Témoignages - Page 3
- Antonia Siliberti - Coiffeuse
- Nicolas Bienvenu - Comédien
- Bernard Mouillon - Photographe
- Rozenn Krebel - Photographe
- Guy Barriol – IllustrateurJean-Luc Maciula - Maquettiste
- Michel Jourdan - Parolier
- Jean-Jacques Goldman - Chanteur
- Nine Culliford - Illustratrice
- Bernard Denimal - Chanteur
- Jean-luc Azoulay - Producteur
- Ségolène Royal – Politique
Antonia Siliberti - Coiffeuse

Antonia Siliberti, l’ancienne coiffeuse de Madame Peyo sur Bruxelles, est débauchée par Dorothée au début des années 90. Elle se souvient de son arrivée à Paris.
« Madame Peyo, qui était l’une de mes clientes, a dit à Dorothée : « Appelez ma coiffeuse » C’est ce qu’elle a fait et je suis allée la coiffer pour son concert. Avec Dorothée, ça s’est très bien passé. J’ai rencontré Jean Luc Azoulay qui m’a débauché en me proposant de venir à Paris pour m’occuper de Dorothée. Je dis toujours ça à mes amis : je suis arrivé à Paris grâce aux Schtroumpfs !
Que ce soit avec Do, Pat le Guen ou Azoulay, le fait que je sois venue de Bruxelles et que j’arrivais à Paris faisait un peu de moi la pette protégée de qui on s’occupe pour ne pas qu’elle se perde dans Paris. C’est vrai que, même quand Dorothée bossait et que moi je ne bossais pas parce qu’elle était en interview ou en post-synchro, elle me disait « Va te balader avec maman. Elle connaît bien Paris » Sa maman me faisait visiter et découvrir la capitale française. Je l’ai bien connue.
Pendant quatre ans, Dorothée et moi étions tout le temps ensemble, on travaillait tout le temps, et beaucoup. Pendant tous les voyages, je l’ai accompagnée quasiment de 1992 1996, pendant tous ses concerts, pendant toutes les émissions. Il n’y en pas une où je n’étais pas là.
En quatre ans, je n’ai pas eu un mot plus haut que l’autre avec elle. C‘est un bonheur, en fait, de travailler avec elle. Ce qui est génial, avec Dorothée, c’est qu’elle est entière. Soit elle aime bien, soit elle n’aime pas. Mais ce qu’elle n’aime surtout pas, ce sont les gens qui lui cirent les pompes, surtout à l’époque, qui vont dire « oui, oui… ce que tu portes c’est magnifique », alors que ça lui va comme un sac. Parfois elle arrivait dans la loge et je lui disais « Mais qu’est-ce que c’est que ce truc que tu portes ? C’est moche. Ca ne te va pas du tout » Elle adorait ça. Du coup, elle me demandait aussi mon avis sur les fringues qu’elle portait. Elle a toujours bien aimé ma franchise et elle aime bien les gens qui sont professionnelles. Elle aime les gens courageux et travailleurs. Elle n’apprécie pas, par contre, les gens qui se plaignent tout le temps, ça la gonfle. Mais quand elle doit en supporter, elle les supporte. Elle a travaillé avec certain autour d’elle, mais elle ne le disait pas et encaissait.
Le premier voyage que j’ai fait avec Dorothée, c’était La Guyane. C’est l’un des concerts que j’ai préféré. On était dans une salle où je devais laver les cheveux de Dorothée au tuyau d’arrosage dans le jardin, à l’eau froide. Elle ne se plaignait pas, ne disait rien et le faisait alors que d’autres auraient fait un scandale.
Ce soir-là, elle jouait dans une salle où les sièges étaient en bois. Tous les enfants se sont mis à frapper sur les sièges en même temps et ça faisait une sorte de percussion absolument magnifique. J’ai adoré cette première tournée avec elle, parce que je n’avais jamais voyagé dans ces endroits-là.
Le plus sympa, c’est quand on partait à l’extérieur, pour les tournages. C’était vraiment cool. A chaque fois, on arrivait et je déposais ses fringues sur le lit. Je préparais toutes ses petites affaires. En fait, je n’avais pas grand-chose comme boulot. Je l’appelais le matin et je lui disais « Dorothée, je fais tes cheveux ? » et elle répondait « Oh non. Va nager, te balader, te reposer. Je me fais une queue de cheval. » Et elle me disait « Pour ma suite, si tu veux la partager, pas de problème. Profites-en. Il y a les clés à la réception.
Quand on allait dans les îles, elle me disait « Tu t’es mis de la crème ? Non tu n’as pas mis de crème, aller je vais t’en mettre ». Il y en a d’autres qui veulent toujours qu’on s’occupe d’eux, qui sont très possessifs, vous prennent beaucoup d’énergie, vous parlent mal et ne vous laissent pas respirer…. Dorothée n’était pas comme ça. Elle ne m’étouffait pas.
Avant de monter sur scène, elle était morte de trouille. Je pense qu’elle y a pris goût mais à chaque fois, c’était une épreuve. A chaque concert, elle flippait de la même manière. Il n’y a pas une seule fois où je l’ai vue détendue avant de monter sur scène. Elle était sous tension. Mais je crois que pas mal d’artistes sont comme ça. Après, évidemment, elle était contente de l’avoir fait. Elle avait ce soulagement. Ouf, c’était fini. Elle y était arrivée et elle était fière d’elle parce qu’elle était arrivée à surmonter sa peur.
Un truc lui est arrivé et l’a vraiment fait flipper pendant la série de concerts de Bercy en 1992, c’est lorsque cette éléphante est montée sur scène, elle a reculé alors que Dorothée était derrière, coincée entre un mur et elle. Elle a failli l’écraser et Dorothée a bien cru y rester. Malgré tout, elle est remontée sur scène. A l’époque, je ne faisais pas partie de l’équipe mais do me l’a raconté…
En arrivant, quand on rentrait dans sa loge, je préparais son maquillage, que j’étalais devant elle et je savais qu’à ce moment-là, il ne fallait pas lui parler. Je lui faisais son petit shampoing, les cheveux, je préparais toute sa loge avec tout ce qu’il fallait à l’intérieur, et je ressortais sans faire de bruit. Alors, je la laissais tranquille et elle se maquillait toute seule parce qu’elle aimait ça.
Avant de monter sur scène, ou avant d’aller sur le plateau, il y avait un truc qu’elle faisait tout le temps, c’était s’asperger de son eau de toilette. Je l’ai encore dans le nez, son parfum. A Paris, c’était plutôt « Eau » de rochas et, en tournée, surtout quand c’était dans un pays chaud, c’était l’eau dynamisante de Clarius. C’était vraiment ses trucs
Plus tard, avec son habilleuse, on venait l’aider à s’habiller avant de lui lancer un gros « good luck » et de lui laisser un dernier moment de tranquillité. Avant les concerts, on ne se parlait quasiment pas. Il y avait un vrai silence. Elle était trop nerveuse. Elle ne pouvait pas se déconcentrer. Juste avant d’entrer en scène, elle allait voir ses musiciens et ses choristes.
Lorsque l’on était en tournée, après le show, elle venait toujours voir les gens pour les remercier, passait dans les loges de chacun pour savoir si tout allait bien, si personne ne manquait de rien. Alors qu’elle signait volontiers des autographes, il y a parfois des parents qui étaient vraiment violents avec elle, qui la poussaient. Je me souviens un jour, qu’une femme lui a carrément tiré les cheveux pour la faire venir signer un autographe pour sa fille. Les gens la bousculaient, alors que ce n’était pas une armoire à glace. Il y a une fois où elle s’est sentie un peu oppressée. Elle m’a dit que les enfants étaient toujours sympa, mais que c’étaient les parents qui l’agressaient.
Le concert terminé, elle m’offrait des fleurs, quand elle en avait trop, ou des boîtes de chocolat puis on faisait la fête, au restaurant. Avec Dorothée, on rigolait, à table. Elle, elle mangeait peu. Comme la télé grossit, il fallait garder la ligne mais, de toute façon, comme elle n’arrêtait pas de bosser, elle n’arrivait pas à manger. Elle grignotait comme une petite souris. Je lui préparais des assiettes avec un tout petit bout de chaque chose. Je savais ce qu’elle aimait, ce qu’elle n’aimait pas, sa manière de manger… Ce n’était pas la peine de lui servir une énorme assiette, juste des petits bouts de choses différentes.
Elle aimait faire la cuisine. Je sais qu’elle adore les jus de mandarine pressées. Elle adore également le café. En fait, Dorothée n’est pas très difficile, mais c’est juste dans l’ambiance « Menu dégustation »… Je n’ai jamais vu Dorothée se prendre une grosse entrée, un gros plat et un gros dessert. Elle aimait bien le fromage et n’était pas trop friande de nourriture sucrée A un moment donné, elle avait une passion pour les crumbles, mais en fait elle aimait surtout les faire et pas trop en manger.
