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Des milliers d’enfants conquis et émerveillés

1992

Samedi après-midi, Dorothée a fait souffler un vent de folie sur la ville. Dans une ambiance survoltée, des milliers d'enfants ont fait un triomphe à l'idole cathodique, sous le chapiteau installé sur le champ de foire.
Bien avant l'ouverture des portes, ils étaient déjà une bonne centaine à se présenter à l'entrée, leur billet à la main. Les bambins sont venus pour voir « en vrai » celle qui accompagne quotidiennement leur moment de détente télévisuelle. Dorothée est de pas- sage en ville et il n'est pas question de rater l'événement.
Tandis que les placeuses bénévoles installent avec le sourire les jeunes spectateurs et leurs parents, les vendeurs proposent la panoplie de gadgets que tout fan de Dorothée se doit d'avoir : casquette clignotante et serpentins lumineux...
Maman, quand est-ce qu'elle arrive, Dorothée ?», réclame une petite fille impatiente. « Dans cinq minutes », répond la maman en adressant un sourire à sa progéniture. « Tu crois que je pourrais lui donner mes fleurs », rétorque la jeune admiratrice transie. « Mais oul, t'inquiéte pas ! »
Tout à coup, des ombres se dessinent sur la scène. Des milliers d'enfants scandent le cri de leur idole en frappant dans leurs mains. Rien à envier à Patrick Bruel ou Roch Voisine, Dans un jet de lumière et un déluge de musique, Dorothée apparaît en haut de l'escalier surplombant la scène. Les serpentins fluorescents tournoient dans les gradins. Dans une tenue blanche, la star cathodique entame son dernier tube, « Les neiges de l'Himalaya ». Succès garanti et reprise en chœur de tout le public. Même les parents sont incollables sur les paroles.
Accompagnée par son groupe « Les Musclés », des danseurs et des choristes, les 3 000 personnes vont assister à un show réglé au millimètre. La chanteuse change de costume plusieurs fois au cours du spectacle dans de multiples tableaux chorégraphiques, en égrenant un répertoire connu par cœur par les enfants.
Après les derniers rappels, Dorothée revient sur scène vêtue d'un tee-shirt « Argentan » pour recueillir les centaines de fleurs que lui offre son jeune public agglutiné le long de la scène. Rituel immuable de tous les spectacles ! Quelques valeureux bambins arrivent à monter sur l'estrade pour embrasser leur idole. Un dernier geste de la main et Dorothée s'enfuit, tel un mirage télévisuel.
Mais, pas de problèmes, dès demain, les enfants la retrouveront sur le petit écran pour de nouvelles aventures au pays du rêve et de l'imaginaire.


Mon succès n’est pas calculé

1992

Dorothée a présenté son spectacle devant 2.500 personnes, hier, à Noron. Il n'y avait plus une place à vendre depuis un mois. Un véritable tabac pour l'idole des cinq-dix ans.


A 38 ans, ce petit bout de femme de 45 kg pour 1,62 m n'a rien perdu de son tonus. Ni de son crédit auprès des enfants. Il est vrai que sa médiatisation à outrance grâce à son émission quotidienne sur TF 1. la rend très proche de ce qu'elle appelle familièrement et les copines les copains A Nantes, il y a quelques jours. Dorothée remplissait une salle de 4,500 fans. A Niort, elle a fait 2.500 entrées. Beau score en cette période d'élection.


Casquette en prime
Dès 14 heures, impassibles sous les trombes d'eau, tètes brunes et blondes cherchent désespérément refuge sous un parapluie. Il faut beaucoup de patience. Mais quand on aime, on ne compte pas. Des parents se sont fait tirer l’oreille. « Eh oui ma fille en est encore au stade de Dorothée » confie douloureusement une maman. « Ah moi elle préfère Bruel ! » assure une autre.
Dorothée gène dans le tableau intellectuel. Et pourtant, comment résister à un concert bien rôdé, aux jeux de lumière et à la silhouette qui a gardé une allure de teenager, à ce même visage que l'on retrouve tous les jours sur les écrans avec les Musclés ! Alors lorsque Caroline ou Elodie réclament une casquette clignotante ou le poster géant de la vedette, les mamans craquent encore. 155 F la place, 50 F la casquette, 50 F le poster. Arnaque Le spectacle est une vaste entreprise qui fait vivre 60 personnes.


Pas de calcul

- Quel est le secret de ce succès ?

- La sincérité auprès des enfants, affirme Dorothée. C'est une question de feeling. Le courant passe depuis des années et je grandis avec eux. Je me sens proche des adolescents. On est copains.


- Que représente Niort pour la Parisienne que vous êtes ?

- Je ne suis pas très bonne en géographie.


- A 38 ans, vous vous sentez toujours à l'aise pour chanter des chansons pour les 5-10 ans ?
- L’Age ne veut rien dire lorsque l'on se sent bien dans la tête et le corps.


- Et à vos détracteurs qui critiquent vos émissions, je pense à Ségolène Royal, que répondez-
vous ?

- C’est de l'histoire ancienne.

Anne-Marie CURE.


Pause-café spontanée

1992

Coralie et Maud n'arrêtaient pas de gigoter sur leur siège. "Tiens, regarde, c'est Framboisier! Oh, y a Rémi aussi !" Aude fredonnait « les neiges de l'Himalaya" et Aurélien restait bien sage dans son coin. Bien sûr, ils ne pensaient qu'à elle. Dorothée. Leur vedette préférée. Celle qu'ils ne manquaient pas de regarder le mercredi après-midi, et parfois même le matin, en cachette, quand papa et maman ne les voyaient pas.
Dorothée était là, sur scène devant eux. Elle mettait au point avec ses musiciens, les Musclés, les derniers préparatifs du spectacle. Mais elle leur avait promis de venir les voir après. Alors hier, c'était vraiment jour de fête. On allait enfin pouvoir lui parler, "pour de vrai". C'était bien mieux qu'à la télé, et en plus, quelle tête ils feraient demain les copains, quand ils verraient ça dans le journal.
Quand Dorothée est arrivée et s'est assise au milieu d'eux, personne n'osaient plus bouger. Les papiers sur lesquels on avait préparé ses questions se froissaient dans les mains. Tandis que ceux qui étaient venus, sans rien, comme ça uniquement pour voir, ne quittaient pas des yeux leur idole. Comme pour s'assurer que c'était bien elle.
Et là, pas le temps d'hésiter longtemps : "Alors, ça va, ça va ? Allez, je m'assieds à côté de toi. Oh, qu'est-ce que c'est ? Une Image d'Epinal. Merci, c'est super. Mais je ne préfère pas l'ouvrir tout de suite, pour pas la froisser."
Point de vedette. Dorothée ne fait pas semblant avec les enfants. Club animation ou spectacle, elle reste nature, vive et spontanée. Sans conteste la clef du succès qui ouvre les portes de tous les dialogues :
- "Comment c'est ton vrai nom ?"
- "Frédérique"
- "Dis Dorothée, tu sais, je t'aime bien quand tu fais une queue de cheval."
- "Est que tu fumes Dorothée ?"
- "Un petit peu (gênée). Mais Je ne devrais pas. En tout cas, ne commence jamais."
- "Que ressens tu quand tu es sur scène ?"
- "Ça, c'est très sympa comme question. Quand Je vous vols tous chanter et danser, je suis émue ou très heureuse. Tu sals, ça dépend des chansons."
Le coiffeur, qui s'est glissé subrepticement derrière l'artiste, sème le désordre :
- "Aïe mes cheveux ! T'as vu mon copain c'qui me fait ! Qu'est-ce que je souffre. "

