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Le rêve des 6-12 ans : rencontrer Dorothée

L’est Républicain – 10 juin 1989

« Dessine-moi un mouton », demandait le Petit Prince à son aviateur de rencontre... Nos Petits Princes à nous, ceux de nos beaux temps cathodiques, ont les rencontres qu'ils peuvent. Et le rêve pour la majorité d'entre eux serait de voir Dorothée en chair et en os. C'est en tout cas le résultat d'une opération lancée il y a quelques semaines par « Radio L », opération appelant les enfants de 6 à 12 ans à émettre leur vœu le plus cher. Des centaines de réponses dépouillées ressortent ainsi les lignes de force qui font l'imaginaire de nos bambins. Et l'on s'aperçoit qu'à la baguette magique, à la citrouille et à toute la panoplie de la féerie de jadis, on préfère nettement aujourd'hui le héros vrombissant ou la star à paillettes. Autres temps. Autres gosses...
Allons donc droit au palmarès. Les fées du microsillon s'y taillent la part du lion en raflant plus des deux tiers des réponses. La petite Elsa et la grande Dorothée réunissent à elles seules plus de la moitié des suffrages dans leur catégorie, la première étant quasiment de l'âge de ses fans, la seconde faisant désespérément semblant de l'être.
Après les vedettes, le support qui les popularise : la télévision fascine comme aux plus beaux jours ; un nombre impressionnant d'enfants souhaitent l'approcher, participer à des émissions, voir de près le déroulement d'un journal télévisé ou la cravate de Jean-Pierre Foucault. Sur la même ligne et sans craindre le hors-jeu, les footballeurs. On se bouscule chez les garçons pour une journée avec Platini, Papin, Giresse ou Miccice, à tel point que les héros des autres stars seraient en droit de faire grise mine à peine espère-t-on quelques balles avec Noah ou Delaitre, un panier avec les basketteurs de Limoges ou un tour de piste en Ferrari... Le reste des désidératas s'émiette sur des thèmes divers, quelques voix pour Cousteau, « parce qu'il fait découvrir le monde de la mer à tous les gens de la terre, il le fait pour tout le monde et pas pour lui », déclare Olivier, 8 ans et demi, pour le Concorde, pour Stéphanie de Monaco... Et puis Paris qui attire dans la mesure où on peut tout y faire, visiter les musées, l'Opéra et ses étoiles, les Champs-Elysées, l'Elysée tout court, ou se balader en skate-board au Trocadéro. Au hasard des cartes postales, un petit bout de vie touchant, l'histoire de Frédéric, renversé un jour par la voiture du comédien Jean-Pierre Bouvier : « Je suis resté dans le coma, écrit-il, mais maintenant je suis guéri. Il a pris de mes nouvelles et m'a envoyé un cadeau. Je ne l'ai jamais vu, je voudrais le rencontrer et lui dire merci. »
Quelques concertistes en herbe rêvent d'un duo avec Ivry Gitlis ou Yehudi Menuhin, pour le reste, le champ du rêve enfantin s'accorde aux schémas voulus par la pub, la télé ou le star-système. Après tout, on ne peut nourrir l'imaginaire qu'avec les denrées disponibles, et pourquoi nos chères têtes blondes seraient-elles différentes de leurs parents. Un rêve passe...


Dorothée fait ses devoirs de vacances

Télé Star – Juillet 1989

Question : comment transformer la télé en cours de récréation ? Pour la réponse, voyez Dorothée : elle montre à l'écran les fous rires de la régie, le matériel et les cadreurs, bref, elle démythifie le plateau de télé. Ce qui ne l'empêche pas de mener d'une main de fer (dans un gant de velours) ses joyeux tournages ou ses méga-projets.


Dans l'arrière-pays niçois, des drôles de zigotos en chemises à fleurs se chamaillent devant un panneau « Bruxelles 13 km » en se demandant comment ils ont bien pu arriver... en Belgique. Ces grands enfants en vadrouille, c'est l'équipe du « Club Dorothée » : Dorothée, bien sûr, entourée d'Ariane. Jacky, Patrick Simpson-Jones (Super Pat') et Corbier. Le « Club Dorothée » a pris ses quartiers d'été à Nice. Pas ses vacances. Dès 8 heures du matin, l'équipe est en marche pour tourner les saynètes qui animent les quatre heures d'émissions quotidiennes sur TF1. « C'est la vie du "Club" telle qu'elle se passe à Paris, explique Dorothée. Avec la mer et les coups de soleil en plus. » Sur la plage, en bateau, dans une villa, ou sur les routes. Dorothée entraine à sa suite une équipe d'une cinquantaine de techniciens et un camion « Club Dorothée » qui attire les enfants aussi sûrement qu'un caddy de bonbons. Ils récoltent d'ailleurs casquettes et autographes.

