Témoignages - Page 2

Jeanne Mas - Chanteuse

Jeanne Mas, l’interprète de « En rouge et noir », raconte son passage et son arrivée chez AB Productions dans les années 90.


"AB Production est un palace du créatif au cœur de La plaine Saint-Denis. Rien que l'entrée du domaine AB est spectaculaire, vaste, sécurisé, avec ses hôtesses à la réception. Ici tout est rassemblé pour que les productions de Jean-Luc Azoulay prennent vie. Jean-Michel Fava, directeur du label "Pense à moi", la partie musique d'AB, me conduit pour une visite impressionnante de tous les studios : enregistrement musique, tournage des séries AB, shows télévisés, les backstages avec des dizaines de décors, les loges, les coulisses. A l'étage, les bureaux des patrons, de leurs secrétaires et un magnifique loft pour les soirs où le travail n'en finit pas.

Sur les murs de ce domaine, Dorothée est la reine, Depuis des années, elle conforte de succès cette grande maison avec son légendaire "Club Dorothée". Elle est une artiste totalement dévouée à son travail, humble et d'une gentillesse extrême. Son aura, sa simplicité, sa petite voix finement cassée, ses yeux rieurs, son envie constante de faire plaisir et de mettre les autres en valeur, en la réconfortant je l'ai tout de suite adorée.

Je ne suis pas sûre de trouver ma place dans cette belle et grande famille mais j'y suis accueillie chaleureusement et on me donne les moyens de produire un nouvel album avec cette liberté que je souhaite conserver, alors pourquoi hésiter ?

Mon premier single "Au nom des rois" ne va pas s'envoler au sommet des hit-parades alors, tête baissée, je me plie à la volonté de ceux et celles qui m'accusent une fois de plus d'avoir fait le mauvais choix. C'est ainsi que "Dors bien Margot" sera le deuxième single extrait de l'album et que, le sourire parfois perché, j'apparaîtrai au "Club Dorothée" et dans toutes les autres productions d'AB. Face à moi un public de jeunes enfants.

Ce que je garde de cette brève période ne sont cependant que de bons souvenirs. Dorothée est restée une belle rencontre, et moi, immergée dans ce cadre amical et chaleureux avec l'ensemble des comédiens et chanteurs du groupe AB, j'avais surmonté cette crainte de m'éloigner de mon image 80' que j'ai si souvent voulu dépasser."

Extrait de "Jeanne Mas - Réminiscences " - Flammarion - 2019


Jacques Rouveyrollis - Éclairagiste

Jacques Rouveyrollis est un éclairagiste majeur de la scène française. En 2022, il écrit le livre "Mes années lumières" aux éditions L'Archipel. Voici le chapitre consacré à Dorothée.


"Jean-Luc Azoulay n'était plus le dévoué assistant de Sylvie Vartan. Avec son copain Berda (retenez son nom et l'initiale « B » de son nom, ça m'évitera de vous expliquer l'origine d'AB Productions), les voilà tous deux à Cannes, à un Midem (Marché international du disque et de l'édition musicale), plutôt désargentés. Ils finissent une pizza aux fruits de mer. La dernière moule est pour Jean-Luc. Elle va le conduire à une longue hospitalisation, pour une hépatite carabinée. Il ne va pas pouvoir en vouloir à cette moule fatidique, il va même devoir la remercier. C'est grâce à elle que, regardant la télé de son lit d'hôpital, il va repérer une présentatrice. Elle s'appelle Dorothée. La maladie n'a pas entamé le flair de Jean-Luc. Il décide de la faire chanter. Le succès est immédiat. Le bureau d'AB Productions, à Saint-Denis, est minuscule. Il grandira. C'est l'histoire d'une réussite exemplaire. Le perfectionniste trouve en Dorothée son écho. Elle est inépuisable. En même temps que les concerts, elle anime les vingt-cinq heures d'antenne par semaine du Club Dorothée. J'essaie de la décharger, au moyen d'une doublure lumière. « Pourquoi ? Je sais le faire. C'était mon premier job à la télé. » Simplicité, quand tu nous tiens.
Dorothée en profite pour faire un peu de pédagogie dans son émission. Elle m'y invite pour parler de mon travail. J'ai du mal à répondre aux questions des enfants et à leur expliquer « comment on fait les lumières d'un show ». C'est le génial caricaturiste Cabu, présent sur le plateau, qui va me sauver en me tendant une boîte de crayons de couleur. «Essaie avec ça... » Il avait raison, tout devint simple. J'ai bien des fois, depuis, employé cette méthode.
Les Zénith successifs se révèlent vite trop petits pour les foules de jeunes qui s'y pressent. Nous voici à Bercy. Les moyens techniques suivent. Je n'avais encore jamais eu autant de consoles lumière différentes devant moi, une par type d'appareil, du traditionnel jusqu'aux Telescan, Vari-Lite, Coemar, laser et vidéo.
Les enfants sont ébahis de voir Dorothée arriver à dos d'éléphant. On ne sait plus si c'est elle qui déchaîne le public ou le public qui la déchaîne. Les enfants n'applaudissent pas, on ne leur a pas appris à faire ça, ils gesticulent en hurlant. Leur bonheur me met les larmes aux yeux. Emmenés par leurs propres enfants, les stars Renaud, Hallyday sont dans la salle. Et ma star à moi, ma princesse aux petites dents du bonheur, ma fille, Perrine.
À la fin du spectacle, nous parions entre nous sur le nombre de rappels. Le pronostic du gagnant se situe entre dix et seize. Dorothée n'a jamais oublié sur le plateau un seul des innombrables bouquets que les enfants lui offrirent. Les fleuristes autour de Bercy doivent se souvenir de cette période faste pour eux. Les mères et grand-mères à la recherche, dans la foule, de bambins qui leur avaient échappé, ce n'était pas le moins émouvant. À l'école, j'ai toujours préféré la récréation. Là, je suis particulièrement gâté. Azoulay, souvent près de moi en régie (il adore ça), la chemise éternellement un peu sortie du pantalon, s'émeut avec moi devant le spectacle qu'il a provoqué...
Je m'amuse en pensant que, pendant ce temps-là, au Châtelet, Barbara continue à diffuser dans tout le théâtre le son nasillard du pin's sonore égrenant interminablement « Je m'appelle Dorothée » !"