Les enfants éclatent de rire. Cette fois-ci, ils sont tout à fait à l'aise.
- "Pourquoi tes musiciens s'appellent les musclés ?"
- "Tiens, regardes, voilà Éric. Tu ne trouves pas qu'il est musclé. C'est le plus musclé des musclés. Non ? "
- "Dis, tu as quel âge ? "
- "4 ans 1/2... (hésitation) 3/4. Vous m'croyez pas ? Non, en vrai, 38 1/2. Ça va encore j'espère ? Merci. "
- "Tu as un chien ? "
- "Oui, Roxan. Mais il n’est pas là. Il y a trop de bruit, il est resté à la maison. II préfère me voir à la télé. Sauf quand c'est le jeu du "zigouigoui".
- "Oh, c'est génial, ça comme jeu. Mais c'était marrant aussi les seaux d'eau sur Corbier et Jacky."
- "T'as raison. On le refera peut-être. »


A l'école des fans
« Bon, ben, c'est pas tout ça les enfants. Il faut que j'aille me préparer. Allez, tous autour de mol pour la photo. Attention, on regarde le photographe. Super ! Dis donc toi devant le p'tit clown. Tu m'as l'air bien excitée ! Allez, à ce soir."
Rencontre choc. Interview sur le pouce, mais quels souvenirs. De quoi papoter demain à la récré...
Marie-Danièle ROGOVITZ


La fée des enfants

Vu et entendu – 1992

Ce fut une grande fête, hier soir, pour les petits Dijonnais, puisque leur amie Dorothée est venue les rencontrer chez eux, en vrai, dans un palais des Sports archicomble, pour leur faire partager plus intensément que devant leur poste de télévision son dernier album les Neiges de l'Himalaya.
La communication s'instaure dès qu'ils entrevoient sa silhouette filiforme et pétulante, ils sont aux anges dès qu'ils discernent son nez retroussé, ses cheveux d'or et son sourire de bonne fée. Son spectacle est à l'image de ses émissions, plein de récréation, de bonne humeur, de jeux et d'histoires...

Heureuse d'être devant un public qui ne triche pas, celui des enfants, Dorothée s'est efforcée de leur raconter avec une chaleur, une sincérité semblable à la leur, ses rencontres avec Monsieur l'Ordinateur ou Davy Crocket, ses secrets sur la vie amoureuse…
Accompagnée de ses copains, les Joyeux Musclés, entourée de choristes et de danseurs, tous vêtus de couleurs et d'exubérance, comme dans leurs feuilletons favoris, Dorothée, très professionnelle et non moins touchante, a remporté un triomphe aussi grand que celui de ses débuts à l'Olympia, il y a déjà plus de dix ans.
Elle est toujours magique et son dynamisme, sa communion avec les enfants n'ont pas pris une ride. Hou la menteuse, elle est amoureuse de tous ces petits qu'elle respecte et divertit.
Nathalie BOULEY


Un show superbement orchestré

La tribune – 1992

Archi-comble ! Le Palais des spectacles brilla, dimanche, des centaines d'étincelles allumées dans les yeux des enfants qui étaient venus applaudir -pour de vrai - leur idole : Dorothée !


C'est à une après-midi futuriste, magique et rythmée qu'ils assistèrent, ovationnant la frêle silhouette blonde qui occupa la scène pendant deux heures de magie. Magie des lasers, des costumes, de la communion aussi qui s'élevait dans l'atmosphère ambiante.
Les parents se prirent aussi au jeu, acclamant la chanteuse qui les remercia : « Il n'est pas toujours facile d'entendre ou de lire ce que certaines personnes pas très gentilles disent sur moi. Mais grâce à vous, je sais que j'ai des millions d’amis ».
Evidemment, on l'aime ou on ne l'aime pas, ne serait-ce que pour l'omniprésence, le côté vraiment trop show bizz » et lucratif de la fête (les à-côtés du spectacle ont dû ruiner les parents !) mais il faut le reconnaître quelle grande professionnelle !


Quel punch !
C'est sur la planète Saint-Etienne, en l'an 2132, que démarra le spectacle. La technologie aidant, on assista à l'entrée en scène d'une « extra-terrestre » de blanc et de lumière, au cœur de deux trous noirs nés de l'entrelacement des lasers. On en prit plein la vue, d'entrée, et plein les oreilles ! Soutenue par huit musiciens (« Les Musclés » alliant punch et qualité, par Martine et Francine (les chanteuses) et quatre danseurs infatigables, elle offrit à son public ce qu'il attendait : une suite presque ininterrompue de ses nombreux succès. Un public d'ailleurs mis à partie constamment et dont on pu apprécier la mémoire, les cris, les battements de mains et de pieds, sans parler des hurlements.
Bref, c'était un peu la panique du côté des rangs qui n'en avaient plus que le nom, mais comment résister à tous ces bambins endimanchés qui de concert allaient déposer aux pieds de leur reine une rose et un sourire ?
Après un entr'acte où les chocolats glacés, les gadgets et les tee-shirts marqués d'un étincelant D ajoutèrent à la cohue générale, le spectacle reprit cette fois sur fond d'Afrique.
Les enfants ont eu droit au meilleur de la technologie, des costumes et des lumières. A de bonnes musiques également, que chevauchaient des mots d'amour et de tendresse. Ils n'en demandaient pas plus, c'est certain, et auront sans doute longtemps le sentiment qu'une bonne fée ce jour-là avait croisé leur chemin.
"Une fée qui, toute jeune avait déjà obtenu le prix spécial du jury pour un spectacle qu'elle avait monté sur une adaptation des « Caprices » de Musset et qui, depuis, a conquis de nombreux titres de gloire sur A2 d'abord, puis sur TF1.
Un « produit » né de la télévision ?
Pas sûr, elle a du tonus, la « petite Dorothée » et le sens du travail bien fait. Sans trop s'avancer, on peut prédire qu'elle ira encore loin...