« Le "Club Dorothée", c'est douze mois sur douze, explique l'animatrice. On ne peut pas lâcher les enfants sous prétexte qu'il y a les vacances. Au contraire, il faut penser à ceux qui ne partent pas. »
La vie continue pour l'équipe, avec ses événements quotidiens : l'anniversaire de Dorothée, le mal de mer de Jacky ou la grossesse d'Ariane. C'est la trouvaille du « Club Dorothée » : avoir instauré un vrai dialogue avec leurs jeunes téléspectateurs. Leur parler à travers la caméra. En démythifiant le plateau télé, en faisant apparaitre à l'écran les cadreurs, en mettant en vedette le metteur en scène, Patrick (dit Pat) Le Guen, en filmant les fous rires de la régie. Avec Dorothée, la télé n'est plus un écran magique. C'est une cour de récréation où les téléspectateurs sont invités à jouer, à regarder comment se fabrique une émission. Ça marche : le club est bombardé de courrier au rythme de 5000 lettres par jour. Les enfants donnent leur avis. Par courrier ou Minitel, ils ont choisi les dessins animés. Que certains, d'ailleurs, jugent trop violents. Réponse de Dorothée : « Ce sont les adultes qui réagissent comme ça, parce qu'ils oublient leur vision d'enfant. Et puis c'est aux parents de remplir leur rôle. A eux de savoir s'ils interdisent ou pas. Nous ne sommes pas des mamans ou des papas, pas plus que des profs. Nous sommes des amis. »
Ses mots clés : sincérité et vérité. « Les enfants. Ça n'est pas un public à part. Ils comprennent très bien ce qui se passe. Il ne faut surtout pas les prendre pour des idiots. On leur parle normalement. » D'ailleurs, elle n'aime pas qu'on emploie le terme d'émissions « enfantines ». Elle préfère s'adresser à la famille : « Quand j'entends les parents me dire : "Le dimanche matin, on regarde l'émission tous ensemble dans le lit", là je suis ravie. »


FRÉDÉRIC KARPYTA
PHOTO MARC SEGUIN


UN SAXO POUR BERCY
«Le spectacle, c'est ma récompense. » En janvier 1990, Dorothée s'offre un gros cadeau :
elle va chanter (son répertoire plus des nouveautés) à Bercy. Les premières affiches l'ont déjà annoncé. Elle y apparaît un saxo à la main. Pourquoi un saxo ? « Parce que c'est un instrument que j'aime bien, et parce que c'est un spectacle musical. Encore plus rock que le précédent. » Bercy ne fait pas peur à Dorothée. « La plus grande salle parisienne est une suite logique, explique-t-elle, après l'Olympia et les deux ans ou Zenith. » La taille, quand même ? « Nous avons déjà joué devant 80 000 personnes lors d'une tournée, alors... » Pour l'instant, l'équipe en est aux préparatifs. Il y aura évidemment beaucoup de monde sur scène. Elle sait qu'elle aura le trac, comme d'habitude. « Le jour où on n'a plus le trac, il faut changer de métier. »


Dorothée la flemme s’attaque à Bercy

France-Soir – 3 juillet 1989

Adulée. Institutionnalisée, l'idole des enfants chantera dans la méga-salle en janvier 1990 Toujours plus haut...


Mais où donc ce petit bout de femme trouve-t-il l'énergie nécessaire pour abattre autant de besognes ? Non contente de travailler toute l'année de l'aube au crépuscule, Dorothée ne prendra pas de vacances puis- qu'elle animera le « Club Dorothée tout l'été sur TF1, avant de préparer Bercy, la méga-salle qu'elle remplira probablement sans difficultés, du 6 au 21 janvier 1990.
C'est quotidiennement que la frêle Dorothée (« Do » pour les intimes) se mue en Wonderwoman cathodique pour effectuer son parcours du combattant, tâche titanesque qu'elle accomplit dans un bonheur quasi-extatique.


SINCERITÉ. « Je ne travaille pas autant qu'on le prétend, guère plus qu'un ouvrier qui ferait ses huit heures ». Elle va même jusqu'à prétendre qu'elle est paresseuse :
« Je suis une grande flemmarde. Les flemmards travaillent beaucoup mais vite. Je ne suis pas une acharnée du travail. » Vraiment ? Une chose est certaine, le phénomène Dorothée n'a jamais été démenti et l'institution fonctionne avec le même élan : " Les enfants sont mes amis. Ce qui fait le succès des émissions ou des spectacles, c'est la vie, la spontanéité avec laquelle l'équipe dialogue avec son auditoire. Il n'y a aucune recette, à part la sincérité. Ces enfants sont pour cette « entertainer » infatigable le plus intransigeant des juges : « Avec eux, on ne doit et on ne peut tricher. Le droit à l'erreur n'est pas permis, et le moindre faux-pas est immédiatement sanctionné. » La fée Dorothée ne s'est jamais permis un quelconque dérapage et est attentive au moindre signe d'érosion de son style : « Mon équipe et moi-même sommes évolutifs et nous adaptons sans cesse. J'ai banni définitivement de mon vocabulaire les mots « habitude » et « routine ». Elle n'a encore aucune idée de ce que sera ce Bercy qu'elle redoute tout de même un peu : « J'ai le trac, bien sûr. Mais il est trop tôt pour s'encombrer l'esprit avec ça, j'y penserai en temps voulu. Je n'ai pas l'habitude de planifier. »


FIBRE MATERNELLE. Ni son métier, ni sa vie privée : « J'ai envie d'un enfant, mais ça ne se commande pas. Ma fibre maternelle est très développée, je me console en me disant que tous mes petits spectateurs sont à moi : j'en ai les avantages sans les inconvénients. Une envie qui n'exclut pas un grand sens des réalités : « Je serai très sévère. Les enfants doivent recevoir une bonne éducation et bien se tenir ». Car si l'idole des petites têtes blondes n'a vraiment rien d'une fée carabosse, elle refuse catégoriquement toute concession à la mièvrerie, ce qui n'est pas le cas de certaines de ses consœurs : « Je ne suis pas une gentille, vous savez. Il y a beaucoup de gens que je ne supporte pas, comme les doucereux, les mollassons ou les hypocrites. En plus, j'ai un caractère de cochon ! ». Averses qualités et ses défauts avoués donc pardonnés. Dorothée est authentique. Les enfants ne s'y sont pas trompés : c'est pour cela qu'ils la vénèrent.