Billy - Animateur

Billy débute sa carrière comme assistant réalisateur au Club Dorothée chez AB Productions, il anime ensuite « Récré Kids » sur TMC et intègre la Walt Disney Company pour animer le « Disney Club » sur TF1. Il raconte quelques anecdotes avec Dorothée.


"Je suis sorti de l'armée le 30 septembre 1992 et cinq jours plus tard, j'étais chez AB. A 19 ans à peine, j'arrivais sur les directs, les plateaux du mercredi après-midi, à tout faire, comme aller chercher les cafés, faire applaudir les enfants, acheter un truc. Au bout de trois mois de stage, j'ai été convoqué par Jean Luc Azoulay. Je suis alors devenu deuxième assistant réalisateur, puis premier assistant du réalisateur. Je me rappellerai toujours de ma première rencontre avec Dorothée. Bien sûr, elle me connaissait un peu physiquement. Et puis, on avait dû lui dire : "Tu sais le petit Billy, il nous a tellement pris la tête qu'on l'a pris pour un stage". Pauline, une assistante, m'a présenté à Dorothée dans la salle de maquillage. Quand elle m'a vu arriver elle m'a dit: "Oh ben te v'la toi? Ben, bon courage!". Du style, tu vas morfler. C'était difficile pour un jeune de mon âge. L'équipe était déjà en place. Dorothée, je la percevais vraiment comme la chef. J'avais un grand respect pour l'artiste, pour l'animatrice, qui était la patronne. Tout le monde l'appelait ainsi d'ailleurs. J'avais l'impression que les gens étaient au garde à vous. Aujourd'hui, sur les plateaux de télé, il n'y a pas de ça. Le mercredi soir, derrière le direct, on enchaînait avec des enregistrements, à pas d'heure, qu'on faisait pour le dimanche, avec "Des millions de copains". Le jeudi et le vendredi, on tournait les émissions quotidiennes...

Ce qui était formidable, sur le direct, quand j'ai commencé à travailler avec Dorothée, c'est qu'elle ne loupait rien. il y avait 500 enfants dans le public, une dizaine de caméras, elle chantait en direct et c'était elle, la star. Malgré tout ça, quand elle lançait les dessins animés, elle pouvait venir me voir et se mettre devant moi, alors qu'on était sur un plateau qui faisait quand même mille mètres carrés, pour me dire qu'elle avait remarqué que ma façon de faire applaudir les enfants ne lui convenait pas. Même en direct, elle était en train de tout gérer. Elle voyait chaque détail et avait l'œil partout. Elle n'avait pourtant pas de prompteur ni d'oreillette.

Un jour, elle m'avait dit, "Si je tombe dans les pommes, tu devrais être capable de venir et reprendre la suite de ma phrase", il fallait être dans le même mouvement qu'elle. L'assistant de production devait être son double. Après avoir travaillé avec Dorothée, on veut l'excellence. Et c'est très dur de na pas toujours la trouver"

Extrait de "Dorothée : Merci pour la récré" - Editions de la Lagune - 2008


PHOTOS 2 ET 3 : Dorothée : une marraine attentionnée au "Planet Hollywood"

Et dire que certains prétendent que dans le monde du show-biz, il est difficile d'avoir des amis ! Ce n'est pas le cas de Billy, animateur au « Planet Hollywood », qui a fêté son vingt-cinquième anniversaire avec ses vrais copains : Dorothée, qui le suit depuis ses débuts, et Filip, des 2B3. Happy Birthday !

Photos : Nicolas DENIZON


Patrick Michel - Coiffeur

Patrick Michel, le coiffeur de Dorothée, revient sur quelques souvenirs avec la chanteuse.

"Dorothée et moi n’avions pas besoin de nous parler. Je savais quand on pouvait rire, quand elle se concentrait… J’étais dans sa loge mais je m’occupais des fleurs, je préparais le verre pour l’après concert avec les invités. Au moment de la coiffer, je lui faisais répéter ses chansons, c’était la seule communication que l’on avait à ce moment-là. Elle chantait et je la reprenais quand elle se trompait.

Au fur et à mesure qu’elle se maquillait, elle prenait de l’assurance. Je l’accompagnais jusqu’au bord de la scène, c’était un rituel. En 1992, elle montait sur une espèce de plateforme et jusqu’au dernier moment elle me tenait la main. J’avais l’impression que c’était moi qui montait sur scène tellement elle me passait son stress. Elle me faisait un clin d’œil puis c’était parti.