Avec moi, elle a toujours été gentille, toujours aux petits soins Il n’y a pas très longtemps, je suis allé chez elle pour m’occuper de sa couleur Et elle m’a dit qu’il y avait toujours mon petit « Coca zéro » dans le frigo, comme chaque fois qu’elle sait que je viens. Elle prépare des toasts à grignoter, des petits gâteaux… C’est une vraie petite maman en fait ! »
Extrait de "Dorothée : Merci pour la récré" - Editions de la Lagune - 2008
Nicolas Bienvenu - Comédien

Nicolas Bienvenu est comédien. Il se souvient de son passage chez AB Productions, du « Club Dorothée », des tournées avec Dorothée…
"La façon de se protéger de Dorothée, c’est d’être entourée d’un petit comité de personnes qui s’occupent de tout. Il y avait quelqu'un qui allait la chercher le matin pour venir tourner, qui la ramenait le soir. Elle était complètement prise en charge par AB Productions. Les gens étaient à sa disposition...
Moi, depuis, je n’ai jamais retrouvé d’équipe aussi carrée que chez AB Productions. C’était incroyable. C’était une machine de guerre en termes d’efficacité, composée de gens sympathiques, extrêmement motivés, professionnels et vraiment, rien que pour ça, c’était agréable d’y travailler. Il y avait tout ce qu’il faut pour que ça dépote et que ça fonctionne réellement. C’est un point important… Dorothée était, certes, dans un cocon professionnel. Mais elle avait quand même la pression. Si ça n’avait plus fonctionné, on aurait alors considéré que c’était Dorothée qui ne marchait plus, et non AB.
Dorothée a une personnalité tellement à part que l’on y adhère ou pas. Si oui, on pardonne des détails, justement. Par exemple, Do n’est pas quelqu’un d’extrêmement expressif et cela ne peut pas plaire à tout le monde. <d’ailleurs, si vous regardez toutes les interviews qu’elle a faits, celles-ci sont toujours pleines de réponses très courtes. Mais on y trouve plein de sensibilité. Dorothée est capable de vous dire, quand vous lui rappelez un souvenir fort de sa vie : « ah non, je ne veux pas le voir. Je ne veux pas en entendre parler… » Elle va être très dure, parce que, si elle le voit, elle va avoir les larmes aux yeux. Il est difficile de dire du mal de Dorothée, dans la mesure où peu la connaisse vraiment, même après avoir eu une vrai rencontre avec elle.
On lui reprochait d’abrutir les enfants avec des séries japonaises. Vous avez vu ce qu’il y a aujourd’hui ? Maintenant on tape plutôt dans les séries, où il y a moins de violence, mais où il y a un attrait pour la sexualité qui est beaucoup plus présent, et qui prend d’autres proportions que Albator ou Goldorak. Tout ça, pour moi, c’était encore une façon de dire : « ça marche, donc on va attaquer ». Dorothée ne prenait pas les enfants pour des abrutis. <elle est extrêmement sincère. D’ailleurs, je crois que c’est ce qui paie. Les enfants ne sont pas des imbéciles. Ils sont instinctifs et ressentent les choses. Le concept qui avait été trouvé marchait très bien, Et, comme ça fonctionnait, il y avait des journalistes en mal de ventes qui se sont fait plaisir…
Dorothée ne prêtait pas attention à tout ce qui se disait à l’extérieur. Elle entendait, mais elle ne relevait pas.
Les tournées, c’était un rythme effréné. Dorothée jouait le soir dans une ville. Ensuite, nous dormions dans un hôtel juste après le spectacle après avoir mangé et nous être couchés tard. Le lendemain matin, c’était reparti en bus dans une autre ville. Et parfois, même, nous enchaînions juste après le concert. S’il n’y avait pas d’hôtel, ou s’il y avait une distance pas trop importante, nous repartions directement pour aller prendre un hôtel dans la ville suivante, où avait lieu le spectacle du lendemain. C’est speed et éprouvant. Pendant ces tournées, Dorothée avait toujours un mot sympa pour tout le monde. Toujours ses petites vannes à droite, à gauche, pour mettre un peu de piment. Mais elle n’avait pas un positionnement de taulière, pour autant. Elle était également très proche de ses choristes, les fléchettes, notamment Francine qui est très bien, tout comme Martine, qui, elle, est, un personnage plus réservé. Le truc particulier, c’est que nous vivions alors totalement déconnectés de la réalité, en autarcie. Là, nous étions une vraie bande, une vraie famille. Pour le coup, nous concentrions tous notre énergie pour la même chose : le spectacle du soir. L’envie de chacun faisait que, dès qu’il y en avait un qui était un peu fatigué ou qui ne se sentait pas au top, tout le monde s’occupait de lui. Nous étions une vraie famille, une caravane, un esprit de troupe et de troubadours. Le rythme était très dense mais, en même temps, quand ça s’est arrêté, chacun de nous a été triste de ne plus faire partie de cette famille. C’était très particulier.
Dorothée est un peu un personnage intouchable. Elle était vraiment entourée d’une petite équipe très proche, qui faisait tampon avec les autres. Il y avait évidemment jean Luc Azoulay, Pat Le Guen et puis Jean Bigot. Mais c’est normal. Elle ne pouvait pas être disponible pour tout le monde non plus. En revanche, quand on peut partager un moment d’humanité, Dorothée est pleine d’humanité. Autrement, elle ne se serait jamais livrée à moi. Elle a senti qu’elle pouvait avoir confiance et c’est pour ça qu’on a eu cette discussion au Japon, qui m’a marqué parce qu’on se connaissait depuis peu de temps, finalement. Je pense qu’elle est sensible et qu’elle sait à qui elle peut accorder son estime. De sa vie privée, rien ne filtre. Ses proches, Jean Bigot et Pat Le Guen, ne décrocheraient pas un mot là-dessus. On ne peut pas accéder à ce genre d’informations.
Je me souviens que nous avions fait un tour du monde avec Dorothée pour les tournages. Nous sommes partis ensemble, ce qui a été pour moi l’occasion de faire connaissance avec la personne humaine, cachée derrière Dorothée l’animatrice. J’ai découvert quelqu’un qui est d’une très grande sensibilité, qui parle par des petites phrases qui percutent souvent. Dorothée est un personnage qui ne s’étale pas, qui a beaucoup de pudeur. Un soir on avait dîné avec Jean Luc, Pat Le Guen et Ariane, et Do est venu taper à ma chambre. Elle m’a dit : « Ça va ? Je peux venir boire un verre dans ta chambre ? » J’ai accepté, avec plaisir. Et j’ai parlé avec elle, longuement. Ce qui démontre qu’elle n’était pas un personnage hautain, sinon elle ne se serait pas mélangée avec le « petit personnel » et n’aurait pas parlé avec un coiffeur. Ça a été très touchant, cette soirée, parce qu’elle s’était un peu livrée, sur sa vie, sur ce qu’elle envisageait pour l’après… Ça m’a beaucoup touché. Je pense que j’ai eu, à ce moment-là, une vrai relation particulière avec elle, très proche et, depuis, j’ai un vrai profond respect pour cette femme.
Je me souviens que Dorothée cultivait bien le grinçant. C’est-à-dire qu’elle balançait une vanne et, libre à celui qui la prenait, de savoir si c’était de l’humour ou si c’était sincère. Ça, c’était son truc assez quotidien. Moi, elle me regardait avec des yeux pour dire « Je t’aime » et elle me disait : « Je ne peux pas te blairer. T’es qu’un con ». C’est pour ça je vous dis qu’on adhère à sa personnalité ou pas. Dorothée ne dira pas, comme ça « Je t’aime bien, T’es sympa » Ou, alors, elle ne va rien vous dire et vous faire un petit truc sur la joue, vous caresser la tête en passant, ou juste vous faire un clin d’œil. Avec ça, vous pouvez comprendre qu’elle a une bonne estime de vous.
J’ai recroisé Dorothée plusieurs fois par la suite, elle avait vu une pièce de dans laquelle j’avais joué. Plus tard, quand je suis devenu comédien et auteur dans DKTV, une émission pour enfants sur France 2, on s’est rencontrés chez un ami. C’était peu de temps après que ça se fut arrêté pour elle. Alors que je faisais de l’antenne, elle m’a dit : « Oui… j’ai vu le truc. Bon, j’ai vu un sketch. Pas terrible, hein ! » Je me suis dit que c’était de la provocation de Dorothée, car c’est comme ça qu’elle communique. En même temps, je me suis dit que ça voulait dire : « Je souffre. Je ne suis pas jalouse de toi, évidemment, mais je souffre ». Je pense que c’est difficile, quand on a bossé autant de temps, comme ça, à la télévision et dans ce type d’émissions, avec ce parcours incroyable et que, d’un coup, ça s’arrête. Que faire après ? C’est juste humain. On n’est pas vraiment au contact de ce genre de personnalité atypique. Ne serait-ce que parce qu’elle a consacré sa vie à un tel métier et qu’elle a sans cesse été entourée de gens, ça n’a pas dû être évident de se retrouver toute seule. Même si je ne suis pas assez intime avec elle pour savoir ce qu’elle ressentait, malgré tout, je peux le deviner..."
Extrait de "Dorothée : Merci pour la récré" - Editions de la Lagune - 2008
Bernard Mouillon - Photographe
Bernard Mouillon a photographié bon nombre de stars dont l’écurie des comédiens AB et bien sûr Dorothée. Il écrit, en 2011, « Nos idoles » dont voici un extrait.