Gillette DUROURE


Je vis une expérience inoubliable

Argentan - 1992

Dix minutes après la fin du concert, Dorothée sort de sa loge, fraîche et dispose. Elle ne semble pas marquée par sa performance scénique. Le temps d'allumer une cigarette, elle est prête pour une interview-express.


- Comment vous sentez-vous après deux heures de spectacle comme celui-ci ?
- Ça va. J'ai un peu chaud. C'est dans une heure ou deux que je vais ressentir réellement la fatigue. Souvent, je souffre un peu du dos, mais rien de bien méchant.


- Votre spectacle a déclenché un enthousiasme débordant aujourd'hui. Ça se déroule toujours de cette façon ?
- Oui. C'est fantastique. Depuis le spectacle de Bercy, nous sommes en tournée à travers toute la France. A chaque étape, je suis accueillie d'une façon vraiment extraordinaire. Comme vous avez pu le voir aujourd'hui, les enfants viennent me porter des fleurs à la fin du show. En me faisant ce petit cadeau, ils m'offrent une part d'eux-mêmes. Ils me regardent avec des yeux grands comme ça. C'est très émouvant.


- Qu'est-ce qui pousse Dorothée à partir en tournée alors qu'elle a à sa disposition la télévision qui lui permet d'être présente quotidiennement chez ses jeunes admirateurs ?
- C'est un plaisir très personnel. J'ai besoin d'avoir un contact très proche avec mon public. Il y a une chaleur et une émotion qu'on ne ressent pas à travers l'objectif de la caméra. C'est très agréable de venir rendre visite aux gens chez eux. Hier, à Nantes, aujourd'hui à Argentan et demain à Liévin. C'est super. Je m'amuse tout le temps. Avec toute l'équipe qui m'entoure, on vit une expérience inoubliable.

- Vos projets ?
- On continue la tournée jus- qu'au mois de juin dans tout l'hexagone. Ensuite, je pars pour une série de concerts en Chine. En janvier 93, je retourne pour une semaine à Bercy afin de satisfaire tous ceux qui n'ont pas pu se procurer des places pour le précédent spectacle parisien. Un beau programme en perspective. Sans oublier la télévision, bien sûr.


- Quel est le secret de la longévité de Dorothée et le fait que son public se renouvelle de génération en génération ?
- Aïe ! Aïe ! Vous voulez dire que vous suiviez mes émissions il y a quelques années. Ben, Oui, maintenant, mes premiers admirateurs emmènent leurs enfants à mes spectacles. Si ça marche toujours, c'est que je crois que les enfants savent que je suis sincère et que je
m'amuse en leur compagnie. J'y vais au feeling. Excusez-moi, mais on m'attends dehors pour signer des autographes !


P.L.


Dorothée, la tornade blonde

Télé K7 – 6 Janvier 1992

Retour de Dorothée à Bercy, du 18 janvier au 2 février, avec un nouvel album, «Les neiges de
l'Himalaya». Mais qu'est-ce qui fait courir cette tornade blonde?


- Pour les fêtes, il y a eu de nombreuses nouveautés, notamment «66, Chump Avenue ». La chaîne culturelle anglaise, Channel Four, qui coproduit avec Dorothée, c'est un pied de nez aux critiques?
- Dorothée : Les critiques n'y sont pour rien. Simplement, et même si ça peut étonner certains, Channel Four a été demandeur. Le producteur anglais des Muppets, auteur également d'une série à succès, DJ Cat, avait, dans son tiroir, cette histoire avec un personnage humain entouré de marionnettes de chats. Il m'avait vue sur TF1 et il m'a contactée. Après des tests pour mesurer mon anglais, nous avons mis la série de treize épisodes en boîte.


- En créant le « Club Sciences », vous êtes-vous inspirée, avec Michel Chevalet, de l'émission de Bonaldi sur Canal + ?
- D.: Nous n'avons pas besoin de copier, mais de trouver notre rythme... Avec Michel, qui est un vieux complice, nous n'avions qu'une idée en tête : expliquer aux copains comment marchent un ordinateur, un téléphone ou encore Ariane. Bref, apprendre sans s'ennuyer. Michel a un enthousiasme fou et il explique vraiment bien. La preuve : je comprends tout...


- Après les remontrances du CSA, cet automne, votre pastiche du « Grand Rabbin des bois », faites-vous plus attention à vos sujets?
- D.: Je ne veux pas polémiquer avec le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Simplement, nous faisons régulièrement des blagues sur les Belges ou les Suisses. Ensuite, si un producteur juif, un auteur juif avec un comédien juif ne peuvent plus faire d'humour juif, alors qui peut en faire?


- Avec «Terre, attention danger», le dimanche, vous vous mobilisez avec le docteur Klein, pour l'environnement. Comptez-vous aller plus loin?
- D. L'émission reçoit un accueil chaleureux. Alors, si l'engouement persiste, j'aimerais créer les rangers du Club Dorothée pour monter des opérations sur le terrain avec des professionnels. Cela pourrait commencer, cet été, avec les incendies en Provence.

- Après le premier show à Bercy, en 1990, très rock, quelles seront les surprises du nouveau spectacle ?

- D.: Ce sera la même équipe de musiciens et de danseurs mais le concert sera encore plus grand et plus rock. Jacques Rouveyrollis a imaginé une batterie d'éclairage imposante: projos, lasers et effets spéciaux. Ensuite, cap sur les tournées jusqu'à fin avril, avant d'aller en Chine, en mai, au Festival de Shanghaï, et dans les territoires d'outre-mer.


- Vous avez souvent dit : « La TV, c'est ma drogue ». Jamais le besoin de souffler?
- D.: Je n'ai pas envie de prendre de la distance. Dans ce métier, je touche à toutes les activités : un moyen d'échapper à la routine. Egoïstement, je m'amuse bien. Et puis, j'aime ce rythme fou. Quand on a la chance de connaître le succès, il faut s'y donner complètement.


- Pas le temps alors de penser à devenir maman?
- D.: Ne vous inquiétez pas: je mène une vie normale. Simplement, je n'ai jamais rien planifié. Ce sera pareil pour les enfants. Et puis, je ne suis pas vieille, j'ai encore le temps.


