Articles - 1992 - Page 2
- Dorothée à Bercy
- Elle est capable de tout
- Du punch, la gamine
- Dorothée : la pêche !
- Dorothée : La grande star des petits
- Dorothée : animée d’un grand dessein
- La nique aux méchants
- Dorothée, la vedette
- "Do" donne le "La" pour la rentrée
- L'animatrice préférée des enfants retrouve Bercy pour la seconde fois
- Dorothée - Vive les vacances
- Le bide de Dorothée
- Dorothée - "Peyo, mon ami"
Dorothée à Bercy

Libération - Janvier 1992
Le Yalta des stars de la pré-puberté semble avoir connu, ces derniers temps, quelques remaniements notables. Exit l’accorte Douchka, d’ailleurs toujours restée anecdotique malgré des velléités expansionnistes au milieu des années 80 ; crépuscule de l’empire Chantal Goya-Debout, miné par la sénescence ; courbe ascendante en revanche, pour Anne, l’alter-ado de Foucault (donc de Louvin, donc de TF), placée sous la bonne étoile d’Euro Disneyland et qui pourra, prochainement, vérifier l’impact de ses tuteurs protecteurs en de lucratives matinées Olympia.
Reste le cas Frédérique Hoschedé, que nul (pas même Truffaut) ne songea jamais appeler autrement que par son auto-sobriquet : Dorothée.
Nœud gordien des parents, soucieux de préserver leurs progénitures de la contamination cathodique. Car d’aucuns reprocheront à la dame de ne pas se donner dans la demi-mesure : quotidiennement, dès 6hr30, fictions manichéennes et violentes, dessins animés nippons à la chaîne, menacés par la règle des quotas, d’où un vibrant appel aux enfants à témoigner de leur mécontentement auprès du Comité de surveillance de l’audiovisuel (sic), saynètes « comiques » assénées par l’inamovible clique à Jacky, Simpson Jones & co… et audience optimale amenant l’égérie des cours de récré (ex A2) à devenir directrice des programmes jeunesse de TF1.
Ce qui n’empêche pas de poursuivre sa conquête sous pavillon AB Productions : le « Club Dorothée » marche du feu de dieu (symbiose entre la chaîne er la société, mutuellement épaulée), 14000 mètres carrés de bâtiments (bureaux et studios) sont réquisitionnés à la plaine Saint Denis et 350 salariés font tourner la maison. Deux données finissant de convaincre la viabilité économique du filon : un chiffre d’affaires estimé à 200 millions de francs et 13 millions de disques vendus. Ce qui nous amène enfin à Bercy, ou séjourne l’immuable Dorothée jusqu’au 2 février (plus de 100 000 tickets placés), avant d’aller coloniser la province, l’outre-mer et Shanghai, au printemps.
L’an dernier, l’annonce faite au public présentait l’idole au saxo, cette fois ci, à faire tourner de l’œil les adorateurs de Chet Atkins, Merle Travis, Costello ou MacGuinn, l’arme fatale s’appelle Rickenbacker. Rock au parc ?
Ce mercredi après-midi, plusieurs indices trahissent la nature de l’évènement : autour du POPB converge un public microscopique ; il n’y a pas de marché noir et les seuls prospectus distribués annoncent les Tortues Ninja en visite au Zénith.
14h15, une voix intergalactique tonne « Préparez atterrissage sur planète Bercy », lasers verts, faisceaux blancs affolés, synthés pompiers, la scène descend du plafond. Dessus, les désolants Musclés, limités au rôle de faire-valoir, huit danseurs bariolés, deux choristes… et Dorothée. Mince, blonde, blanche. Les neiges de l’Himalaya et deux ou trois civilités suffisent à marquer le territoire, balisé comme suit : pop premier âge ; synthés, guitare, basse, batterie – bref « tout ce qu’il faut pour jouer du rock ’n roll », basique, initiatique (Ou est le garçon ?) -, ballades introduites sur le mode « Il n’est pas très facile d’entendre ou de lire ce que des gens méchants peuvent dire ou écrire, grâce à vous je les oublie », techno, guitare en bandoulière, Dorothée gratouille ; country (Marylou).
Entracte : bouchon aux toilettes, marketing direct (au choix : casquette à visière, baladeurs, bananes, CD, vidéos, seules les barbe à papa écharpant à la griffe), pubs sur écrans géant (BN, Malabar, Smarties…) messages (« Les enfants égarés sont à récupérer sur le côté droit de la scène à la fin du spectacle… »).
La reprise est plus world : quatre danseurs congolais, deux huttes animées et un éléphant d’abord ; ensuite bifurcation slave (Nicolas et Marjolaine) ; avant repiquage au « rock and roll », en titre hommage à Bill Haley (Merci Mr Bill d’avoir eu cette idée folle). Et la soucoupe scénique de remonter vers la voûte, laissant son commandant de bord recueillir les offrandes er prendre congé, sur cette ultime confidence : « Quoi qu’il puisse arriver, mon plus beau cadeau ce sera toujours vous » »
- LIBERATION. Que pensez-vous de la qualité des programmes télé que vous présentez ?
- DOROTHEE. On les calcule et on évolue en fonction de ce que les copains veulent ou pas.
- La violence des dessins animés est souvent mise en cause…
- Il n’y a pas de violence, mais de l’action, du mouvement ; tout est basé sur la vie normale d’un téléspectateur par rapport à un héros : il a une mission, connaît des hauts et des bas, mais finit toujours par vaincre. En outre, pour éviter tout problème de traumatisme, un comité de psychologues surveille chaque épisode de chaque série.
- N’avez-vous pas de scrupules à exploiter ainsi le créneau enfantin ?
- Exploiter est un mot dur qui ne fait pas partie de mon vocabulaire. Il y a plein d’enfants qui ne partent pas en vacances, ne peuvent jouer au foot ou au tennis, TF1 leur propose des rendez-vous précis, aux parents de dire « Tu regardes ou tu regardes pas »
- Une famille avec deux enfants qui vient vous voir à Bercy dépense environ 1000 francs.
- Je ne connais pas les prix des places… De gros moyens ont été mis en œuvre, on ne pouvait pas faire moins cher.
- Vous avez opté pour un « tour de chant »
- C’est la première fois. On avait commencé par la comédie musicale, pour le premier Bercy, les Musclés chantaient avec moi ; alors là, on a choisi la formule orchestre-danse.
- Le son est fort
- Les normes sont respectées
- Avez-vous des enfants ?
- Non. J’ai encore le temps… pas énormément mais bon…
Gilles RENAULT
Elle est capable de tout

Le Maine – 14 février 1992
A la fois admirée et contestée, il n’empêche : elle fait 26 heures de télé par semaine, elle édite un journal, ses disques se vendent par millions d’exemplaires : Dorothée !
Elle est au Mans demain. Quand on lui demande pourquoi les enfants l'apprécient, elle répond en toute simplicité : « Peut-être aiment-ils que je ne compose jamais. Que je livre en vrac mon côté clown et mon côté sérieux... avec à peu près le même âge qu'eux ».
C'est à l'occasion d'un concours inter-lycées, quand Dorothée était encore scolaire, qu'un des membres du jury lui demande à brûle-pourpoint : « Cela vous intéresserait-il de faire de la télévision ? ». Quelques mois plus tard, elle est engagée pour animer les premiers « Mercredi de la jeunesse ». C'est en 1974.
Après l'éclatement de l'O.R.T.F., elle fait cent petits métiers... Cent misères. Mais la chance tourne en 1977, Antenne 2 la rappelle. Ce sera « Dorothée et ses amis », puis « Récré A2 mercredi ». Coup sur coup, elle tourne deux films, « L'Amour en fuite » de François Truffaut et « Pile ou face » de Robert Enrico, et enregistre son premier disque. En 1981, c'est l'Olympia.
