour TF1, elle a supplanté toutes ses rivales. Dame ! Avec 22 heures de programme par semaine, elle s’est hissée parmi les stars de la chaîne privée. Au point de voir sa réussite citée en exemple dans les magazines sérieux qui voient en elle une femme d’affaires avisée.
- Je ne connais rien aux chiffres, je ne suis qu’un chef d’équipe, coupe-t-elle lorsqu’on évoque cet aspect-là.
Sous son air de souricette, derrière ses petits yeux fondants comme des Treets, aussi fluette qu’une allumette, Dorothée gère sa carrière en fine mouche. N’a-t-elle pas, l’an passé, attiré 100 000 spectateurs à Paris et 200 000 en province ? Ne vient-elle pas de fêter ses dix millions de disques vendus ? N’est-elle pas conseillère et responsable des programmes pour la jeunesse sur TF1, elle qui fournit comme pour rire six cents heures d’antenne par an ? Dorothée casse la baraque. Cette sauterelle à la voix un peu éraillée - on dirait aussi la petite sœur d’Annie Cordy - a été prise en amitié par les mouflets. Allez savoir pourquoi. Peut-être à cause de son côté petite fille modèle qui ne se serait pas aperçu qu’elle est devenu adulte ? Peut-être parce qu’elle raffole de leur compagnie et qu’ils le sentent ? A propos, comment les voit-elle ?
- Ah ! Ça y va. Ils n’ont aucun complexe. En fait, lorsqu’on se parle après le spectacle, j’ai plus le trac qu’eux. Ils sont très vifs. Cela fait presque 15 ans que je fais des émissions pour eux, et l’évolution est assez sidérante. Auparavant, ils n’avaient pas le droit de regarder la télé comme bon leur semblait, alors qu’aujourd’hui ils dévorent ! Y compris ce qui ne leur est pas destiné. Ils choisissent eux-mêmes, ils savent comment fonctionne le magnétoscope. Dans la vie de tous les jours, ils me posent des questions plus incisives. Ils participent davantage. Il y a moins, comme avant, deux mondes séparés, celui des petits et celui des grands. Cela dit, je crains qu’on oublie un peu vite l’univers des enfants. Ils doivent pouvoir continuer à rêver, à faire travailler leur imagination. Pour l’instant, ça va encore. Ils parlent de tout et sont au courant de beaucoup de choses. Ils sont ouverts au monde actuel et c’est important pour les adultes d’en tenir compte. Car il ne faut pas mettre les enfants de côté en les prenant pour des débiles. Il faut en fait les considérer comme responsables, mais dans des limites bien définies.
A 36 ans (le 14 juillet, on fêtera le bicentenaire de la Révolution, mais aussi l’anniversaire de Frédérique Hoschédé, son vrai nom), l’idole des p’tits fans, toujours célibataire et qui ne se décide pas à devenir maman, gagne sur tous les fronts. Depuis qu’elle a quitté « Récré A2 », elle a encore peaufiné ce fabuleux contact qu’elle entretient avec les mômes.
- Mais comment faites-vous pour si bien les ranger sous votre bannière ?
- Je crois que je ne fais rien de spécial pour leur plaire. Je suis comme je suis, je leur parle normalement, et on s’amuse beaucoup entre nous. Je ne les considère ni comme des bébés ni comme de futurs adultes. Je les aborde sincèrement, en faisant la part des choses entre leur monde à eux et le nôtre pour arriver à une vie commune. Ce qui devient très difficile, c’est de les surprendre. La magie ne prend plus. Ils en veulent toujours plus ! Pas question de s’endormir ! On fait très attention à ce que l’on fait et ce que l’on dit. On essaye de parler au maximum un français correct. On veille à ne pas les inciter à faire de bêtises à la maison. Nous sommes très vigilants à cet égard. Ensuite, c’est aux parents de prendre le relais. Nous, nous sommes là pour les divertir, on tente de leur inculquer quelques bonnes habitudes à l’occasion, mais nous sommes plutôt des copains.
- Chose étonnante, les mioches semblent prendre beaucoup de plaisir à venir à ce qui est finalement un vrai concert, comme nous les grands !
- Tout à fait, mes précédents spectacles ressemblaient plus à des comédies musicales. Là, il s’agit d’un tour de chant, avec plusieurs tableaux, histoire de chanter et danser tous ensemble. C’est vivant et moderne, comme à la télé. Bien sûr, les enfants ont besoin de rêver, certaines personnes se chargent de leur offrir ce conte de fées dont ils ont envie. Mais ce n’est pas mon genre à moi. Le côté romantique n’est pas mon fort, je suis plutôt du genre dynamique. Les enfants m’aiment bien pour cette raison et c’est vrai qu’ils s’amusent en venant au Zénith ou ailleurs. Moi, mon premier concert, j’y suis allée quand j’avais 18 ans. Maintenant, même tout jeunes, ils sont habitués au spectacle. Ils n’ont plus peur. Le plus drôle, c’est que les parents viennent ou nous regardent aussi volontiers. Parce qu’ils aiment partager des moments de détente ou de télé avec leurs enfants. En famille. Ils nous disent parfois que c’est le plus chouette des cadeaux.
- C’est vrai qu’assurer 22 heures de programme chaque semaine, c’est lourd, mais en même temps tellement passionnant. Et puis, on montre plein de dessins animés et de séries, plus toute une volée de rendez-vous avec Jacky et les autres, de quoi tout de même alléger le boulot. Tout est une question d’organisation.
- Beaucoup de parents se plaignent de l’emprise de la télé sur les gosses, vous ne trouvez pas qu’ils deviennent vraiment esclaves du petit écran ?
- C’est aux parents de dire oui ou non. C’est leur domaine. Je propose, et eux disposent. On n’impose rien, mais c’est sûr que les enfants abusent parfois de la télé. Dites-vous bien que nous nous cantonnons dans des limites raisonnables par rapport aux Etats-Unis ou au Japon. Et puis, on s’est maintenant bien rendu compte de l’existence réelle d’un public d’enfants. On leur tient compagnie. On s’adresse aussi à tous ceux qui n’ont pas d’occupations annexes, qui ne vont ni au sport ni à la danse, qui ne voient pas de petits copains ou qui ne peuvent pas aller jouer dehors. Ils sont très nombreux.
- Ne confondons pas violence et action, ce n’est pas la même chose. Tout est bien sûr question de sensibilité personnelle, mais n’exagérons pas : les enfants sont moins perturbés qu’on le dit et ce débat date déjà de Goldorak qui n’a traumatisé personne. Tant que ce ne sont pas des robots qui se battent entre eux, cela ne me paraît pas très grave. C’est en tout cas moins dur que ce qu’on voit régulièrement au JT ou dans les films. De toute façon, ils savent bien ce qu’ils veulent. Mais il faut fixer des limites, on ne peut pas leur passer tous leurs caprices. Il faut aussi leur proposer des histoires plus sensibles, davantage portées sur les rapports humains, ou sur l’amitié. Pour moi, le mieux, c’est que les parents regardent avec eux. Pour les rassurer s’ils sont effrayés, pour leur expliquer une scène qu’ils n’ont pas comprise, pour communiquer. Pour moi, la télé n’est pas une garderie !