Je ne regardais pas Dorothée à la télévision car je ne suis pas de la génération Dorothée, moi c’était plutôt Pimprenelle et Nicolas. J’étais coiffeur à Rouen et je suis monté à Paris pour travailler sur un film. J’ai reçu un coup de fil me disant « est-ce que vous acceptez de coiffer Dorothée demain matin ? ». Sur le coup je me suis demandé « Dorothée, Dorothée, c’est LA Dorothée ? ». C’était bien elle ! On était en septembre 87. Et de ce jour-là on ne s’est plus quitté. D’entrée il y a eu une fusion entre nous deux.

Elle avait le trac à chaque entrée en scène, rien n’était acquis. Elle avait même de plus en plus peur : la peur de décevoir son public, de ne pas assurer, de se tromper dans une chanson. La plus dure c’était Ma nouvelle valise, parce que le débit des paroles demande une grande concentration. Mais au final elle s’en sortait bien.

Quand on partait en tournée, mon grand souci c’était de savoir s’il y avait de quoi faire un shampoing à Dorothée. Quelques fois, il n’y avait rien du tout ! Et un jour on s’est retrouvé en cuisine, il y avait 2 bacs : dans le bac de droite la salade qui trempait et je lui lavais la tête dans le bac de gauche. Et on entendait dans la salle « Dorothée, Dorothée », on se disait « si les gens nous voyaient comme ça en cuisine !!! ».

Et puis un jour, aux Arènes de Nîmes, elle était fatiguée par le voyage et n’avait pas envie de chanter Détective privé. A la balance, le producteur lui a dit « on a besoin de répéter pour les musiciens, Patrick va le faire ». Donc je suis monté sur scène, elle était à côté de moi et me soufflait les paroles, j’ai vécu un moment très fort avec les musiciens et les choristes, il y avait une espèce de magie, je me suis demandé si c’était vraiment moi qui chantais.

Un matin où l’on partait pour un concert en Belgique, je me suis rendormi et j’ai raté le car. Dorothée s’est retrouvée sans coiffeur à Bruxelles. Elle s’est rendue dans un salon et a rencontrée Antonia qui les a suivis à Paris et ne les a plus quittés. La production m’a « puni » et pendant 2 ans je n’ai plus coiffé Dorothée. D’ailleurs quand je suis arrivé chez Michel Drucker, Jean Luc Azoulay a rappelé à tout le monde « c’est grâce à Patrick si Antonia est là aujourd’hui ». Maintenant, tout le monde en rie… sauf moi ! Je n’ai pas été pro ce jour-là, je m’en veux encore aujourd’hui.

J’ai mal vécu la fin du Club Dorothée, j’ai fait une petite dépression parce que je n’avais plus cette famille. Mais on pensait qu’il allait se passer quelque chose après, peut être ailleurs que sur TF1… Je lis beaucoup les commentaires des fans, et comme eux nous n’avons pas fait notre deuil de cet arrêt. Pour eux le lundi matin il n’y avait plus le Club Dorothée à l’antenne, et nous à notre niveau on a vécu un grand vide. Je me suis installé à St Martin, j’ai travaillé pour Les vacances de l’amour. J’avais un super appartement qui a même servi de décor à la série ! Ça m’a permis de faire le point. Dorothée nous rejoignait parfois avec Jean-Luc Azoulay pour se reposer, c’était un repos bien mérité !"

Extrait de "Dorothée : Merci pour la récré" - Editions de la Lagune - 2008


Manuela Lopez - Comédienne

Manuela Lopez, l’actrice d’ »Hélène et les garçons », nous raconte ses souvenirs avec Dorothée au moment où elle entame sa carrière de chanteuse.


"Je voulais chanter avant même d'arriver chez AB, sur casting, et jean Luc Azoulay m'a permis de faire un album. Mes premières télés, ça a été avec Dorothée. J'en ai gardé un excellent souvenir. Dorothée a été super, j'avais un trac monstrueux et elle était près de moi. Elle a toujours été comme ça. C'est quelqu'un de très humain, à l'écoute des autres et assez sensible. Humainement, elle est extraordinaire. Son écoute et sa disponibilité étaient permanentes, y compris avec son équipe technique. Quand on faisait des dîners de production, c'est elle qui se levait pour débarrasser. Dorothée a toujours été égale à elle-même. C'était un peu notre guide. Tous les chanteurs qui ont travaillés pour AB sont passés chez elle, dans ses émissions. Je me souviens de mon premier direct : je me planquais derrière mes cheveux. On était super émues toutes les deux. Elle semblait un peu perdue... Tout comme moi. C'était un grand moment d'émotion. Pour me rassurer, elle me tenait les mains avant de monter sur scène. Elle était disponible comme elle l'est certainement aujourd'hui. Je suis contente qu'elle retravaille un peu."


Eric Galliano - Animateur

Éric Galliano, animateur de télévision depuis 1985, nous raconte son intégration au sein de l’équipe du « Club Dorothée » lors de son ultime saison.