Propos recueillis par François Cardinali


LES MUSCLES FIDELES AU POSTE
Comme d'habitude, les cinq Musclés, ici déguisés en Chinois, lors de la dernière tournée à Shanghai, seront sur scène avec Dorothée et son chef d'orchestre, Gérard Salesses. Batteur et chanteur, Bernard Minet garde un grand souvenir de Bercy, « immense et les cris des enfants qui accueillaient leur vedette ». Des Musclés en voix : ils le prouvent dans leur nouvel album d'où est extrait le premier succès, Petite Maman Noël. «Comme pour les chansons de Dorothée, nous faisons voter les téléspectateurs pour sortir les 45 tours. » Il devrait être suivi du Rap des Musclés. « Comme un d'œil à La Fête au village, car nous aimons bien les parodies. A la manière de nouveaux Charlots », dit Minet. Un chanteur qui poursuit sa carrière en solo avec Winspector, l'hymne officiel du dessin animé pavé de bonnes intentions. « C'est un héros qui combat le mal et défend le bien ».


Dorothée : "Ma vie sans enfants"

Télé 7 Jours - 11 Janvier 1992

On l'appelle encore et toujours la fée des enfants. Ils sont nombreux à regarder ses émissions sur TF1, à acheter ses disques et à applaudir ses spectacles, comme celui de Bercy, du 18 janvier au 2 février. Pourtant, quand elle rentre le soir, dans son appartement, aucune tête blonde ne l'attend.


Quarante-six kilos d'énergie et des chiffres d'affaires poids lourds. Une petite industrie à elle toute seule, Dorothée propose 26 heures d'émissions hebdomadaires, sur TF1, a sorti 13 albums en onze ans (12 millions de disques vendus), anime un journal mensuel pour 150 000 lecteurs et revient à Bercy, du 18 janvier au 2 février, avec un spectacle qui devrait battre le record (120 000 entrées) du précédent. Sans parler des compacts, des cassettes vidéo et de la soirée de Noël sur TF1, « Un cadeau » qui, avec 40% de part d'audience, a battu James Bond et ses « diamants éternels ».
Mais Dorothée n'aime pas les comptes. « Je ne possède aucune part de AB Production, qui produit mes émissions, mes disques et mes spectacles. Je connais seulement mon salaire à TF1.» Le montant, elle ne le dit pas. « Ça ne sert à rien d'autre qu'à provoquer des jalousies. Je suis très bien payée, mais ce n'est pas ça qui me pousse à travailler autant. Je n'ai pas été élevée comme ça. Chez mes parents, on ne parlait pas d'argent. On prônait plutôt l'effort, l'idée qu'il fallait chaque jour travailler à s'améliorer, ne jamais s'endormir sur ses lauriers. » Alors, en dépit d'une tendance naturelle à la paresse qu'elle n'a pas l'occasion de laisser s'exprimer bien souvent, elle bosse Dorothée: «Sans télé, je ne sais pas comment je vivrais. C'est devenu ma vie. Le matin, mon premier geste est pour la télé. Je regarde tout. Je suis capable de me laisser à ce point absorber par une série qu'il m'en arrive d'être en retard au studio ».
Il y a des télévisions partout dans son appartement, au cœur de Paris. Des petites et des grandes. Et parfois deux dans la même pièce, dont le ronronnement l'accompagne jusque tard dans la nuit. « Même quand je rentre à deux heures du matin, je ne peux pas m'empêcher d'allumer. » Une dévotion à la télévision qu'elle paie par une disponibilité de missionnaire. « Je ne sais plus faire quoi que ce soit sans avoir envie de le faire partager aux copains. »
C'est ainsi, souvent, qu'elle nomme ses jeunes spectateurs. «Que je voyage, que je parte en vacances, je les emmène avec moi. Ce que je regarde, je le vois avec leurs yeux. Mes curiosités, mes émotions, je les leur fais partager.»
Le Japon, le Maroc, la Guadeloupe, les États-Unis, la Chine ont ainsi défilé devant ses yeux en même temps que devant l'objectif de ses caméras.
«Je montre ce qui m'intéresse. Le public me répond en me disant, par son écoute et ses appels, s'il aime ou s'il n'aime pas. » Elle s'incline - c'est très rare mais cela arrive - quand le public ne la suit pas. «J'ai essayé deux fois une rubrique livres. C'est difficile ! » Elle essaie de nouveau. «De mes origines bretonnes, j'ai hérité d'une bonne dose de ténacité. Je peux me battre pour essayer d'imposer une émission à laquelle je crois et qui a du mal à s'imposer. Mais je ne suis pas têtue. Mes émissions, je les fais pour le public, c'est à lui de trancher. »
Ce qui ne l'empêche pas d'engager sa responsabilité. « On m'a beaucoup attaquée à cause des séries japonaises. Cela m'a affectée. Mon propos n'est sûrement pas de faire de l'audience en conviant les enfants à des spectacles violents. J'ai demandé à des spécialistes ce qu'ils en pensaient. Ils m'ont rassurée en m'expliquant que les enfants ne reçoivent pas la télévision comme ceux qui me mettaient en cause. Et que la violence des personnages de fiction que je leur proposais les défoulait plutôt qu'elle ne les traumatisait. Quant à privilégier la production japonaise... Je n'ai pas le choix. Même les fictions d'origine américaine, aujourd'hui, sont tournées au Japon. Ce n'est tout de même pas de ma faute si la production française est aussi faible ! »
Ce qui ne l'empêche pas, elle, d'avoir un petit faible pour les grands classiques dont a été bercée sa jeunesse. «Alice au pays des merveilles », qui a inspiré sa comédie musicale de Noël, la comtesse de Ségur, dont elle a tiré une série de cinq fois une demi-heure, «Les Misérables», que AB Production va réaliser en dessin animé.
"Les enfants aiment avant tout la diversité. Ce sont, comme les adultes, des individus avec des goûts et des envies très différents, mais qui eux savent regarder très intelligemment la télévision. Quand ils n'aiment pas, ils quittent l'écran ou écrivent.» Ou encore, ils viennent lui parler. « Si je pars autant en tournée, ce n'est pas par nécessité commerciale. Plutôt pour connaître le public en direct. Les enfants n'ont, vis à vis de moi, aucun complexe. Je suis chez eux tellement souvent. Pour moi, ce sont des copains. »
Il n'y a pas entre elle et eux « ces rapports de star à spectateur» qui empêchent le dialogue: « Ces copains ne me dérangent jamais. Ils m'abordent en toute simplicité. Partout avec eux, je me sens en famille. Je les observe. Ils m'étonnent avec leur maturité. A 5 ans, les enfants d'aujourd'hui ont les préoccupations qu'avaient, à mes débuts, les enfants de 12 ans. Tout les intéresse».
Depuis la rentrée, Dorothée a donc mis en place des rubriques autrefois occasionnelles: « Terre attention danger», le dimanche matin, avec le docteur Klein, sur les races d'animaux menacés de disparition et « Club Science», avec Michel Chevalet, le samedi. « Mon but n'est pas de me substituer aux professeurs qui font très bien leur travail mais plutôt de sensibiliser les enfants au monde futur dans lequel ils seront amenés à vivre. Tous ces sujets les passionnent. La vie des hommes aux différents points du globe aussi. Et nous allons de plus en plus les faire voyager par l'intermédiaire de la télévision. Ce sont les petites choses humaines qui permettent aux enfants de comprendre les grands problèmes. »
Dorothée avoue prêter beaucoup moins d'attention à l'actualité qu'aux petits faits et gestes des gens de son entourage. « Je ne vis pratiquement jamais seule. Ceux avec lesquels je travaille sont aussi ceux avec lesquels je sors le soir ou partage les vacances. J'invite parfois mes camarades de travail chez moi et je me promets de leur confectionner l'un de ces petits plats pour lesquels je collectionne les livres de cuisine. Hélas, il n'y a parfois qu'un œuf ou quelques pommes de terre dans le réfrigérateur quand je rentre. De toute façon, je suis tout à fait incapable de suivre une recette à la lettre! »
Incapable aussi d'infliger un ordre définitif à sa maison. «Je garde tout. Les dessins des enfants comme les rubans des paquets. Et je passe mon temps à ranger et déranger. » Dans la chambre, une centaine d'albums de BD attendent par terre d'être classés, dans un ordre différent, dans la bibliothèque. « J'ai horreur de tout ce qui est figé.» Dorothée est capable, à deux heures du matin, d'astiquer ses bibelots en argent. « Je ne planifie rien. Et encore moins ma vie privée. Comme tout le monde, j'aimerais avoir aussi un enfant. Jusqu'ici, l'occasion ne s'est pas présentée, mais rien n'est dit. »
A 38 ans, il serait pourtant peut-être temps d'y songer. «Je ne m'imagine pas en train de vieillir. Je vis les choses comme elles arrivent. »