"Je suis triste... SALUT a été vendu, Florent et Jeanne sont partis plusieurs mois pour enregistrer leurs nouveaux albums et ma chère Andréa part s'occuper de Dorothée magazine chez AB productions. Elle me demande de la suivre. Hors de question ! J'écoute Billy IDOL à longueur de journée, alors les chanteurs pour enfants, j'ai passé l'âge. Elle me relance quelques jours plus tard en me suppliant de lui rendre un service: partir une semaine au Maroc avec DOROTHEE et ses 3 joyeux compagnons. - "Ça te fera des vacances, et si au retour, tu ne veux toujours pas, je n'insisterai pas". Je ne peux vraiment pas lui refuser, elle m'a appris mon métier.... Je pars donc avec toute l'équipe, et Jean- Luc Azoulay, le producteur. Dès l'aéroport, ce dernier me fait mourir de rire et pendant toute la semaine, il m'enchantera avec son humour et ses blagues. DOROTHEE est charmante et tous les 4 me facilitent le travail, ne refusant jamais une photo. Je passe une très bonne semaine. De retour à Paris, Andréa qui sait qu'il va encore falloir me convaincre, me demande avec son petit sourire malicieux d'aller faire un tour dans les couloirs des studios... Elle me connaît bien, et elle sait pertinemment ce qui va se passer. Je tombe nez à nez avec Christophe RIPPERT, puis Fabien REMBLIER, Camille RAYMOND et une ribambelle de jeunes plus beaux les uns que les autres. Il n'en faut pas plus pour le photographe que je suis... J'ai envie de tous les photographier. Andréa m'explique que Jean-Luc prépare une série pour adolescents et qu'il y aura beaucoup de prises de vues à effectuer. Elle a gagné, je reste ! Je ferai découvrir les USA à Christophe RIPPERT et Fabien REMBLIER m'apprendra à me servir d'un ordinateur. Quelques mois plus tard, je remarque un figurant particulièrement beau. Je lui demande s'il aimerait faire des photos pour des magazines et je lui propose de m'accompagner déjeuner au restaurant pour en parler. Une comédienne se joint à nous et pendant tout le repas, il nous dit, qu'un jour il sera chanteur et qu'il fera Bercy. Il est tellement sûr de lui que ça nous fait bien rire... Trois jour plus tard, Ariane me demande si je ne connais pas un beau garçon qui sait chanter; je lui donne le téléphone du jeune figurant et quinze jours plus tard, Anthony Dupray fera effectivement la première partie d'HELENE à BERCY... et enregistrera son premier disque...
Dans l'immense bâtiment d'AB productions, il y a un studio d'enregistrement de disques, plusieurs plateaux de tournages, y compris celui du célèbre JACKY SHOW et des endroits où plusieurs personnes construisent les décors des futurs tournages. Des menuisiers et des peintres travaillent jour et nuit. J'ai remarqué, depuis plusieurs jours, un garçon couvert de peinture avec un visage d'ange et des cheveux très longs. J'ai beau le harceler pour qu'il accepte de faire des photos, il ne veut pas en entendre parler. Je suis déçu et je dis à tout le monde, du casting à Jean-Luc Azoulay, qu'à la déco, il y a une bombe... Qu'elle ne fut pas ma surprise plusieurs mois plus tard en assistant au tournage du tout premier épisode d'HELENE ET LES GARCONS, de voir parmi les rôles principaux, Philippe VASSEUR la bombe de la déco... Mais celui qui retient toute mon attention et qui fait l'unanimité pour son jeu d'acteur, c'est incontestablement Sébastien ROCH. Etienne et Cathy décident de quitter l'aventure... Un mercredi, le club DOROTHEE reçoit une chorale. Tout en haut, caché derrière tous les chanteurs, un jeune homme se démarque. Tout le monde sur le plateau l'a remarqué. Je vais donc le voir à la fin de l'émission pour lui dire que j'adorerai le photographier. Il me dit qu'il n'est pas intéressé, qu'il est comédien. Je veux absolument une photo. Je lui propose donc de lui en faire une tout de suite pour la donner au casting. Il accepte et remplacera Etienne une semaine plus tard. Quelques jours plus tard, Sébastien COURIVAUD sera au centre de la folie à Cannes et me dira ironiquement tout au long la journée : « Bernard, tout ça c'est à cause de toi ».
JUIN 1993, Sébastien ROCH est le chouchou des jeunes filles, mais il ne se rend pas encore compte à quel point! Il va en faire la douloureuse expérience. Nous partons à 8 heures du matin en TGV pour Lyon où il est invité par une radio. Dix minutes avant l'arrivée, il me demande: "Tu crois qu'il va y avoir quelques filles à la gare? Et s'il n'y a personne à la radio?". Je suis comme lui, incapable de répondre à cette question...
Le train commence son entrée en gare. Le wagon de première classe où nous nous trouvons est presque vide, juste trois hommes d'affaires... Au fur et à mesure que le TGV avance on perçoit des cris stridents qui augmentent de plus en plus, avant de découvrir que le quai est noir de gamines hystériques sur toute sa longueur. Sébastien a la réponse. Il semble tétanisé. Les portes s'ouvrent, les hommes d'affaires essayent de descendre tant bien que mal. Sébastien met des lunettes noires en pensant, qu'elles ne le reconnaîtront pas. Si lui a compris la dangerosité de la situation, moi pas du tout. Tout à coup, une fille devant la porte l'aperçoit et se met à hurler de plus belle. Tout le quai se presse vers l'endroit d'où vient le cri, dans une dramatique bousculade. Sébastien complètement paniqué, prend ses jambes à son cou et traverse à toute vitesse trois rames pour descendre juste au niveau d'un escalier. Les policiers et les voyageurs présents dans la gare sont médusés de voir ces hordes de filles hurlantes courir après un garçon... Il voit une porte, l'ouvre et s'y engouffre en espérant pouvoir la refermer derrière lui. C'est une petite pièce, avec un guichet vitré et derrière celui- ci, un homme. En une minute la pièce est pleine, les filles se jettent sur Sébastien, l'embrassent, l'étranglent... J'ai réussi à le rejoindre, je ne sais toujours pas comment... On est tellement compressés, qu'on ne peut plus faire le moindre mouvement. Des filles commencent à se sentir mal. Le guichetier derrière sa vitre ne bronche pas, ne se demande même pas ce qu'il se passe et continue ses comptes, comme s'il ne voyait et n'entendait rien. Des filles commencent à pleurer et à suffoquer. On a beau supplier l'homme d'ouvrir la seconde porte, rien n'y fait, il fait le sourd. Sébastien, furieux, se met à hurler : "Non-assistance à personne en danger, vous savez ce que ça va vous coûter?". Finalement, la porte contre laquelle Sébastien est coincé s'ouvre, et des pompiers nous évacuent par un grand couloir dans une autre pièce. Le lendemain, nous partons à Bordeaux, pour une séance dédicace au Virgin mégastore. Un service d'ordre impressionnant a été prévu, augmenté au fil des heures par la direction, devant l'affluence phénoménale des jeunes filles qui ne cessent d'arriver, s'ajoutant à celles déjà arrivées la veille au soir. Nous sommes rentrés par une petite porte derrière le bâtiment et conduits dans une petite salle, où il n'y a qu'une centaine de personnes derrière des barrières. Si je suis un peu déçu, Sébastien lui est plutôt rassuré. Mais je me demande comment ces 100 gamines peuvent faire autant de bruit. Un responsable enlève un paravent, et nous découvrons sidérés, les cinq étages du magasin, noirs de monde.... Le magasin sera dévasté, pillé et tous les Virgin de France qui avaient prévu de le recevoir annuleront leurs dédicaces."
Rozenn Krebel - Photographe

Il y a vingt-cinq ans, le Club Dorothée disparaissait des écrans de télévision. Rozenn Krebel, photographe à Dijon, captait à l’époque toutes les images de l’émission culte et de sa non moins célèbre animatrice Dorothée. Pour nous, elle revient sur cette expérience fondatrice dans sa carrière.
La plaine Saint-Denis en 1992, Rozenn Krebel est encore étudiante quand pour la première fois, elle pousse les portes d'AB Productions et du Club Dorothée. Passionnée de photographie, la jeune femme s'apprête à entamer une semaine d'essai pour le Club Dorothée. "Je connaissais Emmanuelle, une chanteuse là-bas. Elle m'a dit qu'AB Productions cherchait une photographe. Alors, je suis venue avec un CV et mes clichés." Au terme de cette mise en situation improvisée, la jeune femme séduit par son sens de l'observation et ses diapositives. A tout juste 21 ans, elle devient la photographe officielle de l'émission et de la célèbre animatrice, chanteuse et comédienne Dorothée.
"C'était un job de rêve", se remémore-t-elle avec nostalgie. "Je la suivais partout. C'était à l'époque où les sitcoms émergeaient avec Hélène et les garçons, Les filles d'à côté... Je faisais de la photo de plateaux, pour les magazines et aussi des pochettes de disques."
"J'appréciais beaucoup Dorothée"
Equipée de son Konica Minolta, Rozenn a su faire sa place. Une adaptation express facilitée par la personnalité de Dorothée, bien loin du strass et des paillettes. "C'est une personne extrêmement respectueuse. Je me suis présentée et le lendemain, elle connaissait déjà mon prénom. Elle bous considérait vraiment avec l'équipe."
Au fur et à mesure, une complicité prend forme entre elles, perceptible au quotidien dans le travail. "Je ne la voyais jamais en dehors, mais j'appréciais énormément Dorothée. Elle acceptait toujours de poser pour moi, même après des journées de douze heures, où elle tournait beaucoup."