"Dorothée m'appréciait et c'était réciproque, même si Jean Luc avait écrit la chanson Le père Noël des Musclés dont le refrain disait "Le fouet, ce sera pour Eric et Noëlla", alors que je co-animai sur France 2 une émission avec Noëlla. Ça nous faisait plus rire qu'autre chose... Au début de la dernière année du Club Dorothée Jean Luc m'a appelé pour me dire qu'il voulait que je rejoigne l'équipe. J'avais déjà tourné pour AB pour la sitcom Les garçons de la plage. J'ai accepté de m'occuper des interviews avec Dorothée, mais pas des jeux qui ne m'intéressaient pas. Quand je suis arrivé, Dorothée ne comprenait pas. Lors de la première réunion de préparation de l'émission, elle me regardait un peu comme un cinglé qui débarquait. Tout le monde avait, en effet, connaissance des rumeurs selon lesquelles c'était la dernière année du Club Dorothée, et elle trouvait très bizarre que j'accepte de rejoindre le bateau alors que la plupart des gens essayaient de partir. Elle m'a demandé : "Mais tu as entendu les bruits qui courent?" A l'époque, j'avais multiplié par trois le taux d'audience de l'émission pour la jeunesse de France 2. Dorothée, je ne l'avais jamais côtoyé avant de venir sur TF1 dans le Club Dorothée, même si j'avais toujours eu beaucoup d'estime pour elle. J'avais, à présent, l'occasion de travailler avec elle, après tout ce qu'on avait pu dire... car elle n'avait pas été épargnée par les critiques. Il est de bon ton, à chaque fois qu'un phénomène est en passe de s'arrêter, de lui casser du sucre sur le dos.

C'est ainsi, que je me suis retrouvé, à trente ans, à incarner l'une des Drôles de dames, avec Dorothée et Ariane. Pendant les sketches, nous avons eu d'énormes fous rires, en relation avec les situations que nous devions jouer. Quand tu te retrouves en Drôle de dame, dans la peau de Farrah Fawcet, avec les ratés, les bêtises que tu sors, il ne peut en être autrement... il ya toujours eu beaucoup de bonne humeur, ne serait-ce qu'avec Pat Le Guen qui a toujours été là.

Je me rappelle qu'avec Dorothée, on a traversé la Tunisie pour le tournage des vacances de Février ou de Pâques. Au fur et à mesure de ce parcours, on tournait avec, notamment, Jacky et Ariane. On s'arrêtait dans certains endroits où étaient installés les plateaux. Je me rappelle avoir eu des journées épuisantes, on tournait et voyageait en même temps. Quand on arrivait à l'hôtel le soir, comme en Tunisie on reçoit TF1, les enfants reconnaissaient Dorothée. Et, elle, qui avait fait six cent kilomètres dans la journée et vingt plateaux, courait partout pour leur chercher des pin's. Plus d'un aurait dit : "Ils sont gentils, mais vous les mettez de côté". Dorothée a toujours été une fille que j'ai trouvé formidable.

Crevée ou pas, on ne l'a jamais vue se plaindre. En arrivant à six heures au maquillage, elle travaillait jusqu'à vingt-trois heures. Elle était éreintée, mais ne se plaignait jamais. Et c'est elle qui, quand elle voyait que les techniciens n'en pouvaient plus, disait : "Stop. On arrête de tourner." Elle n'arrêtait pas parce qu'elle était épuisée, mais parce que certains tournages prenaient des proportions incroyables. Elle s'arrêtait pour les autres, pas pour elle. si on lui avait donné une autre équipe de production, Dorothée aurait fait les trois-huit à elle seule!

Même si je n'ai travaillé qu'un an avec elle, j'ai pu voir pendant cette période qu'elle était d'une extrême sensibilité. A l'époque, personne n'osait prendre le risque de lui dire du bien d'elle. Et, même si elle était à fleur de peau, elle n'a jamais été naïve pour autant. Elle connaît très bien le milieu de la télévision. Dans les "Ma chérie", "T'es la meilleure" et "T'es la plus belle", elle savait très bien ce qu'il fallait prendre et ce qu'il fallait laisser.

Quand l'émission avait beaucoup de succès, elle faisait des jaloux... Et quand TF1 a commencé à l'écarter, ses détracteurs s'en sont donnés à cœur joie. En plus, la chaîne ne la soutenait même plus... Mais Dorothée était solide. Tous ceux qui avaient envie de la faire trébucher pour prendre sa place sur le créneau jeunesse ou au niveau de l'unité jeunesse se lâchaient dans la presse. Et même si je pense qu'elle était quelque peu préservée par son entourage, ses proches finissaient par comprendre... Et il y a toujours un "meilleur ami" pour te répéter les pires ignominies qui traînent sur ton compte. Au quotidien, elle gérait cela avec beaucoup de dignité. Elle essayait, simplement, de ne pas trop y prêter attention... Et il est vrai qu'on n'en parlait pas tellement, et si on le faisait, elle ne cherchait jamais à se masquer la vérité, à ne pas regarder les choses en face... De toute façon, elle savait très bien que tout le monde lui tirait dessus à boulets rouges. A TF1, quand elle appelait la direction, personne ne la prenait plus au téléphone...

Pour sa dernière émission, Dorothée rêvait, avec Jean Luc Azoulay, de faire un show immense, avec tout le monde! Elle voulait une très belle dernière, mais TF1 n'a jamais répondu et elle n'a pas pu le faire. J'ai trouvé ça violent à l'époque, sachant tout ce qu'elle avait fait pour cette chaîne, ou elle en était arrivée grâce à elle. Elle avait porté la chaîne... A la fin de l'émission, on aurait presque dit que TF1 avait honte, qu'il fallait qu'elle parte en catimini. Il aurait pourtant été bien qu'ils lui donnent carte blanche pour un prime, pour qu'elle puisse partir en feu d'artifice..."

Extrait de "Dorothée : Merci pour la récré" - Editions de la Lagune - 2008


Cyril Drevet - Animateur

Cyril Drevet, le célèbre animateur de « Télévisator 2 », débarque au « Club Dorothée » au moment où Maureen Dor lui pique sa place sur la seconde chaîne. Il nous raconte son arrivée chez AB Productions.