Martine BOURRILLON
Photos Michel Marizy


JEAN-LUC AZOULAY, SON PRODUCTEUR, ÉCRIT LES PAROLES DE TOUTES SES CHANSONS. IL EST L'HOMME QUI LA CONNAIT LE MIEUX.

ELLE TRAVAILLE EN S'AMUSANT!


« On imagine que Dorothée un bourreau de travail, doublé d'une femme d'affaires, alors qu'elle travaille moins qu'on l'imagine et toujours en s'amusant. Elle n'est pas capable du moindre calcul de carrière ou d'argent. C'est d'abord une passionnée, pas du tout raisonnable.» Directeur d’AB Production et auteur des paroles de toutes ses chansons, dont «Les Neiges de l'Himalaya», en bonne place au Top (sous le pseudonyme de Jean-François Porry), Jean-Luc Azoulay a découvert Dorothée par hasard: « Une hépatite virale m'immobilisait au lit, devant la télé, et je l'ai vue. Ce qui m'a frappé en elle, c'est sa présence. On apprend, sauf cela. Elle l'avait, d'emblée.» Jean-Luc lui suggère de chanter. Elle ne voulait pas. «Il a fallu que nous la persuadions." Dorothée, enfant, a étudié la musique et en a gardé une bonne oreille. Il lui a été très facile de se mettre à la chanson. Elle a fait aussi de la danse, des claquettes, ce qui lui est très utile pour ses spectacles. Pourtant, au contraire d'autres artistes, elle ne travaille que lorsque les nécessités du spectacle le lui imposent. Elle a encore le trac chaque fois qu'elle doit monter sur scène, mais elle ne change rien à ses habitudes. Elle est comme les rock-stars. Elle aime l'ambiance "colonies de vacances des tournées, elle ne refuse pas une soirée qui se prolonge sous prétexte de spectacle. A la différence des rock-stars, elle s'occupe plus des autres que d'elle-même. Elle pense au bien être d'un technicien avant le sien, à la tenue d'un de ses partenaires avant la sienne. Ce qui lui vaut l'amitié et le respect de tous, mais ce qui est parfois un défaut pour une vedette qui devrait davantage veiller à son image. Elle, elle n'y songe pas. Elle vie à l'instinct. « J'aime, je n'aime pas » est sa seule philosophie. Mais elle a un jugement implacable. Il lui suffit d'un épisode d'une série pour vous prédire ou non son succès. Et pas seulement d'une série pour enfants. Elle a un œil extraordinaire. Dorothée est une de ces artistes que le public suit tout au long de leur évolution. Parce qu'ils ne trichent pas, ni sur leur âge ni sur ce qu'ils sont. Je vois bien Dorothée faire une carrière à la Annie Cordy ou même à la Maurice Chevalier. »


La course contre le temps

Intimité – 15 janvier 1992

Productrice, animatrice, chanteuse, elle n'a pas une minute à elle ! Tous les matins sur le petit écran, tous les soirs à Bercy, Dorothée, pourtant, avoue être paresseuse !


Elle est passée par ici, elle repassera par-là ! Elle est dans le studio 4... Trop tard, elle répète à Bercy. Rappelez dans trente minutes... Elle enregistre toute la journée... Vous aurez peut-être une chance pendant la pause ! Ouf ! Un vrai marathon que de courir après la blonde au nez (presque) aussi connu que celui de Cléopâtre. Dorothée n'est pas du genre lymphatique qui s'étire après le déjeuner en louchant sur le divan pour une sieste. Non, elle n'arrête pas une seule minute et l'on se demande bien où cette Bretonne toute me- nue puise son énergie sans se départir une seule minute de son sourire enjôleur :
« Energie ! vous voulez rire, je suis paresseuse et, le croirez-vous ? Il m'arrive de ne rien faire ! » Non !


Elle agace beaucoup de gens...
En tous les cas, ça doit faire un sacré bout de temps qu'elle n'a pas fait la grasse matinée, et pour cause : plus de vingt heures d'émission hebdomadaire, une centaine de personnes sous ses ordres, son grand show de Noël, ses enregistrements et, surtout, Bercy avec, chaque jour, 12 000 yeux de bambins (et de parents) qui viennent voir leur idole... aussi menue sur l'immense scène du Palais omnisports que sur l'écran de la télé du salon. Flemmarde, Dorothée ? Vous voulez rire...
Dans un certain milieu, elle est très controversée. Son goût pour les dessins animés made in Japan, sa réussite fulgurante et tout ce qu'on lui prête, à tort ou à raison (... ça l'exaspère !), en ont agacé plus d'un. Elle balaye tout ça d'un désarmant sourire, la tête penchée sur le côté, elle emploie toutes les ressources de son minois pour écarter d'une phrase un peu assassine les nuages qui pourrait faire ombre à son rapide succès. « La réussite est toujours suspecte ici. Je n'ai rien voulu de tout cela. Ma vie n'est pas celle d'une ambitieuse, j'ai fait des rencontres et on m'a fait confiance. C'est tout. Je ne suis jamais sûre de moi, je suis souvent morte de trouille, très peureuse et angoissée. C'est tout. Le système Dorothée ? Une bande de copains... »
Car, en plus d'être la responsable des émissions de jeunesse sur TF1, elle paie de sa personne en entraînant derrière elle tout le petit monde du Club Dorothée. Son truc, s'il y en a un, c'est qu'elle est besogneuse, dans le sens << fourmi >> du terme et, surtout, qu'entre la décisionnaire (elle), la productrice (elle), l'animatrice (elle) et la star (...elle) il n'y a pas d’intermédiaire : elle fait tout.