Richard GIANORIO


L’été Dorothée

Télé K7 – 3 juillet 1989

L’alsace TV Hebdo – 9 juillet 1989

Dorothée triomphe sur tous les fronts : télévision, disque et scène. Durant tout l'été, elle présente ses émissions depuis les plages de Nice, puis dans l'arrière-pays. Et dès septembre, elle disposera de son propre journal. Affaire à suivre...


- Vous êtes directrice de l'unité jeunesse de TF1 et en même temps artiste d'AB, société qui produit vos disques et vos émissions sur la Une. Est-ce une situation saine ?
- Dorothée - J'ai avec AB un contrat d'artiste, c'est-à-dire que je perçois des royalties sur les ventes de mes disques. Lorsque l'équipe de Francis Bouygues m'a proposé ce poste, j'ai cherché les sociétés capables de produire vingt-deux heures de programmes hebdomadaires pour enfants. AB Télévision pouvait répondre à cette demande comme prestataire de services.

- Cette société détient le monopole sur TF1. Pourquoi ?
- Dorothée - La France a vingt ans de retard en matière de création enfantine. Trouvez-moi des programmes ! C'est pour cela que nous achetons de nombreux produits américains et japonais. Nous allons nous lancer dans la production de séries, mais cela coûte très cher ! Quant à la position de monopole, elle était obligatoire au début : il fallait fidéliser l'audience. Je ne dis pas que, dans dix ans, nous en serons au même point, mais pour l'instant ce travail en commun a permis d'obtenir la reconnaissance du public. TF1 a compris que les enfants représentent une véritable population, mais qu'ils sont très exigeants. On ne les oblige pas à regarder mes émissions !


- Les adultes taxent les dessins animés et les séries que vous programmez de « violentes ». Quelle est votre opinion ?
- Dorothée - Parents et enfants ont une vision différente. Je tiens
compte du courrier et des messages Minitel que je reçois. A la demande des parents, j'avais supprimé un dessin animé. Tollé général ! Ils font parfaitement la différence entre réalité et fiction. D'autre part, à travers les programmes, j'essaie de leur ouvrir les yeux sur les horizons variés. Par exemple, on dit souvent que les enfants ne lisent plus. J'ai organisé un jeu avec à la clé, des livres à gagner. Nous avons reçu des milliers de réponses ! Il faut motiver les enfants…


- Quelles sont les modifications apportées à vos émissions d'été ?
- Dorothée – Pratiquement aucune, sinon que nous nous décentralisons. En fait, je vais les enregistrer à l'avance afin de me rendre au Japon pour y acquérir de nouveaux programmes.


- Et à la rentrée ?
- Dorothée - Je ne sais pas : la grille de TF1 n'est pas encore définitive.


- Comment assumez-vous ce temps d'antenne hebdomadaire record ?
- Dorothée - Je n'ai pas l'impression de réaliser un exploit ! De tempérament, je suis plutôt flemmarde. Je mène une vie classique et régulière. Dorothée est la « vitrine » avec, derrière elle, une équipe aguerrie


- En novembre dernier, vous avez triomphé au Zénith et votre album est disque de platine (300 000 exemplaires vendus). Vous managez votre carrière « à l'américaine », c'est-à-dire présente sur tous les fronts !
- Dorothée - Je suis venue à la chanson alors que j'étais déjà « installée » à la télévision. J'ai même fait une incursion dans le cinéma, en tournant notamment sous la direction de Robert Enrico. C'est une chose logique dans ce << métier >>. Je déteste ce mot, je préfère passion. Télévision, scène ou chant sont complémentaires. En France, nous sommes trop cartésiens, il n'est pas de bon ton de cumuler les activités, alors que, effectivement, aux Etats-Unis, c'est une chose tout à fait normale. Des artistes aussi réputés que Jerry Lewis ont même disposé de leur propre émission.... Nous sommes en train d'évoluer. Jacky anime avec moi des émissions, chante et présente une émission de radio sur Skyrock ! Pourquoi devrait-on se limiter ? Le seul problème réside dans l'organisation.


- A quand un nouveau spectacle ?
- Dorothée Du 6 au 21 janvier prochain, à Bercy. Je ne peux absolument pas vous dire la manière dont il se présentera puisque, comme d'habitude, je le préparerai au dernier moment.


Propos recueillis, par Gérard Lasnier


Dorothée : "En vacances, je m’ennuie. A la télé, je m’amuse et je vis mes rêves"

Liberté Dimanche – 16 juillet 1989

Un été chaud sur TFI avec Dorothée et ses complices : Ariane. Jacky, Patrick et Corbier ! Ils ont choisi la Côte d'Azur et plus spécialement Nice comme toile de fond de leurs émissions. Le dépaysement sera total et en trois lieux. Tout le mois de juillet, Dorothée annonce les dessins animés et les jeux d'une plage de Nice. Ensuite, pendant quelques jours, on la retrouvera à bord d'un superbe bateau de 40 mètres rebaptisé le « Dorothée » et enfin, au mois d'août, elle se mettra au vert dans l'arrière-pays niçois pour nous proposer son émission depuis une magnifique villa. Pour Dorothée, voilà un programme qui lui permet de se sentir un peu en vacances, mais en fait elle n'aura pas le temps d'en prendre, succès oblige.
- C'est vrai, nous a avoué Dorothée, mais cela ne me dérange pas. En vacances, je m'ennuie. Alors, autant travailler bien que le mot travail ne soit pas vraiment approprié. A la télévision, tout comme sur scène d'ailleurs, je m'amuse et je réalise mes rêves. Et cela depuis que j'ai débuté sur le petit écran en 1973 dans « Les mercredis de la jeunesse ».