- Ils voyagent beaucoup grâce à la télévision. Ils s’ouvrent au monde. Moi, je sais que, quand j’étais petite on était vraiment protégé, couvé, on ignorait ce qui se passait. Aujourd’hui, c’est tout différent. Les enfants sont moins passifs, même s’ils restent timides pour la plupart d’entre eux. Nés avec la télévision, ils ne lui vouent aucun culte particulier. Et ils zappent à tour de télécommande. Ils rejettent parfois ce qu’on leur propose et plébiscitent d’autres récits. Ce sont eux qui choisissent, qui votent pour ou contre telle ou telle aventure. Et nous, nous nous conformons à leurs vœux, tout en faisant des achats réfléchis.
Réfléchie, Dorothée l’est assurément. Elle mène drôlement bien sa barque. Ce petit paquet de nerfs, avec ses 46 kilos et son mètre soixante-deux, a de l’énergie à revendre. Depuis 1973, année de ses premiers pas aux « Mercredis de la jeunesse », à l’ORTF, la madone des gamins et des gamines a le vent en poupe. Malgré quelques déboires, elle a fait son trou à Antenne 2 avant de s’affirmer sur TF1. Un récent « Avis de recherche » l’a révélée comme une jeune fille sage de Bourg-la-Reine. Elle a bossé d’arrache-pied. Ce qui n’empêche pas son sort de rester suspendu au goût fluctuant des mioches.
- Lorsqu’ils en auront marre de me voir, ils me le diront. A ce moment-là, je m’en irai. Je n’ai pas encore imaginé ce que je pourrais bien faire, mais je leur obéirai, avoue-t-elle tout haut comme pour mieux conjurer le mauvais sort.
Elle peut dormir sur ses deux oreilles. Le moment de la cruelle séparation est loin d’être arrivé. Les mômes ne jurent que par elle. Samedi soir, ils auront la fièvre, et dimanche en matinée, ils feront la fête. Les petits musclés et les mini-puces de 1989 ne se feront pas prier… à charge pour Dorothée d’amuser la galerie. Mais là, on peut lui faire confiance : au royaume des petits suisses, les demi-sels sont rois !
Bernard Meeus
Dorothée : "Ne confondons pas violence et action"
Télé 7 Jours - 1989
VOUS L'AVEZ MISE EN ACCUSATION DANS VOS LETTRES ET DANS CELLES QUE VOUS ADRESSEZ A SEGOLENE ROYAL. ELLE REPOND A TOUT ET A TOUS.
Au mois de janvier, Ségolène Royal déclarai dans « Télé 7 Jours »: « Sur TFI, c'est la loi du moindre effort. Une seule productrice monopolise les émissions jeunesse. On ratisse large. Il faut faire de l'audience. » Le député des Deux-Sèvres, auteur du best-seller « Le Printemps des grands-parents », qui a déposé un amendement à la loi Léotard, en décembre dernier, pour lutter contre la violence à la télévision, ajoutait : « On diffuse à tour de bras des dessins animés japonais violents, qui n'ont même plus de scénario... » Quelle volée de bois vert au moment où TFI ressuscite le carré blanc sous la forme d'un triangle bleu...
Depuis, nous avons reçu des milliers de lettres approuvant Ségolène Royal, mettant Dorothée en accusation. Elle répond à tout et à tous.
- On vous reproche la violence de ces dessins animés japonais dans les 22 h de programmes que vous produisez chaque semaine.
- Ne confondons pas violence et action! Moins d'un tiers des dessins animés proposés aux enfants sont violents. En fait, les dessins animés d'action ne représentent que 60 minutes sur 22 h de programme. Les dessins animés ne sont, dans l'ensemble, pas très brutaux. Le seul qui soit vraiment disons, agressif, c'est « Ken le survivant », diffusé le mercredi dans le « Club Dorothée », à partir de 14 h.
- Qui choisit les programmes que vous diffusez?
- La première sélection, c'est moi qui la fais et, en ce qui concerne les dessins animés japonais, je ne choisis pas les plus violents, loin de là. Ensuite, je lance un référendum auprès des jeunes téléspectateurs. Je leur propose un éventail d'extraits et je leur demande soit d'écrire, soit d'exprimer leur avis par minitel. Comme cela a été le cas pour « Ken le survivant » (voir encadré).
- Les parents, dont Ségolène Royal s'est fait le porte- parole, estiment que, dans ces dessins animés japonais, les enfants ne s'y retrouvent plus parce que les scénarios accordent la même importance aux « bons » et aux « méchants ». Les enfants n'ont plus alors de références, de repères.
- Pas d'accord. Le créateur de « Goldorak » - que Jacqueline Joubert, qui a créé le service jeunesse d'A2, avait mis elle-même à l'antenne - explique: « Les rapports humains sont basés sur la force. Pourquoi leur cacher (aux enfants) la vérité ? » Les enfants japonais comprennent la différence entre le bien et le mal. Les programmes japonais ont dix ans d'avance sur les nôtres. D'ailleurs, je discute avec les enfants et les parents au cours de mes tournées à travers la France et je ne les ignore pas. C'est aux parents de dire oui ou non à tel programme. D'autant plus qu'à 10 ans, deux enfants n'ont pas forcément la même sensibilité.
- Oui, mais les parents souhaitent- le mercredi après-midi en particulier - une télévision que les enfants puissent regarder tranquillement en leur absence. Une télé sans violence.
- Les enfants regardent ce qu'ils aiment. Et le mercredi, le seul dessin animé agressif, c'est « Ken le survivant » (voir encadré). Et puis les enfants savent très bien zapper, changer de chaîne avec la télécommande.
- On vous accuse d'avoir le monopole des émissions jeunesse sur TF1.
- C'est vrai, et c'est bien parce que c'est pratique. Avec mon équipe, nous discutons directement avec la direction de la chaîne. Il n'y a pas d'intermédiaire, c'est un gain de temps.
- Oui, mais la concurrence, ce ne serait pas un moyen d'exciter l'imagination?
- Je ne crois pas. Ce serait installer une rivalité au sein de l'unité jeunesse et ce ne serait profitable à personne.
- Quel est le budget dont vous disposez ?
- Je ne le sais pas. Il y a un atelier financier à TF1 qui s'occupe de toutes ces questions. Moi, je fais des propositions et on me dit seulement si ça entre dans le budget ou si c'est d'un coût trop élevé (1).
- Ségolène Royal propose que les recettes publicitaires du mercredi, par exemple, soient totalement affectées aux programmes jeunesse.
- Excellente idée. Avec des budgets plus importants, on pourrait faire de bien meilleures choses, avoir des studios.
- On vous reproche de ne pas favoriser la création française.
- Ce n'est pas vrai, puisque nous préparons une adaptation de la comtesse de Ségur, entièrement tournée en France. C'est bien d'apporter ainsi les classiques de notre littérature aux enfants. Et puis, nous avons lancé, avec TF1, un bureau d'études dirigé par René Borg, l'un des pères des « Shaddocks », pour recevoir les jeunes dessinateurs et mettre des choses nouvelles en chantier. Il faut un minimum de dix-huit mois pour en voir les premiers résultats à l'antenne.
