Articles - 1993
Dorothée : "Je n'ai jamais cru au père Noël"
Interview - Janvier 1993
Quand on aime les enfants, on a toujours 20 ans. La preuve : Dorothée anime des goûters cathodiques depuis 1974. Pour « Interview », elle raconte sa success story : travailler en s'amusant. La télé, Dorothée, c'est vraiment un jeu d'enfants ?
- Crois-tu encore au Père Noël ?
- Je n'ai jamais cru au Père Noël ! Bizarrement, lorsque j'étais petite, on ne m'a jamais raconté cette histoire. Je savais que c'était les parents qui mettaient les cadeaux dans la cheminée ou sous l'arbre de Noël. Pour le reste, je vis dans le rêve toutes mes journées. Donc c'est une façon d'y croire.
- On te traite de menteuse. On dit que tu affirmes aimer les enfants alors que tu n'es qu'une machine à gagner de l'argent.
- Ceux qui disent cela n'ont rien compris. Tant pis pour eux. Je suis sincère. La preuve : le public est là. Tous les mercredis, 500 gamins se déplacent pour me faire des bisous partout. Et je les aime bien. Le public enfant est très critique. On ne peut pas mentir ou tricher avec lui : on a même dit que je n'aimais pas les enfants parce que je n'en avais pas. Quelle idiotie. Je ne pourrais pas faire tous les jours des émissions pour eux si je ne les aimais pas.
- Ségolène Royal a dit un jour, à ton sujet : « Les enfants, c'est pas cher et ça peut rapporter gros »
- C'est nul ! Et en plus, elle a des enfants. Quel manque de respect total envers eux. Complètement crétin ! Elle a dit cela pour vendre son bouquin sur les "bébés zappeurs". Et après elle s'est occupée de l'impact du décalage horaire sur les vaches... C'est vous dire.
- Dorothée, c'est tout de même une très grosse affaire commerciale. Disques, T-shirts, pin's... C'est très rentable, non ?
- Je ne calcule pas. J'ai commencé ma carrière gentiment, tranquillement. Sans réfléchir ou planifier. Je travaille au nez, que j'ai assez long. Femme d'affaires ? C'est une légende qui me fait sourire Comptabilité, chiffres, je n'y comprends rien. Gadgets ? En 1980, lorsque j'ai commencé l'Olympia, la tradition était de vendre des objets à l'entracte au nom de l'artiste. J'ai refusé. Les parents ont protesté, réclamé. Ils voulaient à tout prix des souvenirs pour leurs enfants. L'argent n'est pas ce qui me motive. Ce qui compte, c'est de m'amuser.
- Tu es dépensière ?
- Complètement. Une vraie cigale. Je rentre dans une boutique et j'achète. Je ne sais pas plus gérer mon compte en banque que mon unité de programmes. Côté budget, bien entendu.
- Pourtant, tu joues à la marchande toute l'année sur TF1. Tu vas à l'étranger acheter les dessins animés que tu diffuses, non ?
- Oui, mais je ne connais pas mon budget. Je ne m'occupe jamais des problèmes financiers. Je n'achète pas, je choisis. Mon truc, c'est la partie artistique et les financiers font leur boulot.
- On dit que tu détiens le monopole des émissions pour la jeunesse sur TF1.
- Faux ! Simplement, lorsque nous avons décidé de travailler ensemble, TF1 et moi, l'idée était de créer une unité dans les émissions pour la jeunesse. Auparavant on programmait « Rintintin » ou un dessin animé uniquement pour boucher les trous dans la grille de la chaîne.
- A tes débuts, on t'avait trouvé nulle pour animer des émissions pour enfants.
- A l'époque, ils avaient peut-être raison ! J'ai pleuré le jour où je l'ai appris, puis je me suis exercée à autre chose. Par exemple du secrétariat dans une société de robinetterie.
- As-tu été obligée de coucher pour réussir ?
- Jamais. On a essayé...
- La télé, c'est un peu ta cour de récréation ?
- Oh... Ce n’est pas pire que dans une banque. J'ai des copines qui y travaillent. Et là, bonjour les ragots.
- Es-tu ravie d'avoir dépassé ta vieille rivale Chantal Goya ?
- On n'a jamais été rivales, mais complémentaires. Ca faisait bien de lire dans la presse la guerre Goya / Dorothée. On se téléphonait aussi affolées l'une que l'autre. J'ai toujours été à ses spectacles et elle aux miens. On est copines comme pas deux. D'ailleurs Jean-Jacques doit toujours nous écrire un duo. Quand il veut...
- On est méchant avec toi ?
- Oh oui ! Je suis très sensible et la méchanceté m'atteint beaucoup...
- Es-tu toujours autant attaquée sur la violence des dessins animés ?
- Mais il n'y a pas de violence ! « Le petit poucet », tu crois que c'est mieux ? Les parents partent en forêt pour abandonner sciemment leurs enfants ! Bonjour l'angoisser ! Le jeune public sait très bien qu'il regarde une histoire. Le plus grave, ce sont les images du journal télévisé où, là, de vrais humains meurent. Au début de « Goldorak », ce fut un tollé général ! J'ai alors demandé aux gamins s'ils avaient peur. Ils m'ont dit : « Mais c'est un dessin animé, ce n’est pas du vrai ! »
- On te reproche les dessins animés japonais !
- Evidemment. Mais à la création de l'unité pour enfants, les dessinateurs français de qualité n'ont pu fournir. En attendant de constituer des équipes, il a fallu acheter à l'étranger ! S'attaquer aux Japonais, c'est du racisme ! Ils ne sont pas si fous. S'ils proposent ça à leurs enfants, ce n'est pas pour les traumatiser...
- Est-il vrai qu'en Chine tu es une super-vedette ?
- A Shanghai, oui ! Quand je fais une émission de télévision là-bas, il y a 650 millions de téléspectateurs qui me regardent. Ça me donne le vertige. Les Chinois sont fascinants. Ils ne comprennent pas un mot de ce que je chante et je ne comprends rien à ce qu'ils me disent ! Le plus drôle, c'est que seuls les adultes viennent à mes spectacles. Il n'y a pas un enfant.