A propos de "Télévisator 2":

"Depuis le départ de Dorothée d'Antenne 2, les émissions jeunesse n'avaient rien fait en audience... Mireille Dumas avait souhaité que mon père (Patrice Drevet) soit producteur. Ça me rassurait parce qu’avoir son père était plus simple si on avait des choses à se dire. J'avais toute la responsabilité de l'émission. C'est moi qui avait conçu et vendu le projet"

Télévisator 2 n'est pas reconduit et laisse place à Maureen Dor. En effet, la nouvelle responsable de la jeunesse de la chaîne Patricia Chalon n'aime pas le programme...

"Je me doutais de quelque chose. Je commence à chercher ailleurs. Je contacte AB. J'appelle Jean Luc Azoulay. Un quart d'heure après, Dorothée m'appelle. Je lui dis que je n'étais pas bien considéré à France 2. Je voulais voir d'autres horizons. Elle m'a dit OK, qu'on allait voir Jean Luc. Je discute avec lui. Il me dit de lui faire des rubriques.  En juillet  Patricia Chalon me convoque pour me dire qu'elle n'a plus besoin de moi. Je n'ai pas cherché à discuter. Je suis sorti de son bureau, le téléphone a sonné, c'était Jean Luc Azoulay qui m'appelait pour me dire qu'on m'attendait le 20 Août chez AB"

Au départ, Cyril Drevet intervient comme chroniqueur sur les jeux vidéos et le cinéma. Il devient au fil des mois animateur en titre et se fond dans les sketches des "héros" du Club Dorothée.

"Ensuite j'ai rencontré Billy, un mec fabuleux, qui m'a fait venir sur « Récré Kids » ou je faisais des rubriques. Quand il est parti chez Disney, j'ai co-animé l'émission avec Isis. J'ai fait ça pendant cinq ans. J'ai même créé une rubrique Manga"


Mallaury Nataf - Comédienne

Mallaury Nataf, la « Lola » du « Miel et les abeilles » se souvient de son premier dîner avec Dorothée.


"Dorothée, elle a bercée mon enfance. Le nombre de baby-sitters que j'ai fait renvoyer parce qu'elles m'interdisaient de regarder Récré A2. Quand je suis entrée à AB, j'étais donc assez curieuse de connaître Dorothée. Le premier contact a malheureusement été un peu décevant. C'était lors du premier dîner de production de la série. Dorothée y était présente. Pendant toute la soirée, elle m'a fait des remarques désagréables, du style : "que je n'avais pas assez de poitrine..." Comme je n'aime pas la méchanceté gratuite, ça m'a énervée. Mais j'ai compris plus tard, en la voyant évoluer, que cela ne devait pas être facile pour elle. Jusqu'à présent, avant l'énorme succès des séries et donc de leurs protagonistes, Dorothée était le seul pôle d'attraction à AB, autant professionnellement que dans la vie de JLA. Ils s'étaient rencontrés quinze ans auparavant et avaient construit ensemble le concept AB durant toutes ces années. Cette association reposait sur la totale disponibilité de Dorothée. JLA lui avait explicitement demandé de choisir entre sa carrière et sa vie privée. Cela représentait donc un énorme sacrifice, justifié certainement par l'amour qu'elle a pour ce métier. Et là, avec les séries AB, elle devait se rendre compte qu'elle aurait pu se préserver et accepter moins de choses de la part de JLA.

En effet, les filles qui arrivaient derrière n'ont pas accepté qu'il s'ingère dans leur vie privée, en dehors des tournages. De plus, nous, les jeunes arrivantes, avons bénéficié instantanément d'une énorme presse, d'une organisation efficace qu'elle avait mis quinze ans à nous préparer en amont. Car sans Dorothée,  Hélène n'aurait certainement pas existé. Tout cela avait de quoi la déstabiliser. Donc après ce dîner, j'étais très réservée à son égard. Et puis il y a eu ce 31 décembre 1993 avec Do, le Réveillon Rock'N'roll show. Là je l'ai vue travailler pendant deux jours de 8 h 00 à 2 h 00 du matin. Et j'ai découvert une grande dame. Une grande professionnelle, d'ailleurs on ne peut pas durer aussi longtemps dans ce métier sans avoir de réelles qualités. Pendant ces deux jours, elle a toujours été souriante, s'occupant de tout le monde avec la même gentillesse, s'adressant aux techniciens avec courtoisie, ne s'énervant jamais, alors qu'il y avait parfois de quoi. Elle veillait à ce que l'on ne manque de rien. S'il y avait un gros problème, elle le réglait discrètement. A 2 h 00 du matin, elle était toujours aussi fraîche alors que nous, nous étions affalées sur les canapés. Elle passait près de nous et nous disait avec le sourire : "Tenez-vous droit" Quelle leçon ! Depuis son apparition, Dorothée a toujours été critiquée. Mais de toutes façons, ce n'est pas spécifique à elle, on dirait que le succès dérange en France. Moi, je l'ai vu agir de l'intérieur, et laissez-moi vous dire que ce n'est pas facile. Car on a beau aimer les enfants, pour les supporter presque tous les jours autant d'années, eh bien, chapeau ! Imaginez avec trois cent enfants, chez vous, tous les jours, déjà que deux ce n'est pas évident. Il y a vraiment de quoi devenir dingue."