En 1987, elle quitte A2 pour TF1 où elle est nommée responsable de l'Unité Jeunesse. Elle crée le club Dorothée.
Ce qui suit est une longue suite de succès. Elle accumule les disques d'or et de platine : « Attention danger », « La machine avalée », « Tremblement de terre », « Chagrin d'amour », pour citer les derniers.
De surcroît, Dorothée est aussi une star à l’étranger : aux U.S.A. où elle reçoit la distinction « Golden Rell Award », en Grande-Bretagne où elle est la vedette d'une série sur « Channel Four », en Chine où elle donne des représentations, vend ses disques à Shanghaï (invitée d'honneur du festival de télévision) et à Canton. « Là-bas, ils me prennent pout une chanteuse de hard-rock et ils aiment ça ».
Elle réapparaît sur scène avec une brassée de nouveaux titres, accompagnée de quatre danseurs congolais. Le mois dernier, Dorothée a fait le plein à Bercy. Sa tournée passe par Le Mans.
Vingt ans de carrière et un succès toujours aussi total. « Je suis comme je suis. Avec les enfants, on est copains. Je ne suis ni une maîtresse d'école, ni leurs parents. J'ai leur âge."
N. V.
Du punch, la gamine

Ouest France – 17 février 1992
Bouquet final du spectacle, le moment que les enfants attendent le plus. Arborant un tee-shirt aux couleurs du Mans, Dorothée reçoit les fleurs que son public lui tend.
Les salles à moitié vide, Dorothée ne connaît pas. Le Forum du Mans, archicomble, n'a pas fait exception à la règle, samedi. Parents et enfants ont assisté à un spectacle plutôt sixties et « musclé ».
« Venons d'atterrir sur planète Le Mans », annonce une voix sortie de nulle part. La planète Le Mans, grande d'impatience, 3 000 regards convergent vers la scène, couverte d'un écran de fumée. Les plus petits trépignent et scandent, « Dorothée, Dorothée ».
Soudain, elle avance, longue silhouette frêle, éternelle adolescente. De longs murmures et des salves d'applaudissements accompagnent son entrée. Et c'est parti pour deux heures d'un spectacle très rock, mené à un rythme d'enfer (il y a même une chanson dédicacée au roi Bill Haley).
Elle a du punch Dorothée et cherche à le communiquer. Le concert ne doit pas être passif. Entre deux tubes, elle harangue son jeune public : « Ici, vous avez le droit de tout faire. Taper des mains, des pieds, crier, hurler... C'est comme ça que je vous aime. » Et ils tapent des mains, des pieds, crient et hurlent. Leurs regards parfois ébahis, admiratifs, tendent vers leur idole. Ils reprennent en chœur « les Neiges de l'Himalaya », « Maman », « Monsieur l'ordinateur »... On surprend de nombreux parents qui chantent eux aussi.
Un monde sans pitié
Au pays de Dorothée, il y a quatre danseurs, deux choristes et huit musiciens, dont les fameux Musclés. Le spectacle ne peut être comparé à celui de Bercy (exiguïté de la scène oblige), mais les jeux de lumière et de lasers n'en sont pas absents. La chorégraphie présente plusieurs facettes : futuriste, exotique et style western. Dans le monde de Dorothée, on ne trouve pas que des gentils. « Il n'est pas toujours facile d'entendre ce que certains disent sur nous. Mais tant pis pour les méchants et les jaloux. »
Les méchants se seront reconnus. Ce sont ceux qui reprochent à l'animatrice le caractère parfois violent ou simplet des dessins animés ou séries (japonais, le plus souvent) qu'elle diffuse. « Mais je sais qu'avec vous, j'ai des millions d'amis. Le sourire d'un enfant est mon plus beau cadeau. » A la fin du concert, ils étaient des centaines à se précipiter vers scène, les bras chargés fleurs.
Nathalie VACHER
« Je l'écoute tous les matins et tous les soirs. Je lui ai écrit une lettre », déclare Aurore, toute excitée. Pour Charlène, 6 ans, voir Dorothée était une surprise. « C'est son cadeau d'anniversaire, explique son père. A la maison, nous mangeons du Dorothée et des Musclés à toutes les sauces. Cassettes, disques, vidéos... » Quant à Alexandre, 9 ans, c'est la troisième fois qu'il voit la chanteuse en chair et en os. « Je l'ai vue à Bercy et au Mans. Une rose à la main, il n'a qu'une angoisse ! J'ai peur de ne pas pouvoir l'embrasser. » « Jolie et gentille », ce sont les qualificatifs des enfants.
Mais qu'est-ce qui fait courir Dorothée ? « La tournée est très fatigante mais dès que je suis devant mon public, la magie est là... Le spectacle est aussi dans la salle. Il n'est jamais le même. Ici, les enfants sont bien élevés mais j'ai vu des choses fascinantes, comme des parents qui dansent le rock avec leur fille... C'est une chance de faire ce métier avec un public aussi divers. »
Vingt ans de carrière et un succès toujours aussi total. « Je suis comme je suis. Avec les enfants, on est copains. Je ne suis ni une maîtresse d'école, ni leurs parents. J'ai leur âge."
N. V.
Dorothée : la pêche !
La liberté de l’est – 27 mars 1992
Succès mérité pour la grande sœur du mercredi après- midi
Etudié, orchestré comme du papier à musique. La Dorothée's mania a frappé hier soir devant des milliers d'enfants, de parents... de grands-parents.
Chorégraphies cadencées et costumes bigarrés ont ravi les petits pendant plus de deux heures. Pas guimauve pour un sou, mais un tantinet fleur bleue, juste ce qu'il faut, Dorothée a enchaîné les chansons sur un rythme d'enfer. Des aventures de Marie-Lou au far-west aux espiègleries d'un ordinateur amoureux, la salle résonnait des rires et des applaudissements des bambins survoltés.
Rock ou twist, pas le temps de souffler. Les musclés, incomparables complices de scène donnaient la réplique et le répertoire prenait souvent des allures de comédie musicale. Dans les gradins, ça s'agitait ferme. On chantait, criait, se dandinait dans les allées...
C'est juste si on avait le temps d'avaler une poignée de popcorn.
Surprise partie géante sur fond de lasers et de spots multicolores. Des décibels plein les oreilles les parents sont repartis sonnés, mais les enfants, oh! combien comblés.
Photos: Joel Alexandro
Dorothée : La grande star des petits
Le Soir illustré - 1 avril 1992
Elle est de retour! La fée Dorothée arrive en Belgique pour deux spectacles (les 4 et 5 avril) à Forest-National. La chanteuse pour enfants la plus populaire de France va faire rougir les mômes de plaisir et les parents de colère. C'était l'occasion pour nous d'approfondir ce qu'il est convenu d'appeler le « phénomène Dorothée ».
Quarante-six kilos d'énergie, cent soixante-deux centimètres de nerfs d'acier, une vingtaine d'heures de programme hebdomadaire sur T.F.1, treize millions de disques vendus et des milliers de petits fans qui attendent sa venue prochaine. Un petit bout de femme qui engendre les passions mais aussi les critiques. C'est ça, le phénomène Dorothée.
- Elle est vraiment chouette, Dorothée, s'exclame la petite Jézale, 8 ans bien sonnés. J'aime ses chansons et j'en fredonne certaines dont je connais les paroles. Malheureusement, je n'ai jamais eu l'occasion d'aller la voir en concert. A la télévision, je la regarde parfois, après avoir fait mes devoirs.