5.000 lettres par jour !
- Ne perd-t-on pas sa fraicheur et son enthousiasme quand on doit assumer 22 heures de programmes par semaine ?
- Quand on s'adresse aux enfants, on ne s'use pas car c'est le public le plus critique, critique aussi bien positif que négatif. Avec eux, on se remet sans arrêt en question et surtout on garde sa sincérité car on ne peut les tromper très longtemps.
- Comment expliquez-vous votre succès jusqu'alors inégalé auprès des enfants ?
- A la télévision, je respecte leurs goûts. Je leur propose des dessins animés, des jeux et je les plébiscite par Minitel ou courrier. Ils savent qu'ils ont le choix, que c'est leur émission. Grâce au courrier, on reste proche. Je ne reçois pas moins de 5.000 lettres par jour !


L'horreur du « Petit Poucet »
- Des parents se sont inquiétés de la violence exprimée dans les dessins animés que vous proposez aux enfants. Que répondez-vous ?
- Les parents doivent prendre leurs responsabilités. S'ils jugent que les dessins animés sont violents, ils peuvent empêcher leurs enfants de les regarder. Mais pour ma défense, je peux vous dire que j'ai fait ma petite enquête. Il y a dix ans, quand je débutais à la télévision, j'ai demandé aux enfants s'ils trouvaient Goldorak violent. Ils m'ont répondu : « C'est un dessin animé ». Ce qui prouve bien qu'ils font la différence entre la fiction et la réalité. Les dessins animés que je propose actuellement viennent principalement du Japon (en France, on a un retard de 20 ans et depuis Jean Image, c'est la pénurie). Un tiers sont d'action et ont été présentés à des psychologues avant d'être diffusés. Ils n'engendrent ni violence, ni délinquance auprès des jeunes Japonais, alors qu'aux États-Unis, où les dessins animés sont complètement aseptisés, à cause des Ligues de Protection de l'Enfant, la délinquance s'avère importante. Et si je compare ces dessins animés avec les histoires que je lisais dans mon enfance, je les trouve plutôt gentils. Prenez « Le Petit Poucet » où des parents abandonnent leurs enfants dans la forêt, c'est horrible. Moi, cela me faisait pleurer.


Un dessin animé franco-japonais
- Cela ne vous donne-t-il pas envie de produire à votre tour des dessins animés ?
- Un projet est en cours avec les Japonais. Nous leur apportons le scénario et eux exécutent avec leurs moyens techniques extraordinaires. Je pense que tout sera prêt dans un an.

Sur TFI. Dorothée a trois casquettes : animatrice, co-productrice (avec AB Productions qui est aussi sa maison de disque) et conseillère pour la jeunesse auprès de la direction de la chaine. Elle semble heureuse sur la Une :
- Je n'ai jamais eu autant de moyens pour concevoir mes émissions et je ne dois pas effectuer un véritable parcours du combattant pour obtenir quelque chose. Cette chaine a enfin pris conscience que le public des enfants représentait un public à part entière. Je continue donc sur TFI à la rentrée avec mes quatre complices et je me prépare pour chanter à Bercy en janvier 90) avec mon orchestre vedette « Les Musclés » (au Top 50 depuis 20 semaines avec leur tube « La fête au village »).


Christine HIOL


Le travail c’est la santé de la bande à Dorothée

Télé Poche – 17 juillet 1989

Pas de vacances pour Dorothée et les siens. Mais si on travaille, c'est dans la bonne humeur. Les pieds dans l'eau et le nez au soleil. En profitant de tous les bons moments. Et sans jamais se prendre au sérieux. Voici le résultat de notre enquête sur ces devoirs de vacances... studieuses.

Travail, loisirs et coquillages. Voilà le mot d'ordre du « Club Dorothée ». Moitié cigale. Moitié fourmi, toute l'équipe s'est donné rendez-vous sur...la plage ! Incroyable, le producteur Jean-Luc Azoulay a fail transporter tout le matériel depuis Paris. « Nous voulons assurer deux mois d'émissions avec le maximum de confort. Entre les animateurs, les « Musclés », les techniciens et les visites d'Emmanuelle et d'Hélène, nous sommes environ une cinquantaine. »
Un p'tit tour en avion, et hop, les voilà installés sous le soleil niçois. Le déménagement s'est effectué tranquillement. Sans pagaille. Trois camions, dont un 15 tonnes, ont été nécessaires pour le transport de la régie, des costumes et du matériel. « Nous avons été obligés d'en louer un supplémentaire pour transporter les soixante-trois cadeaux de l'émission. Il faut trouver le moyen de les caser quelque part ! » Les cabines de plage servent de loges. Des vêtements sont suspendus un peu partout. De grandes malles regorgent de robes, et, bien sûr, de maillots de bain ! Des caisses de crème à raser sont stockées dans un coin pour confectionner les « tartes à la crème ». Ce gag, vieux comme le monde, arrive premier au hit-parade des kids. Installés dans deux hôtels en face de la plage, les animateurs n'ont qu'à traverser la rue pour être à pied d'œuvre.
« Nous avons également loué une maison superbe, sur les hauteurs, dans l'arrière-pays » précise Dorothée. « Notre but, c'est montrer aux enfants comment le « Club » passe « ses vacances. » Si, l'animatrice préférée des enfants avoue un rythme de travail effréné, chacun ici conserve toujours son sourire. En toutes circonstances.