- Quand vous choisissez les programmes, quels sont vos critères ?
- Cela fait quatorze ans que je m'occupe d'émissions pour enfants. Sept ans que je propose des spectacles. Je vois sans arrêt des parents et des enfants. Je parle avec eux. Je vois ce qui leur plaît et ce qui leur déplaît... Quand ils ne sont pas d'accord, eh bien, je rectifie le tir. Nous avions supprimé « Candy ». Nous l'avons reprogrammée parce que les enfants la réclamaient. Quand je sélectionne les programmes, je commence par retenir ce qui me plaît et puis ce qui leur plaît.
- Quel est pour vous le rôle de la télé par rapport aux enfants?
- Au départ, c'est un divertissement. Moi, je ne suis pas prof. Je préfère leur apprendre des choses dans mes reportages. Quand je suis partie au Japon ou aux Etats-Unis, j'ai rapporté des séquences concernant la vie dans ce pays. Je leur apprends au passage à découvrir d'autres sociétés que la nôtre.
- On vous reproche aussi la publicité qui coupe les programmes pour les enfants ?
- Les enfants adorent ça et ça ne les perturbe pas, car les spots sont sélectionnés et surveillés. N'oubliez pas que TF1 ne vit pas de la redevance. La pub paie les programmes.
- Comment réagissez-vous à toutes ces accusations ?
- Cela ne fait pas plaisir, mais c'est normal. Cela signifie, en tout cas, que les programmes sont regardés. Quand on a 50 à 60 % de part du marché, par rapport aux autres chaînes, donc un public fidèle et sympa, c'est dommage qu'une minorité le traite d'imbécile, ce public. Qui a raison ? Les millions de téléspectateurs qui regardent ou les quelques milliers qui critiquent ? Je pose la question.
- Avez-vous vu dans d'autres pays, des programmes jeunesse dont vous aimeriez vous inspirer ?
- Non. Nous sommes les seuls à faire des émissions avec des directs et des animations. Les Américains voulaient même me faire venir aux Etats-Unis. J'ai dit non !
Il est juste d'ajouter que nous avons reçu également beaucoup de lettres prenant la défense de Dorothée et de ses émissions. Le débat continue...
Carole SANDREL
1) TF1 achèterait à A.B. Productions, la société qui a Dorohée sous contrat, 120 000 F l'heure d'émission, ce qui, compte tenu de l'audience, est d'un excellent rapport « qualité-prix ».
LES LAISSER REGARDER OU PAS...
Laissez-les regarder la télé. C'est le plaidoyer de François Mariet dans un livre qui porte justement ce titre et paraît chez Calmann-Lévy. Bernard Pivot a invité à « Apostrophes », le 10 mars, ce professeur d'université qui prend le parti de la télévision et des enfants : « La télévision, dit-il, est déclarée coupable de tous les maux de la terre et de ses environs. On lui impute des maladies, la bêtise, l'ignorance, l'inculture, la violence, la vulgarité. Et de tout cela, pas la moindre preuve n'est avancée. Pour un peu, on la rendrait responsable du mauvais cours des saisons. » A cela, nous pouvons répliquer, comme Ségolène Royal, qu'en une semaine de programmes, on a pu relever 15 viols, 27 scènes de torture, 13 tentatives de strangulation, 3 suicides et 670 meurtres ! Alors les laissez regarder ou pas la télévision... quelle doit être l'attitude des parents quand leurs enfants insistent pour qu'on allume la télévision, à moins qu'ils ne l'allument eux-mêmes ? Comment doit-on choisir les émissions qu'ils peuvent voir sans problèmes. C'est un autre débat pour lequel nous attendons vos lettres.
Alain LAVILLE
LA TENDRESSE DE MON PETIT PONEY
On accuse aussi, dans les lettres que nous avons reçues, les dessins animés et les émissions de Dorothée d'être « niais ». Que ces critiques, répond-elle, regardent aussi « Juliette, je t'aime », ou « Dragon Ball » ou « Jeu, set et match » sur le tennis ou « Le Docteur Slung », histoire d'un savant foldingue, ou « Willy Boy », histoire de cow-boy ou « Mon petit poney », histoire pleine de tendresse et ma séquence hebdomadaire sur les livres et les bandes dessinées.
LES FOLIES DE KEN LE SURVIVANT
« Ken le survivant » avait été jugé trop agressif et je l'avais retiré de l'antenne, explique Dorothée. Mais les enfants m'ont écrit, appelée par Minitel, et m'ont même prise à partie. Ils voulaient absolument que je le reprogramme. Je leur ai expliqué clairement le problème au cours de l'émission en direct du mercredi, et je leur ai dit : « Voilà, vous avez 15 jours pour m'écrire et me donner votre opinion. » Plus de 92 % de mes jeunes correspondants ont réclamé le retour de « Ken le survivant » et je l'ai donc remis aussitôt à l'antenne…
Dorothée fait trembler Bercy

Spécial Paris - 1989
Aidée des Musclés, ses musiciens, Dorothée va secouer le Palais Omnisports à partir du 6 janvier. Avec des jeux de lumière géants et un vrai tremblement de terre.
Une star à Bercy ! L’amie des enfants, la complice de Jacky et de Patrick, « starise » son nez pointu et sa queue de cheval, à partir du 6 janvier, pour dix-sept jours de concert. Pour son huitième spectacle, dix ans après son premier passage à l’Olympia, Dorothée affronte la plus grande salle de Paris dans un super-show-laser en trois dimensions. Un tremblement de terre va même secouer le Palais Omnisports de Paris-Bercy pour concrétiser son dernier tube.
Pendant deux heures, l’égérie des enfants va interpréter 23 à 26 chansons issues d’un répertoire en béton : « Maman », « L’ordinateur », « La menteuse ». Elle sera accompagnée de ses deux choristes Martine et Francine, de ses huit danseurs habituels et des Musclés, avec le batteur Bernard Minet. L’orchestre rock, deuxième au Top 50 avec « La fête au village », accompagne la chanteuse depuis ses débuts sur scène.
L’idole du mercredi offre à ses fans la magie d’un vrai spectacle rock. La musique est de Gérard Salesses. Chris Georgiadis a réglé la chorégraphie. Roland Guillotel assure le son et les costumes sont de Gerold Crews. La lumière est conçue par Jacques Rouveyrollis, le « lighting designer », ou concepteur des éclairages de stars. Jean-Michel Jarre, Sardou, Hallyday et récemment Régine ont brillé dans le faisceau de ses lasers. Véritable sculpteur de lumières, Rouveyrollis manie ses projecteurs comme des pinceaux afin de structurer l’espace, de créer l’ambiance. C’est la troisième fois qu’il porte notre star au firmament de ses feux.
Et pour ce spectacle de Bercy, il innove en réalisant une première. Des vari-lites (petits projecteurs tournants et offrant de nombreuses possibilités de couleurs), des télé-scan (jeux de miroirs) et des lasers-pani (projection frontale) seront utilisés simultanément. « Je veux donner le rêve, la féérie. Les enfants entrent plus facilement à l’intérieur d’un spectacle. Il faut tout faire pour les y laisser », dit-il.