- Jusqu'à quel âge continueras-tu à amuser les enfants ?
- Tout le monde me pose cette question? Ça marche. Tant mieux. Si je dois m'arrêter ? Ce que je ferai ? Je n'en sais rien. Je vous dirai plutôt cela demain !
- Tu penses au lifting ?
- Oh non ! J'ai trop la trouille !
- T'a-t-on déja proposé de poser nue pour un magazine ?
- Une fois, oui. Il ne faut pas exagérer. Je ne suis pas un canon. Autant montrer ce qui est joli. Je ne suis pas hyper bien foutue, je ne vois pas l'intérêt de montrer mon anatomie.
- Te sens-tu sexy ?
- Ce sont les autres qui peuvent le dire... Il paraît que quand je mets des jupes ou des robes, je le suis. Mais devoir enfiler des collants, porter des talons qui vous font mal aux pieds, quelle horreur ! En fait c'est de la flemmardise... Etre sexy, pour moi, c'est du boulot !
- T'arrive-t-il de mettre des porte-jarretelles ?
- Ah non ! Certainement pas ! J'ai essayé une fois d'en porter? C'est trop casse-pieds. Et puis on a froid entre le niveau du bas et le calfouet'. Je suis plutôt du genre Petit-Bateau. Du confortable. De l'efficace. Les bodys en dentelle, j'ignore.
- Quelle tenue enfiles-tu le soir dans l'intimité ?
- En ce moment, j'affectionne la version Babygros. Vous savez la grande combinaison en velours avec fermeture éclair. Ou alors la grande chemise de cow-boy douillette qui arrive jusqu'aux chevilles.
- « Dorothée n'a pas enfants, pas d'homme non plus », dit la rumeur
- Ma vie privée va très bien. C'est la vie qui est comme ça. Les enfants, il faudrait que je me dépêche d'en faire ou d'en adopter. Quant aux hommes, ce n’est vraiment pas facile d'être « Monsieur Dorothée »... La personne qui partage ma vie n'a pas à subir les assauts des photographes et de la presse. Je le protège. Mais rassurez-vous, je ne vis pas seule.
- Tu es en manque de père ?
- J'ai malheureusement perdu mon père très jeune. Il m'a encouragée à faire ce métier. Il était ingénieur mais très artiste et il m'a appris à chanter. On faisait des duos ensemble. Il ressemblait à Brassens. Un jour, une femme s'est jetée sur lui dans la rue pour lui demander un autographe. J'étais très fière. Je pense à lui non-stop. Je regrette qu'il n'ait pas connu mon succès. Mon père est ma grande tristesse.
- Francis Bouygues est-il un papa gâteau ?
- Complètement. Monsieur Bouygues me fascine. Il a une présence terriblement imposante.
- Qu'est-ce qui te bouleverse ?
- Tout. De la Somalie au cas de la petite Céline. Je suis assez sensible à l'écologie. On a créé « Terre attention danger » avec le docteur Klein. J'utilise le Club Dorothée pour aider les autres. Par exemple, chaque année, on fait des opérations « On pense à toi ». On récolte un maximum de jouets auprès des sponsors et on les distribue dans les hôpitaux.
- Tu es une femme libre. Pas mariée. Alors, le Sida, l'amour ?
- Grave. Terrifiant. Mais je suis fidèle, alors ça va. Je ne suis pas papillon. Vous n'en saurez pas plus. L'amour ? Comment vivre sans... Autrement la vie c'est juste du bois teinté.
- Tu t'es déjà droguée ?
- Jamais. A part les cigarettes. Je fume trop. Mais c'est à cause du stress.
- Tu as dit : « Je ne triche et je ne mens jamais »
- C'est vrai.
Monique Delanoue-Paynot
Dorothée se rebiffe

Télé 7 jours - 1993
Dans les neiges de Vars-Risoul, une station des Hautes-Alpes, la bande à Dorothée se repose à l'hôtel, après une longue journée de tournage du Club Dorothée Vacances, mais pas question de regarder "Nulle part ailleurs" et Canal +! Dorothée se veut au-dessus de toutes les polémiques, mais elle ne pouvait pas ne pas répondre à Antoine De Caunes après l'interview choc de celui-ci dans "Télé 7 Jours".
- Les lecteurs de "Télé 7 Jours" sont divisés. Il y a ceux qui en veulent violemment à Antoine de vous prendre comme tête de turc et ceux qui reprochent aux Musclés de chanter "Antoine Daicone"...
- C'est Antoine De Caune qui a commencé! Il ne se prive pas de m'attaquer, depuis longtemps, en disant des choses très bêtes et très méchantes sur moi dans "Nulle part ailleurs". Jacqueline Joubert, sa mère, m'a fait débuter à la télévision, puis nos chemins se sont séparés. Il s'agit donc d'une vieille rancune dont je souffre vraiment.
- Fallait-il pour autant écrire et chanter "Antoine Daicone"?
- Antoine a bien mérité qu'on le charrie un peu. Cette chanson est volontairement bête et dérisoire, tout à fait comme ce qu'il dit sur moi.
- Antoine s'étonne que vous ne la chantiez pas vous-même?
- Sans doute parce que je n'ai pas envie de répondre en chansons à ses attaques. Les Musclés font ce qu'ils veulent!
- Vous avez contribué grandement au succès des Musclés dans votre émission...
- Je ne vais tout de même pas renier un groupe que les enfants plébiscitent et dont les chansons sont très souvent au Top 50, le classement des meilleures ventes de 45 tours. "Antoine Daicone" est une bonne chanson, très drôle. Rire de la méchanceté, et en musique en plus, est un bon remède. Joe Dassin avait immortalisé les Dalton en chanson. Peu de gens connaîtraient leur nom s'il n'y avait pas eu cette chanson.
- Vous voulez dire que la chanson des Musclés est plus célèbre qu'Antoine de Caunes?
- Il est connu de qui? De ceux qui regardent Canal +... Une chanson, tout le monde la fredonne. On l'écoute, on l'apprend. Elle reste dans les mémoires.