Sa vie privée ? La loi du silence !
Son credo, à Dorothée, ce n'est pas les bambins mais la famille. « Je crois en la famille avant tout. Mon public est familial, ma vie c'est ma famille et, dans mon travail, c'est une famille de copains... Il n'y a rien d'autre... » C'est vrai, elle ne prête pas le flanc aux ragots, on ne la voit jamais rigolarde dans une soirée arrosée ou dans des mondanités quelconques. Elle avoue avoir des journées agitées, des soirées spaghetti chez les copains et des matins calmes... Sa vie privée ? Grand mystère jalousement préservé. Seule entorse à cette loi du silence, comme un aveu : « J'adore les gamins, j'en aurai sûrement. » Après un moment de silence elle ajoute : « ... Un jour. » Le temps de noter cette dernière réponse, elle est déjà partie ! Envolée...

Georges Duroy


Dorothée : un retour tonitruant

France-Soir – 18 janvier 1992

Dans les lasers et accompagnée de quatre danseurs congolais, la « Do » chantera non stop, avec énormément de nouveaux titres.

0n l'attend pile à l'heure, sûre d'elle, maquillée juste ce qu'il faut pour rehausser le sourire tonique, bref, parfaitement nickel et sans surprise... Et (joie !) Miss Dorothée surgit sur les braises, légèrement en retard, ses yeux tout rouges, ce matin-là, cachés derrière des petites lunettes noires à la Lennon qu'elle enlève aussitôt par politesse.
« Pardonnez-moi. Je sors de chez le médecin. Je me suis réveillée avec des yeux de lapine moitié fermés. Ça va mieux maintenant. Mais quelle angoisse. A la veille de Bercy, ce n’est quand même pas le moment de m'attraper une conjonctivite ! C'est une responsabilité, un show pareil. Alors, je m'accroche, je m’accroche ! »

DOROTHÉE-ROCK. Savoir si à force de brûler ses énergies à la chaleur des studios cathodiques, la Do ne s'est pas fabriqué, elle-même, son virus ? Etonnant, quand même, ce petit bout de femme que l'on décrit comme une industrie à elle toute seule, avec ses 26 heures d'émissions hebdomadaires sur TF 1, ses treize albums en onze ans (dont 12 millions vendus), ses (chaque fois plus pantagruéliques) rock-shows pour enfants, ses tournées au Japon, au Maroc, en Guadeloupe, aux États-Unis, et ses ravages à Chang-Hai (dans le cadre du Festival d'art) auprès de milliers de petits Chinois fa-na-tiques ! « Là-bas, ils m'appellent DorothéeRock. Parce que, pour eux, ce que je fais, c'est carrément du hard ! »
Forte et fragile, la voilà donc, aujourd'hui, dans les pires affres de l'angoisse et dans l'incapacité totale de les maîtriser. « Cette nuit encore, j'ai rêvé qu'on était à deux heures du spectacle et qu'il me tombait toutes les catastrophes de la terre sur la tête. Heureusement que ce genre de cauchemar conjure le sort ! »


LASERS. Il va bien falloir. Pour ce retour tonitruant, la petite souris va encore accoucher d'une montagne. Nouvelles générations de retours son, nouvelles générations de lasers commandées par le capitaine Rouveyrollis, ambiance chaude et exotique sur plusieurs titres. Détail qu'elle ne peut pas nous cacher (bien qu'elle cultive le suspense), puisqu'on a vu passer des paillottes sur le dos des déménageurs. « C'est vrai que j'ai invité une troupe de quatre danseurs congolais. Je les avais connus dans mon dernier spectacle, « La Machine à voler ». Je les adore parce qu'ils sont drôles et qu'ils ont toujours le sourire. »


ROBOTS ET B.D. Cette fois, les Musclés restent à l'orchestre. « C'est moi qui chante non-stop tout du long. Ça ira de « La Menteuse aux « Neiges de l'Himalaya » avec énormément de chansons nouvelles ! Le trou de mémoire, c'est quelque chose qui m'angoisse. Surtout que je me laisse distraire facilement par ces petites puces, devant moi, qui se tortillent dans tous les sens sur mes chansons. Ils sont tellement craquants qu'ils sont capables de me faire perdre le fil. »


SPÉCIALISTE EN MAYONNAISE. Décidément, pas si blindée qu'on l'imagine cette miss boulot-boulot-boulot. « Ça, c'est encore une légende. Je ne travaille pas plus que les autres. J'ai le temps de me prendre de longs week-ends à la campagne, de sortir le soir, de faire mes lessives (ça j'adore, ça me défoule),