Clothilde et Damien, 4 et 5 ans, sont, eux, de vrais inconditionnels du Club Dorothée. A l'instar de milliers d'autres mômes, ils passent en moyenne deux heures quotidiennement devant le petit écran... dès le saut du lit et surtout en fin d'après-midi. Ils aiment tout chez Dorothée: ses compagnons de plateau, ses jeux, ses concours, ses chansons, ses dessins animés. Tout.
Depuis qu'elle a commencé sa carrière de chanteuse et d'animatrice d'émissions pour enfants, il y a une quinzaine d'années, Dorothée a rencontré un succès grandissant et même retentissant. Aujourd'hui, elle a envahi l'écran de T.F.1. On la voit tout le temps : le mercredi après-midi, le samedi et le dimanche matin mais aussi quotidiennement dès l'aube et après le sacro-saint goûter. Elle fait partie de la famille, en quelque sorte. Elle séduit les enfants. Elle énerve les parents. Analyse.
A coup sûr, les enfants aiment Dorothée, dit Agnès Lejeune, journaliste-animatrice à Vidéothèque sur R.T.B.F. 1. Elle réussit à capter ce quelque chose qu'ils ne trouvent pas ailleurs. D'abord, elle est là, le matin, le soir, les jours de congé. Elle est toujours présente à la même heure. Elle ne loupe jamais un rendez-vous. C'est du béton! Elle ne fait pas de faux-bond. Et, ça, le gosse apprécie. Il se sent donc en sécurité. Il retrouve quotidiennement ses points de repère. Et puis, souvent seul devant la T.V., l'enfant aime qu'une personne lui parle. Dorothée, avec toute son équipe, parvient à créer un cli- mat de convivialité dans lequel le môme se sent bien ou, tout au moins, se sent à l'aise. Par contre, il n'y a pas de projet éducatif. Les émissions sont faites, bien sûr, pour divertir les jeunes mais aussi pour les faire consommer et acheter.
Et c'est précisément ce côté-là qui dérange, qui agace beaucoup les parents et, petit à petit, les enfants. C'est clair, tout le monde sait qu'à T.F.1, l'audimat est la règle d'or. Avec un large taux d'audience, Dorothée apporte beaucoup de parts de marché à Francis Bouygues qui, d'ailleurs, lui a confié la responsabilité du service jeunesse. Tout en agissant pour le compte de la chaîne, elle est elle-même productrice de toutes les émissions pour jeunes, qu'elle fabrique dans sa propre société de production privée, AB Production.
NON AU COMPORTEMENT DE TIROIR-CAISSE
Dorothée, en femme d'affaires avisée, doit donc faire tourner la maison, faire de la rentabilité. Quoi de plus normal? Mais pas sur le dos, ni à l'insu des enfants, crient en chœur les parents.. L'enfant s'habitue à une ambiance générale de message télévisé dans lequel l'absence de profondeur, l'éphémère et surtout le mercantilisme dominent, dit Claude Javeau, professeur de sociologie à l'U.L.B. et père d'un petit garçon de 7 ans. Cela me semble grave. Dorothée, qui ne manque pas de charme au demeurant, a un comportement de tiroir-caisse. Elle nous prend pour de simples portefeuilles ! Elle veut faire du fric et cela se sent. Même les enfants s'en rendent compte à partir d'un certain âge. De plus, je trouve que les dessins animés japonais qui passent sont hideux, bourrés d'horribles personnages hurlants qui se font des luttes d'influence. Et les séances de plateau sont faites d'un je-m'en-foutisme complet. Ce n'est ni spirituel, ni drôle. Au contraire, c'est plat et bête. Il y a vraiment une absence d'imagination et de connaissance sur l'enfant qui est flagrante. On le met dans un monde du show-business où le vedettariat est poussé à fond, où il y a un vrai matraquage de l'image de marque de Dorothée. Et je pense que cela ne convient pas aux enfants. Comme avec les allumettes, on ne joue pas avec Dorothée. C'est dangereux! Un gosse attend, à un moment de la journée, qu'on lui raconte une belle histoire dans un monde d'enchantement qui ne doit pas pour autant être lénifiant car la vie est parfois violente. Mais cette belle histoire que la télé pourrait lui raconter à la place des parents surchargés n'est pas la bonne. Elle est agressive, mercantile et plate. Bien sûr, il ne faut pas interdire aux enfants de regarder la télé, mais il faut essayer de surveiller, de canaliser et d'expliquer. L'enfant peut être amené à faire des critiques, à faire la différence entre le réel et l'imaginaire. Avec l'aide des adultes. C'est un problème de pédagogie des parents. Ensemble, il faut apprendre à contrôler l'instrument.
LES ENFANTS NE SONT PAS DUPES
Il s'agit ici du point de vue d'un intellectuel qui a pris le temps de regarder, d'analyser et d'expliquer certaines émissions enfantines avec son fils. Mais la plupart des parents ne le font pas. Ils utilisent la télé comme une baby-sitter à l'heure où le repas et les tâches ménagères doivent se faire. Pourtant, certains enfants se posent des questions et sont même gênés par
certaines choses.
Ma fille de 11 ans est choquée par le manque de naturel de Dorothée, explique Francine Gillot, directrice du service de psychologie du développement de I'U.L.B. Elle lui reproche finalement son côté artifice, paillettes et grand spectacle. En plus, elle la trouve vieille et ridicule avec toutes ses pitreries alors qu'elle n'en a plus l'âge. C'est peut-être sévère comme jugement mais je crois qu'à un certain âge, les enfants développent leur sens critique. Heureusement! Et ils se tournent vers d'autres choses. Ce qui, moi, personnellement, me gêne davantage, c'est le fait que Dorothée se base notamment sur les plus petits qui n'ont pas d'armes à leur disposition pour contester quoi que ce soit. Elle leur balance des dessins animés japonais souvent effrayants. Or, souvent, ils sont seuls à les regarder sans pouvoir après libérer cette angoisse qu'ils ont en eux. C'est grave. De plus, je reproche aussi ce narcissisme et ce culte de la personnalité de Dorothée et à présent de Jacky, son coéquipier, alors qu'il aurait moyen de s'effacer pour laisser la place aux enfants.
Ceux-ci ne sont pas toujours dupes. Ils ont même l'impression quelquefois de se faire piéger quand ils doivent, par exemple, acheter avec leur argent de poche le magazine de Dorothée (150.000 exemplaires) pour pouvoir participer à ses jeux télévisés. Certaines mauvaises langues vont jusqu'à dire que, dans les coulisses, Dorothée est une vraie machine à sous; que, lors des anniversaires fêtés avec faste à l'écran, les beaux gâteaux appétissants que l'on peut voir sont en plastique; que, le tournage terminé, les enfants reçoivent un morceau de cake!
DU NEUF A LA R.T.B.F.?
La popularité engendre les critiques. C'est la rançon de la gloire. Beaucoup de gens (dont certains professionnels) reprochent à Dorothée sa politique d'achat qui consiste à choisir les fonds de tiroir de la production japonaise. Pour une question de rentabilité, sa société a acheté un énorme lot de dessins animés qui sont traduits en français, « habillés » et vendus à prix fort à T.F.1, bien sûr (pour 3 ans), mais aussi à d'autres chaînes. Lesquelles, naturellement, sont maîtres d'accepter ou non. Force est de reconnaître que le créneau des jeunes, public minoritaire qui n'apporte qu'une audience relativement faible, ne passionne pas les directions de différentes chaînes. Dans ce contexte, il va de soi que les objectifs éducatifs ont été peu à peu abandonnés au bénéfice du divertissement, fût-il de caractère culturel.