Aïe, le maquillage d'Ariane est en train de prendre un coup de chaud. Les maquilleuses s'affairent autour d'elle. Il va falloir louer un frigo pour maintenir « au frais » tous les produits. La future maman reste calme. Souriante. Rémy couve sa compagne d'un œil attendri. Allongé sur un transat, il « muscle » ses oreilles en pratiquant, à l'aide d'une cassette, quelques exercices auditifs. Pendant ce temps, Éric, surnommé le « torse », ancien maître-nageur, donne quelques leçons de natation.
Les péripéties sont nombreuses. Les gags aussi. Les techniciens prennent parfois la place des animateurs à l'écran. Impossible de s'ennuyer. Les « locaux » font même de la figuration. Encadrés par deux policiers, Patrick Simpson-Jones et Corbier sont arrivés les menottes aux mains. « Jacky avait perdu les clefs. Réellement. Nous avons été obligés de faire venir le commissaire, pour nous les enlever », précisent-ils en chœur. Si les animateurs ont chaud, les ordinateurs et appareils de télévision aussi. « Pour obtenir une régie climatisée, comme à Paris, nous avons acheté des ventilateurs. » Ils ont pensé à tout ! Même aux appels des téléspectateurs. Des téléphones ont été installés dans des valises. Pour un peu, on les prendrait pour des agents secrets. D'ailleurs, l'air de rien, Pat Leguen, le réalisateur, trimballe sa Betacam partout. Même le soir, quand les derniers postes de télé se sont éteints. « Il y a quelques jours, nous avons fêté mon anniversaire », raconte Dorothée. Je suis née le 14 juillet. Nous avons célébré l'événement au restaurant avec l'équipe. C'était tellement sympa que nous avons oublié la caméra. Le lendemain, il a retransmis les images à l'antenne. » Jean-Luc Azoulay, le producteur, enchaine : « A Paris, nous n'avons écrit que la trame de l'émission. Les dialogues sont improvisés. Souvent la fiction est calquée sur la réalité. » La nuit dernière. Jacky, Framboisier et Minet ont visité « Nice by night ». Ils ont fait la fête, écouté « papy » René faire un « bœuf » au saxo. Écroulés sur des transats, ils essayent de récupérer. Mais bientôt Morphée leur ouvre carrément ses bras. Ici, aucune image ne se perd. La « scène » a été intégrée au scénario !


Mirella LEPETIT


L’été torride de la bande à Dorothée

Républicain Lorrain - 21 juillet 1989

Coquillages et crustacés... Sur la plage pas vraiment abandonnée de Nice, Dorothée et sa joyeuse équipe, prêtes à toutes les facéties aquatiques, enregistrent leur émission marathon. Nous avons partagé leur rythme fou, fou, fou...


Dorothée Jacky ! Corbier ! Patrick ! Ariane... » Agrippés à des barrières entourant la plage de Nice, transformée, le temps de quelques semaines en plateau du Club Dorothée, une nuée de bambins, dont certains font le pied de grue depuis 7 heures du matin. Ils essaient d'attirer leurs vedettes favorites pour augmenter leur collection d'autographes, et voir de près ceux et celles qui assurent tout l'été ce Club Dorothée vacances qui fait les beaux jours de TF1. Une sacrée audience ! Entre deux séquences d'un tourage-marathon - on met plusieurs émissions en boîte par jour pour permettre à Dorothée de partir travailler en août au Japon - le joyeuse bande se prête de bon cœur à ce drôle de service après-vente.


Quelle chaleur !
Ce jour-là, interrompue dans sa pause cigarettes, Dorothée sera même immortalisée par un fan belge qui, armé d'un appareil, la saisira à travers un filet de pêche, tenant lieu de décor. « Là, vous avez paradoxalement de la chance, dit Dorothée, car il ne fait pas vraiment beau. Le soleil ne nous réserve pas la fournaise que nous avons connu les jours derniers. Sinon, même si le rythme est assez dur, nous nous payons de bonnes séances de fou rire. Et puis, à l'antenne, cette ambiance de plage donne vraiment une autre image. Je prendrai dix jours en août pour recharger les batteries avant mon séjour au Japon Mais, tout est OK, et je pense qu'il vaut mieux ne pas s'arrêter trop longtemps. » Récupérant de justesse son chien Roxan, qu'une vague a failli emmener, Dorothée file au maquillage pour un raccord.


Corbier craint la canicule
Claquement des dents. « Ce n'est pas vraiment agréable de se glisser dans une combinaison mouillée », lance-t-il & Ariane comme pour se faire plaindre. Avant de poursuivre : le rythme est dur, c'est vrai, mais l'atmosphère chaleureuse permet de tenir. » L'été est-il propice à l'inspiration musicale du barde de Dorothée ? A l’entendre pas vraiment. « Avec la chaleur des jours passés, cela n'a pas été évident. » L'air sérieux, il ajoute : « La canicule doit liquéfier les idées : je suis nettement moins inventif. Crinière poivre et sel, un monsieur de l'ombre, Pat Le Guen, règle l’organisation de la séquence suivante, fait déplacer deux parasols, évite de justesse un crocodile menaçant et néanmoins en plastique. Grand maître de la réalisation du Club Dorothée vacances, il ne semble pas trop alarmé par le rythme de travail soutenu. « Nous bossons quatre caméras. Le plus dur, ce sont les galets. Pour la plante des pieds. » Les autres jours de tournage lui réservent pourtant d'autres surprises techniques. Après la plage du Ruhl, Dorothée et sa bande transporteront pelles et râteaux, sans oublier les caméras, sur un bateau et dans une maison de l'arrière-pays niçois. Histoire de délirer dans d'autres décors excitant leur imagination féconde et leur sens de la répartie.
Car, comme le dit Jacky ; coiffé d'un superbe canotier, « Nous avons découpé la journée en trois tranches, selon les horaires. Eta y a un rythme et un humour différents par tranche. Nous improvisons sur un canevas. Mais, comme règne entre nous une grande complicité, Ça roule plutôt bien. »