A l'époque, les réseaux sociaux n'existaient pas, les clichés de Rozenn représentent un "bien rare". "Je travaillais avec un argentique. Le soir, je déposais mes clichés au labo. Parfois, la nuit, je m'endormais pas car je ne pouvais pas savoir ce que ça allait donner. Mes photos avaient une grande importance."
Parfois, la pression a été grande pour la jeune photographe. "Je tremblais comme une feuille. J'avais vraiment le trac."
Compréhensible, surtout quand on est amené à côtoyer des icônes de la chanson comme Ray Charles et Chuck Berry.
"Pour Noël, à chaque fois des stars venaient se produire au Dorothée Rock'n'roll show." Des rencontres aussi impressionnantes qu'excitantes professionnellement. "J'étais une vraie privilégiée. Je me suis retrouvée dans les loges avec des personnes inaccessibles."
La fin de l'émission
Cinq ans après l'arrivée de Rozenn, le Club Dorothée disparaît des écrans de télévision, laissant orphelins des millions de fans. Son émotion est palpable. "Je n'ai jamais revu Dorothée", regrette-t-elle. "Je pense que je serais restée longtemps si ça avait continué."
Aujourd'hui photographe pour Côte d'Or tourisme, à 51 ans, elle savoure son métier différemment. "Le boulot me paraît plus tranquille, je prends plus de hauteur."
Joris LE GAL - Le Bien Public
Guy Barriol – Illustrateur
Jean-Luc Maciula - Maquettiste
Il existe pas moins de trois pochettes différentes pour le 45T de "Les neiges de l'Himalaya". Guy Bariol, l'illustrateur du disque se souvient :
"J’avais réalisé un premier jet de l’illustration. Au moment de la mise en page du 45 tours, chez AB, ils ont posé la photo de Dorothée sur mon dessin, et le volcan arrivait… juste derrière les fesses de Dorothée ! Il y a eu quelques rires… Alors, pour sortir le 45 tours, je crois qu’ils ont utilisé deux bouts de l’illustration où le volcan n’apparaissait pas. Pour l’album, j’ai dû refaire mon illustration en changeant la place du volcan ! Ils ont sans doute voulu réutiliser ce visuel final pour faire un deuxième 45 Tours… J’ai fait plusieurs versions de l’illustration finale, avec le volcan, sans le volcan…"
Quant à la troisième pochette, on y retrouve le titre "Le collège des coeurs brisés"
Jean-Luc Maciula, maquettiste chez AB Productions, affirme que "Jean-Luc Azoulay a voulu faire comme les 45 tours dans les années 60, avec les deux titres qui apparaissent sur la pochette".
Au final "Le collège des coeurs brisés" a lui aussi eu le droit à son propre 45T! Comme quoi une face B peut aussi devenir un tube!
Chose amusante, le dernier extrait de l'album, "Où est le garçon?", a lui aussi eu le droit à deux pochettes différentes.
Michel Jourdan - Parolier

Michel Jourdan, célèbre auteur de chansons pour divers artistes, raconte son expérience avec Jean-Luc Azoulay puis Dorothée
"Je crois l’avoir rencontré par l’intermédiaire de mon épouse, Marie. Ils s’étaient vus dans un cocktail : elle m’a parlé de lui, de la connaissance qu’elle avait faite avec un certain Jean-Luc Azoulay. Il était en train d’essayer de trouver des artistes. Il demeurait dans un grand appartement complètement vide, au sixième étage d’un immeuble rue Pierre-Charron à Paris. Dans un bureau de l’appartement, il n’y avait que des fringues, féminines essentiellement. Il y avait Claude Berda qui s’occupait de faire rentrer de l’argent pour ce projet futur : il était déjà le commercial de cette équipe. Jean-Luc était l’artiste, le créateur, celui qui était chargé d’avoir des idées, de trouver des artistes. Ils étaient vraiment au point zéro ! Dorothée a été à la base vraiment essentielle de l’heureuse tournure de ce projet."
"Jean-Luc me dit : « J’ai envie de faire chanter Dorothée ». Elle était là. Elle se tourne vers moi : « Est-ce bien raisonnable ? » Ça a commencé comme ça ! Elle est entrée dans ce projet avec une certaine appréhension. Pour ne pas dire qu’elle avançait à reculons ! Voyant que Dorothée n’était pas très chaude à l’idée de chanter, d’être derrière un micro, Jean-Luc, intelligemment, réagissait de la manière la plus souple possible. « Bon, bah, non, n’en parlons plus… » Et il revenait à la charge les jours suivants, toujours aussi souriant, calme, détendu. Ils ont fait quelques essais en studio : là, Dorothée a eu l’occasion de découvrir sa voix chantée. Elle la connaissait déjà parlée avec la télévision et le cinéma, mais pas au niveau de la chanson. Jean-Luc Azoulay a su mettre Dorothée en confiance petit à petit."
"Je peux rendre grâce à la fidélité de Dorothée et de Jean-Luc Azoulay, qui n’ont pas fait un seul album dans toute la carrière de Dorothée sans qu’il y ait « la chanson de Michel » ! Jean-Luc a pris ce projet à bras le corps, il écrivait toutes les chansons avec Gérard Salesses et, avec Dorothée, ils ont fait une équipe qui a tapé dans la cible tellement fort et tellement souvent… C’était vraiment énorme."
"Dès notre première rencontre, nous parlons, Do et moi, de ses goûts et de ses préférences dans le domaine de la variété française. Le premier nom qui lui vient à l'esprit ? Marie Laforêt. Quelle heureuse coïncidence ! Je sens que nous sommes, elle et moi, faits pour nous entendre et pour travailler ensemble ; l'avenir nous le confirmera. Sur pratiquement tous ses albums figure, au fil des décennies, au moins un titre à Joujou, c'est ainsi qu'elle m'appelle affectueusement."
Une collaboration avec Charles Aznavour
En 1985, à l'occasion du nouvel album de Dorothée, "Allo allo monsieur l'ordinateur", Michel Jourdan et Charles Aznavour composent une balade spécialement pour la chanteuse : "Chagrin d'amitié"
Dorothée : " Je n'ai jamais rencontré Aznavour pour cette raison. Cela s'est fait à d'autres occasions, mais ce titre, c'est une surprise qui est arrivé par Michel Jourdan. Il est venu me voir en me disant qu'Aznavour avait écrit pour moi. J n'en revenais pas, je me suis même demandé si j'allai osé chanter. Ils l'ont faites en douce, dans mon dos, mais c'est un cadeau magnifique."
Charles Aznavour confiera à Michel Jourdan :
- "Maintenant que Dorothée interprète une de mes chansons, le plus petit de mes enfants me regarde avec d'autres yeux, d'une manière étonnamment admirative, à tel point que ma cote de popularité, auprès de lui, vient pour la première fois de marquer un bon point."
Le compositeur de "La Bohème" ajoute :
- "Ne vient-il pas d'annoncer, en plein cours de pâte à modeler, à ses petits camarades de la Maternelle : "Mon papa à moi, il vient de composer une chanson pour Dorothée" !"
LES CHANSONS DE MICHEL JOURDAN POUR DOROTHEE :
Une fille qu'est-ce que c'est, Dorothée au lait, La chanson des animaux, Mon amour je t'aime, Chante-nous, Dorothée rock ‘n roll, Une petite larme de musique, Au pays des chansons, Viens t'amuser, Musique magique, La chanson des pieds, Ma p'tite chanson, Tchou Tchou le p'tit train, Candy je suis ton amie, Enfin Récré A2, Je veux qu'on m'aime, Ton chien est ton meilleur ami, Le Schtroumpf hoquet, Un ami va partir, Le pique-nique, Ça compte aussi la gentillesse, J'suis pas comme les autres, Chagrin d'amitié, Dès que l'on rend quelqu'un heureux, Le rock ‘n roll est de retour, Lady Jane, Des ailes à mes souliers, En écoutant pleurer le vent, Mon plus beau cadeau, Chou hibou genou caillou, Si j'ai menti, Mon p'tit gars, La petite fille, L'étranger, Sept ans et demi.
Jean-Jacques Goldman - Chanteur

Jean-Jacques Goldman confie sa réflexion sur le « phénomène Dorothée »
"Depuis que je suis dans ce métier, je n'ai jamais vu une maison de disques avoir la moindre idée de fond, je n'ai jamais vu une maison de disques créer un artiste quel qu'il soit. On a l'impression que des chanteuses comme Dorothée ou Hélène ont été délibérément pensées. J'ai rencontré le responsable d’AB Productions, la boîte qui s'occupe de la tranche horaire des enfants sur TF1, et qui est maintenant une très grosse puissance. Ces gens-là n'ont jamais eu la moindre idée de ce qu'allait devenir le marché des enfants à la télévision ; ils l'ont pris, parce que personne n'en voulait, et n'ont jamais pensé qu'une tranche horaire quotidienne pour les enfants pouvait créer un marché fondamental du disque. Personne ne l'avait prévu. Ce que les maisons de disques faisaient, c'étaient des gens comme Anne Sylvestre. Mais personne n'a jamais pensé : "On va prendre quelqu'un qui va passer à la télévision tous les jours et qui va faire Bercy pendant un mois". Les maisons de disques n'avaient pas du tout prévu ces phénomènes, elles les ont seulement constatés et entérinés, puis engrangés. Les seules opérations dont sont capables les maisons de disques, ce sont des opérations comme la Lambada, Clayderman. (...)