Il a fallu dix ans pour que l’ex-présentatrice de Récré A2 arrive au sommet de la gloire avec 12 millions de disques vendus. Dix ans seulement !, serait-on tenté de dire. Le pygmalion qui l’a sortie du petit écran se nomme Jean-Luc Azoulay. En 1979, le producteur de disques AB (A pour Azoulay et B pour Berda, son associé) est au lit avec une hépatite virale. En voyant Dorothée, alors animatrice de Récré A2, l’idée lui vient de la faire chanter. Réticente, la jeune speakerine enregistre son premier disque : « Dorothée au pays des chansons ». L’année suivante, elle tente l’Olympia dans un conte musical où tous les habitants sont des chansons. Suivent d’autres spectacles, y compris deux au Zénith.
Chaque passage sur scène la confirme davantage dans sa carrière de chanteuse-rock tous publics. Elle dépasse le seul monde des enfants et s’adresse à la famille entière. A l’américaine : « Aux Etats-Unis, il n’y a pas de spectacles pour enfants » constate son producteur, Azoulay.
Sous le feu des 4000 projecteurs lasers, sur une immense scène mobile, au milieu de l’arène de Bercy, les téléspectateurs auront des difficultés à reconnaître la gentille et espiègle fée Dodo. En 1980, lors de son premier Olympia, le public participait tellement que Jean-Michel Boris avouait « n’avoir pas vu ça depuis Johnny Hallyday en 1963 ». Le défi de « mademoiselle Dorothée » en 1990 : faire bouger comme un seul homme les 12.000 spectateurs de Bercy, grands et petits.
Marie Robinet
Comme une tempête, un ouragan, la méga-fête des enfants
Télé 7 Jours - 1989
Quatre mille projecteurs en batteries éclairent des nuages de fumée jaillis d'énormes oléoducs... Par enchantement, Dorothée en surgit, elle, la fée des enfants, version santiags biseautées et "501" délavé.
Sa petite queue de cheval, blond l'Oréal, fouette ses épaules fluettes légère, folâtre, elle entonne gaiement : «Je l'aime, il m'aime... Allez, tapez dans les mains! Oh mon cœur ne t'en fait pas, si je pleure, c'est de joie. » Derrière leurs instruments, » Les Musclés » se déchaînent; les danseurs se déhanchent, les enfants se défoulent. « Allez, chantez ! » hurle Dorothée. Des milliers de petites voix reprennent « Oh, mon cœur ! »
Minet, à la guitare, s'en mêle : « Les garçons, c'était très bien, mais les filles, je les trouve timides. » Alors, vexées : « Noon... ! » s'époumonent les filles.
Séquence zoulou. Des sauvages en jupettes de raphia trépignent, pieds nus dans la brousse. Eux aimer femme blanche et Dorothée de rugir: « Où est le lion ? Où est la gazelle ? Où est le grand chef qui voulait toujours la guerre ?»
Séquence hôpital. Des médecins, lampes frontales vissées sur le crâne, brandissent des ciseaux géants et des scies égoïnes; attention, ça coupe!
Un pauvre malade gesticule sur son brancard, un squelette projette son tibia en avant sur l'air de « Docteur, je garde au fond du cœur la maladie du bonheur... »
Il ne manquait plus qu'une attaque d'apoplexie. Arf! C’est Roxan, le yorkshire de Dorothée, qui vient de faire un bond de 50 cm dans son panier....
Un bruit d'apocalypse assourdit les loges. Les baffles, par un savant procédé de sensurround », grondent de basses fréquences, d'infrasons. Derrière le minois, une discipline de fer Attention les sièges, ça vibre! Du high tech. « C'est un tremblement de terre, un ciel rempli d'éclairs, la fin d'un univers, qui vient nous emporter. » Comme un ouragan, le nouveau tube de Dorothée souffle sur Bercy... Superwoman, en bottines à boutons, a encore frappé ! Derrière sa frimousse coquine, une discipline de fer, un vrai professionnalisme. Avec son producteur, Jean-Luc Azoulay, ils ont toujours mis les bouchées doubles.
Leur première rencontre remonte à 1979. Il y eut d'abord un flash... « J'étais cloué au lit à cause d'une hépatite virale, raconte-t-il. Je regardais la télé douze heures par jour, lorsque j'ai remarqué une speakerine... Elle avait du talent et savait se tromper sans prendre un air contrit. Au contraire, elle éclatait de rire à l'antenne. C'est sa sincérité, sa fraîcheur, sa joliesse qui m'ont séduit. »
Aujourd'hui encore, ne montre-t-elle pas à l'écran les plaisanteries de la régie, le matériel et les cadreurs? L'art de Dorothée, c'est de démythifier le plateau télé. Jean-Luc Azoulay, à peine guéri, se précipitait vers la jeune fille « Voulez-vous chanter? » Elle répondit bien haut: « Non, j'en suis totalement incapable. »
"Mon œil, rétorqua le producteur aux aguets derrière ses Ray-Ban. S'il vous plaît, faites un petit essai... Coup d'essai, coup de maître la voix rauque sonnait à merveille. Elle allait faire du rock, ouais, loin des chansons godiches pour petites filles en fleur.
Sur deux plateaux télé, sont enregistrées, ou tournées en direct le mercredi, les émissions de Dorothée et ses amis : Jacky le doux-dingue, Corbier le baba frisé, Simpson-Jones le gentleman TV. Un escalier en colimaçon permet de grimper au premier étage où un staff de secrétaires, à bureaux découverts, encercle celui du maître de céans. Avec sa quinzaine de télévisions tous formats, ses magnétoscopes, ses téléphones et ses boutons qui clignotent partout, Jean-Luc Azoulay, roi de l'audiovisuel, a tout de l'inspecteur Gadget.
Encore plus haut, l'antre de Dorothée. Un grand studio et une salle de bains pour prendre une douche salvatrice, enfiler un peignoir, croquer un biscuit et fumer, tranquille, une Benson and Hedges après la folie du direct. Ne pas déranger!
Le besoin de solitude, de repos, est parfois vital. Elle travaille douze à quinze heures par jour ! « Nous avons près de vingt ans de retard sur les Américains! Il faut carburer! Je n'ai pas d'enfant, pas de mari, je ne sors jamais, je ne fais pas de sport, mes émissions, c'est ma vie. » Et sur le parking d'AB Productions, à La Plaine- Saint-Denis, éternellement, sa Cadillac l'attend.
C. LAMON-MIGNOT
Dorothée à Bercy: 20 h les 6, 12, 13, 19 et 20 janvier. 15 h, les 7, 13, 14, 20 et 21. 14 h les 10 et 17. Tarifs: 130, 160, 180 F. Location: 43.46.12.21.
"Mes rêves et mes regrets"
Télé 7 jours - 1989
Tandis que sa joyeuse bande continuait de tourner, l’amie des enfants nous a parlé mariage, maternité, solitude, religion, politique et métier.