- L'auteur c'est Jean François Porry qui est en fait votre producteur Jean Luc Azoulay qui est aussi l'auteur de vos chansons...
- Antoine De Caunes ne s'attaque pas à lui. Pourtant, il le connaît très bien. Jean Luc tenait la plume d'Antoine quand celui-ci était plus jeune et écrivait des chansons sous le nom de Paul Persavon. Il lui a appris son métier.
- Antoine dit que vous refusez d'aller à "Nulle par ailleurs"?
- J'y serais allée si j'avais été invitée, ce qui a été le cas pour "Mon Zénith à moi", de Michel Denisot. Voilà la seule vérité.
- Vous vous rebiffez aussi contre Baffie qui n'avait pas été tendre avec vous dans "Double Jeu". "Laurent Paffé", le personnage qu'a créé Patrick Simpsons Jones est désormais un classique du Club Dorothée. Renverser un seau à champagne sur la tête de Baffie, dans l'émission d'Ardisson, ne vous a pas suffi?
- Le "Laurent Paffé Show" est si drôle que les enfants l'adorent et en redemandent. Nous ne faisons que répondre à leurs lettres en le laissant à l'antenne. "Laurent Paffé" est plus célèbre que Laurent Baffie lui-même. C'est un gag qui fait autant d'audience que le "Club Mini"
- Henri Tisot s'en mêle aussi, il écrit dans son nouveau livre "La Crèche": "Plus il y a de débiles pour applaudir Dorothée et ses amis,plus l'antenne sera ouverte à Dorothée"...
- C'est lamentable de parler ainsi du public C'est un total manque de respect
- Toutes ces attaques ne semblent pas vous traumatiser?
- Parce que j'ai le soutien de tous mes copains. Ils sont très proche de moi et sont très mobilisés actuellement par la faim, la sauvegarde de la planète et les animaux "Terre attention danger" avec le docteur Klein et le "Club Sciences" de Michel Chevalet ont été créés pour eux. Ceux qui croient que Dorothée égale dessin animé devraient rejoindre nos nombreux téléspectateurs.
- "Des millions de copains", le dimanche avant "7 sur 7" a de plus en plus de fidèles...
- C’est une émission nouvelle dont nous sommes fiers. Nous avons ainsi lancer un appel pour trouver des familles d'accueil à dix-sept enfants blessés de Sarajevo. Nous avons reçu une lettre du CSA m'accusant d'utiliser les enfants à des fins politiques, parce qu'un gamin a demandé au président de la république, par notre intermédiaire, à propos de Sarajevo, que cette guerre s'arrête! C'est un peu dur, non? On veut aider les autres et ça nous retombe sur le nez. Je pourrais aussi me contenter de proposer des séries et basta!
Cécile NEGREVERGNE
Faut-il brûler Dorothée?
VSD - 1993
Elle est depuis longtemps la cible des défenseurs d’enfants ou de professionnels exaspérés par son omniprésence dans le secteur jeunesse. Aidée de ses Musclés, la star des cours de récré a décidé de réagir. Mais au fait, de quoi l’accusait-on, au juste ?
Les méchantes langues disent que les enfants ne lui échappent pas plus qu’on échappe à la varicelle ou à la coqueluche, que Dorothée se consomme comme un Carambar qui permet de glisser sans états d’âme de l’enfance à la puberté… Bref, Dorothée, ce serait une sorte de parcours obligé, quelque chose comme une douane zoll. Sauf qu’on disait aussi que la diva des pré pubères ne durerait pas. Et ça, pour une erreur de pronostic, c’est une erreur de pronostic.
En 1993, Dorothée est d’autant plus là qu’elle vient de remplir Bercy et qu’elle fêtera en septembre 1993 ses 20 ans de carrière, ses 21 heures d’antenne par semaine, ses 13 millions d’albums vendus, dernière survivante d’un Yalta « d’éternelles vestales » qui comprenait naguère encore Douchka et Chantal Goya. Dorothée, leur « alter-ado » est une sorte de rescapée, un Dodo resté seul maître du terrain. Il est vrai qu’elle a eu la chance de trouver sur son chemin les pygmalions Berda et Azoulay, deux cerveaux qui ont bâti en 14 ans un empire.
AB Productions, 14 000 mètres carrés, chiffre d’affaires présumé de 230 millions de francs. Ce qui n’empêche pas les attaques qui convergent depuis des années vers elle comme les fleuves convergent vers la mer : elle est accusée, en gros et sans faire de détails, de bénéficier d’une situation de monopole à TF1, d’abêtir les enfants, de continuer (quoi qu’elle en dise) à « fonctionner » avec des dessins animés japonais, d’utiliser et de manipuler les enfants, notamment dans ses différends avec le CSA (les incitant à écrire pour s’insurger contre l’instauration de quotas français et européens mettant en péril la programmation de ses dessins animés !)
Plus fort et plus récemment, elle vient d’engager une partie de bras de fer avec Antoine de Caunes par la voix des Musclés (Antoine Daiconne ou « L’histoire d’un homme qui n’est pas tout à faire un homme ») sans parler de la parodie du Baffie Show qui laisse perplexe Baffie soi-même ! Alors, faut-il déboulonner et brûler Jeanne-d’Arc-Dorothée en place de grève, grève que menacent de faire par ailleurs les enfants si on la leur retire ? La parole est à l’accusée, qui continue à recevoir 5 000 lettres par jour.
- Allez, on commence en douceur, par le bilan de votre spectacle à Bercy. Satisfaite ?
- Oui. Il y a eu 11 000 spectateurs par concert sur 6 concerts, soit 66 000. Le compte est bon. J’ai réservé la salle pour janvier 1994.
- Dites donc, cela dénote une sacrée confiance quant à l’évolution de votre carrière !
- On croise les doigts, on va bien voir. Pour Bercy, le problème est qu’il faut réserver très longtemps à l’avance. On n’a pas le choix.
- A Noël, vous avez « fait l’actrice » à côté de la joyeuse troupe de « Hélène et les garçons », fiction produite par AB, la société qui vous cornaque et alimente TF1 en programmes jeunesse. Est-ce à dire que la relation TF1-AB-Dorothée sera encore plus étroite ?