Extrait de « Entrevue »


François Corbier - Animateur

Corbier, l’un des trois héros du « Club Dorothée », se rappelle avec émotion de son passage sur scène à Bercy, en 2010, au côté de Dorothée.

"J'ai plaqué le dernier accord et, montant des gradins et du parterre, comme sort du ventre de la terre le grondement d'un fleuve souterrain, magique et fou, le cri des cinq mille poitrines du public protéiforme m'a soulevé, comme l'aurait fait un bras de géant, pour me placer sur le nuage duquel vingt-quatre heures plus tard je ne suis pas encore redescendu !

Ah vingt dieux quel panard !

J'avais déjà un peu connu ça avec l'Olympia, mais là, dans le gigantesque hangar qu'est Bercy, les sensations sont démultipliées ! Étrangement la scène, pourtant immense, n'est pas pour autant inconfortable et, lorsque la lumière se fait un peu plus tendre, lorsque les projecteurs de Jacques Rouveyrollis baissent un peu, on pourrait presque voir les yeux du public et se croire dans un lieu intime. C'est le volume des rires et des bravos qui ramène à la réalité. Ici cinq mille personnes communient, chantent, dansent, écoutent, rêvent et pleurent, toutes ensemble et crient leur bonheur d'être là !

Dorothée avait choisi de ne pas me mettre en première partie avec Hélène, Bernard Minet, Sébastien Roch, Christophe Rippert, Ariane, Jean-Paul Césari, les Musclés, Jacky, etc., mais au milieu de son show personnel en seconde partie de soirée. Jean-Luc Azoulay, le producteur, m'avait demandé de chanter « Le nez de Dorothée », et je lui avais dit qu'en contrepartie je désirais faire, seul avec ma guitare, une chanson de mon répertoire actuel. Il en avait accepté le principe. Il restait ensuite à trouver quelle chanson choisir. J'avais hésité entre « Nucléaire », et « Les chanteurs de l'ossuaire » et finalement poussé par mes amis, j'ai décidé de proposer « La galère capitaine ». Le problème avec cette chanson, c'est que même dans une version courte… elle est encore très longue et je craignais, que pour cette raison, on me la refuse.

Le jour de la répétition, dans les locaux d'AB à la Plaine-Saint-Denis, j'ai sorti ma guitare. Je n'étais pas fiérot. Les nouveaux musiciens de Dorothée, (les Windows), Gérard Salesses, (le compositeur de tous les tubes de Dorothée, d'Hélène, des Musclés et des musiques de toutes les séries d'AB), Azoulay, Dorothée, Ariane, les techniciens, tout le monde était là et, à ma grande surprise, lorsque j'ai chanté, ce joli monde s'est tu et m'a écouté !... Ça fait un peu gland de dire ça, mais je vous promets que dans ce genre de situation, c'est plutôt rare ! En général, le pro est blindé. Des chansons, le pro, il en entend toute l'année, cinquante par jour, il en écrit lui-même... On ne la lui fait pas.

Ma chanson dure six minutes quarante ! Une chanson normale dépasse rarement les trois minutes trente... autant le dire, je prenais un max de risques en proposant une aussi longue ! À l'issue de celle-ci, chose qui ne m'était jamais arrivée pendant mes quinze années de télévision, toute cette équipe d'artistes, de techniciens, musiciens, chanteurs, etc. m'a applaudi ! Je n'en revenais pas. On est venu me féliciter et m'assurer que la durée de la chanson n'avait aucune espèce d'importance car : « elle est drôle et émouvante et on ne s'y ennuie pas un seul instant ! ». Bien sûr Jean-Luc Azoulay, en technicien habitué des tubes, (il est l'auteur de toutes les chansons de Dorothée, des Musclés, d'Hélène, etc. ...) aurait préféré que je formule ceci ou cela (très peu de choses en fait) comme lui l'aurait fait… mais il n'y eut aucune exigence, et la chanson a massivement été acceptée !

Ce premier examen fait, il restait à savoir comment le public de Dorothée allait comprendre et recevoir cette chansonnette qui raconte sur un rythme de blues picking ma vision des années de télévision ... Je n'en menais pas large au moment de monter sur le plateau… En fait j'étais d'autant moins rassuré que quelques jours plus tôt j'avais été (remarquablement, soit dit en passant) reçu en Suisse où on m'avait demandé de chanter les chansons de la télé, et lorsque je m'étais engagé dans le répertoire d'aujourd'hui, le public s'était instantanément remis à parler sans plus s'occuper de moi… Comment les choses allaient-elles se passer à Bercy ?....

L'après-midi du concert, après la répétition, mes camarades m'avaient renouvelé leurs compliments. Même Pat Leguen, le réalisateur fétiche des émissions du Club Dorothée, qui n'avait pourtant pas que ça à faire puisque le concert était intégralement retransmis en direct sur IDF1 et qu'il en était le responsable, mais aussi le personnel de Bercy et quelques danseurs vinrent me féliciter ! Tout s'annonçait donc sous les meilleurs auspices ! J'étais détendu, confiant. Pas traqueur pour un sou. Tout était normal. Il me restait à attendre le moment de descendre dans la fosse aux lions ! …

Je suis entré par le fond de la scène. Dorothée me tournait le dos. Tout était prévu. J'avais déjà ma guitare sur l'épaule. Dorothée se retourne, me voit, vient m'embrasser et j'attaque Le nez de Dorothée. La foule m'emboîte le pas et chante en ma compagnie. Jusque-là rien à dire, le public est dans son élément. En pays de connaissance en quelque sorte. Pour la chanson qui suit, La galère capitaine, le titre qui n'en finit plus, je dois changer de guitare. Le public en profite pour crier mon nom, on me proposer de chanter « Sans ma barbe », « Bienvenue aux nouveaux » … et j'attaque, sans rien annoncer, « La galère capitaine ».