L'enfant d'Ariane
Un peu moins remuante qu'à l’accoutumée. Anane a pris ses quartiers d'été dans un superbe fauteuil de plage où elle se plonge dans la lecture des journaux. Un repos un peu forcé. En effet, Ariane attend pour cet automne un heureux événement, comme on se plaît à dire : « Il devrait naître en novembre. Si c'est le 4, se sera super : c'est le jour de mon anniversaire. J'avais très envie d'être sur le plateau cet été mais je dois me manager des plages de repos pour que ce bébé ne vienne pas trop tôt. » Au passage, Ariane ajoute que ce sera un garçon. « Je n'ai pas encore de prénom. Il me reste quatre mois pour faire le bon choix. »
Un qui ne prise guère l'inactivité, c'est Patrick Simpson Jones, le Monsieur-Sport de l'équipe. Tout juste descendu d'un scooter des mers avec lequel il a fait maintes circonvolutions sur l'eau, il chausse des skis nautiques pour se livrer à de nombreuses facéties devant les caméras de Pat Laquen. Quelques retournements, des dérapages, dans le plus pur style british, at Patrick finit ses évolutions an bordure de plage. Mais il a mal calculé son coup et, déséquilibré, finit sa route dans une gerbe d'écume au pied de Dorothée, Jacky, Corbier at Ariane qui jouaient, le temps de la séquence, les commentateurs sportifs.
L'heure du repas approche. Rejointe par un des Musclés, les musiciens de Dorothée, toute l'équipe se met à table. Il est 13 heures. Il leur reste plus que sept heures à tenir avant d'arrêter le cinéma. Même rythme demain matin et les jours suivants. Et dire qu'il y a le mot « vacances » dans le titre de l’émission...

François Cardinali

POUR PATRICK, CA VA FORT

Natation, ski nautique, parachute ascensionnel, scooter des mers et autres pirouettes en milieu aquatique... Patrick Simpson Jones est vraiment le Monsieur-Sport de la bande & Dodo. « Et ils sont vraiment trouillards sauf Dorothée », dit-il arborant un large sourire. De fait, Patrick passe un été dangereux, placé sous le signe d'abordage comme il le dit « Ushuaia" à côté de nous, c'est de la rigolade. » Jacky regarde parfois ce turbulent partenaire avec l'œil effaré d'un chat que l'on s'apprête à baptiser à l'eau de mer. « J'aime tout ce qui flotte autant que Jacky le déteste », renchérit Patrick.
Il est vrai, l'ancien speakerin de la chaine connait bien la petite musique du sport. Dans ses années de Club Méditerranée, il a enseigné aussi bien le ski que la voile Aussi prend-il un malin plaisir à enseigner. A certains de ses camarades téméraires, les rudiments de telle ou telle activité qui met les muscles à rude épreuve. Il se prépare à les initier à la plongée sous-marine quand toute l'équipe se transportera dans la maison prêtée en bordure de mer par la mairie de Nice.
Mais, après deux années de travail « à un rythme infernal », Patrick aimerait réorienter un peu ses activités. J'ai envie de freiner un peu sur le créneau-jeunesse, dit-il, même si je compte rester fidèle à l'équipe de Dorothée. A l'heure où l'on ne parie que d'Europe, j'aimerais bien me consacrer aux télévisions européennes. S'il a assuré les commentaires du 14 juillet pour la chaine anglaise Channel Four. Patrick espère bien, désormais, tirer profit de sa connaissance des trois langues dominantes en Europe, anglais bien sûr, espagnol et allemand. Aussi se verrai-t-il volontiers dans la peau d'un « amateur volant sans frontières. Enfin, il travalle avec le groupe Bayard Presse à une méthode pour enseigner l’anglais « il faut que ce soit amusant, dit-il. Apprendre en se divertissant »
En attendant ces nouvelles activités, Patrick cultive donc sa forme Il sait qu’il a besoin de souffler pour tenir la distance.


LE TEMPS DES VACANCES
Si Dorothée est, à l'accoutumée, très studieuse, enregistrement oblige, ses compagnons de plateau sa manageront quelques vacances à la mi-août après leur marathon niçois. Ariane se reposera tranquillement en attendant la naissance de son fils. Quand Corbier larguera les amarres et partira en Turquie une quinzaine de jours. Quant à Jacky, il retrouvera sa petite famille- sa femme et ses deux filles - dans sa maison de La Baule : « J'ai au programme du farniente, de la lecture et quelques bons restaurants », dit-il avant d'ajouter comme pour s'excuser « J'adore bien manger. » Même détente familiale pour Patrick Simpson Jones qui se reposera, lui, à Théoule, avec sa femme at sa petite-fille, Dawn. Un farniente, il est vrai, sportif : Patrick compte bien « écumer les greens de la région » ou se livrer à quelques activités violentes entre amis, comme le ping-pong et la pétanque. Des vacances sur tous les fronts même si, par la grâce de l'enregistrement, ils ne déserteront pas la petite lucarne durant tout cet été.