- Ah non non non ! Attendez, on met tout à plat (rires). A Noël, on a fait la « sitcom des sitcoms », c’est-à-dire que toutes les « sitcoms » de la maison (Salut les Musclés, Hélène et les Garçons, Premiers Baisers, Le miel et les abeilles) se sont retrouvées dans une « super » sitcom pour souhaiter une bonne année au public. C’est tout. Il ne faut rien voir derrière tout cela !
- Et pour parler comme un directeur de chaîne, vous en êtes où, de vos parts de marché sur TF1 ? Toujours 55% ?
- Je n’en sais rien. Je vais vous redire ce que je dis tout le temps : les chiffres, je ne connais pas. Je n’ai aucune mémoire là-dessus. Mais je dois tourner dans ces eaux-là, oui !
- On vous a souvent accusés, AB Productions et vous, d’accaparer le marché jeunesse de TF1, alors ?
- Ce que je fais, moi, c’est vrai, est toujours produit par AB parce que l’accord pris au départ prévoyaient qu’ils soient producteurs exécutifs. Mais certains programmes ne sont pas fabriqués par AB dans ce que l’on diffuse : Les Compagnons de l’Aventure, etc.
- Côté « choses qui fâchent », si on parlait un peu du CSA, qui ne vous aime pas beaucoup.
- Si. Tout va très bien avec eux, je touche du bois.
- Ses membres étaient pourtant furieux que vous ayez demandé aux enfants d’écrire au CSA, coupable selon vous d’imposer des quotas inacceptables ?
- Non, j’avais simplement expliqué à l’antenne les changements qu’il y avait, et j’avais dit aux enfants : « Si vous n’êtes pas d’accord, écrivez. » Mais je ne leur ai jamais dit : « Il faut écrire. » Il n’y avait pas incitation. Et je n’ai d’ailleurs pas donné d’adresse. En fait, tout a été réglé très vite quand j’ai rencontré les membres du CSA. Cela s’est très bien passé.
- Vous avez également été accusée d’antisémitisme par la Licra pour un sketch sur Rabbin des Bois. Un commentaire ?
- Franchement, ce procès d’intention était ridicule. Ridicule. Il n’y avait vraiment pas malice.
- Est-ce que cela vous a incitée à plus de prudence dans le choix de vos sketches ?
- Non, quand on fait quelque chose, on le fait sincèrement, tant pis pour les retours de bâton. On ne va pas faire une émission en se disant : « Il ne faut pas faire ceci parce que cela, et inversement… » On s’occupe d’abord des téléspectateurs. Quand même ! Après, si on doit se faire attraper, on se fait attraper ! C’est tout.
- Si Etienne Mougeotte vous a là chaleureusement soutenue, il a en revanche reconnu que la chanson des Musclés contre Antoine de Caunes pouvait être considérée comme un léger dérapage ?
- Tout ce que Canal+ dit sur nous n’est franchement pas très gentil non plus, et cela a de quoi nous agacer également. Donc, moitié-moitié.
- Oui, mais qui a dégainé le premier ?
- Alors là, assurément Canal+. Systématiquement, depuis des années, Antoine de Caunes me mettait à toutes les sauces, racontant beaucoup de choses méchantes sur moi, ce qui fait que l’on a fini par se dire qu’on allait peut-être répondre ! C’est fait !
- A quand le début de cette lutte fratricide ?
- C’est certain que tout a commencé quand j’ai quitté Antenne 2. Il y a eu blocage puisque c’est Jacqueline Joubert, sa maman, qui m’avait engagée. J’en ai souffert… Quant à la chanson, c’est une chanson comme une autre, comparable à celle de Joe Dassin sur les Dalton ; peu de gens connaissaient les Dalton avant cette chanson.
- Vous voulez dire que ce sont les Musclés qui vont faire connaître de Caunes !
- Non (rires). Je veux simplement dire que ceux qui connaissent Antoine de Caunes comprennent, et que pour les autres, c’est une chanson comme une autre. En musique, c’est plus marrant.
- Vous parlez tout de même de lui comme d’un homme « que sa méchanceté ravalait au rang de bête » ! Y’a plus gentil !
- Je le redis, c’est bien moins méchant que tout ce qu’il a dit sur moi. Dans notre cas à nous, on voit bien qu’il s’agit d’une boutade, d’un effet comique.
- Il est vrai qu’il dit, lui, de vous que vous n’avez « ni humour ni opinion ni courage, ni courage de vos opinions ». Il rappelle aussi que vous avez été invitée à Nulle Part Ailleurs et que vous avez refusé par lâcheté.
- Non, je n’ai jamais été invitée. Justement, on a revérifié depuis, vous pensez bien !
- Vous y seriez allée ?
- Oui, bien sûr. Par exemple, j’avais été invitée à Mon Zénith de Michel Denisot, et j’y suis allée !
- Et Roland Paffé ? Est-ce bien raisonnable, cette parodie ridiculisant Laurent Baffie ?
- Roland Paffé est devenu un personnage à part entière, qui est très drôle. Et Laurent Baffie, à qui Philippe Gildas avait montré un extrait du Roland Paffé Show à Nulle Part Ailleurs, n’a pas tellement réagi.
- Vous pensez qu’il vous ménage depuis que vous lui avez renversé un seau d’eau sur la tête dans Double Jeu ?
- Ce seau, je crois en revanche qu’il ne l’a pas digéré. Je n’avais pas aimé le reportage qu’il avait fait dans l’émission dont j’étais l’invitée et qui consistait à offrir un de mes disques aux enfants, puis à le leur reprendre. Je trouvais cela très nul. On n’a pas le droit de jouer avec les gamins, qui sont sensibles. Comme je n’allais pas lui donner une claque, ce n’est pas mon genre, j’ai eu l’idée du seau d’eau ! Ardisson lui a par la suite dit de demander pardon à genoux parce que ce n’était même pas drôle. On n’a d’ailleurs pas quitté le plateau en mauvais termes. Il faut avoir de l’humour dans la vie. Moi, je veux bien que l’on fasse ce que l’on veut, mais on n’a pas le droit de toucher aux enfants.