Dorothée a transporté son club dans une villa de l'arrière-pays niçois. Autour de la piscine, les techniciens s'affairent, tandis que, dans l'eau, on reconnaît la joyeuse bande de l'été sur TF1 : Dorothée, Ariane, Jacky, Patrick Simpson-Jones et Corbier. De temps en temps, Dorothée se penche vers Ariane et pose sa main sur le ventre rond de cette future maman (un fils, Tristan qu'elle attend pour début novembre.)
- Ce geste de tendresse cache-t-il des regrets ?
- Je n'ai pas encore décidé quand ce sera, mais je sais déjà que je souhaite avoir deux enfants. J'ai autour de moi des exemples d'enfant unique. Ce n'est pas une situation idéale. Mon rêve serait d'avoir des jumeaux : une fille et un garçon. Ma grand-mère en a eu. Il paraît que cela saute une génération. Mon frère, Jean-François, qui travaille au CNRS, a sept ans de plus que moi. C'est un trop gros écart. Il m'a fallu atteindre l'âge de 20 ans pour connaître la véritable complicité entre frère et sœur.
- Vous êtes l'unique saltimbanque de la famille ?
- Il n'y a pas d'artiste chez nous, mais papa a été le détonateur de ma carrière. Il chantait très bien et, dans la maison, on vivait en musique et en chansons : Rina Ketty et Ray Ventura par exemple. Mon père avait inventé un "truc" pour m'aider à retenir mes leçons. J'étudiais mes résumés d'histoire et de géographie en les chantant. Il n'y a que pour les maths que sa méthode n'a pas marché. J'ai partagé les goûts de Papa jusqu'à l'arrivée des Beatles.
- Vous avez été élevée par un couple uni. Que pensez-vous du mariage ?
- Je n'ai aucun a priori. Je ne peux pourtant pas dire si je me marierai un jour. Si j'apprécie de vivre avec quelqu'un sans passer par l'église et devant monsieur le maire, je ne suis pas contre une union sans formalité. La naissance d'enfant ne signifie pas forcément mariage. Tant qu'on est bien avec quelqu'un pourquoi aller chercher plus loin ?
- Vous avez été élevée chez les religieuses, avec une éducation prônant notamment le mariage ?
- Petite, j'allais à la messe tous les dimanches. Aujourd'hui, je délaisse un peu les offices religieux, surtout depuis que la messe n'est plus dite en latin. J'aimais les rites et les chants. Pour prier, on n'est pas obligé d'aller à la messe tous les dimanches. Il y en a tant qui y vont par habitude...
- On parle beaucoup actuellement des droits de l'enfant. On s'interroge pour leur assurer une meilleure protection.
- Il m'est difficile de répondre à ce grave problème alors que je suis à Nice pendant tout l'été avec le seul but d'amuser les enfants. Sachez que je participe d'une façon très privée à la défense des droits de l'enfant.
- Qui dit enfants, dit vacances.
- Pour moi, les vacances, c'est l'été en Bretagne (ma famille maternelle est à 200 % bretonne) et l'hiver en montagne, à Megève. J'adore l'iode, le vent. J'ai du mal à apprécier la Méditerranée sans marée, sans crevettes ! En vacances, je ne fais rien. Je m'occupe de mes plantes, de mon chien, Roxan, qui, je le précise, reçoit un énorme courrier ! Je prépare des petits plats pour Maman et mon frère.
- Vous êtes très entourée ?
- Souvent oui ! Mais je connais, comme tout le monde, des moments de solitude. Quand j'ai le moral à zéro, je n'appelle pas les copains à la rescousse. Je préfère rester seule. Je suis comme tous les natifs du Cancer. On va jusqu'au fond et hop ! On se donne un coup de pied aux fesses et on refait surface la prochaine fois.
- Vous serez toujours à la télévision dans vingt ans ?
- Je vis au jour le jour. Je n'ai jamais fait de plan de carrière en me disant, par exemple, qu'il faudrait que je change de chaîne. Ce sont les circonstances qui l'ont voulu. Mes débuts à "Récré A2", avec Jacqueline Joubert, c'était un grand pari. Nous avons commencé avec des cartons et des bouts de ficelle. On s'était dit : "On y va" et on sait ce que cela a donné. Nous avons travaillé dans la folie. Mais aujourd'hui le résultat est là.
- Coup de folie, mais aussi coup de chance ?
- Je crois au hasard et à la chance. J'en ai eu. Il suffit de savoir saisir tout ce qui se présente. Question d'opportunité. Malgré les apparences, je suis d'une nature timide et un rien flemmarde, mais c'est fou comme je sais ignorer ces deux handicaps lorsqu'il s'agit de me lancer dans ce que j'aime faire.
- Vous voyez-vous en Nicolas Hulot au féminin ?
- Dans mes émissions, il y a de l'action. Nous faisons un petit "Ushuaia"-bis ! Même si tous mes partenaires ne sont pas sportifs ! Bien que je ne sois plus très sportive, je suis très casse-cou. J'aurais aimé être cascadeuse, mais pas femme politique !
- Vous ne votez pas ?
- La plupart du temps, je m'abstiens de voter. Je ne suis pas une bonne citoyenne. Les hommes politiques sont gentils, mais en dehors de la politique. Moi, seul le public m'intéresse et pas ceux qui nous gouvernent.
- En attendant Bercy ?
- Après le Zénith, où je suis passée plusieurs fois, j'ai choisi cette vaste salle pour mon prochain spectacle en janvier 90. Ce sera un vrai concert rock mais sans excès. Avec des anciennes chansons et des nouvelles qui ne sont pas encore écrites. Nous allons travailler pendant les vacances.
- Quel âge avez-vous ?
- Dorothée sourit et c'est en chœur que Jacky, Ariane, Corbier et Patrick répondent : "Nous fêterons, le 14 juillet, comme tout le monde en France, le bicentenaire de... Dorothée."
Mireille TOUBOUL
LA VILLA DES VACANCES
Dorothée et son équipe (Jacky, Ariane, Simpson-Jones et Corbier) tournent leurs émissions dans la villa «Lou Soabran », en haut de Nice, l'ancienne résidence du maire, Jacques Médecin. Elle n'est plus habitée mais louée par des réalisateurs pour des tournages. On y prépare l'on des décors du film de Lautner, «Présumé dangereux », avec F. Perrin.
JACKY: "UNE MAISON POUR MES DEUX ENFANTS"
Jacky vient d'acheter une maison, pas sur la Côte d'Azur, mais à Chantilly. «De style 1910. A la rentrée, je continue les aménagements et je veux installer un jardin potager pour avoir de beaux légumes. » Le complice de Dorothée quitte Paris, où il a toujours habité, car Marie, sa fille aînée qui a déjà 4 ans, a eu, voici quatre mois, une petite sœur, Juliette: «Avec ma femme, Françoise, elles sont en vacances à La Baule et je fais des sauts de puce pour les rejoindre. J'essaie de profiter au maximum de ma famille. Jacky a sorti un 45 tours: « Rêverie d'un promeneur solitaire au pied du Fuji-Yama ». « Cette chanson démarre bien à la radio mais moins à la maison. Marie a une nette préférence pour Dorothée !»