A la R.T.B.F., le service jeunesse en est réduit à exercer la fonction de programmateur. Il n'empêche que cela peut se faire avec soin. En cela, Pauline Hubert, la responsable du service, fait un réel effort :
- Les enfants ont besoin d'action, de suspense, d'un héros auquel ils peuvent s'identifier, bref d'une série d'ingrédients indispensables. Si on peut les concilier avec la qualité, c'est formidable mais pas toujours possible. Dorothée est très bien promotionnée. Elle remplit parfaitement son contrat et on ne peut pas lui en vouloir d'avoir réussi son métier convenablement. Comme nous arrivons à la même heure sur antenne, à nous d'essayer de proposer autre chose de tout aussi attrayant. Bien sûr, à partir du moment où un public est fidélisé sur une chaîne, il est toujours difficile de le faire changer d'habitude. Mais, du succès de ma collègue, nous avons certainement tiré un enseignement. Nous avons d'ailleurs un projet pour le mois de septembre où l'on envisage une présence à l'écran. Nous aimerions relancer une fois par semaine une émission de plateau avec les enfants. Pour les autres jours, il faut voir si cela vaut le coup de faire un habillage autour des films présentés. Quoi qu'il en soit, c'est indéniable, les enfants ont besoin d'un rendez-vous. Il est important que le programme soit personnalisé et donc identifiable, mais pas bas de gamme. Ce serait dommage de les laisser grandir dans un tel univers.
APPRENDRE A MAITRISER L'APPAREIL
Naturellement, si le contenu des émissions était intéressant, on ne se poserait pas tant de questions. Or, il faut savoir que 65 pour cent des enfants sont seuls devant le petit écran et donc qu'ils choisissent eux-mêmes leur programme. L'idéal serait qu'ils puissent s'auto-réguler, prendre leurs distances par rapport à ce qu'ils voient, relativiser les choses et sélectionner convenablement leurs programmes. A ce propos, une expérience-pilote a été lancée en début d'année scolaire par la Fondation Roi Baudouin dans les trois réseaux d'enseignement de la Communauté française.
-Vingt-et-une classes, des maternelles jusqu'au secondaire, sont concernées, explique Françoise Pissart, de la Fondation. Le but de cette expérience est l'éducation des jeunes aux médias, leur faire comprendre le langage de l'image. Après une courte formation, les enseignants décryptent avec leurs élèves les dessins animés, émissions d'information et autres spots publicitaires pour leur montrer qu'ils ont été construits par des adultes dans un but bien précis et qui n'est pas toujours facile à déceler. Certaines évaluations sont faites au cours de l'expérience qui se terminera à Pâques. Nous en tirerons les conclusions et nous tâcherons de sensibiliser les pouvoirs publics, les parents et tous les enseignants afin de leur montrer qu'il est possible d'apporter une cohérence dans l'utilisation de la télévision.
Courage, tout n'est donc pas perdu! Pendant qu'un tas de gens bien intentionnés se penchent sur le problème et essayent d'apporter des solutions, des milliers de petits zappeurs continuent à se gaver d'images... Et Dorothée, à 38 ans, a encore quelques heures de gloire devant elle !
Eva Moulin.
GRANDE PATRONNE
Depuis les années qu'elle crève le petit écran, Dorothée a déjà conquis des millions de petits cœurs... et acquis des millions de petits sous. A coup sûr, elle sait gérer ses qualités. Je ne calcule pas, je n'analyse pas, aime à répéter Dorothée. En tout cas, sa propre maison de production, AB Productions, créée en 1977 par Jean-Luc Azoulay et Claude Berda, ses deux producteurs, a le vent en poupe. Installée à la Plaine-Saint-Denis, elle emploie quelque 250 personnes et annonce un chiffre d'affaires de 230 millions de FF (près d'un milliard 400 millions de FB !). II faut dire que Dorothée enchaîne succès sur succès. Après avoir filé le parfait amour avec A 2 pendant dix ans, elle intègre les bureaux de T.F.1 en juin 87. Depuis lors, elle gravit les échelons et cumule les fonctions: animatrice, productrice, responsable du service jeunesse et conseillère auprès de la direction de T.F.1. Très logiquement, sa société de production a obtenu le monopole des émissions pour enfants... au grand dam d'autres responsables de T.F.1. Elle fournit donc chaque année à la chaîne commerciale des centaines d'heures d'émissions composées essentiellement de dessins animés japonais traduits et habillés à la française, mais quelquefois violents et sadiques! Dorothée a conclu un véritable contrat en béton avec T.F.1. Nos têtes blondes sont vouées aux nipponeries pour quelques années encore ! Mais, tout récemment, le C.S.A., comité de surveillance de l'audiovisuel, en France, a lancé l'idée de quotas de programmes français et européens aux heures de grande écoute. Un changement serait-il dans l'air ?
Dorothée : animée d’un grand dessein

La voix du nord – 2 avril 1992
Chaque matin, Dorothée est là partageant avec Mathilde et des milliers d'autres enfants, le petit déjeuner et annonçant comme ça, l'air de ne pas y toucher, qu'elle chantera en chair et en os tantôt à Lyon, tantôt à Dijon, tantôt... à Lille. Nul ne prête attention, tout au moins croyons-nous dans notre sérénité d'adultes, à ces annonces glissées entre deux dessins animés.Pourtant cela ne passe pas inaperçu : « C'est quand maman, qu'elle est à Lille, Dorothée ? »Le « Je ne sais pas, je n'ai pas entendu » ne trompe pas et le lendemain les bambins se font plus attentifs et retiennent la date. Ces bambins sont des milliers à être fascinés ; il se sont retrouvés hier à l'Espace-foire avec leurs parents lesquels ne peuvent s'empêcher de fredonner chaque matin en partant « Les neiges de l'Himalaya » ou « Le collège des cœurs brisés ».Partout Dorothée est en plus dotée du don d'ubiquité puisqu'on la quitte à 8 h à la télévision pour la retrouver à 15 h dans une salle de spectacle archi-comble. Impressionnant de voir cette femme en scène chanter et danser et soulever l'enthousiasme.C'est vrai qu'elle n'est pas une simple animatrice de télévision employée à meubler le temps entre deux dessins animés. Elle le prouve au petit écran ; elle le démontre grandeur nature en scène.Poussée par un dynamisme peu commun, Dorothée fait oublier tous les petits bobos et il est sûr que les parents gagnent, à la regarder et à l'écouter, autant d'optimisme que les enfants car finalement Dorothée, c'est bien quelque part du spectacle, assuré de main de maître, avec vitalité et conviction. Et cela soulève l'admiration des inconditionnels en culottes courtes et rend inconditionnels les plus sceptiques.
La nique aux méchants

La Dernière Heure – Avril 1992
Source de l'article : https://www.instagram.com/club_92.be/
Pour annoncer son double spectacle de ce week-end, à Forest-National, un magazine belge consacrait sa couverture a Dorothée, avec un titre-choc, qui ne vaut pas toujours, mais qui vaut parfois : Les enfants l'adorent les parents l’abhorrent. Dans les coulisses après le spectacle hautement remarquable, ce magazine se trouvait évidemment sur la table de maquillage de la chanteuse-animatrice. Du reste, elle avait déjà fait allusion à ce genre d'attaques alors même qu'elle se trouvait encore sur la scène : « La vie de chanteuse n'est pas toujours facile. Surtout quand je lis ce que des gens pas toujours gentils, écrivent. » Et elle avait enchaine par une chanson qui dit « Tous les jours de bonheur, je les mets dans mon cœur, et tous les jours de pluie, je les oublie. »
Plus tard, dans sa loge, elle revenait sur le sujet :
- Dorothée : Des attaques de ce genre font, évidemment, de la peine. Mais je me dis que, chaque jour, après mes spectacles, fait la démonstration du contraire Les parents viennent dans les coulisses avec les enfants et ils montrent qu'ils m'aiment bien.
- Vous subissez beaucoup d’agressions ?