- Et avez-vous eu l’occasion de rediscuter avec Ségolène Royal (pour qui vous êtes le mouton noir) depuis que vous avez une rubrique « Environnement » dans votre émission ?
- Non. Je ne l’ai pas revue. J’imagine qu’elle a aujourd’hui des choses plus importantes à faire que de s’occuper de moi.
- Qu’est-ce qui vous agace le plus ?
- Je n’ai pas d’exemples très précis en tête. De toute façon, on n’aime jamais la critique, mais j’essaie d’oublier ce qui m’a peinée une fois le coup encaissé, parce que je n’ai pas du tout envie de me fatiguer à être rancunière. Franchement, on en propose pour tous les styles, tous les âges, tous les gens. Ce n’est pas facile de monter une émission comme celle-ci. Le « Club Science », formidable séquence présentée par Michel Chevalet, a été longue à mettre en place. Il arrive aussi que je veuille imposer des rubriques que les jeunes rejettent. Cela a été le cas pour la rubrique « Livres ».
- Et les japoniaiseries ?
- Cela dit, il faut rappeler un point d’histoire. Quand on est arrivé avec toute l’équipe pour faire une émission, il n’y avait aucun produit français vu qu’on avait légèrement abandonné les enfants et la jeunesse en France. C’est quand même extraordinaire de se dire que c’est en 1978 seulement qu’à été créé le premier service jeunesse (par Jacqueline Joubert) alors que partout ailleurs cela existait depuis longtemps. Là-dessus, il a fallu rapidement trouver des équipes, des auteurs, des dessinateurs. On a donc demandé à ceux qui savaient faire, entre autres les Japonais, qui eux étaient au point. Quand je repense aux hurlement qu’à occasionnés la diffusion de Golodrak !
- Dites, certains dessins animés sont quand même dur dur !
- Mais non, ce n’était pas violent. Reste que, après toutes ces attaques, on s’est dit : « On ne va pas traumatiser tout le monde. » On a donc pris un staff de psychologues qui regardent et qui visionnent tout, et qui en plus, exercent (ce ne sont pas des gens au placard). Et quand ils ont le moindre doute, on coupe. Donc il n’y a pas de violence, simplement de l’action. Et aujourd’hui, nous en sommes à 70% de « français » et d’européens. Comme les Misérables, par exemple. D’ailleurs, je vous signale au passage que Disney, c’est fait au Japon !
- Et si demain Spielberg vous disait : « Lâche tout et suis-moi » ?
- Ah ! Je ne lâcherais certainement pas tout !
- Vous pensez à votre reconversion ?
- Je n’ai jamais rien planifié. Je ne peux pas répondre, bien qu’on s’obstine à me poser la question et à me rappeler mes 40 ans.
- Vous pourriez, comme Chantal Goya naguère, « craquer » en direct ?
- Je ne sais pas. Je déteste la méchanceté gratuite.
- Et vous iriez chez Guillaume Durand, s’il vous invitait à participer à un débat sur « les méfaits des émissions jeunesse sur les jeunes cerveaux » ?
- Oui, mais ne lui en donnez pas l’idée ! Et je signale pour finir notre nouvelle émission, « Des Millions de copains », diffusée chaque dimanche à 18 heures. On l’a faite avec toutes les associations caritatives, qui vont se succéder à tour de rôle et nous expliquer leurs problèmes, leurs besoins et ce que nous pouvons faire pour elles.
Isabelle Morini-Bosc
Dorothée
Télé Z – 12 juin 1993
QUARANTE ans cette année ! Qui le dirait ? Personne. Dorothée, responsable de l'unité des programmes familiaux (et plus seulement jeunesse) de TF1, triple vidéo platine (60 000 exemplaires de sa cassette vidéo 93 vendus) et double disque d'or, va fort. Retrouvez-la chaque jour dans Le club Dorothée et le dimanche dans Des millions de copains (TF1)
La chasse au trésor

Var matin – 22 juillet 1993
"Le trésor dans votre ville» ; le jeu de R.M.C., le club Dorothée et TF 1 était lundi dans notre ville et la voiture aux couleurs de Radio Monte-Carlo n'est pas passée inaperçue rue Jean-Jaurès. Une nuée d'enfants, entre deux cents et deux cents cinquante accompagnés de leurs parents ont "cerné" Jean Marc Gravelat, l'homme au trésor vers 13 h 30 qui avait été reconnu. Il est vrai que dans la matinée, Dorothée avait donné le mot de passe sur l'antenne ainsi que le rendez-vous sur R.M.C. et TF 1.
Grâce à ces informations, c'est Blandine Basso une jeune fréjussienne de neuf ans qui fut la plus dégourdie. Elle gagnait une super platine laser et passait en direct sur les ondes de R.M.C. avec le présentateur José Sacré, dialoguant avec lui avec assurance.
CINQUANTE GAGNANTS
Après quoi ce fut le grand moment du tirage au sort au cours duquel 50 chérubins emportèrent tee-shirts, cassettes, casquettes, visières, sacs, transistors et C.D. de quoi ravir les heureux gagnants comblés par R.M.C. qui montreront leur lot et apprécieront sans doute ce moment vacances dont ils se souviendront.
Cliff Richard , un éternel célibataire pour Dorothée

1993
Branchée rock ‘n roll depuis l'adolescence, elle essaie à chaque nouveau show de s'offrir, et d'offrir, une surprise qui fait boum ! Cette fois, c'est l'ex-chanteur des Shadows, toujours libre à 53 ans, avec qui elle a choisi de chanter « Bachelor Boy », que Claude François avait repris avec succès sous le titre « Moi, je voudrais bien me marier ».