LA VIOLENCE A LA TELEVISION
Dorothée continue d'être attaquée sur la violence à la télévision. On a beaucoup parlé de mes émissions. Il ne faut pas confondre violence et action. Dans les séries et les dessins animés que nous choisissons, seuls les robots sont des victimes. Nous ne gardons d'ailleurs ces séries qu'après référendum par téléphone, courrier, minitel, auprès des jeunes téléspectateurs. » Quand on lui parle des sévices, des viols dont sont victimes des enfants, Dorothée se met en colère : « Je ne peux être pour la peine de mort mais ces gens-là, il faut les enfermer ! »
Dorothée répond

Télé Poche - 1989
- Des nouveautés pour la rentrée ?
- Une rubrique scientifique présentée, le samedi matin, par Michel Chevalet. Nous avons déjà travaillé ensemble. On s’aime bien et s’entend parfaitement. Il connaît son sujet. Nous allons offrir des images superbes aux téléspectateurs.
- Est-ce la touche culturelle qui, selon vos détracteurs, faisait défaut ?
- Non. Notre but est de divertir. De développer les relations humaines. L’école est là pour enseigner, pour cultiver. Les profs font leur boulot. Et très bien. Moi, je leur apprends à sourire. Les « copains » réclamaient cette rubrique scientifique. Nous l’avons donc créée. Il ne faut pas oublier que l’émission est faite pour eux. Ils nous écrivent ou pianotent sur leur minitel pour exprimer clairement leurs souhaits.
- Et leur courrier est important ?
- Plus de cinq mille lettres arrivent quotidiennement. L’ambiance est au beau fixe !
- Pourquoi ne présentez-vous plus votre émission du matin ?
- C’est bien de ne plus se lever aux aurores et de dormir une heure de plus.
- On parle beaucoup de création française, l’émission va-t-elle se mettre au diapason ?
- Nous avons vingt ou trente ans de retard par rapport aux créateurs étrangers. Nous ne pourrons pas rattraper ce handicap en deux jours. Il faut nous laisse le temps de tourner des séries françaises. Ce que faisons d’ailleurs en ce moment. En attendant, de nouveaux feuilletons étrangers arriveront en octobre ou novembre.
- Les Musclés vont être les héros d’une série. Cette création arrive à point ?
- Ce projet nous plaît. Nous amuse. Tant mieux si ça rentre dans l’optique des fameux quotas de production française.
- Ariane va bientôt être maman. Restera-t-elle à l’antenne ?
- Son bébé naîtra début novembre. Je crois qu’elle continuera jusqu’au bout. De toute façon, nous ne la remplacerons pas. Après la naissance, elle reviendra. Quand elle voudra. C’est elle qui décidera.
- Une rumeur court sur le départ de Jacky ? Est-ce vrai ?
- Pas du tout. En revanche, le Jacko-show (avec la marionnette figurant Jacky) s’est arrêté après les vacances. Mais il est fort possible, sur demande des téléspectateurs, qu’il reprenne épisodiquement.
- Cela va faire quinze ans que vous présentez des émissions pour les jeunes, n’avez-vous pas peur de lasser ?
- Pendant toutes ces années, je n’ai jamais fait la même chose. Mais si un jour cela arrive, j’arrêterai…
- Avez-vous des projets ?
- Début octobre, sortira mon nouvel album. Je travaille également sur le spectacle que je présenterai à Bercy en janvier prochain.
Pas de vacances pour Dorothée
Jours de France - 1989
A Bercy dès la rentrée, Dorothée consacre bien peu de temps au farniente et au bronzage : so, vrai repos c’est le travail !
Elle court, elle court, Dorothée. Un jour elle furète sur la plage de Nice. Un autre elle se balance à bord d'un grand voilier au large de la baie des Anges. En cherchant bien, vous arriverez peut-être à la découvrir sur les collines des alentours, dans une villa transformée en studio d'enregistrement TV. Et si ce périple vous laisse bredouille, vous ne pouvez la manquer, chaque après-midi, sur TF1. Durant deux heures, avec ses amis du Club Dorothée, Jacky en tête, elle tient compagnie aux enfants et à tous ceux qui n'ont que le petit écran pour tromper leur solitude, des papies et des mamies qui ont largement passé l'âge des fans de Goldorak et de Punky Brewster, mais qui aiment bien Dorothée et son petit nez retroussé, son punch à laisser sur le flanc tous ceux qui ne naviguent pas couramment dans «ses eaux ». « Cinq heures de sommeil me suffisent, dit Dorothée, le museau plongé dans une coupe de Martini. Lorsque je ne dors que quatre heures, passe encore. En dessous de ce minimum, j'ai du mal à rassembler mes idées. »
Une ou deux fois par an, "miracle». Dorothée prend huit jours de vacances. Des vraies. Loin. Des escapades toujours décidées l'avant- veille du départ. La dernière: les Seychelles en janvier avec sa mère (Jacqueline). C'était une première pour nous deux. Des belles vacances. Maman était contente. Ça me suffit. »
A Nice où est basée l'équipe TV durant juillet, seul Roxan, un yorkshire taillé en brosse, façon punk, partage l'intimité de Dorothée durant ce marathon d'été. Huit à dix heures d'enregistrement chaque jour, y compris les samedis. «Le vrai moment de dé- tente, c'est heure du dîner, toujours très tardif. Jacky, fin gourmet, me fait découvrir tous les bons restaurants des environs de Nice. Moi qui mange chaque jour des œufs au plat, quel changement! Je suis sûre de peser au moins quarante-cinq kilos ! »
Championne des émissions pour enfants, star de TF1 depuis deux ans après avoir fait les beaux après-midi d'Antenne 2 durant dix ans, millionnaire du disque (dix millions de 45 tours vendus) et également vedette de la scène (son passage au Zénith en décembre dernier a été un triomphe). Dorothée est un poids-plume: quarante-deux kilos quand ce diable de Jacky ne l'entraîne pas dans des périples gastronomiques sans fin. Pour 1m62, ça ne laisse rien de superflu.
Ses yeux, très sombres, vous fixent, directs. Ils lui mangent la moitié du visage; un ovale plutôt pointu qui s'allonge encore davantage lorsqu'elle tresse ses cheveux tout en arrière. «Je déteste toutes les contraintes. Etre prisonnière d'une coiffure, quelle horreur! Un jour, je tire mes cheveux en queue de cheval, un autre, je les dresse en forme de palmier ou en chou. Tout sauf les cheveux flous qui vous chatouillent le nez quand il ne faut pas, devant les caméras, de préférence...»