Le silence se fait quasi dans l'instant, et je me dis : « Mon grand, un silence pareil c'est tout l'un tout l'autre ! Ou ils vont t'envoyer promener dans les secondes qui viennent, ou ce sera un moment d'éternité ! ».

Chaque couplet a été ponctué de rires, et quelques fois de franches explosions de joie ! J'ai senti la tendresse submerger la foule et lorsque la chanson s'est achevée, après le neuvième couplet, l'ovation a déferlé !

Dorothée est venue me rejoindre sur le plateau. Nous nous sommes embrassés une nouvelle fois et, sous les bravos, les cris, les applaudissements et les « une autre, une autre », j'ai laissé, avec une larmichette au coin de l'œil, la place à ma camarade qui a repris le cours normal de son spectacle pour encore une vingtaine de minutes !

Ensuite, dans les loges, des copains connus, ou pas, sont venus se faire prendre en photo avec moi devant la porte des toilettes… (Authentique), me serrer la paluche, me taper dans le dos, m'assurer de leur indéfectible amitié… Puis j'ai récupéré mon véhicule et nous sommes tous allés souper porte Maillot chez un Italien.

La neige qui était tombée pendant le spectacle s'était arrêtée pendant le repas mais elle commençait à geler. J'ai quand même pris la décision, à trois heures et demie du matin, de rentrer chez moi, à une centaine de km, en passant par l'autoroute. La neige crissait sous les pneus. Autour de moi du blanc, du blanc, du blanc, et pas question d'un coup de rouge ! Il paraît qu'on n'a pas le droit en conduisant !

Lorsque j'ai coupé le moteur en pénétrant dans mon jardin, il était cinq heures. Je suis allé me coucher.

« Si j'ai rêvé ? No comment ! »

Je ne quittais plus la scène de Bercy ! Quelqu'un pour m'en chasser se chargeait de couper les micros de Roland Guillotel et les lumières de Rouveyrollis, tandis qu'un autre type dont je ne voyais pas le visage, sans doute à cause de la neige, lâchait des ours et des loups…en criant : "sus à Corbier !"

Et depuis ? Ben depuis, je suis sur mon nuage !

Je ne perds pas de vue que, si confortable et si douillet que puisse être un nuage, même lorsqu'il est bas, il est toujours suffisamment haut pour qu'en se penchant on puisse aisément se casser la gueule ! Alors je profite du paysage, tandis que dans mes oreilles fusent encore les bravos, et, que sous le maigre soleil fond la neige du jardin, je cherche l'échelle de soie qui m'aidera à revenir sur terre, sans heurt et sans précipitation !

Une chute pourrait me faire enfler le crâne et il serait dommage qu'à mon âge je me voie contraint de faire élargir mes chapeaux pour une histoire de nuage au-dessus de Bercy… si joli soit-il !

Merci Dorothée de m'avoir invité à ta fête.

Merci Jean-Luc d'avoir accepté ma chanson

Merci aux musiciens, aux techniciens, aux choristes.

J'ai passé un beau, très beau moment."

Extrait du site internet officiel de Corbier


Germinal Samper - Technicien audiovisuel

Germinal Samper, chef de plateau au « Club Dorothée », se souvient de sa rencontre avec Dorothée.

"La première fois que je l'ai rencontrée, j'avais fait une table de régie avec le petit déjeuner pour tout le monde. Et elle m'a testé. Sur la table, il y avait croissants, café, etc. Les machinistes sont alors arrivés. Leur chef a lancé : "Ben alors? Il n'y a pas de charcuterie? Il n'y a pas de vin?". Ils avaient commencé à quatre heures et demie du matin. Dorothée, à qui je ne parlais pas encore, a dit: "Tiens, mais je croyais qu'il y avait un régisseur!" Immédiatement, j'ai sorti un saucisson, du jambon, du pinard... Dorothée a alors juste dit au chef machino : "Tiens, viens chercher, il y a ce qu'il faut". Et là, elle s'est retournée vers moi et m'a envoyé : "Que-ce que je pourrai bien demander... Tiens, un steak tartare!" Ça m'a marqué. Il était sept heures du matin. Là j'ai sorti des œufs frais. Elle a ajouté: "Mais, là, je ne vois pas la viande...." Je lui ai répondu: "Pour la viande, je vous demande cinq petites minutes". Surprise, elle me dit : "Mais elle est ou là? Ou est-elle? Je ne la vois pas?" Le doigt pointé vers le sol, je lui ai dit : "là!". A ses pieds, il y avait Roxan. Là, Dorothée a hurlé un "Non!"...

Dorothée, c'est une personne qui m'a appris mon métier. Je suis devenu régisseur au Club Dorothée par hasard. Au moment où je suis arrivé, en septembre 1988, AB démarrait en autonome. Il y avait besoin d'un régisseur et je me suis trouvé là. En fin de compte, AB a été, pour tous les gens qui se trouvaient là à l'époque, une formidable école de terrain, parce qu'il y avait plein de postes à prendre.