- Dorothée : Pas beaucoup. Mais inévitablement, dès qu'on passe un certain cap, dans la réussite, on fait des jaloux. Du coup, on n'est plus bien du tout. Alors que pourtant, on fait le même travail qu'avant.
Une équipe de psychologues
- Les critiques de certains parents ne concernent les émissions de télévision et, en particulier, le choix de dessins animés parfois très violents...
- Dorothée : On m'a attaquée sur deux points. D'abord, sur le choix de dessins animés japonais Aujourd'hui je peux dire que 70% des dessins animés diffusés dans mes émissions sont européens et 50% sont français Pour ce qui est de la violence, toutes nos séries sont visionnées par des équipes de psychologues spécialisés dans le travail sur les enfants. J’ajoute que déjà au départ, les auteurs de ces dessins animés sont eux-mêmes contrôlés par des psychologues. Ces spécialistes estiment que les enfants ne voient pas le mal ou les adultes pourraient le voir. Les adultes analysent une image en connaissant ce qui pourrait en être la suite Les enfants, eux, y voient une situation comique simple. Tant que la moralité est sauve, il n'y a pas de danger. Les enfants eux-mêmes, sont très critiques. Il ne s'agit pas de leur donner n'importe quoi Un enfant, ça aime ou ça n'aime pas. Et ça le dit !
- ça le dit quand et comment ?
- Dorothée : Nous entretenons une interactivité très importante. Déjà dans l’émission, nous avons des séquences comme le hit des séries du mercredi. Ensuite, nous passons des extraits des nouvelles séries, en demandant l’avis des enfants. Nous sommes très attentifs au courrier. Nous disposons aussi d'un service minitel du dub Dorothée et il y a aussi le contact, avec enfants, après mes spectacles. Je répète souvent que, si je fais ce spectacle, c'est pour aller voir les enfants en vrai La télévision apporte beaucoup de choses. Elle a un côté magique, Mais c'est un univers sans contact direct et a pourrait facilement mener à la routine. C'est un mot que je déteste. Dès lors, nous avons voulu sortir des studios pour aller voir comment les enfants et le public vivaient.
- Comment organisez-vous votre temps, pour mener tout de front, même pendant une tournée ?
- Dorothée : Le Club Dorothée suit la tournée et, dans chaque ville, nous préparons des séquences sur place. Ici à Bruxelles nous avons filmé une journée du dessinateur Tibet, en assistant, étape par étape, à la création d'une bande dessinée Personnellement, j’adore la BD belge : Franquin, Peya, Walthery, Dany…
- Vous n'avez jamais eu l'envie d'abandonner la télévision, de revenir au cinéma ?
- Dorothée : Abandonner la télévision, non Au cinéma, je n'ai pas vraiment le genre sexy. J'ai bien eu quelques petites expériences. Uniquement d'ailleurs, avec les plus grands réalisateurs Donc, maintenant, si Spielberg apparaissait je ferais sans doute un effort. Mais avoue que je vais même de moins en moins au cinéma. Simplement parce que je suis flemmarde. Ne le répétez pas mais je suis d'une paresse extraordinaire.
- Que ce soit sur scène ou sur les plateaux de télévision, vous vivez entourée d'hommes, avec toujours une position de patronne. Ça ne perturbe pas vos relations avec les hommes ?
- Dorothée : Pas du tout ! Ne vous inquiétez pas. J'ai toujours vécu ainsi. Toute petite, j'étais déjà chef de bande. C'est mon destin. Ça ne me pose pas de problème. Ne vous faites aucun souci pour ma vie privée. J'aurai 39 ans au mois de juillet et j'espère encore avoir un enfant.
Recueilli par Eddy Przybylski
Dorothée, la vedette

Humanité dimanche – 25 juin 1992
C'est au choix. Au gré de l’heure ou du temps, de l’humeur des parents : « Encore la Dorothée », avec un soupir, ou bien: « Oh il est tranquille, il regarde sa Dorothée », l'air de dire: « Pendant ce temps, au moins… »
Avec son équipe de choc (Jacky, Corbier, Ariane), étoffée maintenant par les Muscles (ces musiciens qui semblent ne jamais se prendre au sérieux), l'ancienne présentatrice de TF1 au sourire espiègle et au regard mutin, est devenue une star, voire un mythe, parfois honni.
Il est vrai qu'on la voit beaucoup. Le Club Dorothée occupe l’antenne pendant un peu plus de 22 heures par semaine sur TF1. Grande sœur ou baby-sitter du mercredi, elle propose tout à la fois chansons (les siennes), dessins animés (japonais parce que moins chers et achetés par stocks de quarante), participation aux activités du Club Dorothée (avec une carte numérotée, les enfants sont invités à écrire, dessiner, s'exprimer par Minitel).
Elle propose encore son tour de chant à Bercy, où elle remplit la salle, plus les pin's, les T-shirts, les casquettes lumineuses, les albums, les cassettes...
Les enfants l'aiment. Souvent. Pas toujours. Ils en préfèrent d'autres aussi. Parmi leurs émissions préférées, le « Club Dorothée » n'arrive, après tout, qu'en sixième position. Derrière la série « Mac Gyver », dont le héros, débrouillard, se sort des situations les plus délicates grâce à son esprit inventif et son talent de bricoleur. Elle arrive encore derrière Cousteau, le jeu « Une famille en or », la série « Madame est servie ». Certes, sauf qu'au creux de la matinée ou au retour de l'école, le club recueille, grosso modo, la moitié de l'audience enfantine, quand les enfants sont seuls, ou presque, devant la télé.
On lui pardonne d'autant moins ses écarts, sanctionnés à diverses reprises par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), et désormais connus: une scène extrêmement violente dans « Dragon Ball », une autre dans « Super Boy », où un compositeur créait sa musique en enregistrant les cris de ses victimes torturées... C'est fini, tout cela, parait-il. TFI tient à son image de chaine familiale, rassurante pour tous publics, ce qui lui assure son audience large.
Les dessins animés japonais de Dorothée sont maintenant visionnés avant leur passage. Exit les scènes trop violentes. Reste la pauvreté de l'image. L'extrême schématisation de l'action et des situations. Le CSA s'en émeut- contentant, bien timidement, mais un peu, de limiter la place des dessins animés japonais sur les chaines ? Dorothée riposte aussi sec. Elle appelle les enfants, dans sa propre émission à intervenir auprès du CSA qu'elle appelle as passage un - lapsus, vraiment ? – le conseil de surveillance de l'audiovisuel. Cette fois, ça n'a pas marché. Les enfants n'ont pas écrit. A d'autres moments, ça fonctionne à plein. Dans son spectacle à Bercy, à la fin de son tour de chant, près d'un millier d'enfants lui apportent des roses, des bouquets parfois magnifiques, des petits billets, où ils lui confient leurs secrets, leur amour. « Je vous aime, je vous aime très fort », répète-t-elle, dès le début du spectacle. Et pour s'assurer qu'ils l'aiment, eux aussi, elle les fait d'abord applaudir. Les garçons, puis les filles. Pour voir qui applaudit le plus fort, des filles ou des garçons...
Ce n'est pas très novateur an plan des valeurs. Ça marche. Quand même. Ça marche malgré les dérapages. Malgré l'humour, parfois douteux de certains sketches comme celui-ci, le 25 septembre dernier où les complices de Dorothée pastichaient les héros de Robin des Bois. Parmi eux, Rabbin des Bois attachait ses flèches avec un élastique pour les récupérer. Et aussitôt d'être surnomme, par son compère : Radin des bois. C'était un clin d’oeil, a dit Dorothée, après. Les enfants étaient morts de rire. Un détail ? Dorothée, fée ou sorcière ? Adorée ou brulée ? La réalité est peut-être plus simple. L'émission marche, parce qu'elle est vivante. Parce que Dorothée donne aux enfants le sentiment qu'ils y participent en choisissant leurs émissions préférées, ce qui est faux d'ailleurs puisque le seul critère guidant les producteurs est l'indice d'écoute, mesuré toutes les deux minutes et décortiqué jour après jour. L'émission marche, parce que Dorothée est là quand n'y a rien d'autre à faire, et qu'appliquant les méthodes du star system aux enfants, il n'y a aucune maison pour qu'ils s'y laissent moins prendre que leurs ainés.