"Bachelor Boy, comme le proclame le titre de son plus grand succès, à 53 ans, la première idole du rock anglais avec son groupe, les Shadows, juste avant que n'apparaissent les Rolling Stones, les Beatles et les Who, est vraiment un éternel célibataire : « Quand j'ai écrit cette chanson en 1962, je n'imaginais pas que ce titre serait à ce point prophétique. J'aime vraiment être tout seul, n'avoir aucune attache. Et quand je vois tous mes amis mariés, ils ne semblent pas tellement heureux. Je peux courir le monde sans aucune entrave. » C'est ce titre fétiche, repris à l'époque en France par Claude François, « Moi, je voudrais bien me marier », qu'il a choisi de chanter en duo avec Dorothée. Et pourtant, ce ne sont pas les succès auprès de ces fans féminines qui lui ont manqué. L’hystérie des tournées avec les filles qui, en hurlant, couvrent la musique et la voix du chanteur durant les concerts, c'est Cliff et les Shadows qui l'ont inauguré, cinq ans avant John, Paul, George et Ringo. L'une d'entre elles avait même persuadé toute la presse du cœur de son mariage avec la star : « Elle était parvenue à se faire offrir sa robe de mariée par l'un des meilleurs couturiers de Regent Street, en lui annonçant l'événement. Même le prêtre, sollicité pour célébrer la cérémonie, avait été dupe. »
Né à Lucknow, en Inde, il a passé les toutes premières années de son enfance à Calcutta, où son père dirigeait une compagnie de wagons-restaurants « Sans doute la raison de mon goût pour les cuisines raffinées. Sachez qu'il existe véritablement une excellente tradition culinaire en Grande-Bretagne, mais même les Anglais n'en connaissent plus les rudiments, malheureusement. Dès que je viens en France, je me débrouille pour réserver une ou deux soirées dans de bons restaurants. Servez-moi un pot-au-feu et vous ferez mon bonheur, mais, est-ce par nostalgie, ma préférence absolue va vers la cuisine indienne. Avec mes parents, nous n'avons quitté le pays qu'à cause des émeutes qui ont précédé l'indépendance. »
« J'ai voulu changer de nom »
Il reste fidèle à ses premières amours, le rock ‘n roll. Ce n'est pas seulement un rythme, un tempo, mais une culture. Prenez Johnny Hallyday, quoi qu'il chante, il sera toujours rock. » Même son nom, un pseudonyme, rappelle cette référence: « En fait, je m'appelle Harry Rodger Webb, mais je n'ai jamais aimé ce nom. Alors, avec mon manager, nous avons pris une feuille de papier et commencé à chercher autre chose. Je me souviens que nous avons failli retenir Russ Clifford qui sonnait très proche de Cliff Richard. Mais, Cliff, cela signifie roc qui s'écrit en anglais « rock », alors Cliff Richard l'a emporté.
Dans sa carrière, lui et son groupe, avaient déjà dû changer de nom. « A l'origine, nous étions les Drifters mais il existait un autre groupe américain qui chantait du rythm'n blues et qui avait débuté avant nous. »
Il se consacre à des œuvres
Avec son nouveau disque, « The Album », chez EMI, il apporte la preuve par le talent qu'en dehors du rock, il est capable d'aborder tous les registres, tous les genres, du country à la ballade, en passant par la soul music. Quand il ne chante pas, Cliff consacre la majeure partie de son temps à des œuvres caritatives. Chrétien convaincu, il a créé son organisation, The Cliff Richard Charitable Trust, qui finance des orphelinats « Sur chacun de mes cachets, mon comptable retire immédiatement 10% qui vont directement à cette œuvre. De plus, chaque année, durant trois semaines, j'organise une tournée de concerts dans des églises et des petits théâtres intitulée RockSpell », où je chante rock et gospel. Autre activité sociale de Cliff, The Cliff Richard Trail. « Il s'agit de faire découvrir le tennis aux enfants des quartiers défavorisés. Plus de vingt-cinq mille gamins sont passés dans nos centres. Nous avons même découvert une petite fille de 11 ans qui n'avait jamais touché une raquette et qui, après six mois, a remporté son premier tournoi. Souvent, ces enfants n'ont même pas accès au sport et leur santé est déplorable. J'en ai rencontré certains qui étaient essoufflés rien qu'à traverser la rue. » Cliff n'oublie pas qu'il a détenu, pendant plus de dix ans, le record d'Angleterre du lancer de javelot des moins de 14 ans.
Fabrice GUILLERMET
Photos Bernard LEGUAY
FAN DE CHUCK BERRY
Memphis Tennessee, avec Chuck Berry autre duo de Dorothée pour son rock ‘n roll show, où l'on retrouvera aussi Mongo Jerry et Percy Sledge. Toujours fan des sixties, Dorothée se souvient qu'elle a dansé sur ces musiques lors de ses premières boums à Bourg-la-Reine, près de Paris, où elle habitait: « C'est indémodable. Ado, j'étais partie à Londres pour me perfectionner en anglais pendant les vacances. J'étais alors tombée amoureuse de Cliff Richard, en écoutant ses chansons et en voyant ses photos sur les murs et dans les journaux. Maintenant, je l'invite dans mon émission. C'est vraiment un rêve d'enfant qui se réalise mais ça donne aussi le trac. »
Pudique et généreuse, la passion secrète de Dorothée
Télé Poche – 23 Octobre 1993
Dorothée = dessins animés. Info ou intox? Intox! « Oui, je pourrais me contenter de proposer des dessins animés et basta ! » Mais ce serait bien mal la connaître ! Coups, reproches et critiques, elle encaisse. Son principal souci, c'est d'avancer. Une fois pour toutes. « J'appartiens au public. Et c'est lui qui choisit ! » Et si Do, la baby-sitter la plus aimée de France, commençait à en avoir ras la frange? Elle a beau se montrer discrète, voire même secrète, Do ne mâche ni ses mots ni ses actions! 40 ans cette année. 20 ans de métier. Alors, elle connaît la musique ! Celle du cœur surtout. Elle n'aime pas se dévoiler et étaler joies et peines au grand jour. « Je n'aime pas parler de ce que je fais à titre personnel. Ce n'est vraiment pas bien de faire de la publicité avec ça. » Question de pudeur! « Les médecins de toutes les associations caritatives nous ont dit que divertir les enfants en difficulté, c'était déjà beaucoup. » Mais sa mission n'est plus seulement le divertissement. Et ses armes pour « changer tout ça » ne sont pas uniquement une guitare et un micro. L'émission « Des millions de copains » n'est pas née d'une soudaine fantaisie de l'artiste ni d'un accès de démagogie de la chanteuse-animatrice. « Nous avons reçu du courrier qui donnait bien la température du public. Après des « spéciales » sur la guerre du Golfe ou sur la catastrophe de Vaison-la-Romaine, les réactions montraient que le jeune public, se sentait concerné par la misère des autres, moins chanceux. »