Il y a eu cette date fondamentale dans l'histoire de la chanson française, quand Jerry Lee Lewis est venu chanter à Bercy avec Dorothée. Ça a beaucoup bouleversé les puristes ! Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, c'est difficile de dire qu'ils ne sont pas des rock'n'rollers. J'ai assisté à l'enregistrement d'une émission avec un duo entre Joe Cocker et Patricia Kaas. Je crois que ces choses-là sont en train de sombrer. C'est une chose qui n'existe qu'en France. Quand Julio Iglesias a décidé d'attaquer le marché américain - il faut faire là-bas avec des parrains -, il a contacté un Américain, une figure du country américain, Willie Nelson, il a contacté Stevie Wonder, ils ont fait des duos ensemble. Ça n'a posé aucun problème. Alors que chez nous, si Dorothée, qui a tous les moyens, qui peut obtenir Chuck Berry et Ray Charles éventuellement, parce que tous sont fascinés par sa voix, demande à Etienne Daho de chanter avec elle, quelle que soit la situation financière d'Etienne Daho, quelles que soient ses convictions, ça ne marchera pas. C'est un problème strictement français."
Nine Culliford - Illustratrice

Nine Culliford réalise les couleurs des bandes dessinées de son mari Pierre Culliford, célèbre dessinateur belge plus connu sous le nom de Peyo. Elle se souvient: « Messieurs Berda et Azoulay, ont contacté Peyo ». A l’époque, Nine et Pierre connaissent l’émission « Récré A2 », qu’il leur arrive de regarder à l’occasion, quand Peyo a le temps, et dont ils ont une image très positive. « C’est le journaliste et ami Jacques Pessis, qui a eu l’idée, avec AB, de prendre contact avec Peyo pour lui proposer de faire chanter le générique de Schtroumpfs par Dorothée » ajoute Nine.
La première rencontre avec Peyo et Nine se déroule à Forest National, grande scène bruxelloise. Le dessinateur belge et son épouse viennent pour l’applaudir et la rencontrer. Très rapidement, ils ont tous les trois un excellent contact et deviennent amis. Nine s’en souvient : « Elle était formidable, très sympathique, à l’écoute des autres et d’une grande simplicité. Peyo trouvait que Dorothée avait bien cerné les personnages et qu’elle avait une petite voix sympathique qui correspondait aux Schtroumpfs. Ils s’appréciaient mutuellement et se voyaient chaque fois que l’un ou l’autre était en déplacement à Bruxelles ou à Paris »
Bernard Denimal - Chanteur

Bernard Denimal, chanteur, se remémore les enregistrements des chansons des différents dessins animés du « Club Dorothée »
"J'en suis venu à enregistrer des disques pour AB Productions par le plus grand des hasards. J'avais un ami, Gérard Salesses qui travaillait depuis longtemps pour eux comme compositeur. Il m'a demandé un jour si je pouvais le dépanner car ils étaient en manque d'interprètes. J'ai accepté sa proposition et je me suis lancé un temps dans le disque pour enfants. Comme vous vous en doutez les enregistrements se passaient très vite. On enregistrait des après-midi entiers plusieurs chansons de dessins animés pour les besoins du « Club Dorothée » ou pour illustrer leurs nombreux produits dérivés (comme les cassettes audio de chansons). Gérard composait les morceaux au synthé et moi je n'avais plus qu'à coller ma voix sur les chansons. C'est vrai qu'on a fait pas mal : Aralé, Panthéra,... Je ne les ai pas ré-écoutées depuis mais je sais qu'elles n'étaient pas terribles... Je n'avais pas trop le droit de regard sur ça. Par contre, j'ai eu l'occasion quelquefois d'écrire des textes dans le feu de l'action à la place de Jean Luc Azoulay. En effet, il fallait livrer plusieurs chansons et l'on était sacrément en retard. Je garde un souvenir particulier pour le générique de Ken le survivant. C'était le plus remuant, le plus rythmé. J'ai appris par la suite que ce dessin animé avait fait scandale par sa violence. On ne nous mettait pas au courant chez AB Productions. Je n'ai pas souvent été mentionné sur les disques ou cassettes mais ce n'est pas une gloire que je recherchais. Si les producteurs m'ont parfois cité, c'est peut être parti d'un bon sentiment..."
Extrait de Animeland
Jean-luc Azoulay - Producteur

"Un dimanche soir, Jean Luc Azoulay me téléphone alors que je dînais chez ma maman. Il me dit "On a un tube, je t'attends au studio". Je ne l'ai pas cru mais pour lui faire plaisir, j'ai pris ma voiture et je suis allé enregistrer "Hou la menteuse!". La chanson a été mixée le lendemain. Le disque s'est vendu à plus d'1 millions d'exemplaires." Dorothée
Selon les témoignages rendus au journaliste Abécé dans le livre "Merci pour la récré", c'est Pierre Sissmann qui remarque Dorothée à la rentrée 1978. Ce dernier est alors chef de produit chez CBS et travaille sur un projet de conte sur K7 audio à écouter par les enfants lors de longs trajets en voiture. Pierre, interpellé par la belle animatrice, propose à Dorothée de chanter. Elle refuse catégoriquement. Pierre décide alors d'en parler à Jean Michel Fava et Jean Luc Azoulay. Ce dernier, qui ne travaille plus depuis peu avec Sylvie Vartan partie s'installer aux Etats Unis, fini par se laisser séduire par Dorothée. C'est ainsi que AB Disques va connaître ses vrais premiers succès commerciaux. Le début d'un empire. Dorothée habite, à cette époque, dans le même immeuble que le comédien jean Pierre Léaud. C'est ce dernier qui lui fait part que Truffaut a envie de la rencontrer. Dorothée se rend alors chez le cinéaste qui la reçoit magistralement. Le cinéma ne sourira pas longtemps à Dorothée, Jean Luc Azoulay l'accaparant de plus en plus pour des disques et autres tournées...
Qui est Jean-Luc Azoulay?
Jean-Luc Azoulay, également connu sous le pseudonyme de Jean-François Porry, est un producteur, parolier, compositeur et scénariste français né le 23 septembre 1947 à Sétif, en Algérie. Co-fondateur de la société AB Productions avec Claude Berda, il a façonné la carrière de Dorothée en écrivant la quasi-totalité de ses chansons et en produisant une partie de ses spectacles et émissions de télévision dont le Club Dorothée sur TF1. Il a également signé les chansons d'autres artistes comme Hélène Rollès ou Les Musclés et créé plusieurs séries télévisées telles qu’ »Hélène et les Garçons » et « Premiers Baisers ». En 1999, il s'est séparé du Groupe AB pour fonder le Groupe JLA.Azoulay a créé un style populaire qui a débouché sur un succès commercial et d'audience, principalement dans les années 1980-1990.Il est marié à l'actrice Isabelle Bouysse. Le couple est parent de deux enfants : Jeanne et Adam.
D’AB Productions à la TNT
Animeland – Mai 2005
BIEN QU'ACCORDANT TRÈS RAREMENT DES INTERVIEWS, JEAN-LUC AZOULAY A ACCEPTÉ DE NOUS RENCONTRER. IL NOUS PARLE NOTAMMENT DE SON ACTUALITÉ : CLUB RÉCRÉ, UNE CHAÎNE JEUNESSE GRATUITE QU'IL PRÉPARE POUR LA TNT...
Avant de devenir un des plus gros producteurs du PAF, Jean-Luc AZOULAY portait les valises de Sylvie VARTAN tandis que Claude BERDA vendait des jeans sur Paris. Ils décident de s'associer pour créer d'abord AB Disques, puis AB Productions. Après avoir créé le « Club Dorothée », mais aussi 10 000 heures de programmes jeunesse, JLA écrit 1 000 chansons (dont 200 rien que pour DOROTHÉE) et 2 500 épisodes de sitcoms (Hélène et les garçons...).
- AnimeLand: Quel a été votre parcours avant de devenir producteur ?
- Jean-Luc AzOULAY : J'ai débuté tout jeune comme étudiant en médecine. Fan de Sylvie VARTAN, j'ai décidé de monter son fan-club, puis je suis devenu son secrétaire quand CARLOS a débuté dans la chanson. Ensuite, je suis passé manager. En 1976, Sylvie a décidé d'aller vivre aux États-Unis, je me suis retrouvé sans emploi. C'est alors que j'ai rencontré Claude BERDA (le B de AB). Son père étant hélas décédé, il s'est retrouvé à la tête de l'entreprise familiale (Les créations Sylvie Vartan), ce qui l'ennuyait, alors nous avons décidé de fonder AB Disques. Nous avons exploité le créneau disco, les disques pour enfants (Le Petit Prince raconté par Jean MARAIS) et même obtenu la licence des disques du pape.
- AL: Comment avez-vous rencontré DOROTHÉE ?
- JLA: J'ai contracté une hépatite virale et je suis resté un mois et demi cloué au lit à regarder la télévision. Il y avait une émission qui s'appelait « Dorothée et ses amis » dans laquelle elle présentait des dessins animés bien avant « Récré A2 » et je l'ai trouvée formidable, dynamique, souriante... Un ami commun nous a présentés. Ainsi a commencé notre formidable aventure. Nous avons tous été tristes de se retrouver aux obsèques de Jacqueline JOUBERT qui avait découvert DOROTHÉE. À l'époque, son fils Antoine DE CAUNES (Paul PERSAVON) me montrait les paroles de génériques jeunesses qu'il écrivait. Il demandait mon avis et repartait tout content.