La PME Dorothée

Le Point – 18 janvier 1992

Chaque âge a ses plaisirs, chaque tranche d'âge ses stars. Combien seront-ils, les 3-12 ans, à venir voir Dorothée en chair et en os dans ce Palais de Bercy transformé, pour la circonstance, en pays des Merveilles. Des milliers, sans doute. Des nuées, en tout cas. Tapageurs. Remuants. Aussi idolâtres que les lycéennes en pâmoison devant Patrick Bruel. Avec, sur les lèvres, les paroles des « Neiges de l’Himalaya », le dernier tube Top 50 de leur madone. Cette chanson-là, ils la connaissent par cœur. Comme toutes les autres, de « Rox et Rouky » à « Hou, la menteuse, qui ont fait le bonheur des réfectoires et des cours de récréation, pas toujours celui du cercle de famille. Il faut croire que la « dorothée-mania » est un des passages obligés de l'enfance, au même titre que le carambar et la varicelle. Et la fièvre n'est pas près de tomber : Bercy achevé, Dorothée partira en tournée. Trois mois à travers la France, puis cap sur l'outre-mer et, en mai, sur la Chine qui, depuis 1990, où elle avait été l'invitée d'honneur du Festival de Shanghai, l'a reconnue pour vedette.
Programme chargé ! Surtout lorsqu'il faut, aussi, assumer le quotidien, c'est-à- dire les mille deux cents heures annuelles des programmes Jeunesse de TF1 (dont elle est la directrice) et l'animation du Club qui nécessite sa présence permanente à l'écran. Mais, heureusement pour elle, Dorothée, de son vrai nom Frédérique Hoschédé, Bretonne d'origine, yeux noisette, ne navigue pas en solitaire, elle a ses anges gardiens.
Ce sont eux qui déblaient le terrain, signent les contrats, produisent les émissions placées sous le label Dorothée, veillent à l'intendance... et au grain. Ils ont nom AB Productions. A, pour Jean-Luc Azoulay, B pour Claude Berda. Celui-ci tient les cordons de la bourse et gère une société qui n'en finit pas de se développer. Celui-là, qui fut, jadis, le secrétaire de Sylvie Vartan, ne se préoccupe que de l'artistique et, sous le pseudonyme de Jean- François Porry, écrit, entre autres, depuis plus de dix ans, toutes les chansons de Dorothée. Attelage sans défaillance entre ces deux associés pour le meilleur et pour le pire, même si, parfois, le gestionnaire tente de freiner les dépenses de saltimbanque.
C'est qu'à elle seule AB Productions se pose, toutes proportions gardées, en véritable concurrente de la SFP (Société française de production) qui, de son bastion délabré des Buttes-Chaumont, a vu, non sans aigreur, le gâteau crémeux des productions Jeunesse lui échapper. Et manifesté quelque humeur devant la stratégie expansionniste d'AB. N'est-elle pas allée jusqu'à lui refuser la location des costumes dont le Club Dorothée et les séries qu'il patronne font une ample consommation ?
Résultat AB a fondé son propre atelier de couture. Puis, sur sa lancée, des studios de tournage et d’enregistrement : 4 000 mètres carrés au sol sur la Plaine-Saint-Denis, à l'est de Paris, auxquels s'ajouteront bientôt quatre mille autres mètres carrés. En tout, plus de 14 000 mètres carrés de bâtiments comprenant les différents studios et les bureaux réservés aux trois cent cinquante salariés de la société. Pour quel chiffre d’affaires ? Deux cents millions de francs, murmure-t-on ici et là ! « Depuis ses débuts, se contente de dire Jean-Luc Azoulay, Dorothée a vendu treize millions de disques ! » (Distribués par BMG). On se doute bien que ce quasi-impérialisme d'AB sur les productions Jeunesse – et son succès - fait des envieux.
Aux happy few, comme aux protecteurs de la santé morale de nos enfants, qui s'élèvent contre la violence de certains dessins animés japonais diffusés dans le Club Dorothée, sinon contre la niaiserie de l'idole des mômes, Azoulay répond : Une équipe de psychologues, attachés à notre firme, visionne tous les films que nous programmons. Nous tenons compte de tous leurs avis... Dorothée, elle, n'a pas hésité, au cours d'une de ses émissions, à s'élever contre l'instauration de quotas français et européens qui, à partir du 1er avril, mettrait en péril la programmation de ses dessins animés... » Et elle en a appelé au public des enfants pour qu'il fasse connaître son opinion. Nous voilà bien loin de Bercy.

ROBERT MALLAT


Dorothée sur la planète Bercy

Le figaro – 18 janvier 1992

Cent trente mille enfants sont attendus pour fêter son nouveau spectacle. Avec rayons laser et son omnidirectionnel.


Ce soir, sous le feu des 10 000 projecteurs de Bercy, une diablotine blonde montée sur ressort chantera à tue-tête Les Neiges de l'Himalaya et ses 22 autres tubes. 12 000 bambins, accompagnés de leurs braves mamies, scanderont avec frénésie le prénom de leur pop-star préférée : Dorothée ! Dorothée !
Pour l'heure, Dorothée at- tend le coup de baguette magique qui lui fera oublier son trac, sa fatigue et ses courbatures - à force de sautiller dans tous les sens, l'idole des juniors a les gambettes dans la semoule. Pour ce nouveau spectacle à Bercy, Dorothée a bien fait les choses. Elle a demandé à Jacques Rouveyrollis de régler les lumières.
« Nous avons trois lasers de la nouvelle génération » explique-t-elle avec fierté. Et elle sera entourée de ses inséparables musiciens Les Musclés, de huit danseurs, de deux choristes et d'un groupe de chanteurs et danseurs congolais. Le tout enveloppé par un son omnidirectionnel.
Mais qu'est-ce qui fait courir Dorothée ? L’argent ? La gloire ? « Ni l'un ni l'autre », rétorque-t-elle. « Avant tout je m'amuse. Et j'aime autant faire de la télévision que de la
scène ou des albums. Je ne planifie rien. Je vis le moment présent en essayant d'être positive. Comme je le dis dans une de mes chansons : « Tous les jours de bonheur, je les mets dans mon cœur. Tous les jours de pluie, je les oublie. »


« Être honnête avec eux »
L'animatrice et' directrice de l'unité jeunesse de TF 1 a-t-elle oublié ce jour plutôt pluvieux où elle demandait aux enfants, lors de son Club Dorothée, de défendre son émission ? « Au cours du Club, les enfants votent par Minitel pour leur série préférée. Depuis longtemps déjà, Ils ne comprenaient pas pourquoi on ne passait plus leurs dessins animés japonais. Et Ils râlaient. Les enfants ne sont pas idiots ! »
« Alors j'ai décidé de leur dire la vérité. Je leur ai donc expliqué que le Conseil supérieur de l'audiovisuel avait demandé à toutes les chaînes de programmer aux heures de grande écoute des programmes français et européens. Et j'ai ajouté que s'ils n'étaient pas contents, ils pouvaient envoyer des lettres au CSA. Voilà. Je n'avais pas du tout l'intention de les manipuler mais seulement d'être honnête avec eux. »


Emmanuèle FROIS.


Je ne suis pas une fée

Le Parisien – 18 janvier 1992

Avec ses vingt-six heures de télé par semaine, son journal, ses disques, elle exaspère quelques grands, mais les petits lui restent fidèles. En rockeuse, elle les attend dès aujourd'hui à Bercy. Auparavant, elle a bien voulu se prêter au jeu acide de la vérité.


- « Le Parisien ». De plus en plus rockeuse... pour sacrifier à la mode ?
- Dorothée. Pas du tout. Je ne la suis jamais, à part peut-être un petit rap pour faire plaisir aux « copains » ... C'est comme ça que j'appelle mon public. Le rock, j'adore ça. Eux, ils aiment bien. Tant mieux !