Maurice Ulstch
"Do" donne le "La" pour la rentrée

Septembre 1992
Les Téléspectateurs ont plébiscité son « Cadeau de Noël ». TF1 lui a demandé de rééditer et «Do », comme l'appellent ses amis, ne s'est pas fait prier pour nous offrir une nouvelle comédie musicale. Mais elle n'oublie pas ses plus jeunes fans du « Club ». Avec tout ça, il lui reste peu de temps pour... casser des œufs. Elle en raffole.
Pour Dorothée, ce samedi soir est magique. «Etre sur scène avec Carlos, Pierre Perret et surtout Jerry Lee Lewis... j'ai peine à y croire. D'autant que cette comédie musicale, pour laquelle Jean-François Porry et Gérard Salesses ont écrit des musiques et des textes fabuleux, est pour moi un retour aux sources, dit-elle. La comédie musicale est le genre de spectacle que j'affectionne. On s'y éclate en comblant les téléspectateurs. D'ailleurs, ajoute Dorothée, comment voudriez-vous qu'ils soient heureux, si moi je m'ennuie ! »
Véritable bouteille de champagne qui ne demande qu'à laisser échapper ses milliers de bulles d'énergie, Dorothée se refuse au farniente, même si elle trouve, trop rarement, le temps de savourer son hobby: la cuisine. «Dès que je peux, chez moi, en banlieue parisienne, j'invente des plats à base d'œufs. Mes recettes ne sont pas toujours réussies, mais c'est ma façon de me détendre en innovant », confesse «Do», pour les intimes, qui ajoute: « Je n'ai pas la prétention d'être un cordon bleu.» Cependant, ces courts moments de loisirs n'éloignent pas la responsable de l'Unité jeunesse de TF1 de ses responsabilités. Dorothée s'applique, pour la rentrée, à satisfaire ses fans.
Seule préoccupation: être au service des enfants
« Peu d'innovations, explique-t-elle, les enfants retrouveront leurs séries préférées comme "Dragon Ball", "Salut, les Musclés!", "Premiers baisers"... sans oublier "Terre, attention danger", qui nous vaut un courrier énorme, et le "Club sciences". Toutefois, deux nouveautés: un "Club Livres" tous les matins et un dessin animé français inspiré des "Misérables" de Victor Hugo. » Peu de neuf ne signifie pas pour autant routine.
« Avec Ariane, Corbier et Jacky, nous allons régulièrement tourner nos émissions en province et à l'étranger. Il n'y a rien de pire que la routine et je ne veux surtout pas tomber dans ce piège. Le jour où l'enthousiasme me quittera, je ferai autre chose. Je n'ai pas encore l'âge de la retraite plaisante-t-elle, et j'ai des armes secrètes en réserve. »
Aujourd'hui, l'unique préoccupation de Dorothée est d'être au service des enfants. A les voir se précipiter sur elle, en ce mois d'août à Sanary-sur-Mer, à l'issue d'une émission enregistrée pour FR3, pas besoin de longs discours pour être convaincu qu'ils l'aiment parce qu'elle est épatante, cette petite femme-là ! Nul doute qu'ils seront de nouveau des milliers à se précipiter à Bercy, où elle donnera son prochain spectacle en janvier 1993.
JEAN-MARC LOUBIE!
«IL N'Y A QUE SPIELBERG »
Quand on parle cinéma avec Dorothée, il lui est impossible de ne pas évoquer François Truffaut, qui l'engagea en 1978 dans « L'amour en fuite». «C'est pour moi un souvenir indestructible. Il arrive souvent qu'on me propose des rôles, mais rien qui me convienne. Je ne pense pas retrouver les plaisirs que m'offrit François. Des metteurs en scène comme lui sont irremplaçables. Il n'y a que Steven Spielberg qui me fasse vraiment vibrer. Sans prétention, je serais ravie s'il me faisait des propositions, même pour un tout petit rôle. Je n'hésiterais pas une seconde, mais je sais que ce n'est qu'un rêve.»
L'animatrice préférée des enfants retrouve Bercy pour la seconde fois
Nous Deux - 1992
Les studios AB Productions forment une gigantesque ruche dont Dorothée est la reine incontestée: trois plateaux, des dizaines de techniciens et des décors fabuleux où l'animatrice fait rêver les enfants. Entre deux répétitions, elle s'agite comme une abeille ouvrière : il est vrai que, entre son émission, son nouveau disque, Les neiges de l'Himalaya, et sa série de concerts à Bercy (jusqu'au 2 février), elle n'a guère le temps de lézarder!
- Nous Deux: Vous passez à Bercy pour la seconde fois. Vous avez le trac?
- Dorothée: Plus encore que la première fois. Heureusement que les copains sont là ! Quand la musique démarre, c'est l'angoisse, la panique, mais quand j'arrive sur scène et que le public m'applaudit, je chante et c'est le bonheur.
- N.D.: Pourquoi avez-vous abandonné le Zénith pour Bercy?
- D.: Si j'avais le choix, je préférerais passer à l'Olympia, mais, pour accueillir tout le monde, il faudrait que j'y chante pendant six mois ! J'ai chanté trois fois au Zénith et je n'aime pas la routine, c'est pour ça que j'ai eu envie de changer de lieu.
Des fous rires sur scène
- N.D.: Vous interprétez les chansons de votre dernier album?
- D.: Oui, c'est un disque très rock ‘n roll et les enfants aiment ça. J'adore les regarder danser dans la salle. Je vois des petites puces qui swinguent avec leur papa ou avec leur mamie, c'est tellement mignon ! Un jour, j'ai dû m'arrêter au milieu d'une chanson à cause d'un fou rire: il y avait un groupe de petites filles qui dansaient comme nous. C'est ça qui est merveilleux: on fait ce spectacle tous ensemble, avec les danseurs, les choristes, les musiciens et le public!
- N.D.: Vous partez en tournée après Bercy?
- D.: En France, en Belgique et en Suisse jusqu'au 12 avril, puis dans les îles et, enfin, en Chine.
- N.D.: Comment vous êtes- vous retrouvée en Chine?
- D.: Chaque année, à Shanghai, un festival culturel rassemble des artistes du monde entier. Un des organisateurs m'avait vue à Bercy il y a deux ans. Il a rapporté une vidéocassette en Chine, ils ont été fascinés et ils m'ont invitée. J'ai réuni un conseil de famille avec les Musclés et on a décidé d'y aller. C'était un moyen extraordinaire pour découvrir ce pays. En arrivant, j'ai eu très peur: j'ai soudain réalisé qu'ils ne me connaissaient pas et que je ne parlais pas chinois ! Le premier jour, la salle était pleine d'adultes, car, là-bas, l'éducation n'est pas la même qu'en France et les enfants ne sortent pas le soir. L'accueil a été délirant: ça a été un coup de foudre réciproque.
- N.D.: Savez-vous ce qui les a fait craquer chez vous?
- D.: Non et je ne veux surtout pas le savoir, parce qu'après j'y réfléchirais et je perdrais ma spontanéité !
- N.D.: Et vous, qu'est-ce qui vous a plu chez les Chinois ?
- D.: Leur accueil, leur gentillesse. J'essaie de leur parler en chinois et ça les fait beaucoup rire, mais jamais méchamment. Ils sont extrêmement chaleureux.