"JE N'AI PAS L'IMPRESSION DE TRAVAILLER: »
Bermuda, pull marin, ballerines, Dorothée a imposé son style. Pour ses émissions, elle est habillée comme ce soir et tous les autres jours. Elle a aussi le même débit qu'à l'antenne, rapide, saccadé. Le secret de Dorothée: être elle-même. Que les moteurs tournent ou non. « Je n'ai jamais l'impression de travailler. Faire ce qu'on aime, c'est un bonheur. Si par hasard j'ai un grand coup de fatigue, je le dis aux téléspectateurs: « Excusez-moi, mais j'ai sommeil. Alors je vous passe tout de suite votre feuilleton chéri et on se retrouve après. Le temps de prendre un petit café ! L'autre semaine, j'étais au Japon pour l'enregistrement d'une émission. J'ai salué mes petits amis en leur disant: Pour vous, c'est l'après-midi. Mais pour moi, c'est la pleine nuit. Alors, à vous « Goldorak ». Moi, je vais me coucher... C'est aussi une façon de leur expliquer les décalages horaires. »
Sans prétendre faire de la pédagogie, Dorothée ne manque pas une occasion d'envoyer des informations qui n'ont l'air de rien, mais qui peuvent aussi bien frapper les petites têtes distraites des enfants qu'un long exposé type scolaire.
« Pour l'histoire et la géographie, ils ont l'école. Mon souhait c'est de leur apprendre la vie de tous les jours, le respect humain, la complicité. »
Au Club Dorothée, la complicité crève l'écran. Pas une grogne, ou un fou rire qui ne soit partagé avec les téléspectateurs.
« C'est venu par hasard, explique Dorothée. Un jour, je me suis aperçue qu'un cadreur était écroulé de rire en nous écoutant. Vite j'ai fait signe à un caméraman de le filmer. Et tout le monde a été pris de fou rire. Les enfants ont l'impression de partager les coulisses de l'émission avec nous. Ils adorent. »
Dorothée, un produit fabriqué? Allons donc. Plutôt une étrange rencontre entre un tempérament qui, bien avant d'être starisé et médiatisé, a tapé dans l'œil des petits qui ne trouvaient personne dans la lucarne magique qui parle comme eux, réagissent comme eux. Parfois abrupte, «pas spécialement gentille », dit-elle, impertinente et surtout d'un dynamisme à secouer les plus endormis. Il y a des années de cela - c'était encore au temps de l'ORTF, l'ère quasiment préhistorique de la télévision une femme a eu un sacré flair en devinant tout cela. Elle s'appelait Jacqueline Joubert. Elle a su trouver le mode d'emploi de cette adolescente, utiliser le bon ressort. Et c'est parti pour Dorothée. Avec quelques petits moments d'éclipse. Le chômage, huit mois. Quelques animations dans les supermarchés. Et surtout, son plus mauvais souvenir: secrétaire dans une société de robinetterie. « Pour eux aussi, ce fut un mauvais moment à passer. »
LES PROFESSIONNELS SONT RESTES BOUCHE BEE
Et puis, voilà huit ans, avec la chanson, c'est l'explosion. Son premier Olympia, en avril 1981, laisse tous les professionnels bouche bée. D'année en année, il lui faut trouver des salles plus grandes. En janvier prochain, elle investira Bercy. Chaque souci en son temps. J'y penserai dès la rentrée. Je sais déjà que j'aurai un trac fou. Les jambes qui tremblent. La peur avant. La peur pendant. La fatigue après. Mais le bonheur d'avoir le sentiment qu'on ne déçoit pas son public. C'est ce qui m'importe le plus. S'il faut se battre contre lui, s'imposer malgré lui, autant faire autre chose.»
Elle monte, elle monte, la petite blonde à la queue de cheval. Mais pas folle au point de rêver des gradins bondés du Parc des Princes. (« J'ai besoin d'avoir les enfants presque sous le nez, de dialoguer avec eux. ») N'allez pas croire que les amis de Dorothée ne sont que des baby-fans. Les parents ne traînent pas vraiment les pieds pour accompagner leurs enfants. Ceux qui font le succès de « Hou, la menteuse, elle est amoureuse » et de « Maman » sont, dit-on, d'âge indéterminé. Poil au nez, comme dirait Dorothée qui vient de fêter le 14 juillet à sa façon. En soufflant ses trente-six bougies.
Christine Gauthey
La grande prêtresse du petit monde

Sud-Ouest – 12 février 1989
Dorothée s'installe chez nous douze heures par semaine. Mais elle descend aussi du petit écran pour faire des tournées.
Dorothée passe à la télé tous les jours de la semaine, même le dimanche, matin et après-midi. Le mercredi, elle vient avec un panier garni, sage précaution car, du matin 8 h 55 au soir 17 h 50, c'est presque le téléthon ! Bref, elle s'installe chez nous environ douze heures par semaine. Comment la manquer ? D'autant qu'ils en raffolent de mademoiselle et de ses amis. Dorothée est donc in-con-tour-nable. Nommée conseillère et responsable des programmes de la jeunesse sur TF1 en septembre 1987, elle a parfaitement organisé sa propre mise en scène. Du beau travail qui ne fait pas mentir le proverbe « Charité bien ordonnée... ». En fait, depuis que la Goya, s'étant sabordée chez Sabatier, a laissé le champ libre. Dorothée joue en solo. Pour autant, son succès ne semble pas lié à la défaillance de la concurrence ! Sous des airs vulnérables, féminismes et même juvéniles se cache une maîtresse-femme à la tête bien faite : une case pour le bac philo, une autre pour la fac d'anglais, une troisième pour l'art-théâtre et piano - et deux superbes bosses, communication et commerce. En harmonie parfaite avec son chef de chantier. Dorothée s'épanouit sur la Une et défonce l'audimat. Sans rechigner à la tâche.
Au travail
Tout commence en 1973 lorsque Jacqueline Joubert l'engage pour animer les Mercredis de la jeunesse. Quatre heures hebdomadaires, un emploi du temps très raisonnable pour l'étudiante qu'elle est encore. A 20 ans et pleine d'ardeur, elle renonce à la perspective d'une carrière exaltante de professeur pour se consacrer aux « Visiteurs du mercredi ». Très certainement troublée par l'éclatement de l'ORTF, TF1 la remercie en fin de saison, au motif qu'elle n'est vraiment pas faite pour animer des émissions pour enfants. Cette perspicacité du directeur de l'époque la conduit à exercer toutes sortes de petits boulots ; avec dix ans d'avance sur la mode épatante lancée par un ministre du travail ingénieux. On est en 1976 et Dorothée s'exerce alors dans la doublure écran, l'animation de supermarché, le secrétariat... Jusqu'au jour où elle apprend qu'Antenne 2 recrute des speakerines. La bonne élève de l'école Notre-Dame passe les tests, est reçue et renoue avec les émissions pour enfants. C'est « Dorothée et ses amis ». Très vite, elle devient l'animatrice préférée des générations montantes. C'est à cette époque que François Truffaut, garçon sensible et très certainement spectateur fidèle de Récré A 2, lui propose de faire du cinéma. Elle tourne « l'Amour en fuite », puis enchaine avec « Pile ou Face », sous la direction de Robert Enrico. Ses partenaires s'appellent Philippe Noiret et Michel Serrault. Le public apprécie. Dorothée aussi. Elle peut croire au cinéma. Mais entre ces deux films, elle a enregistré son premier disque (« Dorothée au pays des chansons ») et contracté le virus de la comédie musicale : « Dorothée tambour battant », « Dorothée au royaume de Diguedondaine », « Pour faire une chanson », « On va taire du cinéma ».