Un été d’enfer pour Dorothée

L’Union – 26 juillet 1989

L’ÉTÉ sera chaud sur TF1 avec Dorothée et ses complices, Ariane, Jacky, Patrick et Corbier. Ils ont choisi la Côte d'Azur et plus spécialement Nice comme toile de fond de leurs émissions. Le dépaysement sera total et en trois lieux. Tout le mois de juillet, Dorothée annonce les dessins animés et les jeux d'une plage de Nice. Ensuite, pendant quelques jours, on la retrouvera à bord d'un superbe bateau de 40 mètres, rebaptisé le « Dorothée », et enfin, au mois d'août, elle se mettra au vert dans l'arrière-pays niçois pour nous proposer son émission depuis une magnifique villa.
Pour Dorothée, voilà un programme qui lui permet de se sentir un peu en vacances, mais en fait elle n'aura pas le temps d'en prendre, succès oblige. "C'est vrai, nous a avoué Dorothée, mais cela ne me dérange pas. En vacances, je m'ennuie. Alors, autant travailler, bien que le mot travail ne soit pas vraiment approprié. A la télévision, tout comme sur scène d'ailleurs, je m'amuse ».


-Ne perd-on pas sa fraîcheur et son enthousiasme quand on doit assumer vingt- deux heures de programmes par semaine ?
« Quand on s'adresse aux enfants, on ne s'use pas car c'est le public le plus critique, critique
aussi bien positif que négatif. Avec eux, on se remet sans arrêt en question et surtout on garde sa sincérité car on ne peut les tromper très longtemps ».

- Comment expliquez-vous votre succès jusqu'alors inégalé auprès des enfants ?
« A la télévision, je respecte les goûts des enfants, je leur propose des dessins animés, des jeux et je les prébiscite par Minitel ou courrier. Ils savent qu'ils ont le choix, que c'est leur émission. Grâce au courrier, on reste proche. Je ne reçois pas moins de 5.000 lettres par jour ! En ce moment, ils aiment « Les chevaliers du zodiaque », « Dragon ball », « Bioman », « Juliette je t'aime », eh bien, pendant tout l'été, ils retrouveront ces dessins animés ainsi qu'un nouveau jeu, « Les 63 soleils », qui permettra aux huit gagnants de recevoir 63 cadeaux »


Sur TF1, Dorothée a trois casquettes animatrice, coproductrice (avec A.B. Productions, qui est aussi sa maison de disque) et conseillère pour la jeunesse auprès de la direction de la chaîne. Elle semble heureuse sur la Une : « Je n'ai jamais eu autant de moyens pour concevoir mes émissions et ne dois pas effectuer un véritable parcours du combattant pour obtenir quelque chose. Cette chaîne a enfin pris conscience que le public des enfants représentait un public à part entière. Je continue donc sur TF1 à la rentrée avec mes quatre complices et je me prépare pour chanter à Bercy, en janvier 90, avec mon orchestre vedette « Les musclés » (au Top 50, depuis vingt semaines avec leur tube "La fête au village"). »
Par la télévision, la scène et le disque (plus de dix millions de disques vendus), Dorothée s'impose de plus en plus comme la star nº 1 des enfants et elle le mérite bien puisqu'elle leur consacre tout son temps mais, curieusement, elle ne fait pas de grands projets : « Je n'ai jamais rien planifié. Je vis l'instant présent, au jour le jour, prête à tous les changements, ce qui m'arrange d'autant mieux que je ne supporte pas les habitudes. Pour l'instant, cela me réussit même si je suis très critiquée. En France, curieusement, on n'a pas le droit de réussir ».


AB Production : le système Dorothée en question

Le Figaro – 3 août 1989

Dorothée : « Nous formons une petite chaîne à l'intérieur de la grande ».

Productrice exécutive du « Club Dorothée », la société de Jean-Luc Azoulay et de Claude Berda s'attire bien des critiques. « Jalousie », répondent les intéressés, qui règnent sur les émissions jeunesse de TF1.


La seule chose qu'AB Production puisse se reprocher, c'est d'avoir eu du flair. Ou une chance incroyable. La preuve : la société de Jean-Luc Azoulay (pour le A) et de Claude Berda (pour le B) n'avait que deux ans d'existence et uniquement une branche de production de disques, quand elle a décidé, en 1979, de prendre dans son écurie Frédérique Hoshedé, alias Dorothée. Un petit bout de fille à la queue de cheval façon Aggie, speakerine à Antenne 2, animatrice de Récré A2 et actrice à ses heures perdues. Sa comptine, Dorothée au pays des chansons, fait un tabac auprès des gamins. La machine est lancée. Après les disques, AB crée une branche « production télévisée », et son poulain lui permet de coproduire certaines émissions pour la jeunesse sur Antenne 2.
C'est l'envolée. Aussi bien pour AB que pour l'ex-speakerine. TF1 se privatise et Dorothée saute sur l'occasion : elle quitte Antenne 2, devient conseillère pour la jeunesse auprès du PDG de la Une, puis responsable de l'unité de programmes jeunesse sous la direction générale de l'antenne ». Elle entraine dans l'aventure la société de Jean-Luc Azoulay, qui devient producteur exécutif. « Je suis partie d'A 2 parce que je manquais de moyens », expliquera plus tard Dorothée. « Sur TF 1, je pouvais au contraire mener une politique de création ambitieuse, et surtout je disposais de responsabilités plus grandes. »
AB Production connait alors ses moments de gloire. En juillet 1988, la maison s'installe à La Plaine-Saint-Denis, sur un espace de plus de 7 000 m². Deux mois plus tard, les studios (un de 1000 m², l'autre de 500) sont opérationnels, et Dorothée fait tourner la maison à plein régime. Dès lors, l'entreprise vit en circuit fermé, forte de son équipe de 150 permanents, de ses salles de doublage et de bruitage, de son studio son, de son atelier décoration de 4,000 mFD, de ses cinq régies de montage, de ses quarante loges...