- N.D.: Combien de lettres recevez-vous chaque jour ?
- D.: A peu près 5 000, sans compter les réponses aux jeux que nous organisons.
Un courrier très constructif
- N.D.: De quoi vous parle-t-on ?
- D.: J'entretiens une correspondance suivie avec des grands-parents qui me parlent de leurs petits-enfants. Ils regardent l'émission l'après-midi avec eux, et ils s'amusent autant qu'eux et nous. Il y a aussi des mamans qui m'ont vue lorsqu'elles étaient plus jeunes et qui continuent avec leurs enfants. Les gens me racontent leur vie. Un bébé va naître d'un jour à l'autre et on attend un coup de téléphone. Les parents m'ont même demandé mon avis pour le prénom, mais, là, je n'ai pas voulu intervenir !
- N.D.: Et les enfants, ils vous écrivent ?
- D.: Oui, c'est très constructif, parce que, quand ils n'aiment pas quelque chose, ils le disent. Ils ont des idées, ils nous les donnent et on en tient compte. Quand ils n'apprécient pas une série, on organise un référendum en direct et ils votent.
- N.D.: Que pensez-vous des gens qui vous attaquent pour la violence de vos dessins animés?
- D.: Je pense tout simplement qu'ils n'ont pas regardé ces dessins animés. Il faut qu'ils les voient avec leurs enfants pour pouvoir en parler. Moi, je propose; les parents disposent. Je comprends très bien qu'ils disent à leurs enfants: « Je ne veux pas que tu regardes la télévision de telle heure à telle heure parce que tu dois faire tes devoirs », mais je ne comprends pas qu'on critique mon émission sans l'avoir vue.
- N.D.: Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier: la télévision, la scène ou la chanson?
- D.: Je vais vous faire un aveu: depuis que je fais tout ça, je suis incapable de choisir. Pour moi, c'est la même chose, je suis toujours le même personnage. La télévision, le studio, les chansons et la scène, c'est ma vie, c'est un tout.
- N.D.: Que faites-vous quand vous ne travaillez pas ?
- D.: J'adore flemmarder, ranger ma maison, faire du shopping, sortir avec des copains...
- N.D.: A force de vous occuper des vacances des enfants, vous arrivez encore à en prendre?
- D.: J'en prendrai plus tard. Dans ce métier, je n'ai pas vraiment l'impression de travailler: je vois des gens sympas, je m'amuse, je pique des fous rires avec les Musclés, ce sont de vraies vacances!
Merci les Musclés !
- N.D.: C'est vous qui les avez baptisés ainsi ?
- D.: Oui. Au départ, ils étaient musiciens de studio et on a enregistré des disques
ensemble. De fil en aiguille, on a collaboré régulièrement. Un jour, je me suis moquée d'eux en leur disant: « Merci, les Musclés !», et le nom est resté. Ils sont devenus de plus en plus présents: pour faire un gag, ils ont interprété un générique sur le plateau, puis ils ont écrit et composé La fête au village, et ils sont devenus indispensables.
- N.D.: Vous êtes toujours célibataire?
- D.: (rire). Oui, mais je peux vous assurer que ça va très bien de ce côté-là !
- N.D.: A force de vous consacrer aux enfants des autres, vous n'avez pas envie d'en avoir vous-même ?
- D.: Si, bien sûr ! Mais j'ai encore le temps. J'ai justement la chance d'être entourée par plein d'enfants!
- N.D.: Est-ce que vous arrêterez de travailler quand vous serez mère de famille ?
- D.: Non, il y a beaucoup d'actrices et de chanteuses qui ont des enfants, et qui continuent à avoir une vie professionnelle bien remplie. C'est ce que je ferai quand j'aurai des enfants. Et puis, quand ils seront un peu plus grands, je les emmènerai avec moi au studio. On fera le Club Dorothée ensemble !
Dorothée - Vive les vacances
Télé Magazine – 4 juillet 1992
C’est maintenant une tradition : chaque été, Dorothée et ses amis offrent à leurs jeunes admirateurs un maximum de dépaysement et d’exotisme. Cette année, « Dorothée Vacances » nous entraîne dans le sillage de Christophe Colomb.
Afin que son public puisse bénéficier d’un été des plus distrayants, Dorothée, une fois encore, ne prend pas de vacances. Elle reprend une formule qui connaît un énorme succès, avec la création d’une fiction qui permet à nos bambins de vivre en sa compagnie des aventures aussi trépidantes que dépaysantes. Cette année, 500ème anniversaire de la découverte des Amériques oblige, son périple est placé sous le signe de Christophe Colomb.
Pas question pour Dorothée et ses amis de rester dans leur coquille car ils sont chargés d’une mission de dimension planétaire : retrouver l’œuf magique de Christophe Colomb… Or, cet œuf, qui possède la propriété de protéger la terre, n’a une durée de vie que de 500 ans. En clair, il n’était garanti que cinq siècles et il s’agit donc de mettre la main dessus avant qu’il ne perde son pouvoir. Evidemment, des tas de problèmes et surtout de méchants individus qui, à des fins mercantiles, préféreraient que notre planète parte à vau-l’eau, vont se dresser sur la route de nos modernes argonautes. Boudiou, quel suspense en perspective ! Dorothée et ses complices parviendront-ils à temps à décrocher le coquetier ?
Pendant deux mois, nos chères petites têtes blondes – et les autres aussi – risquent de se mordre les lèvres et de se ronger les ongles devant une épreuve aussi angoissante. Mais on peut faire confiance à Dorothée ; elle a plus d’un tour dans son sac et ne craint pas de payer de sa personne pour une sauver une terre qui nous est chère. Noble tâche, à un moment où toutes les nations du monde se penchent à son chevet, Dorothée pratique l’écologie à sa façon : homéopathique et souriante. Elle joue à l’écolo de vacances en quelque sorte…
Armée seulement de son dynamisme et de sa joie de vivre, la blonde animatrice vedette de TF1 prendre le départ de son périple dans le port de la Rochelle. Pas le temps d’y affréter une caravelle, les minutes sont comptées. C’est donc par avion qu’elle rejoindra les terres découvertes par Christophe Colomb. Là, du Canada à Miami en passant par les chutes du Niagara, elle s’attend à vivre les aventures les plus palpitantes.
Avec l’aide de Sahara
Heureusement, dans son combat contre les forces du mal, elle sera aidée par son fidèle ami Sahara, le dromadaire extra-terrestre doué de merveilleux pouvoirs.
En revanche, Roxan, son adorable Yorkshire, ne la suivra pas comme un toutou dans cette aventure excitante : « Je ne l’emmène plus jamais dans mes voyages. Il est trop vieux maintenant. Il restera donc à Paris en compagnie de son fils, chez la maîtresse dudit rejeton. » Les Musclés quant à eux ne seront pas de trop pour lui apporter leur astuce et leur force physique, et bien sûr, Ariane, Jacky et Corbier compléteront cette fière équipe d’aventuriers.
Tout au long de ce « Dorothée Vacances », on retrouvera aussi quelques séquences qui font le bonheur des accros du Club Do, avec en tête d’affiche « Salut les Musclés » et « Premiers Baisers ». « Mais, précise Dorothée, il y aura également une nouvelle formule pour l’émission de Jacky, « Le Jacky Show Maximusic », au cours duquel il présentera une sélection de dix clips musicaux, et aussi un feuilleton intitulé « Hélène et les garçons » et enfin un dessin animé inédit vraiment adorable, « Les Fruittis ».