- AL: Et les autres ?
- JLA: Gérard SALESSES (compositeur attitré de DOROTHÉE) était pianiste et chef d'orchestre de Sylvie VARTAN. Quand j'ai débuté dans l'édition musicale, étant copains, c'est naturellement avec lui que j'ai travaillé (et travaille toujours). Michel JOURDAN (autre parolier de DOROTHÉE) est également un camarade de longue date. C'est un grand auteur qui a écrit pour toute la profession. Nous avons enregistré ensemble le premier disque de Dorothée « Dorothée au pays des chansons », réalisé par le regretté Mathias LEDOUX (journaliste à Canal Plus). J'ai demandé à certains animateurs de « Récré A2 » de nous interpréter des génériques. William LEYMERGIE tenait à en faire un alors nous lui avons confié Pac-Man. Zabou a poussé la chansonnette dans « Discopuce » (émission musicale coproduite par AB Disques et Jacqueline JOUBERT). Robert RÉA (actuel patron de Dargaud-Marina) était aussi un ami devenu réalisateur de « Récré A2 ». C'est avec lui qu'on a lancé Dorothée le show en 1983. En 1987, nous avons créé AB Productions et signé un contrat avec TF1 au moins de juin pour démarrer en septembre. Robert RÉA nous a aidé à monter toute l'infrastructure télévisée. Suite à quoi il est devenu le premier réalisateur du « Club Dorothée » et l'inventeur du titre « Pas de pitié pour les croissants. »
- AL: Pourquoi avoir pris le pseudonyme de Jean-François PORRY?
- JLA: Comme j'étais à la fois producteur et parolier, je trouvais déplacé que mon nom apparaisse partout alors j'ai décidé de prendre ce pseudonyme.
- AL: Après avoir créé le « Club Dorothée », DOROTHÉE part au Japon et revient les valises pleines à craquer de dessins animés japonais. Pourquoi ce choix?
- JLA: AB est arrivé sur TF1 en 1987. Le catalogue de dessins animés de TF1 était assez pauvre et toutes les autres séries avaient été achetées au niveau européen par Silvio BERLUSCONI (alors patron de la Cinq française). Les seules œuvres accessibles étaient les séries nippones. Nous connaissions déjà « Goldorak » et « Candy » que nous avions rachetées à Jacques CANESTRIER, notre père spirituel. Nous croyions également très fort à « Bioman » et avons acheté tous les autres: « Les Chevaliers du Zodiaque », « Dragon Ball », « Juliette je t'aime »... Règle étonnante: quand un dessin animé avait du succès au Japon, il en avait aussi en France.
- AL: Comment se déroulaient les séances d'enregistrement des génériques TV?
- JLA: Avec Gérard SALESSES, nous signions rapidement en studio des chansons que DOROTHÉE refusait parfois. Nous les confions alors à d'autres artistes. Comme Bernard Minet (deuxième batteur de Dorothée) qui a une voix brillante sur toutes les chansons glorieuses et « pêchues ». Nous l'avons donc placé sur un maximum de génériques. Et puis il adore ça ! Il paraît qu'il cartonne en chantant dans des galas avec sa tenue de « Bioman ». Nous avons fait chanter tout le monde: ARIANE (Dragon Ball Z), PATRICK (Spielvan), CORBIER (Le nez de Dorothée) et même JACKY (Toi et moi). On s'amusait et chacun s'y retrouvait !
- AL: Ne pensez-vous pas que vos paroles « passe-partout » fondées sur l'amour et l'amitié et le côté 100% synthé de SALESSES ont quelque part desservi Dorothée et d'autres artistes-maison?
- JLA: Je ne crois pas. Nous souhaitions faire rêver les téléspectateurs le plus simplement alors nous leur avons offert des chansons d'amour. Et le synthé, je trouve ça plutôt sympa...
- AL: En 1988, c'est l'explosion du dessin animé nippon à la TV française. Déprogrammations sauvages, censures omniprésentes, doublages bâclés sont légion. Avec le recul, ne pensez- vous pas être allé trop loin?
- JLA : Hormis Ken le survivant qui, certes, s'adressait à un public plus adulte, je ne pense pas. Et encore, ce n'était pas de la vraie violence, cela s'apparentait plus à des films de kung-fu. Une sorte de racisme contre le dessin animé japonais s'était installé en France. D'ailleurs, nous avons coupé court aux remarques salaces à notre égard en embauchant des psychologues. À part une ou deux scènes, rien ne les a marqués, mais des statistiques fausses repassaient de presse en presse. On peut aussi dire que Bambi est vraiment le dessin animé le plus traumatisant car sa mère décède et laisse son enfant seul au monde. Quant à « Muscleman », j'ai vu cette croix gammée qui ne m'a pas choquée et pourtant, j'aurais pu être concerné. D'autant qu'elle était inversée et n'avait pas de sens hitlérien ou nazi. Mais les préjugés ont la vie dure...
- AL: À cette époque, c'est aussi la guerre entre le « Club Dorothée » et « Youpi l'école est finie! »Pourquoi la Cinq se retrouvait avec des séries d'AB ?
- JLA: Quand nous avons découvert toutes ces séries japonaises, nous avons eu tendance à acheter plus qu'on ne pouvait en consommer sur TF1. Nous vendions donc celles que nous aimions moins aux autres chaînes (comme « Robotech », « Gugu Ganmo », « Grand Prix »...).
- AL: N'avez-vous pas eu des remarques de Marie et Charlotte (ex-animatrices de « Récré A2 ») parodiées dans Marotte et Charlie, Éric GALLIANO (Éric et Compagnie) et Antoine DE CAUNES à qui vous avez envoyé des piques via le « Club Dorothée » et les chansons des MUSCLÉS?
- JLA: Non, pas vraiment. Par contre, Antoine DE CAUNES (alors animateur dans « Nulle Part
Ailleurs ») disait des choses assez odieuses sur DOROTHÉE qui, selon lui, volait l'argent des enfants. Comme nous étions amis et que les remarques allaient trop loin, un jour j'ai décidé de me venger en écrivant « Antoine Décône » qui est arrivé numéro 2 au TOP 50 dont l'émission était diffusée sur Canal + !
- AL: Et qui prêtait sa voix à Sahara le dromadaire extraterrestre du Club Dorothée ?
- JLA: C'est moi. Mais il ne faut pas le dire car Sahara existe vraiment. Pour ne pas que l'on soit accusé d'avoir des relations avec les extraterrestres, c'est moi qui, officiellement, lui prête ma voix. Un jour en Tunisie, nous avons vu une lumière sur l'autoroute et est sorti d'un engin totalement bizarre, un dromadaire extraterrestre qui s'appelait Sahara. Nous avons sympathisé et lui avons proposé de participer au « Club Dorothée ». Il a accepté mais il ne veut pas que cela se sache, alors c'est moi qui suis censé faire sa voix...
- AL: Début 90, vous collaborez avec Jean CHALOPIN et fondez ABC, puis le studio Animage dirigé par Thibaut CHÂTEL. Vous produisez aussi des sitcoms qui explosent en 1993 (la folie Hélène). Qu'est-ce qui vous a poussé à la création?
- JLA: Nous nous sommes associés avec le talentueux Jean CHALOPIN pour créer « Sophie et
Virginie » et « Les jumeaux du bout du monde » car nous avions depuis fort longtemps envie d'œuvrer sur un dessin animé. Cela nous a aussi permis de respecter les quotas européens. Ensuite, nous avons décidé de produire seuls nos propres séries qui continuent d'être bien vendues dans le monde, tout comme nos sitcoms (Les vacances de l'amour). Alors est né le studio Animage avec à sa tête Thibaut CHÂTEL (« Kangoo », « L'école des champions »).
- AL: Aujourd'hui, peut-on encore créer une émission comme le « Club Dorothée » ?
- JLA: Si notre démarche a été possible sur TF1 c'est grâce à La Cinq. En 1987, est né un phénomène qui, depuis, ne s'est pas renouvelé deux chaînes commerciales concurrentes. Qui dit concurrence dit émulation. Nous avons eu la chance de pouvoir faire tout ce qu'on voulait car BERLUSCONI avait raflé tous les programmes. TF1 n'ayant plus que des vieux produits, il nous a semblé bon de déplacer nos sitcoms à succès du « Club Dorothée » pour qu'elles prennent leur propre essor. C'est là que nous avons réussi à vaincre les scores d'audiences de La Cinq. Pourquoi les tranches jeunesse du « Club Dorothée » ont augmenté ? Car celles de BERLUSCONI étaient si grandes qu'il fallait être en face. Nous l'avons fait et l'avenir nous a donné raison.
- AL: Pourquoi DOROTHÉE se fait-elle si discrète depuis l'arrêt de son émission?
- JLA: Le Club Dorothée a pris fin en 1997 car TF1 (actionnaire de TPS) et AB (lançant alors AB Sat) entraient en conflit d'intérêts. DOROTHÉE et moi-même avons alors décidé qu'elle revienne à condition d'avoir une actualité forte. En plus, elle avait envie de se reposer. Entre temps, nous avons reçu des idées de projets mais rien de bien glorieux. DOROTHÉE va bien et nous mangeons régulièrement ensemble.
- AL: Comment est née la société JLA Holding que vous présidez aujourd'hui ?