Une journée en direct sur le plateau du Club Dorothée, c'est le genre d'exercice duquel on sort vidé. Pas fatigué, mais vidé. On se retrouvait avec certains à cinq heures et demi du matin dans un café à côté. On arrivait la gueule dans le cul parce que, la veille, la répétition s'était terminée à vingt-deux heures. On parlait un peu. A six heures, on intégrait le plateau, on commençait à ouvrir et Dorothée arrivait. On commençait à sept heures. Et le soir, on se retrouvait dans le même café, mais on ne décrochait pas un mot. On se donnait. Il y avait une tension qu'on ne retrouve pas dans des enregistrements qui permettent de couper, de reprendre... Et Dorothée  avait régulièrement une espèce de trac, parce que c'était du direct et qu'elle était devant la caméra. Elle avait la pression et elle avait besoin de repères : moi sur le plateau, Moise qui gérait les accessoires et amenait ce qu'il fallait et Fabienne qui s'occupait de son gros plan.

Dorothée avait confiance en chacun. Si nous n'étions plus à portée de son regard, même pour prendre une pause dans le couloir, elle voulait savoir où nous étions. Mais c'est normal, quand on porte une émission comme cela."

Extrait de "Dorothée : Merci pour la récré" - Editions de la Lagune - 2008


Christian Puech - Technicien audiovisuel

Christian Puech, technicien au « Club Dorothée », se remémore quelques anecdotes sur les coulisses de l’émission.


"Dorothée, même si elle n’était pas aussi impliquée dans la création que son titre chez TF1 le laissait croire, se rendait aux réunions de l’unité jeunesse de TF1, dont elle était responsable. Je sais par d’autre gens, comme Dominique Cantien, qui étaient aux réunions de divertissement que Dorothée était quelqu’un qui discutait et faisait très attention aux programmes qu’elle diffusait. Elle avait très vexée de l’histoire Ségolène Royal. Parce que je sais qu’il y avait un comité de visionnage et des gens regardaient tout ce qui était lié aux enfants. Quand on faisait les conducteurs, on se demandait pourquoi un épisode de dix-huit minutes, soudain, ne durait que quatorze minutes. Ils coupaient carrément, sans remonter l’épisode.

Dans « Dorothée Matin », dans le petit studio d’AB, il y avait tous les animateurs autour de la table et c’était juste des lancements de dessins animés pratiquement. Chaque dessin animé durant environ vingt minutes, pendant les pauses, tout le monde se barrait de la table, allait fumer sa clope, lire son journal, prendre un café… sauf une : Dorothée. Elle était toujours assise à sa place, à sa table, en train de regarder ce qu’elle allait faire après, à étudier son planning de l’après-midi.

Une année, elle a refusé des poupées Dorothée. Jean Luc était assez mécontent. Elle avait un truc pour elle, c’est qu’elle avait conscience des autres. Elle avait dit à Jean Luc : « Ils achètent des disques. Ils vont sur la tournée ou il y a du merchandising. C’est bon, ça va. On n’a pas besoin de plus. ». Elle culpabilisait, à mon avis, à l’idée qu’on puisse l’accuser de se servir des enfants pour faire de l’argent. Je me rappelle qu’il y avait plein d’entreprises qui envoyaient des prototypes de produits dérivés, à chaque fois, elle disait non. Le parfum Dorothée aussi, elle a refusé.

Un mercredi matin, pendant les fêtes de Noël, alors que nous avions habituellement une heure pour déjeuner, l’équipe technique n’avait, cette fois, qu’une vingtaine de minutes pour déjeuner. Jean Luc disait que ce n’était pas grave, mais toute l’équipe râlait un peu. Dorothée avait gueulé et avait décidé de préparer, elle-même, de la bouffe pour tout le monde. Elle nous a préparé une soupe de potirons qu’elle avait cuisinée chez elle et est restée manger avec nous. Elle était très solidaire de ses équipes.

Je me souviens que Dorothée était mécontente quand il y avait un artiste d’une sitcom qui arrivait en retard d’une demi-heure sur le plateau du « Club Dorothée ». Elle ne trouvait pas ça pro et le lui faisait savoir. Elle a un franc parler et elle n’est pas dans la douceur. Les gens la craignaient un peu à cause de ça.

Quand Manuela est venu chanter sa chanson « Et ce téléphone qui ne sonne pas » sur le plateau, la mélodie était exactement la même que la chanson « Folle de vous » de Dorothée, sur un rythme plus lent. Les paroles étaient différentes, mais la musique était vraiment identique. Manuela avait dû répéter à l'heure du déjeuner durant laquelle Dorothée n'était pas présente. Pendant que Manuela chantait, Dorothée est venue s'asseoir à côté de moi. On écoutait la chanson quand, tout à coup, j'ai vu Dorothée qui s'énervait et m'a lancé: "Mais c'est ma chanson ça! Mais tu as vu? C'est exactement la même chanson. Ce n’est pas vrai..."

Elle était très énervée et elle a pris son téléphone pour appeler Jean Luc Azoulay. Elle l'a pourri. Elle savait crier, quand il le fallait. Elle n'était pas toujours d'accord avec lui et lui faisait savoir. Mais, d'une façon générale, Dorothée se laissait complètement diriger. C'est la première fois que je la voyais vraiment furieuse, mais elle a pris l'antenne comme si de rien n'était et elle n'a fait aucune réflexion à Manuela. Elle a réglé son problème avec Jean Luc"


Extrait de "Dorothée : Merci pour la récré" - Editions de la Lagune - 2008