« Un petit mot, un dessin, ça change tout »
Trouver des familles d'accueil pour les enfants de Sarajevo. Verser les bénéfices de sa tournée au Secours catholique et à d'autres organismes similaires. Offrir à des jeunes gamins hospitalisés la possibilité d'avoir des correspondants « parce qu'un petit mot ou un dessin de l'autre bout de la France, ça change tout. » Voilà l'œuvre de la rockeuse et de sa fidèle équipe. Le travail, ce n'est pas un problème. « D'ailleurs, je n'appelle pas ça travailler. Je m'amuse comme au premier jour. » Son secret : ses coups de cœur. « Sauver une vie, c'est beau, non ? Et cette chaîne d'amitié, elle a été créée par les enfants. Ils m'ont beaucoup appris. Si la télé peut servir, il ne faut pas hésiter à utiliser les médias pour tendre la main à tous ceux qui en ont besoin. »
Attention! Dorothée ne veut pas jouer les donneuses de leçon. « Je n'ai jamais souhaité remplacer les parents ou les enseignants. Je suis juste une amie. Une sorte de relais entre les associations et les copains. »
Isabelle GAUDON
Dorothée : "Hélène est ma petite sœur"
Télé K7 - Décembre 1993
C'est la semaine Dorothée, avec, en point d'orgue, le « Dorothée rock ‘n roll show ». Variations de la star sur Hélène, ses projets, en attendant son concert.
Dorothée s'est payé le luxe d'inviter les gloires de l'épopée du rock ‘n roll. « Les parents vont se souvenir, les enfants découvrir», dit-elle en présentant ce grand show familial qui sera diffusé le vendredi à 20 h 50 sur TF1.
- Comment s'est passé l'enregistrement de ce show exceptionnel?
- Dorothée : J'étais morte de trouille. Jerry Lee Lewis a été le premier à accepter de venir. Après les séances photos, il s'est remis au piano et a fait un bœuf. Imaginez l'ambiance. Avec Cliff Richard, nous chantons, à la guitare, Bachelor boy. Devant Percy Sledge, je tremblais de tous mes membres. Comme lui, Chuck Berry est venu spécialement pour nous.
- Des parts de marché en hausse, des sitcoms qui marchent. Y-a-t-il une recette Dorothée ?
- D.: Il y a une magie, et pas d'explication. Heureusement, sinon tout le monde ferait la même chose.
- Qu'en est-il de la proportion de dessins animés japonais diffusés dans vos émissions?
- D.: Elle est en baisse. Quand nous sommes arrivés, en 1987, il n'y avait rien dans les tiroirs. Que du japonais. Il a fallu du temps avant de trouver des équipes françaises, avec des dessinateurs, des auteurs, des scénaristes. Maintenant, ça roule. En fait, les dessins animés japonais ne sont pas forcément plus violents que les autres. Mais nous sommes très attentifs à ce genre de problèmes. S'il y a le moindre doute, nous retirons la série. C'est arrivé récemment avec Ken le survivant.
- Trouvez-vous que les enfants regardent trop la télévision?
- D.: Non, parce qu'ils ne restent jamais inactifs devant l'écran. Ils bougent, s'en vont, reviennent, contrairement aux adultes.
- Vous parrainez le spectacle de Chantal Goya. Etes-vous donc réconciliée avec elle ?
- D.: Nous n'avons jamais été fâchées. Cette rumeur est le fruit d'une guerre médiatique. Chantal Goya et moi ne faisons pas la même chose.
- On a essayé également de vous mettre en rivalité avec Hélène...
- D.: Mais c'est nous qui l'avons découverte ! Elle vit sa vie d'Hélène, comme chanteuse et comédienne. Je n'ai rien à voir avec cela, à part que je la considère comme ma petite sœur.
- Une certaine presse tire à boulets rouges sur vous...
- D. Bien sûr, quand on vous atteint de manière négative et méchante, cela fait mal. Mais les journalistes ont le droit de ne pas m'aimer.
- Vous n'essayez pas de vous protéger, de répondre aux attaques?
- D.: Je ne vois que le public. Je ne suis pas à l'abri, mais, d'une part, je fais mon métier de manière sincère, j'y crois, je ne triche pas... et je m'amuse; d'autre part, je suis consciente de mon rôle.
Propos recueillis
par Loïc Sellin
L'album vidéo de Dorothée est sorti chez TF1 vidéo.
Pour en savoir plus sur Hélène, viennent de paraître, "Je m'appelle Hélène" aux éditions Montjoie et une cassette intitulée "Hélène l'album en vidéo" chez TF1 vidéo.
DOROTHEE ET HELENE: COMPLICES ET COMPLEMENTAIRES
Parce qu'Hélène rêvait d'entamer une carrière de chanteuse, sa mère, Mireille Rolles, organisatrice des concerts du Mans, ne s'est pas dégonflée. En 1987, lors d'une tournée de Dorothée au pays des Rillettes, elle vante à Jean-Luc Azoulay, son producteur, les mérites vocaux de sa progéniture. Azoulay accepte de bonne grâce d'écouter la jeunette. Il lui
permet d'enregistrer son premier 45 tours, Dans ses grands yeux verts. Un coup d'essai qui s'arrache à 100 000 exemplaires! Le début d'une carrière, mais aussi d'une longue amitié et de complicité avec Dorothée, l'égérie d'AB Production, la société de Jean-Luc Azoulay. Car Hélène ne va plus lâcher Azoulay, ni l'idole des 4-6 ans. Et, tout en jouant dans Premiers Baisers, avant de porter la série Hélène et les garçons sur ses épaules, elle avoue écouter attentivement les conseils de Dorothée. Trois albums plus tard, Hélène entamait le 8 octobre dernier sa première tournée sur les scènes de France, avant de remplir le Zénith. Fidèle, Dorothée, avait fait le déplacement pour sa première, à Amiens. « Juste avant qu'elle ne commence à chanter, j'avais encore plus le trac qu'elle. Maintenant, je suis très fière», déclarait-elle alors.