- JLA: Quand AB Sat a commencé à bien tourner, Claude BERDA n'avait plus envie d'œuvrer dans la production. C'est vrai qu'il n'est pas simple d'en faire dans un univers non concurrentiel. Comme c'était la partie qui m'intéressait, je lui ai proposé de la récupérer (NDR 80 % des parts sont cédées à JLA, contre 20 % pour AB) et de lui laisser le satellite (et l'énorme catalogue en distribution d'AB). Nous nous sommes séparés de cette manière. J'ai repris la société Hamster (« L'Instit », « Navarro ») et on a créé JLA Holding.
- AL: Que devient votre projet de chaîne jeunesse « Club Récré » pour la TNT?
- JLA : « Club Récré », mélange de « Récré A2 » et du « Club Dorothée », a pour but de réunir la famille. Ce serait une version géante du Club Dorothée. Avec Do-TV, le premier projet présenté qui n'a pas été retenu, on nous a reproché de faire trop culte de la personnalité, donc nous avons changé le nom. Nous souhaitons travailler avec les anciens (DOROTHÉE, ARIANE...) et des jeunes que nous formerons. Dorothée s'investit à fond car ce projet la passionne vraiment. Elle pourrait en être conseillère artistique. Nous souhaitons proposer des émissions (dont une sur les jeux vidéo), des rubriques pédagogiques (animalière, scientifique...), des séries (animation, feuilletons, sitcom...), une chronique nostalgique pour les parents et des « manga » diffusés la nuit. Nous tenons également à innover le système de carte de membre, instaurer un journal de jeune quotidien, le visiophone et la web-cam pour faire intervenir en direct les téléspectateurs.
- AL: Enfin, quels sont vos autres projets ?
- JLA: Nous avons réalisé un portrait de France GALL et de Michel BERGER et nous préparons celui de Sylvie VARTAN (à Bercy le 11 octobre 2005) que je manage à nouveau. Nous avons également en chantier « Les rois maudits », « SOS 18 » et une trentaine de films. Nous sommes implantés sur toutes les chaînes exceptées M6, mais nous mijotons des projets pour eux. J'aimerais que l'on reparte sur de la fiction d'après-midi ou d’accès prime-time. Il faut attendre le bon moment...
- AL: Merci beaucoup !
T.N.T?
La T.N.T., c'est la Télévision Numérique Terrestre : lancée le 31 mars dernier, il s'agit d'un nouveau moyen de diffusion hertzien (avec une simple antenne) qui permet de recevoir plus de chaînes avec une qualité numérique. Pour cela, il vous suffit d'acheter un récepteur (vendu entre 100 et 250 euros) qui se branchera entre l'antenne et le téléviseur. À partir de là, vous pourrez recevoir une quinzaine de chaînes gratuites. Certes, on retrouve les grandes chaînes analogiques (TF1, France 2, France 3, M6, Canal+ en clair), mais France 5 et Arte émettent désormais chacune 24 h/24 et de nouvelles apparaissent comme France 4, NT1, NRJ 12 et Direct 8, tandis que d'autres ne sont plus réservées uniquement au satellite comme TMC, La Chaîne Parlementaire, Public Sénat et W9 (anciennement M6 Music). Prochaine étape en septembre avec l'arrivée des chaînes payantes telles qu’AB1, Canal Plus, Eurosport, LCI, Paris Première, TF6 et TPS Star. Parallèlement, le CSA s'apprête à attribuer 8 canaux disponibles dont un gratuit (35 projets en cours dont Club Récré est candidat). La T.N.T. est pour l'instant recevable dans les grandes villes. En septembre, la moitié du territoire sera équipée, mais il faudra quelques années pour couvrir l'ensemble du pays avec cette nouvelle technologie.
4 QUESTIONS À CLAUDE BERDA et AB GROUPE
Bien plus insaisissable encore que Jean-Luc AZOULAY et radicalement opposé aux interviews, nous avons également rencontré Claude BERDA. Avec son équipe, Michel COTTA (directrice générale d'AB Groupe) et Richard MAROKO (directeur des programmes d'AB Sat), ils avaient très peu de temps à nous consacrer mais ils ont quand même accepté de répondre à nos questions sur la TNT.
- AnimeLand: Le groupe AB a été sévèrement réprimandé en 2002 par le CSA pour non-respect des quotas européens notamment pour la chaîne Mangas. Comment avez-vous réagi? Claude BERDA et Michèle COTTA: Nous avons des difficultés quant à l'approvisionnement. L'accès aux œuvres cinéma françaises et aux dessins animés est très difficile par rapport aux chaînes hertziennes. En rappelant au CSA que l'activité du câble et du satellite et du hertzien sont différentes, il faut s'en occuper sur le point de vue économique.
- Richard MAROKO : Ce qui nous a permis de sauver les meubles, c'est le rachat de « RTL9 » et de « TMC » (avec TF1) qui nous apporte un confort certain.
- AL: Il s'agit de 60 % de quotas européens dont 40% français à respecter pour « Mangas »?
- CB et MC: Soit 90% de productions françaises inaccessibles. Pourtant, on ne sanctionne pas notre chaîne porno « XXL » car elle met en avant trop de quotas européens. Si on additionne l'ensemble des chaînes d'AB Sat, elles rentrent dans le cadre des quotas, mais pas séparément.
- RM: Nous avons eu beaucoup de mal à vendre des séries comme « Détective Conan », qui a fait le tour du PAF avant d'être diffusée sur « Cartoon Network » qui n'a pas de soucis de quotas.
- AL: Mais vous n'avez pas tenu compte des obligations?
- CB et MC: C'est vrai qu'en dehors de « Mangas », toutes les autres chaînes sont à 90% (NDR : Pourtant, la chaîne Action était en deçà des quotas en 2002 comme d'autres du groupe AB). Mais sur « XX »L, nous sommes à 99 % contre 90% pour « Escales » et 97% pour » Music Classique ». Toutes nos chaînes sont très au-delà des quotas. Avec 22 900 000 abonnés et près de 15% d'audience câble et satellite, nous y croyons et cela augmentera encore.
- RM: Malgré les soucis que nous avons rencontrés, la chaîne « Mangas » se porte bien avec ses 2 700 000 abonnés. Nous avons un public fidèle et friand de séries japonaises. D'ailleurs, « Les Enquêtes de Kindaichi » trouve son public sur Mangas et « Détective Conan » explose l'audience sur France 3. C'est plutôt bon signe !
- AL: Vous lancez le projet de chaîne jeunesse pour la TNT: ABCD. Qu'en est-il vraiment ?
- RM: « ABCD » (clin d'œil à l'école de pédagogie), comme « NT1 », notre mini-chaîne généraliste pour TNT, propose des fictions, des magazines et des « manga » (« One Piece », « Wolf's Rain », « Saint Seiya »...) mais aussi un Journal Télévisé pour enfants.
Ségolène Royal – Politique

Fin des années 80, Ségolène Royal se lance dans une croisade contre la télévision française, qu'elle accusait d'être trop violente. Voici quelques extraits du livre « Le ras-le-bol des bébés zappeurs », sorti en 1989 chez Robert Laffont, qui concernent Dorothée, TF1 et AB Productions :
"Notre ambition est de faire appel aux auteurs français; ils savent raconter de jolies histoires qui, tout en étant à vertu éducative, sont extrêmement distractives. Il est facile de faire une programmation pour enfants, il existe des kilomètres de dessins animés, notamment en Extrême-Orient, extrêmement violents pour la plupart. Telle n'est pas notre intention», ajoutait l'auteur de cette irréprochable déclaration. Et de préciser que des psychologues, des éducateurs, des sociologues, ainsi, qu'un... conseil de jeunes, assureraient la qualité de la programmation enfantine.
L'auteur de cette proclamation inspirée ? Francis Bouygues, devant la CNCL, au moment des condi-tions pour l'attribution de TF. Résultat ? Plus de 90 p. 100 de séries et dessins animés japonais bas de gamme, sur TF1, et une exclusive affaire de gros sous. Oubliées les promesses en béton faites un matin à la CNCL. Abandonnées les jolies histoires, enterré le conseil des jeunes. « Metalder » a eu raison de Francis.
« Les Chevaliers du Zodiaque », « Ken le Survivant », « Dragon Ball », « Bioman », « Spielvan », défilent quotidiennement sur TF1, et, pendant l'été (« Dorothée Vacances »), on fait encore moins cher : on ressort « Goldorak », probablement déjà largement amorti sur toutes les télévisions du globe; « Giraya» et aussi « Metalder », deux séries japonaises stupides et violentes à côté desquelles « Bioman » fait presque « haut de gamme ». Le tout suivi, chaque jour de cet été par Les rues de San Francisco, l'inévitable série policière. Bref on enrage devant un tel gâchis. Comment ne pas penser à tous ces gosses des banlieues, cloîtrés entre quatre murs de béton, privés de vacances, et qui n'ont que la télévision pour rêver et pour s'évader, enfants abreuvés de violence, de laideur, de médiocrité.
Pauvre monsieur Bouygues, vous avez imprudemment dit « ni japonais, ni violent »? Ce n'est que coups, meurtres, têtes arrachées, corps électrocutés, masques répugnants, bêtes horribles, démons rugissants. La peur, la violence, le bruit. Avec une animation minimale. Des scénarios réduits à leur plus simple expression.