Qu’elle ait ou non retrouvé à temps l’oeuf magique, il faudra bien que Dorothée réintègre ses pénates pour aborder une rentrée qui s’annonce, comme d’habitude, très chargée : « J’enregistrerai d’abord mon nouvel album qui aura été préparé pendant tout le mois d’août par mes deux auteurs-compositeurs fétiches, Jean-François Porry et Gérard Salesses. Comme en sport, on ne change pas une équipe qui gagne. Et puis, on se connaît tellement bien ! » Ensuite, il lui faudra gérer ses nombreuses heures d’antenne. Déjà, elle peut annoncer l’arrivée de nouveaux dessins animés français, comme la suite de « Sophie et Virginie », « Les aventures du cap’tain Carlos » et « Les Misérables » : « Mais on va surtout frapper un grand coup avec « Le cadeau de la rentrée », une émission plein d’histoires, de sketches et de chansons, dans le même esprit que « Le cadeau de Noël » et qui sera diffusée en première partie de soirée. »
On le voit, Dorothée ne chôme pas. Les mots « vacances » et « repos » sont quasiment du vieux français pour elle. Cependant, elle est encore sous le charme de sa récente tournée dans les DOM/TOM : « Ce fut fabuleux. Ils nous attendaient depuis des mois. J’ai chanté pour la première fois dans un stade, il y avait 16 000 personnes. C’est hyper-impressionnant. Après, avec les Musclés, on a dû donner autographes et dédicaces pendant une heure et demie ! »
Le succès, elle est plongée dedans jusqu’aux pointes de ses mèches blondes. Ça ne peut pas être dû qu’à une grande habileté dans la gestion commerciale d’une image. D’ailleurs, elle ne se soucie pas de ce genre de problème d’intendance. Elle est avant toute une artiste qui adore se donner sur scène et vivre des moments exaltants avec son public, qu’elle surnomme affectueusement « les copains » : « C’est bien simple, non seulement je déteste les chiffres, mais en plus j’ai pas du tout l’esprit comptable. » Elle est d’ailleurs incapable de préciser le prix des places de son dernier spectacle de Bercy, et encore moins apte à dire combien elle a vendu de disques dans sa carrière. A ce propos, alors qu’elle a attiré en début d’année plus de 300 000 spectateurs, la cassette vidéo de son show, intitulée « Dorothée Bercy 92″ se vend comme des petits pains. Une affaire qui marche.
Gilbert Jouin.
Le bide de Dorothée

Le Parisien - 1992
Elle avait demandé un coup de main à ses jeunes téléspectateurs en les incitants à écrire au CSA. Le Conseil n’a reçu qu’une lettre… contre les séries américaines et japonaises ! L’animatrice-vedette s’explique.
Les fans de Dorothée ne savent visiblement pas encore écrire. A moins qu’ils n’aient pas bien saisi le message de désarroi lancé par leur idole, dans son émission du 8 janvier. L’animatrice rockeuse avait en effet appelé ses jeunes téléspectateurs à protester contre l’instauration de quotas français et européens aux heures de grande écoute. Une obligation qui, selon Dorothée, impliquerait forcément des changements d’horaires pour certaines séries américaines ou japonaises. Horreur !
La reine des émissions jeunesse sur TF1 avait donc tout simplement demandé aux enfants qui la regardent entre les séries d’écrire au Conseil Supérieur de l’audiovisuel (CSA) et non au Comité de surveillance de l’audiovisuel comme elle l’avait d’abord nommé, afin de manifester leur indignation.
A en croire la dernière lettre du CSA, « l’appel de Dorothée ne semble guère avoir été entendu ». Le Conseil supérieur de l’audiovisuel précisait même « qu’au 30 janvier il n’avait reçu qu’un seul courrier : celui d’une classe réclamant, avec son professeur, la suppression des séries américaines et japonaises ». Un comble de l’ironie qui, on s’en doute, a dû très certainement faire frémir de bonheur la plupart des neuf sages.
Dorothée, elle, rit nettement plus jaune. Hier, sur le tournage d’une séquence de son émission, l’animatrice nous précisait que « cette affaire était classée ». En tout cas, elle ne regrette rien de son appel : « Je maintiens que ces lois vont perturber des séries que les enfants aiment. Et je dois leur dire. Moi, je prends les enfants pour des êtres responsables. Ils doivent être au courant de ce qui se passe. Je leur ai simplement dit si vous voulez écrire au CSA, vous pouvez. C’est tout. Mais tout ça est déjà ancien. J’ai eu le président Boutet au téléphone. Je le redis : c’est une affaire classée. »
Quant à la seule lettre reçue par le CSA, Dorothée ne veut absolument pas y voir là un camouflet de la part de ses petits anges. « Si nous avions voulu, nous aurions pu faire beaucoup plus de ramdam, passer l’adresse du CSA toutes les dix minutes. Mais on ne l’a fait qu’une fois. C’était pour prévenir et informer. Point. » C’est chose faite.
Nicolas Helias
Dorothée - "Peyo, mon ami"
Décembre 1992
Le 24 décembre 1992, Dorothée annonce, émue, le décès de son ami Peyo dans le "Club Dorothée". L'animatrice nous propose de revoir un extrait de l'émission du 18 novembre de la même année où Peyo était venu présenter son nouvel album, fraîchement sorti, “Le Schtroumpf financier”.
"On a beau avoir des millions d’amis, il en est qui vous manquent lorsqu’ils ne sont plus là. Jadis, lorsque j’étais déjà une enfant, je m’amusais à parler Schtroumpf à l’école. C’était l’époque de « La flûte à six trous » et du « Schtroumpf noir » et cette forme de langage nouvelle nous faisait rire, mes copines et moi. Voici quelques années, j’ai eu le privilège de faire la connaissance du père de ces merveilleux lutins. « Récré A2 » devait diffuser la série télévisée et j’avais été choisie pour enregistrer la chanson du générique.
Dans la foulée, nous avons réalisé des livres disques avec des histoires courtes et Peyo, perfectionniste hors pair, a tenu à en dessiner les pochettes. L’occasion de nuits blanches au cours desquelles il nous envoyait de Bruxelles, grâce aux premiers fax, des dessins qu’il corrigeait avant l’aube, en se pliant à toutes sortes d’impératifs techniques avec une gentillesse exceptionnelle. Des souvenirs que nous avons mille fois évoqués au cours de rencontres devenues plus amicales que professionnelles. A chacun de mes concerts à Bruxelles, il est venu avec sa femme, la chère Nina, et ses enfants, Véronique et Thierry. Lors du dernier, il s’est toutefois fait excuser : il venait d’être opéré et c’est son petit-fils qui a occupé le fauteuil que nous lui avions réservé. A l’occasion de la sortie du « Schtroumpf financier », il avait participé au « Club Dorothée » en me réservant une grande surprise. Après l’émission, il m’avait en effet avoué qu’il avait décidé d’exaucer mon vœu : cela faisait des années que je l’implorais de reprendre « Johan et Pirlouit », mes personnages préférés. J’avais même, je l’avoue, été à la base de l’adaptation télévisée de leurs aventures : je l’avais encouragé à concrétiser ce projet alors qu’il hésitait encore. Une production qui lui avait donné le goût de renouer avec les héros de ses débuts. Il avait enfin pris la décision de s’y atteler et avait même écrit un premier scénario…
C’est dire la tristesse que j’éprouve lorsque je regarde le dessin qu’il m’a offert et que j’ai soigneusement fait encadrer : une caricature où je suis représentée en schtroumpfette, réalisée avec le talent et la simplicité qui étaient ses qualités premières. Alors que sa renommée internationale aurait pu faire de lui un homme intouchable, il est resté modeste, prenant le succès qui lui arrivait comme un bonheur de la vie. Un sourire permanent et des yeux aussi bleus que ses Schtroumpfs, qui ont été la cause de mes premières larmes en direct à l’antenne, lorsque j’ai annoncé son départ. Vous comprenez pourquoi…"