C. G.
Dorothée nous ouvre son jardin secret
Télé Poche – 25 Décembre 1993
La Sologne, une maisonnée emplie d’amis, un repas partagé, une flambée dans la cheminée. Il n’en faut pas plus à Dorothée pour savourer un bonheur simple et tranquille qui lui rappelle les doux moments de son enfance, des vacances passées en famille. On est loin de l’image de la femme-orchestre, passant d’un studio à un plateau de télé, et qui ne s’arrête jamais. Pour la première fois, Dorothée nous ouvre les portes de son jardin secret.
" J’adore me trouver au coin d’un bon feu. C’est très magique. " Alors, quand son ami Claude Berda, producteur avec Jean-Luc Azoulay de AB Productions lui a proposé un petit séjour en Sologne, Dorothée ne s’est pas fait prier pour accepter !
" C’est une invitation qui n’a pas de limite dans le temps ni dans le sombre des convives. J’adore les improvisations. Chez Claude, on débarque, on met la main à la pâte. " Le côté " pas de chichis " lui plaît bien. Ce qui lui plaît moins – il faut voir la grimace qu’elle fait ! – c’est de boucler les valises et de bouger. " Oui, je suis très flemmarde. Je déteste partir pour aller quelque part et je déteste tout autant quitter l’endroit pour rentrer chez moi. " A part ce détail, ses copains trouvent que Do est une invitée marrante mais… infernale !
Parce qu’en fait, il n’y a pas moyen de la servir et de la voir tenir en place. " Vous êtes en train de boire tranquillement le café, vous ne l’avez plus en ligne de mire et vous réalisez, trop tard, qu’elle est en train de faire la vaisselle. Inviter Dorothée, c’est une combine géniale pour pouvoir se mettre les pieds sous la table ", témoigne l’un de ses meilleurs amis. Dorothée a acquis une solide réputation ! Elle est imbattable sur la ratatouille, la sauce vinaigrette et les plats mitonnés qu’elle invente. Mais susceptible, quand on ne se précipite pas pour la complimenter dès la première bouchée dans le bec. Personne n’est vraiment parfait !
Une maison à elle ? Elle ne sait pas trop. Pas le temps ? Pas le sens du bricolage ? " Certainement pas capable de retaper quoi que ce soit. " Et puis, cette maison serait trop loin. Forcément. En fait, la réponse, elle la connaît mais elle n’ose pas la lâcher. " J’aime mieux aller chez les autres. " Dorothée ne cache pas qu’elle a encore la nostalgie des nombreux séjours en Bretagne où, enfant, elle retrouvait toute sa famille. " Ca me manque terriblement. " La chaleur et la tendresse de ces moments privilégiés, Do fait tout pour les recréer.
On croit que la vie en a fait une femme-orchestre qui court toujours le dernier marathon. Eh bien non ! " Je peux paresser et j’adore ça. Je ne fais pas que travailler. D’ailleurs, je ne peux pas vraiment considérer que je suis au boulot. Notre travail consiste à préparer et offrir aux autres le divertissement. Je trouve des idées avec toute l’équipe, je les exécute mais j’éprouve surtout beaucoup de plaisir à exercer mon métier. " Inutile d’insister. Elle est têtue comme une mule. Elle fonce, parce qu’en fait elle a un but. Bien précis. " Pour le réveillon du nouvel an, j’ai aussi pensé aux gens âgés, seuls, malades ou qui n’ont pas beaucoup de sous pour sortir. Ils sont sans personne les soirs de fête et ce n’est pas normal. Il faut donner, dans la mesure de nos moyens, un nouveau sens de la fête qui semble avoir complètement disparu du petit écran. Nous n’avons rien inventé. Il ne s’agit pas de caviar/champagne mais de chaleur. Si je dois jouer un rôle, c’est celui-là que je choisis. "- Mais comment faites-vous pour si bien les ranger sous votre bannière ?
L’affection, Dorothée en a reçu. Beaucoup. C’est peut-être pour cela qu’elle veut en donner à son tour. Si elle parle peu de son jardin secret, sa famille et les liens qui les unissent à elle, c’est qu’elle est pudique. " Quoi qu’il arrive, une fois par an, nous nous retrouvons maman, mon frère et moi à la montagne. Cela correspond à un réel besoin. Revivre quelques jours ensemble comme lorsque nous étions petits. Tous les trois. " Elle n’a pas peur de le dire. " C’est bon de se faire cajoler par sa maman. " Les yeux de Do pétillent au simple souvenir d’une fondue improvisée dans des conditions plutôt rustiques – à la bougie – dans la région megévoise. Ses bonheurs sont faits de choses simples. " Je me rappelle qu’aux dernières vacances, nous aimions regarder passer les vaches à 7h du matin et rentrer vers 5h de l’après-midi. J’adorais entendre le bruit des cloches. La vraie vie, c’est ça. "
Do, invitée à se joindre aux amis de son frère, a recommencé son manège. " J’ai aidé à mettre la table et on a fait la popote pour une quinzaine de personnes. " La Dorothée intime, celle qu’on connaît moins, c’est celle qui s’appelle toujours Frédérique. Qui n’a jamais voulu être autre chose que " la fille de sa mère ". Quand elle l’accompagne pour faire le marché le week-end, elle entend les commerçants, qui l’ont connue mouflette, s’étonner : " Mais c’est la petite. " Plus que les applaudissements, les autographes ou les compliments, ces marques d’affection apportent à Dorothée l’émotion que donnent souvent les petits bonheurs de tous les jours.






