A raison d'un spectacle par an, elle collectionne les succès. Les disques suivent et il n'est pas un entant qui ne fredonne sur la banquette arrière ou sur les bancs de l'école « Rox et Rouky », « les Schtroumpfs », « les Petits Ewoks », « Allo, monsieur l’ordinateur » ... Tous ces refrains sont certifiés platine ou or. En 1987, elle franchit le cap des dix millions de disques vendus et les spectateurs se pressent par centaines de milliers à ses galas. Artiste gloutonne et scrupuleuse, elle négocierait actuellement l'élaboration du catalogue disques enfants ouvert par la multinationale Polygram ; en parallèle à sa tournée qui remplit les salles. Personne ne résiste à sa frimousse rieuse, à son sourire malicieux, à sa complicité millimétrée avec Jacky. Ce jeune homme, après avoir rodé son numéro de clown aux côtés d'un Antoine de Caunes rock et débutant, semble avoir trouvé son juste rôle : candide. Le couple s'accorde à merveille dans des pitreries toujours renouvelées, même au milieu des autres complices dont le speakerin (voie royale ?) Simpson Jones.
N°1 au Top
En une grosse décennie, sa montée en puissance fut régulière. Mais c'est son transfert bruyant sur TF 1 qui va la porter au top de la popularité auprès des enfants. Lorsqu'elle quitte la chaine publique. Dorothée sait tout de l'animation en télévision. TF 1 va lui donner les moyens d'aller au-delà. Avec le Club Dorothée, elle occupe l'antenne en développant son projet triangulaire : la lucarne pour servir le disque avant de monter sur les planches. Elle devient aussi l'héroïne de « Giraya », feuilleton japonais que l'on nous promet pour bientôt. On la sait diaboliquement habile et efficace : saura-t-elle donner un intérêt aux nipponeries ?
Pascal Rigeade.
Dorothée, l’idole des jeunes

La République du Centre – 1er mars 1989
La présentatrice des émissions de jeunesse sur TF1 fait l'unanimité chez les enfants, pas toujours chez leurs parents.
La pétulante Dorothée a bien du souci. Mais si. N'est-elle pas depuis quelques temps la tête de turc de « Télé 7 Jours » ? Hier, c'était le gentil Dechavanne qui subissait la critique de « Télérama ». Aujourd'hui, c'est la présentatrice la plus choyée des enfants. Il est vrai que ces émissions ne font pas toujours l'unanimité, chez les parents bien sûr.
On lui reproche entre autres la violence de ces dessins animés japonais dans les 22 heures qu'elle produit chaque semaine...
« Ne confondons pas action et violence, rétorque-t-elle. Moins d'un tiers des dessins animés proposés aux enfants sont violents. En fait les dessins animés d'action ne représentent que 60 minutes sur 22 heures de programme. Les dessins animés ne sont dans l'ensemble, pas très brutaux. Le seul qui soit vraiment, disons agressif, c'est « Ken, le survivant », diffusé le mercredi dans le « Club Dorothée », à partir de 14 heures. »
Autre accusation qui pèse sur les dessins animés des émissions de Dorothée : la niaiserie. « Que ces critiques regardent aussi « Juliette, je t'aime », répond-t-elle. Ou « Dragon Ball » ou « Jeu, set et match » sur le tennis, ou « Le Docteur Slump », histoire d'un savant foldingue, ou « Willy Boy », histoire de cow-boy, où « Mon petit poney », histoire pleine de tendresse… »
Une vraie pro des émissions pour enfants, Dorothée. Cela fait exactement quatorze ans qu'elle s'occupe de ce genre d'émissions. Sept ans qu'elle propose des spectacles. « Je vois sans arrêt des parents et des enfants, dit-elle. Je parle avec eux. Je vois ce qui leur plaît et ce qui leur déplaît... Quand ils ne sont pas d'accord, eh bien, je rectifie le tir... Et puis c'est aux parents de dire oui ou non à tel programme. D'autant plus qu'à dix ans, deux enfants n'ont pas forcément la même sensibilité. »
« Ma chère Dorothée… »

L’illustré Lausanne – 15 mars 1989
Si je t'écris cette lettre dans l'illustré c'est pour avoir plus de chance d'être lue. Parce que ma copine Cécile (elle a dix ans et demi) t'a déjà écrit plusieurs fois pour t'inviter à son anniversaire et elle n'a jamais reçu de réponse, juste une photo dédicacée avec, au verso, la liste de tous les disques que tu as enregistrés. Je lui ai bien dit à Cécile, qu'avec les millions d'enfants dont tu t'occupes en France, tu ne pouvais pas venir en Suisse... D'ailleurs, Cécile et moi, on s'inquiète. On trouve que tu travailles trop. On te voit tous les jours à la télé, même le dimanche matin et le soir, tu chantes sur une grande scène où là, on peut te voir « pour de vrai ». Ma chère Dodo, tu sais, l'autre jour, je me suis engueulée avec Cécile parce que je lui ai lu des articles qui n'écrivaient que des méchancetés sur toi. Alors peut-être que tu vas me répondre pour dire si c'est vrai ou faux. Voilà... Il paraît que ton vieux copain Cabu, celui qui te dessinait un grand nez, il t'aime plus. Il dit même que tu serais devenue « une meneuse de supermarché, une bête de télé, une sorte de zombie » et que tu ne peux même plus sortir toute seule t'acheter un journal sans être suivie par des types qui travaillent avec toi et qui doublent leur chiffre d'affaires depuis 1984... grâce à toi. Il paraît que tu es leur poule aux œufs d'or. On dit encore que tu as vendu 11 millions de disques et ça, ça me fait plaisir (Cécile les a tous); on dit que tu travailles 17 heures par jour et que si tu tiens le coup, c'est pour rester tout en haut de l'affiche... ça, ça me fait moins plaisir. Cécile dit que tu vas tomber malade. Il y a aussi ton patron que je n’aime pas, celui qui s'appelle Bouygues et qui ressemble à J.R. et son univers impitoyable. Ils vont te faire du mal ces gangsters-là, ils vont t'user et ce serait dommage, vu que t'es toujours pimpante comme la poupée Barbie. Chère Dodo, je termine cette lettre en te confirmant que ma copine Cécile a déjà ses billets pour venir te voir à Lausanne. Elle t'attendra après le spectacle, dans les coulisses parce qu'elle aimerait bien te faire visiter sa chambre qu'est pleine de photos de toi. Si tu veux, tu peux même venir avec Jacky. On t'embrasse très fort.
P.-S: Est-ce que tu es mariée? Cécile dit que non, moi je pense qu'un de tes producteurs doit être ton « bon ami »...
Sandrine
Le 26 mars à 14 heures et 18 heures, halle des fêtes de Beaulieu à Lausanne
Frédérique Hoshédé - plus connue sous le nom de Dorothée - officie plus de vingt heures par semaine sur TF1. Et la chaîne achèterait à la société qui lie Dorothée sous contrat, 30000 francs l'heure d'émission. Un excellent rapport qualité-prix quand on sait que Dorothée bat KO Chantal Goya, Karen Cheryl et Douchka réunies

