- « L.P. ». Qu'avez-vous dans votre discothèque, et, plus jeune, quelles étaient vos idoles ?
- D. Je n'ai pas de discothèque... Il me faudrait une semaine pour tout ranger... J'écoute tout ce qui passe... Gamine, j'étais folle de Fred Astaire, de Shirley McLaine et Marie Laforêt. Puis j'ai adoré Paul Simon et les Beatles. Mais je n'avais rien d'une groupie. Pas de poster, par exemple ! Ma chambre était recouverte d'un tissu hyper-coloré, sans rien dessus.... Ça n'a pas changé.


- «L.P. ». Ce sont des impératifs commerciaux qui président à votre nouveau spectacle à Bercy ?
- D. - C'est un besoin personnel, un moyen de se faire plaisir. L'argent, on risque d'en perdre ! La télé me frustre un peu. Les frissons, c'est face aux gens qu'on les ressent. L'année dernière, par exemple, avec « les Musclés », on s'est offert une petite tournée spontanée. Très égoïstement. Juste pour se ressourcer


- « L.P. ». Parce que vous préférez les comptes aux contes ?
- D.-Oh ! que non ! Quand on me demande combien je gagne, je ne le sais même pas. Si l'argent m'intéressait, j'aurais demandé quelques parts à mes producteurs.


- « L.P. ». Aucun goût de luxe, alors ?
- D. Pas de Ferrari, pas de diamant... Ah, si ! Parfois, je dévalise les boutiques de tee-shirts et de jeans... Je me suis offert aussi le Concorde, et j'ai un appartement sympa... mais pas gigantesque.


- « L.P. ». Où vous vivez seule... Pourquoi ?
- D. Seule, j'y suis trop rarement pour me plaindre quand cela arrive. J'en profite au contraire pour ne plus parler, pour changer et rechanger mes meubles de place, pour dévorer ce qui passe à la télé, tout y compris les séries les plus nulles sauf les débats politiques. Et puis, j'adore ranger ma collection de canards, mon bric-à-brac de souvenirs...


- « L.P. ». Et les hommes ? Vous les cachez ou vous les détester ?
- D. Ma vie privée, c'est la seule chose que je cache... Mon seul secret... Mais, ne vous inquiétez pas, j'ai une existence tout à fait normale !


- « L.P. ». - Sans enfant, en tout cas...
- D. Rien n'est joué. Et si le destin ne le voulait pas, ce serait une tristesse compensée
par tous les enfants qui me côtoient... Finalement, je profite de leurs meilleurs côtés.

- « L.P. ». — Vous qui voyagez beaucoup, trouvez-vous que les enfants d'ailleurs sont les mêmes ?
- D. — Oui, mais ceux qui connaissent moins de choses - les petits Chinois, par exemple- sont encore plus ouverts à tout.


- « L.P. ». — Star en Chine, c'est parce que vous menez tout le monde à la baguette ?
- D. C'est par hasard, à cause d'une vidéocassette... Là-bas, ils me prennent pour une chanteuse de hard-rock, et ils aiment ça. Quant à la fameuse baguette, je suis peut-être un peu sévère, mais pas odieuse. Enfant, j'étais chef de bande entourée de garçons. Après, je suis devenue chef de classe. C'est comme ça. Je crois à une certaine discipline en matière d'éducation aussi. Le seul danger, c'est de bien doser pour ne pas les rendre timides.


- « L.P. ». Si vous aviez un enfant, honnêtement, préféreriez-vous qu'il écoute la Mano Negra et Henri Dès, ou seulement du Dorothée ?
- D. Sur ce plan, il ferait ce qu'il voudrait. Moi, j'aime bien Henri Dès, mais j'aime aussi Henri Salvador et, toute petite, je chantais Brassens et Brel. Je me souviens que j'étais très embêtée parce que, dans la chanson de Brel « les Bourgeois, c'est comme les cochons », je ne savais pas ce que voulait dire « bourgeois » ! En fait, vous savez, je ne force pas les enfants à aimer quoi que ce soit.


- « LP. ». Même avec vingt-six heures de programme par semaine sur TF 1 ?
- D. Quand mes << copains >> me diront d'arrêter, j'obéirai immédiatement.

- « L.P. ». Et la violence des dessins animés japonais ?
- D. Savez-vous qu'ils sont créés sous le contrôle de psychologues. Pensez-vous, autrement, que je prendrais le moindre risque ? Les enfants portent sur les choses un regard qui leur appartient. Ils ont un sens critique très sélectif.


- « L.P. ». Que pensez-vous des adultes qui vous critiquent ?
- D. Certains d'entre eux ne m'ont jamais regardée, ça c'est énervant. D'autres sont jaloux. De toute façon, on ne peut pas plaire à tout le monde et je respecte les goûts de ceux qui, objectivement, ne m'apprécient pas.


- « L.P. » Et savez-vous pourquoi beaucoup d'enfants vous apprécient ?
- D. Pas vraiment et c'est très bien comme ça. Peut-être aiment-ils que je ne compose jamais. Que je livre en vrac mon côté clown et mon côté sérieux.... Avec à peu près le même âge qu'eux.


- « L.P. ». - Quarante ans dans dix-huit mois, cela vous fait peur ?
- D. Je m'en fous ! Je compte encore sur mes doigts pour savoir mon âge. Je suis bien dans ma peau. Je ne me sens pas vieillir. Un jour, on va m'appeler << mamie Dorothée >> sans que j'aie vu le temps passer.


- « L.P. ». Animerez-vous alors des émissions pour le troisième âge ?
- D. Pourquoi pas ? Dans l'univers de mes « copains », il y a déjà leurs grands-parents. Ce sont d'ailleurs les grand-mères qui racontent les plus belles histoires...


- « L.P. ». Vous vous sentez une âme de fée ?
- D. Je ne suis pas une fée. Je vis dans le rêve depuis toujours mais je me sens plus moderne que les fées.
Propos recueillis par Alain Morel

La plus grande scène française
CENT TRENTE personnes, dont les Musclés, quatre autres musiciens, deux choristes, huit danseurs et un groupe congolais vont contribuer à faire du spectacle de Bercy, qui commence ce soir pour se terminer le 2 février, l'un des plus importants jamais produits.
S’il signe lui-même la mise en scène, le producteur Jean-Luc Azoulay n'a pas lésiné sur les moyens. Rouveyrollis aux éclairages avec 10 000 projecteurs et trois lasers nouvelle génération, des décors somptueux reconstituant des gradins à la romaine et la plus grande scène jamais montée en France... Pas question de se contenter du tremplin qu'assure habituellement la scène (12 millions d'albums vendus en onze ans et quatorze disques).
Suivra une gigantesque tournée à travers le monde, de Tahiti aux Caraïbes, en passant par les Antilles, la Chine ou l'Australie.
A.M.