La dictature de Dorothée
Au point que Jean-Luc Azoulay et Claude Berda se targuent aujourd'hui de posséder les plus grands studios français de production après la SFP. Cette année, la société a vendu entre sept et huit millions de disques, et son chiffre d'affaires dépasse les 250 millions de francs. « Nous ne sommes pas un trust, mais une famille », dit Jean-Luc Azoulay. Dorothée, elle, affirme carrément : "Nous formons une petite chaine à l'intérieur de la grande. »
Reste que les critiques se sont déchaînées devant cette "si belle réussite discographique et télévisée ». En vrac. On a mis en cause la dictature de Dorothée sur l'unité de jeunesse de TF1. « On m'imposait des dessins animés que je n'avais pas choisis. On m'imposait également toute l'équipe de Dorothée. Je devenais un simple exécutant », explique Claude Pierrard, producteur de Croque-vacances - l'ancienne émission pour la jeunesse sur TF1-, qui a donné sa démission peu après l'arrivée de la jeune femme. On a critiqué aussi son choix de programmes : « Elle n'achète que des dessins animés japonais ou américains, alors qu'il y a plein d'émissions dans les archives du Centre national du cinéma », a déploré publiquement Pascale Breugnot, responsable de l'unité de programmes documentation de TF1. On a reproché enfin à Dorothée d'être partie prenante d'AB et de cumuler ainsi situation malsaine les fonctions de programmatrice, d'animatrice et de productrice.
Interrogées, AB production et Dorothée répondent d'une seule voix à ces critiques. « Si je pouvais acheter des productions françaises, je le ferais tout de suite, se défend l'animatrice. Mais il n'y a rien ! La France a vingt ans de retard dans ce domaine. Quant à Claude Pierrard, on lui a proposé de travailler avec nous. Or il a refusé. » Dorothée n'a qu'un but : « Mon public d'abord, et aller toujours de l'avant. » A tel point qu'elle se retranche derrière un « Je déteste les chiffres », quand on lui dit aujourd'hui qu'elle « vaut » 250 millions de francs par an.
"Notre société n'a jamais été celle de Dorothée, insiste Jean-Luc Azoulay. TF1 a acheté les compétences de la jeune femme, qui appartient à la chaîne, et les nôtres. La chaîne a voulu créer un concept global pour la jeunesse, et c'est nous qui le fabriquons. On nous donne un budget, on exécute. Dorothée, elle, est une de nos artistes. C'est tout. Elle n'a aucun intérêt chez nous. Elle est une simple animatrice, au même titre que Jacky et les autres. » Azoulay précise d'ailleurs qu'AB produit quelque mille heures par an pour Le Club Dorothée, facturées à 125 000 F l'heure, mais que sa société travaille également pour d'autres clients.
Sa stratégie est d'agrandir la société pour qu'elle recouvre toutes les branches d'activité qui touchent les 6-14 ans. Quitte à entraîner la mort des petits studios. « Tant pis pour eux, dit cyniquement Jean-Luc Azoulay. Nous, on va très vite, on est très ambitieux, on veut développer la production française. D'où les critiques jalouses qu'on s'est attirées. Jamais, aux États-Unis, ça ne se serait passé comme ça. D'ailleurs, les Américains, eux, s'intéressent à nous... »


Isabelle NATAF.


Dorothée : « Je ne suis pas gentille »

Voici – 7 août 1989

Elle assume son mauvais caractère. N'a besoin que de 4 à 5 heures de sommeil par nuit, oublie de manger la plupart du temps. A 36 ans, la coqueluche des enfants et des mamies ne pense qu'au travail.


"Je sais que j'ai tendance à trancher, à être directive, exigeante, jamais satisfaite. Je dis ce que je pense même si ça ne plaît pas. J'ai horreur de la mièvrerie sirupeuse. Les gosses m'acceptent comme je suis, avec mon langage direct et mes moments de mauvaise humeur." Aussi peu de rondeurs à l'endroit qu'à l'envers. Queue de cheval et frange blondes. Jeans. Visage sans maquillage. Elle sirote un café sans sucre. Poids plume animé d'une énergie farouche. « Ma grand-mère était cuisinière dans un resto. Il fallait la voir. Elle secouait avec la même efficacité casseroles et personnel. Elle m'a fascinée. Elle reste mon modèle depuis ma tendre enfance. »
Dorothée n'a guère profité des petits plats mijotés par son aïeule. Je suis née anorexique. Bébé, je n'ai pleuré qu'une seule fois pour réclamer un biberon. Ma mère en parle comme du plus beau jour de sa vie. Je n'ai pas changé. La nourriture m'intéresse toujours aussi peu. Si, aujourd'hui, tout le monde lui parle de son ascension rapide, de son poste de directrice des émissions jeunesse sur TF1, elle réplique, à juste titre, qu'elle a seize ans d'expérience à la télévision. J'y suis arrivée le cœur candide. J'ai découvert la méchanceté, la jalousie, les perfidies. J'ai appris à aiguiser mes défenses... »
Découverte par Jacqueline Joubert lors de la fête de son lycée, elle devient, à 20 ans, speakerine, chanteuse, animatrice des émissions pour enfants. En 1978, elle est renvoyée de la deuxième chaîne qui lui déclare qu'elle n'est pas faite pour ce métier. Chômage pendant un an. Elle n'a pas oublié. Le meilleur apprentissage pour se garder de la grosse tête. Côté privé : je suis très famille. Il ne me reste que mon frère, chercheur au CNRS et ma mère...
Côté cœur, ça va aussi, merci, mais c'est top secret ! Je vis au jour le jour... Je n'ai jamais rien programmé. Tout m'est arrivé par hasard. Si les enfants en ont marre de moi, je partirai... et j’aviserai…


YVONNE TYWONIAK