Comme s'il ne fallait laisser aucun répit. Dévider toujours et toujours des images soi-disant pour enfants : des faux dessins animés jusqu'aux pâles copies des téléfilms pour adultes. Pourquoi ne pas introduire un minimum d'alternance dans le choix des séries ? Pourquoi ne pas y intercaler des rediffusions françaises? Pourquoi ne pas donner un peu d'accalmie avec du cirque, du sport pour jeunes, avec... mille choses parmi les meilleures productions déjà diffusées ou celles des télés voisines (émissions de la BBC par exemple)?
Il existe pourtant de bonnes séries de science-fiction : « Tom Sawyer », et aussi « Conan » (A2). Et de bons dessins animés français : « Touni et Litelle » (TF1), ou « Demetan, la petite grenouille » (FR3, en coproduction japonaise)... Sans parler des stocks de produits de qualité détenus par l'INA.
Mais cette simple exigence élémentaire de variété dans les choix des fictions diffusées est-elle encore possible, lorsqu'un seul opérateur monopolise le créneau jeunesse?
TF1 a en effet concédé l'ensemble de ses émissions pour la jeunesse à un opérateur privé indépendant, «AB Productions», avec lequel travaille Dorothée. On peut d'ailleurs se demander si cette façon de faire est bien conforme à l'esprit de la concession accordée par la CNCL à TF1. En effet, à aucun moment il n'a été question de sous-traitance. Ou alors il aurait fallu que le ou les sous-traitants soient également auditionnés par la CNCL. A défaut, le contrat qui lie TF1 à AB Productions aurait pu reprendre les éléments de la déclaration d'intention de M. Bouygues...
Or, précisément, la convention qui donne à cette société un monopole total pendant trois ans ne règle que les questions de gros sous. Pas un mot, pas une ligne sur « l'ambition » exprimée devant la CNCL, pas même une recommandation pour demander que soient évités les excès de violence et de niaiserie. Comme si AB Productions était entièrement déliée des obligations imposées à TF1 par la CNCL ! Comme si la concurrence dans ce secteur ne pouvait être de mise !
Indépendamment de la rémunération versée à Frédérique Hoshede (Dorothée), TF1 achète en effet à AB Productions 500 heures de programme à 125 000 francs l'heure. Auxquelles s'ajoutent 240 heures d'émissions pour « Dorothée Vacances », facturées à un tarif comparable.
L'opération est surtout juteuse si l'on tient compte des entrées indirectes. D'abord, les chanteurs qui participent à cette émission sont, bien sûr, le plus souvent sous contrat chez AB Productions pour leurs disques, albums, jeux. Sont également exploitées les cassettes de dessins animés. Et même... le 36 15 Bioman! Sans parier du magazine, aussi niais que les émissions (rien n'y manque dans le premier numéro : extraits incompréhensibles de dessins animés japonais, tarte à la crème dans la figure, chasse d'eau sur la tête et aussi une incomparable rubrique : comment enlever ses points noirs !).
Un minimum de 15 millions de francs de recettes publicitaires par an, dont les trois quarts reviennent à TF1, doit être trouvé par la société de production. Mais AB Productions empoche 90 p. 100 des recettes générées par la production d'extraits des émissions. Seul « oubli », et de taille de la part de TF1 : le choix et le contrôle des prix des dessins animés et séries achetés par AB Productions. Dès lors, la logique est simple : pour gagner davantage d'argent, il faut acheter au moindre prix, chez les grossistes japonais, tout ce qui fera le fond de la programmation, et débiter des kilomètres de pellicule déversant la peur, le sang et les larmes, entrecoupés de publicité et entrelardés de petites saynètes, affligeantes de bêtises (chasses d'eau sur la tête; animateurs déguisés en bébés; croissants mordus, tartes à la crème...).
Mais comment peut-on se renouveler tous les jours ? Le monopole est épuisant pour tout le monde. Alors il faut fi-déli-ser. Avec des cadeaux. « Attention, dit Dorothée, vous allez gagner quinze cadeaux. Vous avez bien entendu, quinze cadeaux. » (« Mais non, me dit ma fille, trois ans, elle ment. Ce n'est pas quinze cadeaux, c'est quinze enfants qui gagnent un seul cadeau. ») Mais pour cela, il faut bien regarder, et ne pas bouger. Pour savoir quand Jacky a dit « coucou » ou quel est le titre de l'avant-dernière chanson. Quels cadeaux ? Mais les cassettes, disques et albums-jeux produits par... AB Productions, « Bon sang, mais c'est bien sûr », comme aurait dit un héros du temps jadis.
Chez Dorothée, on ne gagne guère de livres ou de voyages. AB Productions n'a, en effet, encore ni librairie ni agence de voyages.
Cher monsieur Bouygues, convenez avec nous qu'il y a aujourd'hui beaucoup d'angoisse dans la vie d'un enfant ou d'un adolescent : conflits familiaux, travail scolaire, violence dans l'information, inquiétude pour l'avenir professionnel... Pourquoi donc en rajouter? Pourquoi ne pas leur donner la part de rêve et de tendresse, pourquoi ne pas préserver un peu d'enfance dans vos jeux d'adultes?
Comprenez même que vous pouviez gagner autant d'argent en respectant l'enfant. Parce qu'il aime le beau, le gai, le drôle, la nature, les animaux, l'aven-ture, la crainte qui se termine bien. Les gentils et les méchants, mais en variant les genres. Alors, ne bétonnez plus leurs rêves. L'enfance n'est pas un gros chantier.
Faites donc un effort, monsieur Bouygues, ou à défaut monsieur Le Lay, pour que nos enfants s'endorment le sourire aux lèvres et des petites étoiles dans les yeux, et non la peur au ventre et le dégoût dans la bouche. Relisez vos engagements, demandez à vos collaborateurs un peu d'efforts et renégociez, pendant qu'il en est encore temps, votre contrat avec AB Productions.
N'acceptez plus ce gâchis. Donnez un sens à votre Audimat. Imaginez ce que Dorothée aurait pu faire, avec le taux d'audience dont elle bénéficie, la popularité qui était la sienne, le crédit qu'elle conserve auprès des enfants, pour distraire, pour transmettre, pour émerveiller, pour apprendre... crédit qu'elle est en train de perdre à cause de ses excès commerciaux qui commencent à choquer, même ses « fans ». Pourquoi ne donneriez-vous pas un espace jeunesse à Nicolas Hulot pour changer d'air ? Pour couvrir un peu le bruit du tiroir-caisse.
Prenez garde, néanmoins, si vous vous persuadiez de ne rien bouger, qu'un jour parents et enfants n'en viennent à boycotter ces émissions, rien que pour vous prouver qu'ils ne sont pas des gogos. Et qu'ils savent zapper avec leur tête.
Bien sûr, je n'ignore pas que TF1 vient, devant le CSA, de «s'engager à compenser ces manquements d'ici au 31 décembre 1990 », d'engager 16 millions de francs pour les dessins animés et de produire 69 heures supplémentaires d'« émissions scénarisées pour la jeunesse».
Engagement sincère? On peut émettre quelques doutes. En effet, comment TF1 peut-elle changer d'ici au 31 décembre 1990, comme le prétend Patrick Le Lay, son PDG, alors que le contrat qui lie cette chaîne à AB Productions n'expire qu'en mai 1990? Et qui va produire les « émissions scénarisées » nouvelles ? Sinon AB Productions qui détient l'exclusivité Aussi, la meilleure solution serait que TF1 exécute tout simplement les promesses initiales faites par Francis Bouygues en 1987. Mais que faire alors des stocks de nullités achetés par AB Productions?
Celle-ci, au nom même de ses intérêts bien compris, ne devrait-elle pas rendre de comptes aux millions d'enfants dont elle exploite la confiance? Sept à huit millions de disques vendus (TF1 est-elle intéressée à ces énormes retombées indirectes des temps d'antenne? Sinon, quel manque de perspicacité commerciale...) et 250 millions de chiffre d'affaires (on n'est pas loin de l'équivalent du budget total des chaînes publiques alloué aux émissions pour la jeunesse) : ce pactole mérite de s'interroger un moment sur la pérennité d'un tel filon.
Même si on n'est qu'au début d'un processus... puisque AB Productions diffuse désormais les cassettes des dessins animés japonais... Pascale Breugnot s'en est émue : « Il y a pourtant plein d'émissions dans les archives du Centre national du cinéma», a-t-elle récemment déclaré.
Les mères qui ne peuvent être là à la sortie de l'école, ou qui n'ont prévu personne pour compenser leur absence, faute de moyens, faute de possibilités ou tout simplement faute d'y avoir pensé se rassurent par la présence de la télévision.
Devant celle-ci, l'enfant est censé ne pas bouger, hypnotisé qu'il serait par le charme magique de l'écran. On sait où il est, ce qu'il fait. Avec bonne conscience. En pensant que, naturellement, la télévision possède le bon sens de diffuser de bons programmes. C'est tellement évident pour une mère qui souffre déjà de rentrer tard chez elle et qui pense que, en contrepartie, la télévision a offert à son enfant du beau et du plaisir pour les yeux et pour le cœur. Aussi, quand elle découvre la « boudinerie » américano-japonaise que débite Dorothée, quelle déception ! Mais comment ajouter à l'absence, des ordres et des interdits sur les émissions? Comment admettre que même les programmes pour enfants tels qu'ils sont faits aujourd'hui imposent un choix, une présence, une surveillance ? Car chaque enfant - comme chaque adulte - reçoit le message télévisuel de façon intime et aussi diversifiée que peuvent l'être les caractères..."












